vendredi 31 mars 2023

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA SYNAGOGUE DE SATAN, Stanislas Przybyszewski


 

 

La Synagogue de Satan, Stanislaw Przybyszewski, Hexen. Press, 2020. L’objet est joliment réalisé et le contenu ébouriffant. Stanislas P. (1868-1927) était un intellectuel polonais qui défraya la chronique par ses écrits engagés et par une vie pour le moins tumultueuse. On croit retrouver le souffle de Zarathoustra et la poésie de Maldoror dans ce petit essai consacré à la Main Gauche. Le Dieu des chrétiens est d’une bienveillance trompeuse, cherchant à endormir d’homme dans un océan d’ignorance. Satan est le libérateur des énergies latentes de l’individu, dans une optique très « thélémite » : Fay ce que vouldras. L’auteur illustre son propos en analysant la période des cathares, puis celle de la sorcellerie moyenâgeuse. Cette seconde « saison » est solidement documentée par des citations de textes anciens, explicites jusqu’à souvent l’insoutenable.

Une lecture dont on ne sort pas indemne !


LES CHRONIQUES D'EL'BIB : MAURICE MAGRE, LE LOTUS PERDU, J.J. Bedu


 

 

Maurice Magre, Le Lotus Perdu, Jean-Jacques Bedu (Dire, 1999). Les études sur Maurice Magre (1877 – 1941) sont peu nombreuses et celle de son disciple occitan est certainement à mettre au-dessus du panier. L’écrivain de Toulouse est un peu oublié de nos jours, alors qu’il a reçu le grand prix de l’Académie Française et frôlé de près le prix Nobel. Issu d’une famille relativement aisée, il avait tout pour mener une existence confortable et conventionnelle. Mais son goût pour la liberté et sa passion pour l’écriture l’amenèrent à choisir une autre voie, celle de la littérature qui s’ouvre presque toujours par l’emprunt du chemin de la marginalité. On le verra traverser la Belle Époque puis les Années Folles ses manuscrits sous le bras, rencontrant quelques succès d’estime généralement peu rémunérateurs. La poésie, qui fut son tremplin favori, l’amena à fréquenter les Salons de l’époque, faisant vibrer les jeunes passionarias entre les bras desquelles il aimait traquer l’illumination. Mais le sexe se doubla rapidement d’une autre drogue, plus perverse et plus addictive, l’opium qui lui donna l’illusion de lui ouvrir les portes de l’Orient. C’est au détour de ces fréquentations mondaines qu’il découvrit une autre voie de l’Éveil, celle de l’ésotérisme au travers notamment de la Société Théosophique dont il devint rapidement un fidèle adepte. On le retrouvera notamment dans ‘la Fraternité des Polaires », un groupe d’illuminés dégoulinant de bonnes intentions, comme par exemple d’éviter une nouvelle guerre mondiale par la prière collective. Il nous en parle avec beaucoup d’humour dans La Magie à Paris (cf 1934) avant de nous délivrer la synthèse de son cheminement dans La Beauté Invisible (1937). Un ouvrage remarquable, tant par le charme de son écriture que par la puissance d’une démarche qui n’est rien d’autre que d’entrouvrir les portes de l’Ailleurs et de retrouver Dieu.

Mais Maurice Magre, c’est aussi le « découvreur » de l’hérésie cathare, une dissidence du christianisme alors peu connue. Son Sang de Toulouse (1932) deviendra vite un best-seller, donnant naissance à un véritable engouement pour le soi-disant mystère de Montségur. Otto Rahn sera un des premiers à se casser les dents dans la recherche du trésor des Parfaits. Ce rejet de la religion dominante catholique, mais aussi cette traque infatigable de l’Éveil le conduiront à embrasser le bouddhisme, cette religion sans Dieu susceptible de le délivrer de son angoisse métaphysique. Une quête qui le mènera en Inde, à la rencontre de Sri Aurobindo. Il quittera ce monde en 1941 dans un profond dénuement en murmurant Esprit divin, Esprit divin.


mardi 14 mars 2023

LES POETESSES NOIRES ARRIVENT À PARIS



DIMANCHE 26 MARS, de 14h à 19h, la Librairie de l'Avenue et Thierry Sinda, en partenariat avec le 20e Printemps des Poètes des Afriques et d'Ailleurs, vous invitent au lancement de  

LA PREMIÈRE ANTHOLOGIE DE

POÉTESSES NOIRES 


"Mémoires et révoltes au féminin, Cinq lauréates du Grand Prix Martial Sinda de la poésie francographe" de Thierry Sinda (éditions Unicité)

L'évènement sera accompagné d'une dédicace, ballade poétique, scène ouverte et cocktails en partenariat avec le restaurant Antilles Grillades de Saint-Ouen





La Librairie accueillera également une mini-exposition de Pascale Coutoux, illustratrice de l'anthologie.

