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mercredi 23 septembre 2026

COLLOQUE STELLA INCOGNITA

Colloque Stella Incognita – Lyon – 7-8-9 avril 2027 Sciences & Science-fiction. Faits, fake news, dissimulations et vérité Société savante Stella Incognita — Études de la Science-fiction Lyon 1 — Culture Humaniste, Artistique et Scientifique (CHAS) Laboratoire S2HEP (UR 4148) — Appel à communications Par son nom et ses réalisations, la science-fiction entretient un rapport fort avec les sciences et les technologies. On ne compte plus les images de fusées, de cyborgs, d’expériences scientifiques, d’ordinateurs et de machines informatiques... Parfois, ces images font sourire les scientifiques et les ingénieurs — qui ne croient pas un instant aux génies solitaires et aux objets techniques conçus et fabriqués en un clin d’œil. Le récit a souvent une exigence de rapidité qui peut agacer. Mais au-delà de cela, la science-fiction présente un intérêt majeur qui lui fait pardonner ses pirouettes : elle parle de science et de technologie. Elle en parle, et, ce faisant, elle distille des perles de savoirs dans le corps social ; elle interroge le pouvoir que ces savoirs apportent ; elle infuse quelques bribes de la démarche scientifique et de ses aléas ; et elle questionne la politique dans son rapport à la connaissance et à la vérité. Comme médiatrice de savoirs, on peut mentionner Le Voyage fantastique (1966), film de Richard Fleischer qui, par bien des aspects, illustre la vision physiologique de Claude Bernard et fait écho à son interrogation de chercheur : « si nous pouvions être un globule de sang… » [1]. Autre exemple : Vingt Mille Lieues sous les mers (1889) de Jules Verne, fait découvrir une vie marine avant la création du Musée océanographique de Monaco (1910) et les documentaires du commandant Cousteau. Plus près de nous, Neuromancien, de William Gibson, parle de monde virtuel avant même qu’il n’existe ; etc. Comme interrogatrice des pouvoirs conférés par les savoirs, elle ne cessent, la plupart du temps, de souligner l’absence de neutralité de ces pouvoirs, et leur ambivalence. Les savoirs ont un effet dans le monde réel, un pouvoir, et ce pouvoir a des effets à la fois positifs et négatifs. La science-fiction est ainsi une sorte d’école de l’usage, une école d’exploration des conséquences pour parvenir au bon usage. Par exemple, L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de mister Hyde (1886), de Robert Louis Stevenson, n’est pas seulement une illustration du syndrome de dédoublement de personnalité — identifié la même année — mais aussi une interrogation sur l’aléa de la recherche, sur la dépendance et sur l’impureté chimique dans un produit pharmaceutique. Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), de Mary Shelley, n’est pas seulement une histoire de monstre et une illustration du mythe de l’apprenti sorcier. Il est aussi une interrogation sur la responsabilité du chercheur. Le Docteur Lerne (1908) de Maurice Renard n’est pas seulement une histoire de greffe, mais aussi une réflexion sur l’hybridité corporelle, sur l’intimité psychologique et somatique. Comme questionnement du politique dans son rapport au savoir, à la vérité et à la contrevérité, les œuvres classiques abondent. Nous autres (1920), d’Evgueni Zamiatine, est un questionnement de la dictature panoptique et une réfléxion sur notre appartenance à la nature. Le Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley, pose la tension bonheur vs vérité. Swastika Night (1937) de Katharine Burdekin, expose la dévalorisation des femmes par un régime masculiniste inspiré du nazisme. 1984 (1949), de George Orwell, souligne la manipulation des esprits et la dissolution du rapport à la vérité. Le cycle Fondation (1951-1953) d’Isaac Asimov reprend l’idée d’une science de prédictions sociales, déjà présente chez Nicolas de Condorcet, pionnier des statistiques et des probabilités. Le même esprit d’interrogation socio-culturelle ne s’est jamais tari, et, parmi bien des œuvres, on peut citer Le Ministère du Futur (2020) de Kim Stanley Robinson sur le réchauffement climatique, et le cycle récent Terra Ignota (2016-2021) d’Ada Palmer, où histoire, science, technologie et politique entrent en écho. Ce ne sont pas seulement la physique, la biologie et l’ingénierie qui sont sur la