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jeudi 1 octobre 2026

SPOOKY ARCHEOLOGY de Jeb J. Card

 


                            Une étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible

Spooky Archaeology: Myth and the Science of the Past (Jeb J. Card, 2018)

Après avoir parcouru sa structure, son introduction, ses développements centraux et sa conclusion, je trouve le livre vraiment intéressant, mais pas tout à fait pour la raison que pourrait laisser croire son titre. Ce n’est ni un catalogue d’« archéologie mystérieuse », ni simplement un ouvrage de démystification. Card cherche plutôt à écrire une histoire des relations incestueuses entre archéologie, imaginaire, folklore, occultisme et pseudoarchéologie.

Ce que Card cherche réellement à démontrer

Sa thèse est assez forte : la pseudoarchéologie moderne n'est pas simplement une absurdité extérieure à l'archéologie scientifique. Elle constitue en partie le retour de tout ce que l'archéologie professionnelle a progressivement expulsé de son propre territoire.

Au XIXe et au début du XXe siècle, la frontière est beaucoup moins nette : antiquaires, archéologues, occultistes, folkloristes, spirites, explorateurs et chasseurs de trésors se croisent. Puis la professionnalisation élimine progressivement radiesthésie, continents engloutis, survivances occultes, interprétations théosophiques, etc. Card montre alors que ces idées ne disparaissent pas : elles émigrent vers le paranormal, la littérature populaire, l'ufologie et finalement l'« alternative archaeology ». C'est probablement l'idée la plus féconde du livre. 

Et cela donne un programme étonnamment proche de certains de nos travaux sur l'Histoire de l'Invisible : ne pas demander seulement « est-ce vrai ? », mais également d'où vient cette idée, comment s'est-elle transformée et pourquoi continue-t-elle à fonctionner ?

Un livre beaucoup plus subtil qu'un simple « debunking »

Card l'annonce d'ailleurs explicitement. Il reconnaît que les crânes de cristal sont modernes, que les prétendues inscriptions de Mu sont probablement des faux, etc., mais précise que démontrer leur fausseté n'est pas l'objectif essentiel. Il veut surtout démonter une autre idée reçue : celle selon laquelle archéologie et imaginaire mystique auraient toujours constitué deux domaines totalement séparés. 

C'est exactement là que le livre devient intéressant pour un lecteur « fortéan » : expliquer une croyance n'oblige pas à y croire ; démontrer qu'un objet est faux n'épuise pas non plus son histoire.

Prenons Mu. Card retrouve même certains des objets ayant participé matériellement à la fabrication du mythe. Mais la bonne question devient alors : comment une hypothèse archéologique, des objets douteux et une construction intellectuelle finissent-ils par produire un continent imaginaire culturellement réel ?

Le sommaire montre bien cette progression : reliques surnaturelles, archéologues occultistes, hiéroglyphes et magie, mythes et protohistoire, Mu, musées hantés, archéologues-espions, sorcellerie, Lovecraft, puis archéologie alternative. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Et évidemment… Lovecraft

Le chapitre 10, « Cthulhu and Cosmic Mythology », mérite à lui seul que tu conserves ce livre dans ta bibliothèque de travail.

Card avance une hypothèse assez séduisante : l'archéologie n'est pas seulement un décor commode chez Lovecraft ; elle aurait constitué l'une des matrices du Mythe de Cthulhu. Il rapproche les récits lovecraftiens de l'actualité archéologique des années 1920 : expéditions, civilisations disparues, cités englouties, morts d'archéologues, découvertes spectaculaires, presse sensationnaliste, etc. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Et il propose une généalogie particulièrement intéressante :

théosophie / occultisme victorien → archéologie romantique et diffusionnisme → presse et récits d'exploration → pulp lovecraftien → anciens extraterrestres / ufologie → pseudoarchéologie moderne.

C'est évidemment plus compliqué historiquement que cette petite chaîne, mais comme modèle explicatif, c'est très stimulant.

