mercredi 23 septembre 2026
COLLOQUE STELLA INCOGNITA
samedi 19 septembre 2026
vendredi 11 septembre 2026
jeudi 10 septembre 2026
jeudi 3 septembre 2026
JEAN-MICHEL NICOLLET EXPOSE
jeudi 27 août 2026
samedi 22 août 2026
LE CATALOGUE DES LIVRES IMAGINAIRES
Ces livres n’existent pas — leur catalogue vient pourtant de remporter un vrai prix
Des ouvrages perdus, abandonnés avant d’être achevés, ou purement inventés par Borges, Lovecraft et d’autres écrivains : Reid Byers leur a donné une existence matérielle, puis un catalogue. Oak Knoll Press vient de recevoir pour ce dernier un Leab Award de l’ACRL. Une récompense très officielle pour une bibliographie qui travaille, avec un sérieux imperturbable, sur l’impossible.
Les bibliophiles connaissent la rareté. Reid Byers a choisi sa forme définitive : le livre absent. Le 13 août, l’American Library Association a dévoilé les Leab Awards 2026, décernés par l’Association of College and Research Libraries (ACRL), l’une de ses divisions. Dans la catégorie imprimée « Excellence in Description », Oak Knoll Press est récompensé pour Imaginary Books : Lost, Unfinished, and Fictive Works Found Only in Other Books, de Reid Byers.
Pas tout à fait un Goncourt du néant, donc. Les Katharine Kyes Leab and Daniel J. Leab American Book Prices Current Exhibition Catalog Awards distinguent des dispositifs éditoriaux accompagnant des présentations de documents issus de bibliothèques, d’archives et de collections spéciales. Après une interruption de 2022 à 2025, le programme a été relancé avec de nouveaux critères. Et, pour la première fois en 2026, le choix des lauréats est passé par un vote des membres de l’ACRL et de sa Rare Books and Manuscripts Section.
Bibliographier ce qui n’est pas là
Le volume primé prolonge Imaginary Books, présenté au Grolier Club de New York du 5 décembre 2024 au 15 février 2025, avant de poursuivre sa route en Californie puis dans le Maine. L’institution new-yorkaise annonçait « environ 100 livres » et pièces associées. Tous sont des simulacres : des objets conçus avec le concours d’imprimeurs, relieurs, artistes et calligraphes pour donner une enveloppe matérielle à des textes qui, pour des raisons très différentes, ne peuvent plus — ou n’ont jamais pu — être posés sur une table.
Trois espèces peuplent cette collection. Les ouvrages perdus ont été écrits, mais aucun exemplaire n’en subsiste ; les projets inachevés sont restés au stade de l’intention ou du chantier ; les titres fictifs, enfin, n’existent que dans un autre récit. Autrement dit : une pièce réputée disparue, un manuscrit abandonné et le Necronomicon de Lovecraft peuvent se retrouver voisins de rayon. Ce qui, dans une bibliothèque ordinaire, poserait quelques problèmes de catalogage.
Le dispositif se garde pourtant de traiter tous ces fantômes de la même façon. Le Grolier Club présente ainsi Love’s Labours Won comme la suite perdue de Love’s Labour’s Lost, de Shakespeare. Plus loin, Reid Byers donne forme à One Must First Endure, ouvrage attribué à Ernest Hemingway : sa notice part de la disparition à Paris, en 1922, des manuscrits que Hadley Hemingway transportait avec elle pour imaginer ce que ce premier roman aurait pu devenir une fois publié.
Voilà tout l’intérêt de l’entreprise : les indices historiques et l’invention ne se confondent pas, mais la fabrication matérielle les installe sur les mêmes étagères.
L’impossible, relié pleine toile
Avec les volumes issus de la fiction, au moins, personne ne risque de réclamer l’original. La notice du Necronomicon attribue au grimoire imaginé par H. P. Lovecraft un auteur, Abdul Al-Hazred, une impression vénitienne chez Gabriel Giolito de Ferrari et Fratelli, et même une date : 1541. Elle précise encore que l’exemplaire présenté serait celui de John Dee. Tout est fabriqué, naturellement — et tout est décrit avec l’application bibliographique qu’exigerait un incunable parfaitement réel.