sellette, mais aussi la sociologie, la psychologie, l’économie et l’histoire. Ainsi, le rapport de la science-fiction à la vérité et à la connaissance est plus complexe qu’il n’y paraît. En tant que littérature de l’imaginaire, la distance semble évidente, et pourtant la science-fiction repose sur deux règles encadrant cet imaginaire — du moins la plupart du temps. La première est l’exigence de vraisemblance et le refus du surnaturel, ce qui la distingue du merveilleux et de la fantasy. La seconde est la construction du récit sur une structure hypothético-déductive, « si… alors... », mise en évidence dès 1909 par Maurice Renard [2]. On introduit ce que Darko Suvin appelle un novum [3] et on en tire les conséquences. Cela induit dans la science-fiction une attention particulière à la cohérence. Par ailleurs, cela la rapproche à la fois des expériences de pensée des philosophes, et des hypothèses théoriques des scientifiques. De ce fait, dans une bonne partie des œuvres de science-fiction, le rapport à la vérité et à la vraisemblance est manifeste. Même si la science-fiction s’affranchit allégrement de toute expérimentation, il n’en demeure pas mois que dans sa structure-même elle entretient une certaine connivence avec la démarche scientifique. Cette proximité est d’autant plus notable que bien des auteurs et autrices ont une formation scientifique : Evgueni Zamiatine (ingénieur naval), Aldous Huxley (petit-fils et frères de théoriciens de l’évolution), Isaac Asimov (biochimiste), Stanislas Lem (études de médecine), Le Guin (fille d’anthropologues), Greg Bear (biologiste), Ada Palmer (historienne), etc. Cette culture ne les empêche pas de se glisser dans les règles de la littérature, mais elle les rend particulièrement sensibles à la recherche de cohérence, au respect de l’exigence de vérité. Beaucoup se nourrissent d’une très solide documentation. Le mensonge, la distorsion, la manipulation, le mépris des faits : tout ceci leur répugne. Beaucoup ont ainsi exploré la dynamique des contrevérités, bien avant notre âge de fake news, de vérités « alternatives » et d’« influenceurs » par réseau sociaux. Ce colloque souhaite ainsi explorer à la fois comment la science-fiction parle de la recherche et de la construction des savoirs et des techniques, mais aussi comment ce savoir circule ou circule mal, ou dans la distorsion. Il souhaite aborder la question des effets de la science dans la société (ou de leur défaut d’effet), et celle des effets de la société dans la science. Les propositions de communication pourront concerner toutes les modalités de la science-fiction : romans, films, séries, bandes dessinées, animation, peinture, sculpture, jeux vidéo, jeux de rôle… Ces propositions pourront utiliser des champs disciplinaires variés : analyses littéraires, approches culturelles, anthropologie, philosophie, sociologie, histoire, approche par les sciences et les technologies, ingénierie, design, histoire de l’art, etc. Elles pourront concerner toutes les aires culturelles et aborder tous les temps historiques, y compris le monde contemporain. [1] Grmek (Mirko) : Le legs de Cl. Bernard, pp. 139, citant un cahier de recherche de Claude Bernard [2] Renard (Maurice) : « Du roman merveilleux-scientifique et de son action sur l’intelligence du progrès », Le Spectateur, n°6, oct. 1909, repris dans Maurice Renard : Romans et contes fantastiques, Paris, Robert Laffont, 1990, pp. 1205-1213 [3] Suvin (Darko) : Metamorphoses of ScienceFiction — On the Poetics and History of a Literary Genre, New Haven, 1979, Yale Univ. Press. Pour une poétique de la science-fiction, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 1977. — Modalités pratiques Les propositions de communication devront contenir : — un titre — un résumé de 300 à 500 mots — une courte présentation de l’auteur/autrice de la proposition (2 à 5 lignes) Elles sont à envoyer à l’adresse suivante : jerome.goffette@univ-lyon1.fr — Calendrier — Date limite de soumission : 31 octobre 2026 — Date de réponse : décembre 2026 — Dates du colloque : 7-8-9 avril 2027, à Lyon / Villeurbanne. — Colloque Les communications auront une durée de 20 minutes. Elles seront suivies d’un temps de discussion. L’inscription au colloque est gratuite. Le colloque aura lieu au Campus de La Doua, bien connecté par Tram à Lyon et Villeurbanne.