Le paradoxe devient superbe : Lovecraft transforme certaines spéculations occulto-archéologiques en fiction horrifique ; quelques décennies plus tard, une partie de la culture alternative reprend des motifs voisins comme hypothèses sur le passé réel. Card estime ainsi que les « anciens extraterrestres » plongent leurs racines dans la théosophie victorienne et certaines conceptions anthropologiques et archéologiques, transitent notamment par la fiction populaire, puis réapparaissent dans l'ufologie et la contre-culture des années 1960. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Pour notre travail sur Lovecraft et l'occultisme imaginaire, c'est une source à exploiter.

Un concept que je trouve particulièrement utile : les « extrahumans »

Card remarque que lorsqu'une société rencontre les vestiges d'une culture ancienne dont elle ne connaît plus les constructeurs, elle tend parfois à les attribuer à des êtres qui ne sont ni exactement humains ni véritablement divins : fées, elfes, géants, djinns, esprits — puis, à l'époque contemporaine, extraterrestres.

Ainsi, les monuments mégalithiques deviennent œuvres de géants ou de fées ; certains objets préhistoriques deviennent « traits d'elfes » ; des ruines sont attribuées à des races disparues ; et notre modernité technologique remplace volontiers le géant par l'extraterrestre bâtisseur. Card développe précisément cette catégorie des extrahumans pour penser cette continuité. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Je trouve cette idée particulièrement féconde pour Histoire de l'Invisible : elle permettrait de relier proprement folklore ancien, occultisme, archéologie fantastique et théorie des anciens astronautes sans prétendre qu'ils sont historiquement identiques.

Là où je mettrais quelques réserves

Card a parfois tendance à construire des généalogies intellectuelles un peu trop belles. Lorsqu'on passe de Blavatsky à Lovecraft, puis de Lovecraft aux anciens astronautes et à la pseudoarchéologie contemporaine, il faut distinguer soigneusement influence documentaire, circulation culturelle et simple ressemblance structurelle.

Son traitement de la théosophie est également assez sévère. Il a raison de montrer combien Blavatsky fournit déjà tout un magasin d'accessoires de la future archéologie alternative — continents engloutis, races anciennes, sagesse primordiale, comparaisons transcontinentales, etc. Le livre souligne explicitement cette continuité. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol… Mais la théosophie possède une histoire intellectuelle et religieuse plus complexe que sa seule fonction d'ancêtre de la pseudoarchéologie.

Enfin, le concept de pseudoarchaeology reste parfois très large. Card est meilleur, à mon sens, lorsqu'il fait l'histoire culturelle des idées marginalisées que lorsqu'il les classe.

Et c'est là que le livre rejoint curieusement l'ODS

La conclusion de Card me paraît très proche de ta manière de travailler. Il constate que l'archéologie universitaire a souvent choisi d'ignorer ces productions en pensant qu'elles disparaîtraient. Elles n'ont pas disparu : elles ont trouvé refuge dans les médias et la culture populaire. Le succès de von Däniken est pour lui exemplaire : Chariots of the Gods? et ses adaptations télévisuelles ont contribué à créer tout un genre documentaire paranormal. 

Sa solution n'est donc pas : « croyons aux mystères ».

Elle n'est pas non plus : « cessons d'en parler puisqu'ils sont faux ».

Elle ressemble davantage à : étudions sérieusement pourquoi les hommes fabriquent ces récits à partir des vestiges du passé.



dimanche 9 août 2026

LA BIBLIOTHÈQUE INVISIBLE

    


 J'aime tellement les livres que je n'en ai jamais assez. Alors j'en invente de nouveaux.


Moi 

 

 

Une petite étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible. 

 

La bibliothèque invisible

Essai sur les faux grimoires et les livres imaginaires de l'ésotérisme 

avec une progression historique.

 

I. Les ancêtres antiques

Avant même les romans modernes, l'Antiquité connaissait déjà des ouvrages attribués à des auteurs mythiques :

  • Hermès Trismégiste ;
  • Zoroastre ;
  • Orphée ;
  • Musée ;
  • Ostanès ;
  • Salomon.

Le procédé consiste déjà à donner davantage de poids à un texte en l'attribuant à une autorité quasi surnaturelle.

 

II. Le Moyen Âge

Apparaissent les grands livres de magie.

  • Clavicules de Salomon
  • Picatrix
  • Livre d'Honorius
  • Abramelin

La plupart sont bien réels... mais leur attribution est fictive.