Lieu : Librairie de l'Avenue - Henri Veyrier

31 avenue Lecuyer, 93400 SAINT-OUEN, Marché aux puces

Metro : Porte de Clignancourt (L4) ou Garibaldi (L13)

Tram : 3b Angélique Compoint - Porte de Montmartre

Bus : 85, 95, 60, 137

Parking Porte Montmartre - Ibis Budget Hôtel

Contact : 0140119585 / librairie.avenue@wanadoo.fr

https://librairie-avenue.fr/

 

 

dimanche 12 mars 2023

LES CHRONIQUES D'EL BIB : LA FRATERNITÉ DES POLAIRES, Richard Raczynski

 


 

La Fraternité des Polaires, Richard Raczynski (Dualpha 2018). Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour la ligne éditoriale de cette maison, mais je dois admettre qu’elle nous livre un travail sérieux et bien documenté sur un sujet controversé. L’étude tord le cou à toute une série de légendes glauques (cf 1931) et essaie d’analyser en profondeur ce qu’était cette mystérieuse fraternité. On trouve à l’origine deux occultistes italiens installés à Paris. Le premier, Mario Fille se verra remettre par un vieillard italien, le père Julian, à qui il avait rendu service un manuscrit supposé contenir un grand secret. Il n’y prêtera pas attention sur le champ, mais le montrera ultérieurement à son ami César Accomani, dit Zam Bothiva, qui découvrira qu’il contient une forme d’oracle assez sophistiquée, basée sur des transpositions de lettres en chiffres et vice versa. Cette méthode aurait été mise au point par des Sages installés en Agartha. Enthousiaste, Zam Bothiva rédige un livre sur le sujet (Asia Mystériosa et les Mystères de Polaires, Dorbon Ainé, 1930) et avec son partenaire s’investit dans une Fraternité capable d’établir le contact avec l’Agartha. Fidèle reflet des sociétés occultes de l’époque, elle baigne dans la philosophie martiniste et flirte avec la Théosophie. Son Bulletin navigue dans les eaux de la Tradition Primordiale, de la Terre creuse, du Roi caché et recourt au moyen de communication en vogue à l’époque, le spiritisme. Ses propos publics sont placés sous le signe de la bonté, de la lutte contre le mal et de la nécessaire transformation de l’homme par lui-même. Les menaces de guerre planent alors sur l’Europe, et à l’instar de Dion Fortune en son temps, la Fraternité déploie toute une mécanique de prières pour repousser l’Antéchrist. Elle attirera nombre de chercheurs en occulte et un noyau d’intellectuels comme Maurice Magre, l’auteur du Sang de Toulouse (Flasquelle, 1931). Ce dernier consacrera du reste, sous le pseudonyme de René Tilly, un chapitre sur les Polaires dans La Magie à Paris (Éditions de France, 1934). Sans avoir la preuve formelle qu’il eût appartenu au groupe[1], Conan Doyle est fortement sollicité par les adeptes au cours de séances de spiritisme fidèlement retranscrites dans les bulletins. Pas de scoop ici sur le père de Sherlock Holmes, mais un exposé très complet sur spiritualisme de l’époque.