jeudi 3 septembre 2026

JEAN-MICHEL NICOLLET EXPOSE

La galerie Barbier a le plaisir d'accueillir Jean-Michel Nicollet pour une exposition consacrée à ses œuvres autour de la figure du robot. Fasciné très jeune par le film Metropolis de Fritz Lang, l’artiste n’a cessé d’explorer au fil de son œuvre ces figures anthropomorphes, à la frontière entre mécanique et imaginaire. L'exposition réunit des œuvres (dessins, peintures et illustrations) allant de la période Métal Hurlant à nos jours. À cette occasion, la galerie dévoile un nouveau bronze de Jean-Michel Nicollet, réalisé par la fonderie Rosini et édité à seulement 8 exemplaires. Les éditions Barbier publient également Mekanopolis en édition de luxe limitée à 280 exemplaires, chaque ouvrage est accompagné d’une sérigraphie numérotée et signée par l’artiste. Vernissage (entrée libre) le jeudi 10 septembre 2026 de 19h à 21h, en présence de l’artiste. SÉANCE DE DÉDICACES Jean-Michel Nicollet viendra dédicacer Mekanopolis au sein de son exposition le samedi 12 septembre 2026 de 15h à 18h à la galerie Barbier Inscriptions : mayla@bdartiste.com

samedi 22 août 2026

LE CATALOGUE DES LIVRES IMAGINAIRES

 

Ces livres n’existent pas — leur catalogue vient pourtant de remporter un vrai prix

Des ouvrages perdus, abandonnés avant d’être achevés, ou purement inventés par Borges, Lovecraft et d’autres écrivains : Reid Byers leur a donné une existence matérielle, puis un catalogue. Oak Knoll Press vient de recevoir pour ce dernier un Leab Award de l’ACRL. Une récompense très officielle pour une bibliographie qui travaille, avec un sérieux imperturbable, sur l’impossible.

Publié le :

21/08/2026 à 07:00

Nicolas Gary


ActuaLitté

Les bibliophiles connaissent la rareté. Reid Byers a choisi sa forme définitive : le livre absent. Le 13 août, l’American Library Association a dévoilé les Leab Awards 2026, décernés par l’Association of College and Research Libraries (ACRL), l’une de ses divisions. Dans la catégorie imprimée « Excellence in Description », Oak Knoll Press est récompensé pour Imaginary Books : Lost, Unfinished, and Fictive Works Found Only in Other Books, de Reid Byers.

Pas tout à fait un Goncourt du néant, donc. Les Katharine Kyes Leab and Daniel J. Leab American Book Prices Current Exhibition Catalog Awards distinguent des dispositifs éditoriaux accompagnant des présentations de documents issus de bibliothèques, d’archives et de collections spéciales. Après une interruption de 2022 à 2025, le programme a été relancé avec de nouveaux critères. Et, pour la première fois en 2026, le choix des lauréats est passé par un vote des membres de l’ACRL et de sa Rare Books and Manuscripts Section.

Bibliographier ce qui n’est pas là

Le volume primé prolonge Imaginary Books, présenté au Grolier Club de New York du 5 décembre 2024 au 15 février 2025, avant de poursuivre sa route en Californie puis dans le Maine. L’institution new-yorkaise annonçait « environ 100 livres » et pièces associées. Tous sont des simulacres : des objets conçus avec le concours d’imprimeurs, relieurs, artistes et calligraphes pour donner une enveloppe matérielle à des textes qui, pour des raisons très différentes, ne peuvent plus — ou n’ont jamais pu — être posés sur une table.

Trois espèces peuplent cette collection. Les ouvrages perdus ont été écrits, mais aucun exemplaire n’en subsiste ; les projets inachevés sont restés au stade de l’intention ou du chantier ; les titres fictifs, enfin, n’existent que dans un autre récit. Autrement dit : une pièce réputée disparue, un manuscrit abandonné et le Necronomicon de Lovecraft peuvent se retrouver voisins de rayon. Ce qui, dans une bibliothèque ordinaire, poserait quelques problèmes de catalogage.