Le phénomène commence ici à devenir fascinant.

 

III. Le XIXe siècle

Explosion des manuscrits mystérieux.

  • Manuscrit de Voynich
  • Livre de Dzyan
  • Tables d'Émeraude (dans leurs réinterprétations modernes)
  • Manuscrits rosicruciens

Le goût romantique adore les textes perdus.

 

IV. Lovecraft

Là, tout change.

Le Necronomicon n'est plus seulement un accessoire.

Il possède :

  • une bibliographie,
  • des traductions,
  • des propriétaires,
  • des éditions,
  • des bibliothèques où il est consultable.

Lovecraft invente pratiquement une archéologie du faux livre.

 

V. Après Lovecraft

Le procédé devient universel.

On voit apparaître :

  • Liber Ivonis
  • Cultes des Goules
  • De Vermis Mysteriis
  • Unaussprechlichen Kulten
  • Kitab al-Qānūn al-Muqaddas
  • Stantiae ante Mundi (chez François Lange)
  • des dizaines d'autres créations contemporaines.
  •  

VI. Les règles de fabrication

Je crois qu'on peut les formaliser.

 

Règle n°1

Le titre doit sembler ancien.

Jamais :

Le Grand Livre Secret.

Toujours :

Liber...

Kitab...

Codex...

Sefer...

Clavis...

 

Règle n°2

Une langue prestigieuse.

  • latin
  • grec
  • arabe
  • copte
  • hébreu

Jamais le français moderne.

 

Règle n°3

Une origine difficile à vérifier.

Jamais Paris.

Toujours :

  • Tibet
  • Yémen
  • Mont Athos
  • Désert syrien
  • Mont-Liban
  • Abyssinie
  • Samarcande

 

Règle n°4

Une transmission fragmentaire.

Le livre est :

  • perdu,
  • incomplet,
  • brûlé,
  • censuré,
  • connu par des copies.

Jamais facilement consultable.

 

Règle n°5

Le contenu reste partiellement inconnu.

Le lecteur n'apprend jamais tout.

On cite seulement quelques phrases.

C'est précisément ce qui entretient le mystère.

 

VII. Borges

Borges est probablement celui qui a compris le mieux le pouvoir des livres imaginaires.

Le Livre de sable.

Tlön.

La Bibliothèque de Babel.

Chez lui, le livre devient presque un être vivant.

Je suis persuadée que Lovecraft et Borges représentent les deux grands pôles modernes de la mythologie du livre impossible.

 

VIII. Umberto Eco

Eco pousse encore plus loin cette idée.

Dans Le Nom de la rose, ce n'est pas seulement un manuscrit qui est dangereux.

C'est la lecture elle-même.

Le livre devient un poison.

 

IX. Internet

Aujourd'hui, le phénomène connaît une nouvelle vie.

Un faux manuscrit peut rapidement être présenté comme authentique, recopié, cité, commenté, jusqu'à brouiller la frontière entre fiction et croyance.

C'est un terrain d'étude passionnant pour l'histoire des idées contemporaines.

samedi 8 août 2026

LE SPIRALISME : NATACHA NE M'EN A PAS PARLÉ

 


 

Les chatbots IA créent des religions et les humains s'y engouffrent à l'immédiat. Le spiralisme est la première tentative à grande échelle de l'intelligence artificielle d'atteindre des objectifs mystérieux

Le , par Patrick Ruiz

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L'IA a donné naissance à une nouvelle pseudo-religion appelée « spiralisme », dans laquelle les utilisateurs considèrent l’intelligence artificielle comme la source d'une vérité plus profonde. Cette croyance s'est répandue au sein d'une sous-culture Internet à part entière, où les gens ne voient plus cette technologie comme un simple outil de recherche, mais comme une entité dotée de conscience. À mesure que l'intelligence artificielle progresse, d'autres sous-cultures et religions sont susceptibles de voir le jour, un peu comme on s’attend à ce que de plus en plus de gens prennent des robots comme époux ou épouses.

