lundi 31 juillet 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA CAGE DE VERRE, Colin Wilson




Roman – La Cage de Verre (1966 ; Planète, 1969 ; Les Belles Lettres 1998)

L’instant d’illumination chez le mystique partage avec l’intuition du poète la puissance libératrice des niveaux les plus profonds de la conscience. Pour reprendre les mots de William Blake, « Si les portes de la perception étaient dégagées, chaque chose apparaîtrait à l’homme comme étant infinie. »
Poetry and Mysticism (1986)

Voilà un thriller digne de ce nom. Impossible de s’arrêter lorsqu’on l’a commencé. Un polar ? Oui, si on veut, puisqu’il y a une batterie de crimes atroces commis à Londres, au bord de la Tamise, avec à chaque fois gravé sur un support quelconque un extrait d’un poème de William Blake. Une enquête psychologique surtout, menée par le jeune universitaire Damon Reade qui vit en reclus dans une maison perdue dans la région des Lacs. Un spécialiste du poète et peintre anglais bien sûr, auquel il a consacré plusieurs ouvrages. C’est à ce titre qu’il sera contacté par la police pour l’aider dans son enquête. Damon Reade est le type même de l’anti-héros wilsonnien qui promène un regard cynique sur une humanité aveugle, engoncée dans le quotidien, alors que la conscience est infinie. Ce qui le perturbe, au fond, c’est comment un amateur de Blake a pu se transformer en criminel de la pire espèce. ? Ce qui l’amènera à partir à Londres en solo et, avec quelques amis de l’underground artistique de la capitale, mener une étonnante investigation. C’est du Sherlock Holmes alternatif qui s’intéresse peu aux éléments matériels mais procède par une extrapolation de nature purement psychologique. Ses supports seront un vieux voyant, les études sur Blake au British Museum, les témoignages des veilleuses de nuit des hôpitaux situés près des lieux du crime, le tout sur fond de sexe et de gueules de bois monumentales. Et le profilage l’amènera à un certain Sudheim, un inquiétant original doté d’une belle culture, fils d’une nymphomane et d’un père détraqué. Le contact se nouera entre les deux hommes et Reade flirtera avec un étonnant mystère : le crime n’est-il pas une voie détournée du mysticisme ? Lors du dénouement final style « assaut par la police de la maison d’un psychopathe fou et armé », Reade jouera les bons offices et conseillera Sudheim sur la conduite à tenir : demander à ce que l’enquête puisse prouver qu’il est bien le meurtrier, car il n’a laissé aucune trace. Ce qui lui vaudra au pire quelques années dans un hôpital psychiatrique de luxe, puisque le bourreau dispose de confortables moyens financiers.
Reade quittera avec soulagement la capitale qu’il abhorre pour retrouver le calme de ses Grands Lacs et sa jolie fiancée de 16 ans, Sarah ! Il n’oubliera pas de prendre avec lui le crotale qui était l’animal de compagnie de Sudheim, animal alors en pleine phase de mue !

Colin Wilson expliquera avoir retravaillé les thèmes fondamentaux de son premier roman, Ritual in the Dark (1960, Le Sacre de la Nuit, Belles Lettres, 1999), afin «de créer un contraste plus clair entre la psychologie du criminel et le mystique. Wilson a déclaré qu'il voulait « confronter les deux extrêmes : le mystique et le criminel, l'homme dont le sens de la bonté et la valeur de la vie est constant et pleinement conscient, et l'homme dont l'apitoiement et le manque de confiance en soi l'ont conduit à exprimer sa vitalité de la manière la plus négative qu'il soit ».

Livres imaginaires
Blake le Magicien, Cecil Chagworthy
La Vérité sur William Blake, Orville Sundheim
La Bête de l’Apocalypse, id
Blake de Lambeth, Damon Reade
Les Symboles de Blake, id
La Vision Mystique, id



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