Le dispositif se garde pourtant de traiter tous ces fantômes de la même façon. Le Grolier Club présente ainsi Love’s Labours Won comme la suite perdue de Love’s Labour’s Lost, de Shakespeare. Plus loin, Reid Byers donne forme à One Must First Endure, ouvrage attribué à Ernest Hemingway : sa notice part de la disparition à Paris, en 1922, des manuscrits que Hadley Hemingway transportait avec elle pour imaginer ce que ce premier roman aurait pu devenir une fois publié.

Voilà tout l’intérêt de l’entreprise : les indices historiques et l’invention ne se confondent pas, mais la fabrication matérielle les installe sur les mêmes étagères.

L’impossible, relié pleine toile

Avec les volumes issus de la fiction, au moins, personne ne risque de réclamer l’original. La notice du Necronomicon attribue au grimoire imaginé par H. P. Lovecraft un auteur, Abdul Al-Hazred, une impression vénitienne chez Gabriel Giolito de Ferrari et Fratelli, et même une date : 1541. Elle précise encore que l’exemplaire présenté serait celui de John Dee. Tout est fabriqué, naturellement — et tout est décrit avec l’application bibliographique qu’exigerait un incunable parfaitement réel.

Même traitement pour The Book of Sand, de Borges, volume sans commencement ni fin, ou The History and Practice of English Magic, ouvrage inventé à l’intérieur de Jonathan Strange & Mr Norrell, de Susanna Clarke. Le jeu ne consiste donc pas simplement à produire de beaux accessoires : chaque faux livre reçoit les signes matériels et bibliographiques qui lui permettraient presque de franchir la frontière de son récit d’origine.

Une ambiguïté très officielle

Le 18 août, ACRL Insider a complété l’annonce du palmarès en donnant la parole à Reid Byers. L’auteur se dit « honoré et ravi », mais reconnaît aussitôt un léger problème : une récompense authentique convient-elle vraiment à des travaux bibliographiques consacrés à l’imaginaire ? Il évoque joliment « l’ambiguïté ontologique du compliment », avant de s’en remettre au vote des membres.

La distinction, elle, n’a rien de fictif. La catégorie salue précisément la qualité descriptive d’un catalogue d’exposition : documentation des pièces, appareil historique, interprétation et contextualisation. Oak Knoll Press obtient donc un prix professionnel parfaitement réel pour avoir publié un ouvrage qui décrit méthodiquement des livres perdus, inachevés ou inventés. Reid Byers peut conserver son doute ontologique : son catalogue figure, lui, noir sur blanc au palmarès 2026.

Crédits : Prospero, Miranda et Ariel, illustration de The Tempest de Shakespeare - artiste inconnu

 

 
 

 

Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com

mardi 18 août 2026

NUIT DES LEGENDES 8 DANS LA LETTRE DU CROCODILE

 

 

 Nuit des Légendes n° 8. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Le huitième volume de Nuit des Légendes rassemble les textes des conteuses et conteurs qui ont participé à la Nuit des Légendes du 25 juillet 2025 à Pleuven et de celles et ceux qui animèrent la Balade contée du 12 septembre 2025. Nous retrouvons Ludovic Souliman, Stéphanie Rondot, Almine Quinet, Yannick, Anne-Claire Bourdon, Marie-Thé Sainrat, Alain Sainrat, Claude Arz.

En introduction, Claude Arz, président de l’association Nuit des Légendes, revient sur l’évolution de la littérature orale « métissée grâce au talent des conteuses et des conteurs qui colportent de nouvelles histoires, souvent traditionnelles, de plus en plus urbaines, sociales et quelquefois frondeuses ».

Il distingue deux visages dans le conte contemporain : le conte traditionnel et le conte urbain.