La liaison entre les Polaires et le Graal est certainement plus le fruit d’initiatives individuelles que d’une démarche ésotérique structurée. On se souvient que le jeune Otto Rahn est venu à Paris pour se documenter sur l’Ariège et ses légendes dans la cadre d’une thèse sur La recherche du maitre Kyiot de Wolfram. Le hasard amènera l’étudiant allemand à rencontrer, à la closerie des Lilas, le poète et ésotériste occitan, Maurice Magre. Celui-ci lui conseillera vivement s’investiguer en Ariège où les cathares auraient laissé de nombreuses traces, voire de précieux artefacts. Là commence la queste de celui qui deviendra pour certains « Indiana Jones » ! Contact est pris avec Antonin Gadal, président du syndicat d’initiatives d’Ussat-les-Bains et avec la comtesse de Pujol-Murat, présidente de La Société du Souvenir et du Graal. Plusieurs groupes de Polaires se précipitent sur place, ce qui n’est pas sans défrayer la chronique locale. Ce qui vaudra à un journaliste (en mal de copie ?[2]), D. Lamothe, un article « à sensation » daté du 6 mars : Est-ce une nouvelle ruée vers l’or ? Sous la conduite d’un allemand, un groupe de Polaires se livrent à des fouilles dans la région de Massat. L’allemand en question serait un certain Rams (qui deviendra Rahu dans un second article). Ils seraient à la recherche de reliques cathares et surtout du fameux Évangile de Saint Bartélémy. Mr Gadal, président du Syndicat d’Initiative d’Ussat, proteste vivement contre ces affabulations tendant à accréditer la présence du trésor des Cathares dans la région. Otto Rahn participera lui-même à la polémique en publiant le 10 mars un article A propos des Polaires dans lequel il explique sa démarche, purement historique. La suite on la connaît. Otto Rahn s’enthousiasmera à un tel point au mystère cathare qu’il sera surpris en train de rajouter ses propres graffitis à ceux des Parfaits pour démontrer ses thèses. Il commettra Croisade contre le Graal (1933), ouvrage remarqué par Himmler qui lui commandera une suite accréditant la thèse de l’origine aryenne des Cathares, La Cour de Lucifer (1937). Il ne trouvera ni le Graal, ni le château de Montsalvage, mais sera « récompensé » par une admission au sein de la SS, groupe dont il démisionnera. On le retrouvera « suicidé » en 1939.

Quant au groupe des Polaires, et malgré ses prières régulières en faveur de la Paix, il ne pourra éviter le déclenchement de la seconde guerre mondiale et disparaîtra dans les brumes de Thulé !

 




[1] Conan Doyle n’est du reste pas répertorié dans l’excellent annuaire des membres de la Fraternité qui figure dans l’ouvrage de Raczynski.

[2] Cela me fait bien évidemment penser au « lancement de l’affaire de Rennes-le-Château » par des journalistes de L’Indépendant à Limoux !


lundi 27 février 2023

PROUST VOYANT

 


Conférence de Bertrand Méheust
 

Le samedi 11 mars 2023
« Proust Voyant »

 


Présentation par le conférencier : 

Marcel Proust a bâti son œuvre dans le secret d’une chambre close, voyageant par l’esprit pour revivre son passé en le transfigurant par l’écriture. Si le sens de cette opération nous échappe aujourd’hui, elle était claire pour ses proches qui lui reconnaissaient des capacités de perception exceptionnelles. Son ami Reynaldo Hahn ne le qualifiait-il pas de « médium éveillé » ?

En replaçant l’œuvre de Proust dans le contexte des recherches de son temps sur les pouvoirs de l’esprit, c’est tout un pan de la Recherche du temps perdu qui s’éclaire. Télépathie, clairvoyance, prémonition – ces thèmes imprègnent le regard du narrateur, métamorphosant en un monde magique la petite société mesquine et matérialiste qu’il fréquente. La puissance évocatrice des noms, des lieux et des choses, jusqu’au projet de voyager dans la mémoire pour retrouver le temps perdu, toute la Recherche semble conçue comme une odyssée de la conscience élargie. Les résonances entre le projet littéraire de Proust et la recherche sur les phénomènes psychiques sont si nombreuses que pour en prendre la mesure, il mérite d’être situé parmi les explorateurs de l’esprit du début du XXe siècle, aux côtés d’Henri Bergson et de William James.

Le conférencier :

Bertrand Méheust, membre du Comité Directeur de l’IMI, philosophe et sociologue, est surtout connu en France comme un compagnon de route des sciences psychiques – parapsychologie et métapsychique. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages (La Découverte, Les empêcheurs de penser en rond ... J’ai lu), parmi lesquels :

« Somnambulisme et médiumnité »

« Les miracles de l’esprit »

« 100 mots pour comprendre la voyance »

«  Alexis Didier, un voyant prodigieux »

« La politique de l’oxymore »

« Jésus thaumaturge »

« Proust voyant »


 
Informations pratiques / Inscriptions

https://www.metapsychique.org/event/conference-de-bertrand-meheust-proust/


 


 





Le site de l'Institut Métapsychique International :  
http://www.metapsychique.org/ 

Le site de l'association des amis de l'IMI :  
http://www.a-imi.org/ 

Soutenez l'A-IMI en likant la page de l'association sur Facebook. 