Même traitement pour The Book of Sand, de Borges, volume sans commencement ni fin, ou The History and Practice of English Magic, ouvrage inventé à l’intérieur de Jonathan Strange & Mr Norrell, de Susanna Clarke. Le jeu ne consiste donc pas simplement à produire de beaux accessoires : chaque faux livre reçoit les signes matériels et bibliographiques qui lui permettraient presque de franchir la frontière de son récit d’origine.
Une ambiguïté très officielle
Le 18 août, ACRL Insider a complété l’annonce du palmarès en donnant la parole à Reid Byers. L’auteur se dit « honoré et ravi », mais reconnaît aussitôt un léger problème : une récompense authentique convient-elle vraiment à des travaux bibliographiques consacrés à l’imaginaire ? Il évoque joliment « l’ambiguïté ontologique du compliment », avant de s’en remettre au vote des membres.
La distinction, elle, n’a rien de fictif. La catégorie salue précisément la qualité descriptive d’un catalogue d’exposition : documentation des pièces, appareil historique, interprétation et contextualisation. Oak Knoll Press obtient donc un prix professionnel parfaitement réel pour avoir publié un ouvrage qui décrit méthodiquement des livres perdus, inachevés ou inventés. Reid Byers peut conserver son doute ontologique : son catalogue figure, lui, noir sur blanc au palmarès 2026.
Crédits : Prospero, Miranda et Ariel, illustration de The Tempest de Shakespeare - artiste inconnu
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
jeudi 20 août 2026
mardi 18 août 2026
NUIT DES LEGENDES 8 DANS LA LETTRE DU CROCODILE
/image%2F0562708%2F20260818%2Fob_98bc72_couv-nuit-des-legendes-8.jpg)
Nuit des Légendes n° 8. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
Le huitième volume de Nuit des Légendes rassemble les textes des conteuses et conteurs qui ont participé à la Nuit des Légendes du 25 juillet 2025 à Pleuven et de celles et ceux qui animèrent la Balade contée du 12 septembre 2025. Nous retrouvons Ludovic Souliman, Stéphanie Rondot, Almine Quinet, Yannick, Anne-Claire Bourdon, Marie-Thé Sainrat, Alain Sainrat, Claude Arz.
En introduction, Claude Arz, président de l’association Nuit des Légendes, revient sur l’évolution de la littérature orale « métissée grâce au talent des conteuses et des conteurs qui colportent de nouvelles histoires, souvent traditionnelles, de plus en plus urbaines, sociales et quelquefois frondeuses ».
Il distingue deux visages dans le conte contemporain : le conte traditionnel et le conte urbain.
« D’un côté, dit-il, il y a le conte traditionnel, incarné par des conteurs qui évoquent les mythologies et les récits des temps anciens […] réveillant chez les auditeurs d’antiques merveilles et peurs enfouies dans l’inconscient collectif. »
« De l’autre côté, il y a le conte urbain, incarné par des conteurs qui sont les témoins de la vie contemporaine. Ils deviennent alors des chroniqueurs, dressant des portraits de femmes et d’hommes vivant dans les mégalopoles, sur les routes, les chantiers, les marchés, dans les bars. »
Ce recueil mêle les deux types de contes pour le plus grand plaisir de l’auditeur comme du lecteur :
Fortunes de mer, Fortunes de terre par Ludovic Souliman – Contes de la Nuit, de la Lune et des Etoiles de Stéphanie Rondot – Quand le diable s’invite à Noël par Aline Quinet – Les chevaux de la nuit par Yannick – Paquita d’Anne-Claire Bourdon – Les menhirs amoureux par Alain Sainrat – Le tisserand de Marie-Thé Sainrat – Les deux vieux chênes par Claude Arz…
Voyons ce diable qui s’invite inopinément :
« Seule dans sa maison, Léna entend soudain frapper à la porte :
- Toc toc ! Puis-je entrer Léna ? Avec la mauvais temps, j’aimerais me chauffer un peu.