« D’un côté, dit-il, il y a le conte traditionnel, incarné par des conteurs qui évoquent les mythologies et les récits des temps anciens […] réveillant chez les auditeurs d’antiques merveilles et peurs enfouies dans l’inconscient collectif. »

« De l’autre côté, il y a le conte urbain, incarné par des conteurs qui sont les témoins de la vie contemporaine. Ils deviennent alors des chroniqueurs, dressant des portraits de femmes et d’hommes vivant dans les mégalopoles, sur les routes, les chantiers, les marchés, dans les bars. »

Ce recueil mêle les deux types de contes pour le plus grand plaisir de l’auditeur comme du lecteur :

Fortunes de mer, Fortunes de terre par Ludovic Souliman – Contes de la Nuit, de la Lune et des Etoiles de Stéphanie Rondot – Quand le diable s’invite à Noël par Aline Quinet – Les chevaux de la nuit par Yannick – Paquita d’Anne-Claire Bourdon – Les menhirs amoureux par Alain Sainrat – Le tisserand de Marie-Thé Sainrat – Les deux vieux chênes par Claude Arz…

Voyons ce diable qui s’invite inopinément :

« Seule dans sa maison, Léna entend soudain frapper à la porte :

  • Toc toc ! Puis-je entrer Léna ? Avec la mauvais temps, j’aimerais me chauffer un peu.

Solidarité bretonne oblige, Léna ouvre la porte de la maison.

  • Approchez-vous du feu et réchauffez-vous à la bûche de Noël.

Le visiteur du soir, qui se présente comme sabotier, lui offre alors une paire de sabots. Qu’ils sont beaux ces sabots, avec leur couleur brillante comme l’or, leurs fleurs bariolées… Ce sont les plus jolis botoù-koad (sabots de bois) que Léna ait jamais vus. Des sabots de reine !

Léna essaie les sabots et est aussitôt prise d’un tournis de pensées qui ne sont pas très chrétiennes… »

mercredi 12 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE KITAB, Bernard Stabile

    


 

Ah le Kitab !  Mais dans le roman éponyme de Bernard Stabile (Art Palatium 2025), il ne s’agit pas du Necronomicon, mais du Kitab el-Quanoun el-Mukadess, le livre sacré de la Connaissance chez les Druzes. Un ouvrage convoité par une multitude d’acteurs dans les Terres d’Orient au XII ème siècle. On s’y perd entre Templiers, Francs, Chrétiens, Juifs, Mahométans, Druzes, Sarrasins, Ismaéliens, pour ne pas citer les Celtes qui survivent dans les forêts profondes des Terres du Nord. Le roman mettra en scène le Templier Roland et sa compagne, la belle Innana, chargés de protéger l’ouvrage sacré et de le mettre en pratique. On aura droit à une magnifique plongée initiatique, dans les arcanes de la Connaissance et de l’Amour Magique. Innana ne porte-t-elle pas le nom de la déesse des Druzes, figure légendaire qui se transformera en Marie et en incarnation sublime du Féminin Sacré. Le périple des deux amants est d’une grande richesse et nous conduit à goûter aux plaisirs du Jardin des Délices des Assassins, à l’ivresse qui se dégage des grandes bibliothèques et des scriptoriums cachés dans des abbayes, temples de l’érudition. On assistera au long cheminement qui conduit à la réalisation du grand œuvre alchimique, à la découverte des secrets du Sepher Yetsirah et à la naissance de la corporation des Compagnons Bâtisseurs, constructeurs des Cathédrales qui ne sont autres qu’un poème de Pierre à la gloire de la Femme Ultime.

Parallèlement, et de nos jours, le libanais Walid arrive à Chartres et se précipite dans la Cathédrale. Il est originaire de Jehline au Mont Liban, ville où avait jadis résidé Innana. Il a entendu parler d’un lourd secret, transmis par les Bâtisseurs. Mais je ne spoilerai pas la chute, magnifique. Le livre est bien écrit, avec une jolie couleur grâce au recours au vieux français et à la langue des oiseaux !

 

 


 

 

LES NOTES DU LABORATOIRE ODESIEN DE L’IMPOSSIBLE

 

KITĀB AL-QĀNŪN AL-MUQADDAS

(Le Livre de la Loi sacrée)

Statut : manuscrit apocryphe contemporain.

Origine supposée : Mont-Liban (tradition druze).

Première apparition connue : roman KITAB de Bernard Stabile.