51 rue l'Aqueduc  75010 Paris  
Tél : 0146072385 
contact@a-imi.org
 

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'INSTITUT, Stephen King

 


Stephen King a la forme, et son dernier thriller, L’Institut (Albin Michel 2020), est à mettre au-dessus du panier. On y retrouve une belle plume, l’environnement décadent de l’Amérique des profondeurs et un imaginaire étourdissant qui ne lasse pas de surprendre le lecteur. Un jeune garçon est enlevé de chez lui et se retrouve dans une chambre identique à la sienne, mais sans fenêtre. Et cet enfant, Like Ellis, est un surdoué qui était promis à de brillantes études. Il est désormais prisonnier d’un institut sans nom qui rassemble de jeunes pousses qui partagent toutes la particularité d’avoir des « dons » psychiques. Il s’agit manifestement d’un « élevage secret », géré par un encadrement strict, mais avec de curieuses libertés ; c’est ainsi que les enfants peuvent consommer de l’alcool et fumer des cigarettes. Après prise en mains et entraînements, les sujets disparaissent dans une partie ultra-protégée de l’Institut sur laquelle courent d’affreuses rumeurs. Luke prendra la tête d’une révolte fort discrète et parviendra à s’échapper. Les autorités démantèleront le dispositif qui n’est qu’un point dans réseau qui couvre l’ensemble de la planète. Et si ces fabriques de « bombes psychiques » avaient pour but de protéger l’humanité et prévenir de grandes catastrophes ? On aura droit ici à une sympathique petite « planche » sur les lois du hasard et les fausses probabilités mises en évidence par Bernoulli. Et puis, en bonus, on apprendra que lorsque les enfants sont en pleine action psychique éclatent dans leur tête des bulles de couleur. Stephen King les appelle « les lumières de Stasi », clin d’œil à la prison créée par l’Allemagne de l’Est pour infliger des tortures mentales.

Stephen King a la forme, et son dernier thriller, L’Institut (Albin Michel 2020), est à mettre au-dessus du panier. On y retrouve une belle plume, l’environnement décadent de l’Amérique des profondeurs et un imaginaire étourdissant qui ne lasse pas de surprendre le lecteur. Un jeune garçon est enlevé de chez lui et se retrouve dans une chambre identique à la sienne, mais sans fenêtre. Et cet enfant, Like Ellis, est un surdoué qui était promis à de brillantes études. Il est désormais prisonnier d’un institut sans nom qui rassemble de jeunes pousses qui partagent toutes la particularité d’avoir des « dons » psychiques. Il s’agit manifestement d’un « élevage secret », géré par un encadrement strict, mais avec de curieuses libertés ; c’est ainsi que les enfants peuvent consommer de l’alcool et fumer des cigarettes. Après prise en mains et entraînements, les sujets disparaissent dans une partie ultra-protégée de l’Institut sur laquelle courent d’affreuses rumeurs. Luke prendra la tête d’une révolte fort discrète et parviendra à s’échapper. Les autorités démantèleront le dispositif qui n’est qu’un point dans réseau qui couvre l’ensemble de la planète. Et si ces fabriques de « bombes psychiques » avaient pour but de protéger l’humanité et prévenir de grandes catastrophes ? On aura droit ici à une sympathique petite « planche » sur les lois du hasard et les fausses probabilités mises en évidence par Bernoulli. Et puis, en bonus, on apprendra que lorsque les enfants sont en pleine action psychique éclatent dans leur tête des bulles de couleur. Stephen King les appelle « les lumières de Stasi », clin d’œil à la prison créée par l’Allemagne de l’Est pour infliger des tortures mentales.

