Lu dans "La Lettre du Crocodile" de Rémi Boyer :
Templiers et Prieuré de Sion. La Filiation de Christian Tourenne. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
Le livre de Christian Tourenne est consacré à un hypothétique ordre secret du Temple, Prieuré de Sion ou autre, et de sa survivance. Le conditionnel est très présent dans le livre, ce qui indique à la fois la prudence de l’auteur et la très grande fragilité de la thèse présentée. Christian Tourenne a produit un immense effort de recherche pour rédiger ce livre. Il rassemble beaucoup d’éléments historiques très intéressants, ce sont les liens qu’il cherche à établir entre ces éléments qui posent problème, le plus souvent de simples hypothèses non étayées.
Le fil rouge de l’ouvrage est la liste Lenoncourt, du nom d’une ancienne famille de Lorraine, les de Lenoncourt, dont le dernier représentant, Henri de Lenoncourt détenait une liste des Maîtres d’une société secrète médiévale, un Ordre de Sion ou un Prieuré de Sion. A plusieurs reprises, Christian Tourenne se démarque des prétentions du Prieuré de Sion de Pierre Plantard et de ses nombreuses copies, créations du siècle dernier, pour étudier dans le détail la liste Lenoncourt. Il établit qu’à plusieurs reprises des membres de cette famille ont pu croiser ou ont effectivement connu les Maîtres d’un possible ordre intérieur intérieur templier dont les noms se retrouvent sur cette fameuse liste. Il cherche ainsi à rassembler des indices démontrant l’authenticité de la liste.
Après avoir retracé les conditions de la naissance de l’Ordre du Temple et résumer son histoire, insistant sur certains éléments comme l’éventualité d’une règle secrète, l’usage de l’abraxas, le monophysisme des Templiers, etc., il développe les biographies succinctes des Maîtres secrets présents sur la liste Lenoncourt, à partir de 1189.
« Il ne faut pas oublier, dit-il, que ces personnages, où leur entourage, comme les précédents Maîtres du Temple, ont sûrement éliminé toutes les preuves directes de leur appartenance à l’Ordre secret Templier.
Par contre, il existe peut-être des éléments qui pourraient justifier cette appartenance à l’Ordre secret. Quels sont-ils ? Est-ce que ces différents personnages ont eu un intérêt pour les Templiers et le Temple de Salomon ? Ont-ils eu une conception ésotérique du Christianisme ? Quels symboles ont-ils utilisé et quel fut le rapport de ces symboles avec ceux des Templiers ? Quels furent leurs blasons ? S’ils en ont eu un, reflétait-il l’esprit Templier ? Autant de questions auxquelles on va tenter maintenant de répondre ? »
Nous voyons à travers ce questionnement le sens de la démarche et la méthode utilisée, qui ne saurait bien sûr satisfaire un historien.
Le premier personnage qui apparaît est Marie de Saint-Clair, décédée en 1261, qui aurait succédé à Jean de Gisors (a.1135-1220), premier Maître Templier supposé du Prieuré de Sion. Nous remarquons que les femmes sont très présentes dans cette liste. Parmi les membres de la liste, certains sont très connus, jouèrent un rôle important dans l’histoire comme René d’Anjou ou Louis de Gonzague, duc de Nevers, et puis, il y a aussi les artistes éminents comme Botticelli, Léonard de Vinci, les auteurs comme Charles Nodier et Jean Cocteau, le musicien Claude Debussy. La plupart des noms sont connus, Pierre Plantard s’étant emparé d’une grande partie de cette liste.
Si, nous l’avons déjà dit, l’hypothèse d’un ordre secret n’est pas vérifiée historiquement et peut-être d’ailleurs non vérifiable, ce livre met en avant une ambiance templariste qui perdure indubitablement dans la culture spirituelle au fil des siècles, qui n’est pas sans influence, bonne ou mauvaise, et exprime tout de même un haut idéal.
« Lorsqu’on veut aborder les rapports de l’humain avec notre société et le Divin, conclut l’auteur, on est forcés de constater que les derniers siècles n’ont pas apporté d’harmonie dans cette relation. A mon sens, l’esprit Templier doit pourtant revenir parmi nous. L’accès au Divin permettait aux Templiers d’apporter aux autres êtres de la société leur aide humaniste. Le terrestre doit continuer à bénéficier du céleste. »
Il invite le lecteur à s’intéresser aux survivances de ce templarisme jusqu’à nos jours.

L'Ange du Bizarre
RépondreSupprimerTravail intéressant, qui entre en résonnance avec celui de Jean-Patrick Pourtal. (« Des Templiers au Prieuré de Sion – Max Milo éditeur 2025).
RépondreSupprimerHasard ou nécessité ?
Effectivement, l’usage du conditionnel doit être de mise lorsqu’on aborde de tels sujets.
De fait, la « Liste Lénoncourt » ressemble fort à la fameuse (ou fumeuse) « Charte de Larmenius » qui fut mise en avant par Bernard Raymond Fabré-Palaprat lorsqu’il se proclama, en 1804, 46e Grand-Maitre de l’Ordre du Temple.
La pseudo charte recensait tous les Grands Maitres ayant prétendument succédé à Jacques de Molay. Ce document devint une référence en termes d’apocryphes.
Il convient néanmoins de considérer qu’il ne s’agissait pas d’une simple mystification... mais d’une construction fictive permettant d’atteindre un objectif spirituel.
Il en sera de même avec la liste des Grands-Maitres du Prieuré de Sion.
Il est intéressant de constater, qu’en l’occurrence, Pierre Plantard y fera figurer plusieurs personnalités en liens directs ou indirects avec la famille de Lorraine et la dynastie des Habsbourg. Dès lors, le « Projet Mérovingien » apparait en filigrane.
La similitude des « constructions mythico-romanesques » n’est pas fortuite. On remarquera ainsi que le 33e Grand-Maitre du Temple, selon la filiation Larmenius, n’est autre que... Robert de Lénoncourt.
Templiers pour Fabré-Palaprat, Valois pour Pierre Dujols ou Mérovingiens pour Plantard... l’incarnation métahistorique doit, avant tout, relever de l’antique Tradition d’avant le chaos et le désordre.