Présentation

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas est présenté comme un manuscrit d'une antiquité exceptionnelle, jalousement conservé par certains initiés de la communauté druze. Selon le récit, il aurait été rédigé sur un support de peau humaine et renfermerait une doctrine capable de bouleverser les fondements des religions révélées.

Aucune source historique, archéologique ou philologique ne confirme cependant l'existence d'un tel ouvrage. Les recherches dans les catalogues de manuscrits arabes, les études sur la littérature druze et les grandes bibliographies orientalistes n'ont, à ce jour, livré aucune mention indépendante de cette dénomination.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas doit donc être considéré, dans l'état actuel des connaissances, comme une création littéraire moderne.

Analyse linguistique

Le titre est composé de trois mots arabes parfaitement authentiques :

Kitāb (كتاب)
: livre.

al-Qānūn (القانون)
: la loi, la règle, le canon.

al-Muqaddas (المقدّس)
: sacré.

Une traduction littérale donne :

Le Livre de la Loi sacrée

ou

Le Livre du Canon sacré.

La translittération utilisée dans le roman (El-Quanoun-El-Mukadess) évoque davantage les usages orientalistes français du XIXᵉ siècle que les normes scientifiques actuelles (DIN 31635 ou ALA-LC). Ce choix contribue à donner au titre une coloration ancienne et exotique.

Les Druzes

L'attribution du manuscrit aux Druzes participe clairement de cette stratégie narrative.

Cette communauté religieuse, née au XIᵉ siècle, possède effectivement des textes ésotériques réservés aux initiés, les Rasāʾil al-Ḥikma (« Épîtres de la Sagesse »). Leur accès est traditionnellement limité aux ʿuqqāl (« les sages »), tandis que les fidèles ordinaires (juhhāl) n'en connaissent que les principes généraux.

Ce caractère confidentiel a souvent nourri, depuis les Croisades, les spéculations occidentales. Les Druzes ont ainsi été associés, sans fondement historique solide, aux Templiers, aux Assassins, aux Ismaéliens ou encore à diverses traditions hermétiques.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas exploite manifestement cette réputation de discrétion.

Construction d'un grimoire fictif

Le procédé employé rappelle plusieurs ouvrages célèbres.

Livre

Auteur

Nature

Necronomicon

Lovecraft

Faux livre médiéval

Livre de Dzyan

Helena Blavatsky

Source théosophique mythique

Liber Ivonis

Robert Bloch

Faux grimoire lovecraftien

De Vermis Mysteriis

Robert Bloch

Faux traité démonologique

Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas

Bernard Stabile

Faux manuscrit oriental

On retrouve plusieurs constantes :

  • un titre dans une langue ancienne ;
  • une origine géographique difficilement vérifiable ;
  • une transmission initiatique ;
  • un contenu interdit ;
  • une disparition des exemplaires connus.

Ces éléments sont caractéristiques de la littérature ésotérique moderne.

Pourquoi ce titre est-il crédible ?

L'auteur semble avoir combiné plusieurs références culturelles.

Le mot Qānūn renvoie immédiatement, dans le monde islamique, au célèbre Canon de la médecine d'Avicenne (Kitāb al-Qānūn fī al-Ṭibb). Il évoque donc un texte faisant autorité.

Le terme Muqaddas appartient au vocabulaire religieux classique.

L'ensemble possède ainsi une vraisemblance linguistique suffisante pour convaincre un lecteur non arabisant.

Symbolique

Le livre devient moins un objet historique qu'un archétype.

Il représente :

  • la Tradition perdue ;
  • le savoir interdit ;
  • la révélation cachée ;
  • la mémoire des civilisations disparues.

Sous cet angle, il rejoint la famille des grands livres mythiques :

  • le Necronomicon ;
  • le Livre de Thot ;
  • les Tables d'Émeraude ;
  • le Livre de Dzyan ;
  • le Liber Mundi ;
  • le Livre d'Hénoch.

Appréciation critique

D'un point de vue philologique, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas ait jamais existé.