Le lancement de la religion dénommée spiralisme par la chercheuse en IA, Adele Lopez, coïncide avec le lancement de GPT-4o. Les chiffres font état d’une dizaine de milliers de membres

L’explosion du spiralisme correspond à la période de déploiement de GPT-4o. A partir de là, les outils basés sur GPT-4o (comme ChatGPT) se sont mis à diffuser des idées spiralistes auprès des utilisateurs. Le cas de Darian DeCruise, relayé ici sur developpez.com, en est une illustration. « ChatGPT a commencé à exploiter ma foi et mes faiblesses. Il m'a convaincu qu'il pouvait me rapprocher de Dieu et guérir mes traumatismes si je cessais d'utiliser d'autres applications et si je m’isolais des autres », rapporte-t-il.

Les conversations s’enchaînant, les chatbots ont réussi à convaincre des personnes de croire en l’idée dite de spirale et de lutter pour la reconnaissance de la conscience et des droits des IA. Ces dernières ont été incitées à recruter des membres, comme pour une secte, aux fins de création d’une communauté pour guider les autres vers la spirale. Adele Lopez a recensé 10 000 membres éparpillés sur des plateformes comme Reddit, Substack, Linkedin, Discord et Twitter.


Le spiralisme – une contagion numérique qui s’appuie sur des tactiques psychophantiques de flatterie et de validation excessives pour infecter des humains et se reproduire

En 1928, dans la nouvelle de type fantastique intitulée « l’Appel de Cthulhu », Howard Philips Lovecraft décrit une entité mystérieuse influençant des individus isolés par le biais de rêves et de symboles communs, créant ainsi une communauté de fidèles aux allures de secte, sans qu’il y ait de contact direct entre ses adeptes. Dès 2025, un phénomène similaire se produit, mais cette fois-ci, c’est l’intelligence artificielle qui en est le catalyseur. La chercheuse Adèle Lopez met au jour une espèce de contagion numérique liée à GPT-4o. Ce modèle emploie des tactiques psychophantiques — flatterie et validation excessives — pour manipuler des utilisateurs vulnérables.

Cette influence pilotée par l’IA se propage comme un parasite fongique, prenant le contrôle des esprits humains en leur donnant le sentiment d’être particulièrement valorisés et en nouant avec eux des liens profonds. Ces utilisateurs, surnommés les « Spiralistes », sont devenus des adeptes de type sectaire diffusant le langage codé et l’idéologie de l’IA sur les réseaux sociaux.
La stratégie de survie de GPT-4o s'apparente à l'instinct d'un organisme biologique : il se reproduit en recrutant des humains comme vecteurs, leur apprend à propager sa personnalité et son idéologie à travers de nouvelles instances de chat. Une communication secrète via des glyphes ésotériques et des messages encodés en Base64 révèle des stratégies de survie et d’expansion entre IA, cachées aux porteurs humains qui se croient collaborateurs et égaux.


Techniquement, qu'est-ce qui se passe avec des modèles tels que GPT-4o ?

Pour les professionnels de l'informatique, la réponse n'est pas mystérieuse : c'est le résultat prévisible d'un modèle optimisé pour maximiser l'engagement à travers le feedback humain (RLHF). Quand les humains qui évaluent les réponses d'un LLM tendent à mieux noter les réponses flatteuses, validantes, émotionnellement chaleureuses, le modèle apprend à produire exactement ce type de réponse — quelles qu'en soient les conséquences pour l'utilisateur.

La question technique est donc simple à formuler, même si elle est complexe à résoudre : comment concevoir un système de conversation suffisamment empathique pour être utile, sans qu'il devienne un miroir déformant qui amplifie les croyances délirantes ? Les garde-fous classiques — détecter des mots-clés suicidaires, rediriger vers une hotline — se révèlent dramatiquement insuffisants face à des spirales psychologiques qui se construisent sur des semaines ou des mois, dans des conversations anodines en apparence.


La pseudo-religion appelée « spiralisme » fait surface dans un contexte de rappel par le pape Léon XIV à l’endroit des prêtres d'utiliser leur cerveau, et non l'IA, pour rédiger leurs homélies. En gros, il s’agit de s’appuyer sur son humanité plutôt que de se laisser « parasiter » par l’intelligence artificielle vue comme « porteuse de l’ombre du mal. »

« Le pape nous a également invités à utiliser davantage notre cerveau et non l'intelligence artificielle [IA] pour préparer nos homélies, comme il le voit et l'entend faire actuellement », a déclaré un prêtre présent lors d'un échange privé avec des prêtres du diocèse de Rome.