Solidarité bretonne oblige, Léna ouvre la porte de la maison.
- Approchez-vous du feu et réchauffez-vous à la bûche de Noël.
Le visiteur du soir, qui se présente comme sabotier, lui offre alors une paire de sabots. Qu’ils sont beaux ces sabots, avec leur couleur brillante comme l’or, leurs fleurs bariolées… Ce sont les plus jolis botoù-koad (sabots de bois) que Léna ait jamais vus. Des sabots de reine !
Léna essaie les sabots et est aussitôt prise d’un tournis de pensées qui ne sont pas très chrétiennes… »
mercredi 12 août 2026
LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE KITAB, Bernard Stabile
Ah le Kitab ! Mais dans le roman éponyme de Bernard Stabile (Art Palatium 2025), il ne s’agit pas du Necronomicon, mais du Kitab el-Quanoun el-Mukadess, le livre sacré de la Connaissance chez les Druzes. Un ouvrage convoité par une multitude d’acteurs dans les Terres d’Orient au XII ème siècle. On s’y perd entre Templiers, Francs, Chrétiens, Juifs, Mahométans, Druzes, Sarrasins, Ismaéliens, pour ne pas citer les Celtes qui survivent dans les forêts profondes des Terres du Nord. Le roman mettra en scène le Templier Roland et sa compagne, la belle Innana, chargés de protéger l’ouvrage sacré et de le mettre en pratique. On aura droit à une magnifique plongée initiatique, dans les arcanes de la Connaissance et de l’Amour Magique. Innana ne porte-t-elle pas le nom de la déesse des Druzes, figure légendaire qui se transformera en Marie et en incarnation sublime du Féminin Sacré. Le périple des deux amants est d’une grande richesse et nous conduit à goûter aux plaisirs du Jardin des Délices des Assassins, à l’ivresse qui se dégage des grandes bibliothèques et des scriptoriums cachés dans des abbayes, temples de l’érudition. On assistera au long cheminement qui conduit à la réalisation du grand œuvre alchimique, à la découverte des secrets du Sepher Yetsirah et à la naissance de la corporation des Compagnons Bâtisseurs, constructeurs des Cathédrales qui ne sont autres qu’un poème de Pierre à la gloire de la Femme Ultime.
Parallèlement, et de nos jours, le libanais Walid arrive à Chartres et se précipite dans la Cathédrale. Il est originaire de Jehline au Mont Liban, ville où avait jadis résidé Innana. Il a entendu parler d’un lourd secret, transmis par les Bâtisseurs. Mais je ne spoilerai pas la chute, magnifique. Le livre est bien écrit, avec une jolie couleur grâce au recours au vieux français et à la langue des oiseaux !
LES NOTES DU LABORATOIRE ODESIEN DE L’IMPOSSIBLE
KITĀB AL-QĀNŪN AL-MUQADDAS
(Le Livre de la Loi sacrée)
Statut : manuscrit apocryphe contemporain.
Origine supposée : Mont-Liban (tradition druze).
Première apparition connue : roman KITAB de Bernard Stabile.
Présentation
Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas est présenté comme un manuscrit d'une antiquité exceptionnelle, jalousement conservé par certains initiés de la communauté druze. Selon le récit, il aurait été rédigé sur un support de peau humaine et renfermerait une doctrine capable de bouleverser les fondements des religions révélées.
Aucune source historique, archéologique ou philologique ne confirme cependant l'existence d'un tel ouvrage. Les recherches dans les catalogues de manuscrits arabes, les études sur la littérature druze et les grandes bibliographies orientalistes n'ont, à ce jour, livré aucune mention indépendante de cette dénomination.
Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas doit donc être considéré, dans l'état actuel des connaissances, comme une création littéraire moderne.
Analyse linguistique
Le titre est composé de trois mots arabes parfaitement authentiques :
Kitāb (كتاب)
: livre.
al-Qānūn (القانون)
: la loi, la règle, le canon.
al-Muqaddas (المقدّس)
: sacré.
Une traduction littérale donne :
Le Livre de la Loi sacrée
ou
Le Livre du Canon sacré.
La translittération utilisée dans le roman (El-Quanoun-El-Mukadess) évoque davantage les usages orientalistes français du XIXᵉ siècle que les normes scientifiques actuelles (DIN 31635 ou ALA-LC). Ce choix contribue à donner au titre une coloration ancienne et exotique.
Les Druzes
L'attribution du manuscrit aux Druzes participe clairement de cette stratégie narrative.
Cette communauté religieuse, née au XIᵉ siècle, possède effectivement des textes ésotériques réservés aux initiés, les Rasāʾil al-Ḥikma (« Épîtres de la Sagesse »). Leur accès est traditionnellement limité aux ʿuqqāl (« les sages »), tandis que les fidèles ordinaires (juhhāl) n'en connaissent que les principes généraux.
Ce caractère confidentiel a souvent nourri, depuis les Croisades, les spéculations occidentales. Les Druzes ont ainsi été associés, sans fondement historique solide, aux Templiers, aux Assassins, aux Ismaéliens ou encore à diverses traditions hermétiques.
Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas exploite manifestement cette réputation de discrétion.
Construction d'un grimoire fictif
Le procédé employé rappelle plusieurs ouvrages célèbres.
|
Livre |
Auteur |
Nature |
|
Necronomicon |
Lovecraft |
Faux livre médiéval |
|
Livre de Dzyan |
Helena Blavatsky |
Source théosophique mythique |
|
Liber Ivonis |
Robert Bloch |
Faux grimoire lovecraftien |
|
De Vermis Mysteriis |
Robert Bloch |
Faux traité démonologique |
|
Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas |
Bernard Stabile |
Faux manuscrit oriental |
On retrouve plusieurs constantes :
- un titre dans une langue ancienne ;
- une origine géographique difficilement vérifiable ;
- une transmission initiatique ;
- un contenu interdit ;
- une disparition des exemplaires connus.
Ces éléments sont caractéristiques de la littérature ésotérique moderne.
Pourquoi ce titre est-il crédible ?
L'auteur semble avoir combiné plusieurs références culturelles.
Le mot Qānūn renvoie immédiatement, dans le monde islamique, au célèbre Canon de la médecine d'Avicenne (Kitāb al-Qānūn fī al-Ṭibb). Il évoque donc un texte faisant autorité.
Le terme Muqaddas appartient au vocabulaire religieux classique.
L'ensemble possède ainsi une vraisemblance linguistique suffisante pour convaincre un lecteur non arabisant.
Symbolique
Le livre devient moins un objet historique qu'un archétype.
Il représente :
- la Tradition perdue ;
- le savoir interdit ;
- la révélation cachée ;
- la mémoire des civilisations disparues.
Sous cet angle, il rejoint la famille des grands livres mythiques :
- le Necronomicon ;
- le Livre de Thot ;
- les Tables d'Émeraude ;
- le Livre de Dzyan ;
- le Liber Mundi ;
- le Livre d'Hénoch.
Appréciation critique
D'un point de vue philologique, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas ait jamais existé.
D'un point de vue littéraire, en revanche, sa construction est particulièrement habile. Bernard Stabile mobilise des éléments réels (la langue arabe, les Druzes, le prestige du mot Qānūn) pour produire un objet fictif doté d'une forte crédibilité. Cette technique s'inscrit dans une tradition inaugurée par les grands auteurs de fantastique érudit, qui consiste à créer un manuscrit imaginaire si vraisemblable qu'il semble avoir traversé les siècles.