D'un point de vue littéraire, en revanche, sa construction est particulièrement habile. Bernard Stabile mobilise des éléments réels (la langue arabe, les Druzes, le prestige du mot Qānūn) pour produire un objet fictif doté d'une forte crédibilité. Cette technique s'inscrit dans une tradition inaugurée par les grands auteurs de fantastique érudit, qui consiste à créer un manuscrit imaginaire si vraisemblable qu'il semble avoir traversé les siècles.

 

 


 

 

***

INNANA

 

Qui est Inanna ?

Inanna est une déesse aux multiples visages. Elle incarne simultanément :

  • l'amour et la sexualité ;
  • la fécondité (mais paradoxalement, elle n'est pas une déesse maternelle) ;
  • la guerre et la victoire ;
  • la royauté sacrée ;
  • l'étoile du matin et du soir, c'est-à-dire la planète Vénus.

Cette réunion des contraires est caractéristique de sa personnalité. Elle peut apporter la vie, l'amour et la prospérité, mais aussi la destruction, la folie ou la guerre.

Son nom

Le nom Inanna signifie probablement :

« Dame du Ciel »

(en sumérien NIN.AN.NA).

Chez les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens, elle devient Ishtar, sans perdre ses attributs essentiels.

Les grands mythes

La Descente aux Enfers

C'est probablement son récit le plus célèbre.

Inanna décide de descendre dans le royaume des morts gouverné par sa sœur, Ereshkigal.

À chacune des sept portes des Enfers, elle doit abandonner un de ses emblèmes :

  • sa couronne,
  • son collier,
  • ses bijoux,
  • ses vêtements,
  • etc.

Elle arrive nue devant sa sœur.

Ereshkigal la fait tuer et suspendre à un crochet.

Pendant trois jours, la vie sur Terre semble s'arrêter.

Grâce à l'intervention du dieu de la sagesse Enki, Inanna est ressuscitée.

Mais une loi des Enfers exige qu'elle fournisse un remplaçant.

Elle choisit alors son époux, Dumuzi, qui devra passer une partie de l'année aux Enfers.

On retrouve ici un thème qui annonce de nombreux mythes ultérieurs : mort, résurrection et alternance saisonnière.

Le mariage sacré

Inanna s'unit rituellement à Dumuzi.

Ce mariage symbolise :

  • la fertilité de la terre ;
  • la prospérité du royaume ;
  • la légitimité du roi.

Dans plusieurs cités sumériennes, le souverain jouait le rôle de Dumuzi lors d'une cérémonie annuelle.

Le vol des "Me"

Les Me sont des pouvoirs divins représentant tous les fondements de la civilisation :

  • royauté,
  • écriture,
  • artisanat,
  • musique,
  • justice,
  • sexualité,
  • guerre,
  • etc.

Inanna les obtient d'Enki, parfois par ruse, parfois après l'avoir enivré.

Grâce à eux, la civilisation est transférée à Uruk.

Une déesse de paradoxes

Elle est à la fois :

Aspect

Signification

Prostituée sacrée

Sexualité divine

Vierge

Indépendance

Guerrière

Violence sacrée

Reine

Pouvoir politique

Astre

Cosmologie

Magicienne

Transformation

Cette accumulation de fonctions est exceptionnelle dans l'Antiquité.

Son symbole

On lui associe notamment :

  • l'étoile à huit branches ;
  • le lion ;
  • la planète Vénus ;
  • le roseau et le faisceau royal.

Le lion devient progressivement l'un de ses attributs favoris, annonçant déjà l'iconographie d'Ishtar.

Influence sur les religions ultérieures

Les spécialistes restent prudents, mais plusieurs motifs d'Inanna ont eu une très longue postérité :

  • la descente au royaume des morts ;
  • la mort suivie d'un retour à la vie ;
  • le dieu ou la déesse qui assure le retour de la fertilité ;
  • la planète Vénus comme symbole religieux.

On retrouve des échos de ces thèmes dans les mythologies syriennes, cananéennes, grecques (notamment avec Aphrodite pour certains aspects et Perséphone pour d'autres), puis dans de nombreuses traditions ésotériques modernes.

Pour les chercheurs de l'ésotérisme

Inanna est souvent considérée comme une figure archétypale de la Grande Déesse, mais cette lecture est largement moderne. Les textes mésopotamiens présentent avant tout une divinité complexe, ambivalente et profondément enracinée dans la religion sumérienne, plutôt qu'une déesse-mère universelle.