 

 

dimanche 26 février 2023

CONAN DOYLE ET LES POLAIRES

 

Conan Doyle et les Polaires, Bulletin des Polaires no 2/2 1931(suites dans 3/2 1931, 5/2 1931, 6/2 1932, 8/2 1931, 11/02 1931,10/2 1931, 12/2 1931)

 

Conan Doyle s’est éteint le 7 juillet 1930. Le 22 mai 1931, à l’instigation du secrétaire du Mémorial C.D., M ; Bradbrook, s’est tenue une réunion à Londres, afin d’         évoquer le disparu. Participaient à cette manifestation la veuve et les deux fils de l’écrivain. Étaient également présents plusieurs membres de la Fraternité des Polaires, dont Zam Bothiva, auteur de Asia Mysteriosa. La transcription a été publiée dans le bulletin du groupe, une société discrète dont le but est la recherche du Bien. La lutte contre le Mal fait appel à la prière notamment pour tenter d’éviter la guerre qui se profile à l’horizon. Une technique qui n’est pas sans rappeler celle de Dion Fortune[1] en son temps.

La connexion avec le défunt sera laborieuse au début, Conan Doyle n’étant pas encore libéré de toutes ses « coques astrales » qui l’empêchent de prendre totalement son essor vers la félicité. En d’autres termes, lorsqu’on réintègre le Plan Suprême, on perd sa personnalité, on rentre dans la Conscience Impersonnelle, dans l’Essence Créatrice appelée Dieu. Mais subsiste dans le processus la responsabilité personnelle de l’homme et l’une des premières choses qu’il découvre lorsqu’il quitte son corps physique, c’est le monde de sa propre pensée. C’est à un véritable cours de spiritisme auquel on assistera au fil des numéros du Bulletin, les transcripteurs ne conservant que les propos de « doctrine » en passant sous silence les éléments plus personnels (propos destinés à sa femme et à ses enfants ». Il est précisé que le but de ces entretiens est d’obtenir de Conan Doyle la preuve d’une existence après la mort.

Et de fait, Conan Dolyle[2] s’est fortement impliqué dans le spiritualisme. On a du reste coutume de dire que Conan Doyle passa une trentaine d’années dans l’occulte. C’est là une des grandes contradictions de l’auteur qui, de prime abord, affiche un « matérialisme cosmique » que ne renierait pas Lovecraft. Ne fait-il pas dire à Challenger dans La Ceinture Empoisonnée (1913) : « Pour lui, l’homme n’est qu’un « simple accident dans le processus ». C’est comme si l’écume sur la surface de la mer s’imaginait que l’océan était créé pour la produire et la maintenir ; ou comme si une souris dans une cathédrale croyait que la cathédrale avait été édifiée pour lui servir de résidence. »

Malgré son agnosticisme et son grand scepticisme, l’écrivain était pourtant torturé par les choses de l’esprit. Il fera deux passages en Franc-Maçonnerie. En 1887, il est nommé maître maçon à la Phoenix Lodge qu’il quittera en 1889, puis participe de 1902 à 1911 à la loge Mary’s Chapel.

Mais sa véritable « préoccupation » reste « la vie dans l’au-delà ». Conan Doyle pratique activement le spiritisme chez le Général Drayson entre 1885 et 1888, écrit en 1885 The Great Keinplatz Experiment, sur le thème du mesmérisme et des expériences sur le corps astral, adhère en 1891 à la Société de Recherches Psychiques, écrit en 1921 The wanderings of a spiritualist, ouvre une librairie « The Psychic Bookshop » dans le Strand en 1925, publie en 1926 L’Histoire du Spiritualisme. Il traduira également en 1924 l’ouvrage de Léon Denis sur Jeanne d’Arc. Rappelons que  Léon Denis (né à Foug, le 1er janvier 1846, décédé à Tours, le 12 avril 1927) fut un philosophe spirite et, aux côtés de Gabriel Delanne et Camille Flammarion, un des principaux continuateurs du spiritisme après le décès d'Allan Kardec. Il fit des conférences à travers toute l'Europe dans des congrès internationaux spirites et spiritualistes, défendant activement l'idée de la survie de l'âme et ses conséquences dans le domaine de l'éthique dans les relations humaines (wiki).

La sensibilité de Doyle à « l’autre monde » s’explique peut-être parce qu’il avait été profondément affecté par de nombreux décès familiaux (épouse, enfants, jeune frère, tous foudroyés notamment par la pneumonie). Il fera du Pr Challenger un adepte du monde des esprits dans sa dernière aventure (1928, Quand la terre hurla).