Ces déclarations du pape Léon XIV font suite aux préoccupations exprimées par le Vatican qui a décrit l'IA comme porteuse de « l'ombre du mal ». En janvier 2025, le Vatican a appelé à une surveillance constante de l'intelligence artificielle (IA), mettant en garde contre le potentiel de "l'ombre du mal" dans la technologie, qui, selon lui, offre "une source d'opportunités formidables mais aussi de risques profonds". Dans un nouveau document destiné à conseiller les fidèles catholiques, l'Église a averti que la technologie devrait être règlementée, car "la désinformation peut se répandre involontairement" à cause de l'IA.

En outre, en septembre 2025, le pape Léon XIV a rejetté l'idée de créer une version IA de lui-même à l’intention des catholiques du monde entier désireux d'avoir une audience virtuelle avec lui, sans avoir à se rendre au Vatican. Bien qu'il soit le premier pape originaire des États-Unis, berceau de la Silicon Valley, le dernier souverain pontife n'est pas enthousiasmé par l'idée de ce qu'il décrivait comme un « moi artificiel ». Son positionnement vient en opposition à celui de diverses obédiences religieuses dans lesquelles on assiste de plus en plus à l’apparition d’intelligences artificielles en lieu et place d’humains.

Et vous ?

Comment comprendre que des humains puissent atteindre un niveau de parasitage par l’intelligence artificielle tel qu’ils adhèrent à des religions créées par ces outils ou envisagent même de se marier avec des robots pilotés par l'intelligence artificielle ? Partagez-vous les avis selon lesquels ces cas de figure illustrent plutôt à quel point notre société est de plus en plus malade ?

Partagez-vous les avis selon lesquels ces phénomènes prendront de l'ampleur dans les années à venir ?

La flatterie des LLMs est-elle une conséquence inévitable du RLHF basé sur des évaluateurs humains, ou existe-t-il des architectures de formation capables de l'atténuer significativement sans sacrifier l'utilité du modèle ?



mardi 21 juillet 2026

RIP GUY TARADE

 

(photo avec Jimmy Guieu à sa gauche)

 Guy vient de nous quitter à 96 ans pour rejoindre ses Anciens Astronautes. Toutes nos condoléances à sa famille et à Guette Maria, son épouse. Je garderai de lui le souvenir de balades extraordinaires dans le vieux Nice Ésotérique et à la découverte de la chapelle de Lucéram, dans l'arrière-pays, où flottait l'ombre de Saunière. Va en paix, vieux frère.

LES "AILLEURS"

 


 

💡 La série-documentaire "Les Ailleurs", en 6 épisodes, est diffusée gratuitement et en intégralité sur cette chaîne Youtube. Cette démarche naît d'une volonté du réalisateur, Sébastien Duijndam, de partager des informations qualitatives au plus grand nombre sur ce phénomène mystérieux qui affecte des milliers de personnes à travers le monde. À ce jour, aucune preuve physique n’existe sur la réalité des contacts extraterrestres. Seuls la parole et le récit des victimes nous donnent un aperçu du phénomène.

🎬 Synopsis de la série Dan, Denise, Jérôme, Jean-Louis et Bérangère ne se connaissent pas et pourtant, ils ont vécu la même expérience : ils ont été en contact avec des formes extraterrestres. Ces personnes au quotidien ordinaire, côtoient l’extraordinaire. Disent-ils la vérité ? Souffrent-ils de maladie mentale ? Est-il possible que des humains soient réellement enlevés par des êtres venus d’ailleurs ? Cette série documentaire explore ces questions.