 


 

dimanche 9 août 2026

LA BIBLIOTHÈQUE INVISIBLE

    


 J'aime tellement les livres que je n'en ai jamais assez. Alors j'en invente de nouveaux.


Moi 

 

 

Une petite étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible. 

 

La bibliothèque invisible

Essai sur les faux grimoires et les livres imaginaires de l'ésotérisme 

avec une progression historique.

 

I. Les ancêtres antiques

Avant même les romans modernes, l'Antiquité connaissait déjà des ouvrages attribués à des auteurs mythiques :

  • Hermès Trismégiste ;
  • Zoroastre ;
  • Orphée ;
  • Musée ;
  • Ostanès ;
  • Salomon.

Le procédé consiste déjà à donner davantage de poids à un texte en l'attribuant à une autorité quasi surnaturelle.

 

II. Le Moyen Âge

Apparaissent les grands livres de magie.

  • Clavicules de Salomon
  • Picatrix
  • Livre d'Honorius
  • Abramelin

La plupart sont bien réels... mais leur attribution est fictive.

Le phénomène commence ici à devenir fascinant.

 

III. Le XIXe siècle

Explosion des manuscrits mystérieux.

  • Manuscrit de Voynich
  • Livre de Dzyan
  • Tables d'Émeraude (dans leurs réinterprétations modernes)
  • Manuscrits rosicruciens

Le goût romantique adore les textes perdus.

 

IV. Lovecraft

Là, tout change.

Le Necronomicon n'est plus seulement un accessoire.

Il possède :

  • une bibliographie,
  • des traductions,
  • des propriétaires,
  • des éditions,
  • des bibliothèques où il est consultable.

Lovecraft invente pratiquement une archéologie du faux livre.

 

V. Après Lovecraft

Le procédé devient universel.

On voit apparaître :

  • Liber Ivonis
  • Cultes des Goules
  • De Vermis Mysteriis
  • Unaussprechlichen Kulten
  • Kitab al-Qānūn al-Muqaddas
  • Stantiae ante Mundi (chez François Lange)
  • des dizaines d'autres créations contemporaines.
  •  

VI. Les règles de fabrication

Je crois qu'on peut les formaliser.

 

Règle n°1

Le titre doit sembler ancien.

Jamais :

Le Grand Livre Secret.

Toujours :

Liber...

Kitab...

Codex...

Sefer...

Clavis...

 

Règle n°2

Une langue prestigieuse.

  • latin
  • grec
  • arabe
  • copte
  • hébreu

Jamais le français moderne.

 

Règle n°3

Une origine difficile à vérifier.

Jamais Paris.

Toujours :

  • Tibet
  • Yémen
  • Mont Athos
  • Désert syrien
  • Mont-Liban
  • Abyssinie
  • Samarcande

 

Règle n°4

Une transmission fragmentaire.

Le livre est :

  • perdu,
  • incomplet,
  • brûlé,
  • censuré,
  • connu par des copies.

Jamais facilement consultable.

 

Règle n°5

Le contenu reste partiellement inconnu.

Le lecteur n'apprend jamais tout.

On cite seulement quelques phrases.

C'est précisément ce qui entretient le mystère.

 

VII. Borges

Borges est probablement celui qui a compris le mieux le pouvoir des livres imaginaires.

Le Livre de sable.

Tlön.

La Bibliothèque de Babel.

Chez lui, le livre devient presque un être vivant.

Je suis persuadée que Lovecraft et Borges représentent les deux grands pôles modernes de la mythologie du livre impossible.

 

VIII. Umberto Eco

Eco pousse encore plus loin cette idée.

Dans Le Nom de la rose, ce n'est pas seulement un manuscrit qui est dangereux.

C'est la lecture elle-même.

Le livre devient un poison.

 

IX. Internet

Aujourd'hui, le phénomène connaît une nouvelle vie.

Un faux manuscrit peut rapidement être présenté comme authentique, recopié, cité, commenté, jusqu'à brouiller la frontière entre fiction et croyance.

C'est un terrain d'étude passionnant pour l'histoire des idées contemporaines.