***
INNANA
Qui est Inanna ?
Inanna est une déesse aux multiples visages. Elle incarne simultanément :
- l'amour et la sexualité ;
- la fécondité (mais paradoxalement, elle n'est pas une déesse maternelle) ;
- la guerre et la victoire ;
- la royauté sacrée ;
- l'étoile du matin et du soir, c'est-à-dire la planète Vénus.
Cette réunion des contraires est caractéristique de sa personnalité. Elle peut apporter la vie, l'amour et la prospérité, mais aussi la destruction, la folie ou la guerre.
Son nom
Le nom Inanna signifie probablement :
« Dame du Ciel »
(en sumérien NIN.AN.NA).
Chez les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens, elle devient Ishtar, sans perdre ses attributs essentiels.
Les grands mythes
La Descente aux Enfers
C'est probablement son récit le plus célèbre.
Inanna décide de descendre dans le royaume des morts gouverné par sa sœur, Ereshkigal.
À chacune des sept portes des Enfers, elle doit abandonner un de ses emblèmes :
- sa couronne,
- son collier,
- ses bijoux,
- ses vêtements,
- etc.
Elle arrive nue devant sa sœur.
Ereshkigal la fait tuer et suspendre à un crochet.
Pendant trois jours, la vie sur Terre semble s'arrêter.
Grâce à l'intervention du dieu de la sagesse Enki, Inanna est ressuscitée.
Mais une loi des Enfers exige qu'elle fournisse un remplaçant.
Elle choisit alors son époux, Dumuzi, qui devra passer une partie de l'année aux Enfers.
On retrouve ici un thème qui annonce de nombreux mythes ultérieurs : mort, résurrection et alternance saisonnière.
Le mariage sacré
Inanna s'unit rituellement à Dumuzi.
Ce mariage symbolise :
- la fertilité de la terre ;
- la prospérité du royaume ;
- la légitimité du roi.
Dans plusieurs cités sumériennes, le souverain jouait le rôle de Dumuzi lors d'une cérémonie annuelle.
Le vol des "Me"
Les Me sont des pouvoirs divins représentant tous les fondements de la civilisation :
- royauté,
- écriture,
- artisanat,
- musique,
- justice,
- sexualité,
- guerre,
- etc.
Inanna les obtient d'Enki, parfois par ruse, parfois après l'avoir enivré.
Grâce à eux, la civilisation est transférée à Uruk.
Une déesse de paradoxes
Elle est à la fois :
|
Aspect |
Signification |
|
Prostituée sacrée |
Sexualité divine |
|
Vierge |
Indépendance |
|
Guerrière |
Violence sacrée |
|
Reine |
Pouvoir politique |
|
Astre |
Cosmologie |
|
Magicienne |
Transformation |
Cette accumulation de fonctions est exceptionnelle dans l'Antiquité.
Son symbole
On lui associe notamment :
- l'étoile à huit branches ;
- le lion ;
- la planète Vénus ;
- le roseau et le faisceau royal.
Le lion devient progressivement l'un de ses attributs favoris, annonçant déjà l'iconographie d'Ishtar.
Influence sur les religions ultérieures
Les spécialistes restent prudents, mais plusieurs motifs d'Inanna ont eu une très longue postérité :
- la descente au royaume des morts ;
- la mort suivie d'un retour à la vie ;
- le dieu ou la déesse qui assure le retour de la fertilité ;
- la planète Vénus comme symbole religieux.
On retrouve des échos de ces thèmes dans les mythologies syriennes, cananéennes, grecques (notamment avec Aphrodite pour certains aspects et Perséphone pour d'autres), puis dans de nombreuses traditions ésotériques modernes.
Pour les chercheurs de l'ésotérisme
Inanna est souvent considérée comme une figure archétypale de la Grande Déesse, mais cette lecture est largement moderne. Les textes mésopotamiens présentent avant tout une divinité complexe, ambivalente et profondément enracinée dans la religion sumérienne, plutôt qu'une déesse-mère universelle.
dimanche 9 août 2026
LA BIBLIOTHÈQUE INVISIBLE
J'aime tellement les livres que je n'en ai jamais assez. Alors j'en invente de nouveaux.