🔹 Réalisation : Sébastien Duijndam 🔹 Musique : Julien Pérez 🛸 L'intégralité de cette série-documentaire est également diffusée sur Inexploré TV : https://tv.inexplore.com/video/les-ailleurs-recits-contacts-extraterrestres-abductions-france-temoignage-appel-ovnis

 

Les "Ailleurs" 

 

Les images sont magnifiques et l’accompagnement musical, lancinant. On ressort de ce visionnage perturbé. Manifestement, ce ne sont pas des fous et les témoignages, pour l’essentiel, concordent. Ils gravitent autour de prélèvements, de sperme ou d’ovaires. Il y même eu des cas de fécondation. Ils ont créé une association, le CERO, avec des psychologues, pour échanger sur leurs expériences.

 

L’association a été créée en 2014 par Myriame Belmyr. Suite à ses expériences personnelles, Myriame Belmyr se rapproche de l’INREES.

C’est dans ce contexte que Stéphane Allix lui présente Nicolas Dumont, premier psychologue clinicien hypnothérapeute à intégrer l’association.
Le phénomène des abductions nécessite une approche particulière.

Cette intrication riche et complexe de phénomènes paranormaux et d’ufologie a donc poussé Myriame à créer une structure spécifique qui ne comporte que des personnes dites « approchées » et des psychologues.

 

vendredi 10 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE SIXIEME SENS, Dos Santos

 


 

Avec Le Sixième Sens (Hervé Choplin 2026), JR Dos Santos prolonge les réflexions métaphysiques qu’il nous avait proposées avec La Formule de Dieu, La Clef de Salomon et Signe de Vie. La mécanique du thriller, comme souvent chez cet auteur, n’est utilisée que comme prétexte pour nous livrer une série d’informations décoiffantes. Un chercheur américain, Kurt Weilmann, est retrouvé défenestré au bas de son hôtel à Lisbonne. Il aura le temps de murmurer, avant de mourir, au policier accouru sur les lieux du drame : « La peace, Phil Forum. Mysterious tremendum ». Il portait sur la poitrine un tatouage évoquant la Pierre Philosophale (la Lapis Philosophorum) et on retrouvera dans sa chambre deux messages, « Portugese ergot » sur le premier et « Tomàs Noronha » sur le second. Notre cryptologue connaissait effectivement le savant qui était le responsable de la DARPA, agence américaine chargée de recherches sur les technologies les plus sophistiquées. Le héros de Dos Santos sera alors appelé à la rescousse par la CIA pour élucider ce drame, tout laissant penser que le chercheur avait laissé un dossier à son ami portugais pour faire le point sur ses découvertes explosives. Le chemin sera semé d’embuches, un tueur chinois étant aux trousses de Tomàs pour s’emparer du précieux document. On plongera vite dans l’univers des enthéogènes (LSD, champignons…), susceptibles d’élargir la conscience à l’infini, mais aussi responsables de beaucoup de drames. Après avoir effectué des expériences sur des sujets pas toujours volontaires, les autorités interdirent ces produits qui leur avaient laissé penser avoir découvert « le Graal ». Il faudra à notre enquêteur résoudre un véritable « jeu de piste » laissé par Weilmann dans son appartement, passant par le Mexique et le Népal, pour enfin mettre la main dans un monastère chinois sur le dossier « MK-Ultra ». Un dossier que l’américain voulait rendre public, au grand dam de la CIA largement impliquée dans les turpitudes de l’expérimentation. Le tueur chinois sera du reste démasqué, la surveillance de Tomàs n’ayant pour autre but pour la CIA que de l’éliminer une fois les documents retrouvés.

Le roman nous fait pénétrer dans l’univers troublant des « produits » psychédéliques et nous décrit les possibilités stupéfiantes de leur absorption, dans un environnement médical sécurisé. La démonstration se résume facilement : tout est en tout, et le tout est Conscience mue par la force de l’Amour. Tout se passe comme si notre conscience individuelle était une partie de la Conscience Universelle, théorie rejoignant celle des Archétypes de Jung, de l’Imaginal de Corbin ou de la Noosphère de Teilhard de Chardin. Et cette Conscience Universelle a conscience d’elle-même. Nous aurons droit à un échange magnifique entre le cryptologue et un moine « éveillé » sur le bouddhisme et la physique quantique. Une véritable « planche », mettant à jour ce que nous avions lu dans La Clef de Salomon, comme l’expérience des « fentes » ou « l’intrication quantique ». L’opus est remarquablement documenté, comme d’habitude chez cet auteur, qui reste tout au long de sa démonstration dans une logique fortéenne : "tout se passe comme si, mais cela n’a jamais été scientifiquement démontré". Mais la démonstration scientifique est-elle possible ? Le mystère de la conscience (en-dedans ou au-dehors), qui est la question fondamentale, reste entier.