Sa seconde femme l’accompagnera dans ses aventures psychiques, d’autant qu’elle semblait avoir des prédispositions en la matière. Lauric Guillaud rapporte :

Le 10 décembre 1922, Jean, l’épouse de Doyle, entre en contact par transes avec un esprit du nom de Pheneas, un scribe chaldéen qui aurait vécu trois mille ans av. J.-C. Ce « guide spirituel » révèle les détails de l’avenir atlantidien du monde moderne. L’humanité sombrerait « dans un abîme de mal et de matérialisme » et des milliers d’esprits malins se préparaient à « causer tremblements de terre et raz-de-marée »[3]. Il appartient à l’Angleterre d’être « le phare de ce monde de ténèbres », « centre vers lequel se tournera le monde entier »[4]. Le message de Pheneas correspond ainsi à celui que livre « La Ceinture empoisonnée », d’autant que Doyle évoque un gaz mortel qui envahirait la terre, mais contre lequel les Élus (les spirites), seraient immunisés, ce qui leur permettrait d’inaugurer un nouvel ordre spirituel[5]. Manifestement, Conan Doyle prend les révélations de Pheneas pour argent comptant (LG).

On lui doit également une contribution sur les « fées de Cottingley » et plus généralement sur l’existence du « Petit Peuple ». L’affaire des fées de Cottingley, fait référence à une célèbre série de cinq photographies prises au début du XXe siècle par Elsie Wright et Frances Griffiths, deux jeunes cousines qui vivent à Cottingley, près de Bradford, dans la région du Yorkshire en Angleterre. Elles montrent les deux filles en compagnie de fées et d’autres créatures du petit peuple. En 1917, lorsque les deux premières photos sont prises, Elsie est âgée de 16 ans et Frances de 10. Ces photos attirent l'attention de Arthur Conan Doyle, qui s'en sert pour illustrer plusieurs articles sur le sujet ainsi qu'un livre, The Coming of the Fairies. Il avait été en effet chargé d'écrire sur le sujet dans l’édition du Strand Magazine pour Noël 1920. Conan Doyle, qui est spiritualiste, se montre enthousiasmé par les photographies et les interprète comme une preuve concrète de la réalité des phénomènes psychiques. La réaction du public est plus mitigée, certains pensent que les images sont authentiques, d'autres estiment qu'elles sont truquées (wiki).



[1] Cf Littératures Maudites 2018 (EODS 2019)

[2] Id ;

[3] Cité par J. L. Meikle, « Over There : A. C. Doyle and Spiritualism », Critical Essays on Sir A. C. Doyle, op. cit., pp. 278-279.

[4] Voir J. McCearney, Arthur Conan Doyle, Paris, La Table Ronde 1988, p. 324.

[5] Voir D. Stashower, Teller of Tales.The Life of A. C. Doyle, op. cit, p. 428.

vendredi 24 février 2023

JEAN HAUTEPIERRE A LOS ANGELES

 


Bonjour,

Je présenterai LOS ANGELES, ma nouvelle tragédie en vers, le samedi 4 mars 2023 à 16h00 à la librairie La Lucarne des écrivains (115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris, M° Crimée) .

Dans cette pièce, la roulette n’est pas sans points communs avec le jeu de tarot – et le Grand-Œuvre alchimique, parce qu’il a été arrêté au milieu de sa course, délivre des pouvoirs qui sont autant de malédictions. Un croupier qui proclame les arrêts du Destin, une possession démoniaque lors d’une soirée gothique et un terrifiant orage qui recouvre tout l’horizon sont-ils les signes avant-coureurs de la damnation de Stello et de la mort du monde ? Des monstres, une descente aux Enfers, mais aussi de sublimes apparitions ponctuent cette œuvre qui se veut, avant toute chose hormis sa qualité de poème scénique (car il est ici une exigence suprême : celle du grand art), une évocation du Destin et des moyens de le dépasser.

Qu’importe si tu mens et si tu n’es qu’un songe
Qui s’évanouira dans le jour qui s’allonge,
Une étincelle, ardente étoile dans les cieux
Dont l’or évanescent fit un soir glorieux,
Car l’éblouissement de ta vive lumière
Me suivra jusqu’au seuil de nos heures dernières ;
Et si tout doit finir dans les flots du Léthé,
Tout ce qui fut et qui n’est plus, aura été.