Moi
Une petite étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible.
La bibliothèque invisible
Essai sur les faux grimoires et les livres imaginaires de l'ésotérisme
avec une progression historique.
I. Les ancêtres antiques
Avant même les romans modernes, l'Antiquité connaissait déjà des ouvrages attribués à des auteurs mythiques :
- Hermès Trismégiste ;
- Zoroastre ;
- Orphée ;
- Musée ;
- Ostanès ;
- Salomon.
Le procédé consiste déjà à donner davantage de poids à un texte en l'attribuant à une autorité quasi surnaturelle.
II. Le Moyen Âge
Apparaissent les grands livres de magie.
- Clavicules de Salomon
- Picatrix
- Livre d'Honorius
- Abramelin
La plupart sont bien réels... mais leur attribution est fictive.
Le phénomène commence ici à devenir fascinant.
III. Le XIXe siècle
Explosion des manuscrits mystérieux.
- Manuscrit de Voynich
- Livre de Dzyan
- Tables d'Émeraude (dans leurs réinterprétations modernes)
- Manuscrits rosicruciens
Le goût romantique adore les textes perdus.
IV. Lovecraft
Là, tout change.
Le Necronomicon n'est plus seulement un accessoire.
Il possède :
- une bibliographie,
- des traductions,
- des propriétaires,
- des éditions,
- des bibliothèques où il est consultable.
Lovecraft invente pratiquement une archéologie du faux livre.
V. Après Lovecraft
Le procédé devient universel.
On voit apparaître :
- Liber Ivonis
- Cultes des Goules
- De Vermis Mysteriis
- Unaussprechlichen Kulten
- Kitab al-Qānūn al-Muqaddas
- Stantiae ante Mundi (chez François Lange)
- des dizaines d'autres créations contemporaines.
VI. Les règles de fabrication
Je crois qu'on peut les formaliser.
Règle n°1
Le titre doit sembler ancien.
Jamais :
Le Grand Livre Secret.
Toujours :
Liber...
Kitab...
Codex...
Sefer...
Clavis...
Règle n°2
Une langue prestigieuse.
- latin
- grec
- arabe
- copte
- hébreu
Jamais le français moderne.
Règle n°3
Une origine difficile à vérifier.
Jamais Paris.
Toujours :
- Tibet
- Yémen
- Mont Athos
- Désert syrien
- Mont-Liban
- Abyssinie
- Samarcande
Règle n°4
Une transmission fragmentaire.
Le livre est :
- perdu,
- incomplet,
- brûlé,
- censuré,
- connu par des copies.
Jamais facilement consultable.
Règle n°5
Le contenu reste partiellement inconnu.
Le lecteur n'apprend jamais tout.
On cite seulement quelques phrases.
C'est précisément ce qui entretient le mystère.
VII. Borges
Borges est probablement celui qui a compris le mieux le pouvoir des livres imaginaires.
Le Livre de sable.
Tlön.
La Bibliothèque de Babel.
Chez lui, le livre devient presque un être vivant.
Je suis persuadée que Lovecraft et Borges représentent les deux grands pôles modernes de la mythologie du livre impossible.
VIII. Umberto Eco
Eco pousse encore plus loin cette idée.
Dans Le Nom de la rose, ce n'est pas seulement un manuscrit qui est dangereux.
C'est la lecture elle-même.
Le livre devient un poison.
IX. Internet
Aujourd'hui, le phénomène connaît une nouvelle vie.
Un faux manuscrit peut rapidement être présenté comme authentique, recopié, cité, commenté, jusqu'à brouiller la frontière entre fiction et croyance.
C'est un terrain d'étude passionnant pour l'histoire des idées contemporaines.