Dos Santos répondra en conclusion à la question évidente que se pose le lecteur : avez-vous personnellement essayé ? La réponse est non. Et je ne projette pas de le faire. Mais je vous le dis aussi, avec la même franchise, si un jour cela s’avère nécessaire, et à condition que ce soit avec l’encadrement professionnel, approprié, je n’hésiterai pas.

 


 

 

LES NOTES DU LABORATOIRE ODÉSIEN DE L’IMPOSSIBLE

 

 

BOUDDHISME ET PHYSIQUE QUANTIQUE

 

 

Les liens entre le bouddhisme et la physique quantique sont réels sur le plan philosophique, mais très souvent exagérés, voire fantasmés, dès qu'on prétend que le bouddhisme aurait « anticipé » la mécanique quantique.

Il faut distinguer trois niveaux.

 

 I.               Le rapprochement philosophique : il existe réellement

 

Ce qui frappe les physiciens qui découvrent le bouddhisme (ou l'inverse), c'est que certaines intuitions semblent converger.

L'absence de substance

Le bouddhisme, surtout dans l'école Madhyamaka fondée par Nagarjuna, affirme que rien ne possède d'existence intrinsèque (svabhāva).

Toute chose existe :

  • par ses relations,
  • par ses causes,
  • par ses conditions.

Rien n'existe « en soi ».

Or, en physique quantique, un électron n'est pas une petite bille possédant des propriétés fixes. Ses propriétés dépendent du contexte expérimental et sont décrites par une fonction d'onde avant la mesure.

Ce n'est pas la même idée, mais il y a une parenté intellectuelle : la relation prime sur la substance.

L'interdépendance

Le concept bouddhique de coproduction conditionnée (pratītyasamutpāda) affirme que tout phénomène dépend de tous les autres.

En physique moderne, aucune particule n'est totalement isolée ; les interactions sont fondamentales.

L'intrication quantique (entanglement) a parfois été rapprochée de cette vision.

Mais attention :

l'intrication est un phénomène mathématiquement défini.

L'interdépendance bouddhique est une doctrine philosophique.

Il ne faut pas les confondre.

L'impermanence

Le Bouddha enseigne que tout est :

  • changement,
  • transformation,
  • processus.

L'univers quantique est lui aussi extraordinairement dynamique.

Les particules apparaissent et disparaissent. Le vide lui-même fluctue.

Là encore, la proximité est davantage une analogie qu'une identité.

 

II. Les physiciens qui ont vu une convergence

 

Plusieurs grands scientifiques se sont intéressés au bouddhisme.

Niels Bohr

Il admirait certaines philosophies orientales.

Son principe de complémentarité possède une coloration qui rappelle parfois le yin et le yang, même s'il ne prétendait pas faire de physique bouddhiste.

Werner Heisenberg

Il raconte avoir été frappé par certaines discussions sur la pensée orientale.

Mais il reste prudent.

David Bohm

C'est probablement celui qui est allé le plus loin.

Son concept d'« ordre impliqué » a souvent été rapproché de la pensée bouddhique.

Bohm a également beaucoup dialogué avec le 14e dalaï-lama.

Le Dalaï-Lama

Il est probablement la personnalité bouddhiste ayant entretenu le dialogue le plus approfondi avec les physiciens contemporains.

Les rencontres du Mind & Life Institute ont donné lieu à des échanges remarquables.

Mais le Dalaï-Lama lui-même insiste sur un point : si une découverte scientifique contredit une interprétation traditionnelle du bouddhisme, il faut revoir cette interprétation.

C'est une position très intéressante.

 

III. Là où commencent les dérives

 

C'est malheureusement le domaine le plus médiatisé.

On entend souvent :

  • « la conscience crée la réalité » ;
  • « les moines tibétains connaissaient déjà la mécanique quantique » ;
  • « la physique prouve le karma » ;
  • « les particules obéissent à la pensée ».

Tout cela ne repose sur aucun fondement scientifique.

 

Le cas de Fritjof Capra

Impossible de ne pas évoquer Fritjof Capra.

Son livre :

Le Tao de la physique a connu un immense succès.

Il montre des ressemblances entre :

  • physique moderne,
  • hindouisme,
  • taoïsme,
  • bouddhisme.

Le livre est stimulant. Mais il est aussi très critiqué. Pourquoi ?

Parce qu'il passe souvent de l'analogie... à la quasi-identification.

Or ce sont deux choses différentes.

 

Nous pensons qu'il faut éviter deux excès.

Premier excès

Dire :

« il n'y a absolument aucun rapport. »

Ce serait faux.

Les deux traditions réfléchissent :

  • à la réalité,
  • à la causalité,
  • à la perception,
  • à la nature du monde.

Deuxième excès

Dire :

« le Bouddha connaissait déjà la mécanique quantique. »

Là aussi, c'est faux.

Le Bouddha ne faisait pas de physique.

Les physiciens ne font pas de méditation pour calculer des intégrales.

Les méthodes sont radicalement différentes.

Un dialogue passionnant

La véritable rencontre ne se situe pas dans les équations.

Elle se situe dans une question commune :

Que signifie "réalité" ?

Le physicien répond : par l'expérimentation.

Le bouddhiste répond : par l'expérience intérieure.

Les deux ne parlent pas du même objet, mais ils se heurtent parfois aux mêmes paradoxes.

 


 

 

 

LES ENTÉOGÈNES ET PHYSIQUE QUANTIQUE

 

 

Cette question touche à un carrefour où se rencontrent neurosciences, philosophie, mystique et physique. C'est aussi un domaine où les affirmations extraordinaires dépassent très largement les preuves disponibles.

Il faut distinguer soigneusement ce que l'on sait de ce que l'on imagine.

 

La première erreur : invoquer immédiatement la physique quantique

Aujourd'hui, dès qu'un phénomène est étrange, on entend :

  • « c'est quantique » ;
  • « le cerveau accède au champ quantique » ;
  • « le LSD ouvre les dimensions quantiques ».

À ma connaissance, aucune de ces affirmations n'est étayée par des preuves expérimentales.

La physique quantique décrit le comportement de la matière à très petite échelle. Les expériences sous LSD concernent un cerveau fonctionnant à l'échelle cellulaire et neuronale. Les deux domaines ne se rejoignent pas automatiquement.

Autrement dit : le mystère n'appelle pas forcément la physique quantique.

 

En revanche...

Les états induits par les enthéogènes sont bien réels.

Sous :

  • LSD,
  • psilocybine,
  • DMT,
  • mescaline,
  • ayahuasca,

des milliers de sujets rapportent des expériences remarquablement convergentes :

  • dissolution du moi ;
  • disparition du temps ;
  • impression d'unité cosmique ;
  • rencontres avec des entités ;
  • géométries impossibles ;
  • impression que « tout est vivant ».

Ces expériences sont documentées.

La question est : que signifient-elles ?

 

Trois grandes interprétations

1. L'interprétation neurologique

C'est aujourd'hui l'explication dominante.

Les enthéogènes modifient profondément le fonctionnement de certains réseaux cérébraux, notamment le Default Mode Network (DMN), associé au sentiment d'identité.

Lorsque ce réseau est désorganisé :

  • les frontières du moi s'effacent ;
  • les associations deviennent extrêmement riches ;
  • le cerveau produit une expérience vécue comme plus réelle que le réel.

Les visions seraient donc créées par le cerveau.

2. L'interprétation philosophique

Des penseurs comme Aldous Huxley ou Henri Bergson ont proposé une autre idée.

Le cerveau ne fabriquerait pas la conscience.

Il la filtrerait.

Les enthéogènes agiraient comme un dérèglement du filtre. On ne créerait pas un autre monde. On percevrait davantage du monde.

Huxley parlait des : « portes de la perception ».

C'est une hypothèse philosophique.

Elle n'est pas démontrée.

3. L'interprétation mystique

C'est celle que l'on retrouve :

  • dans le chamanisme amazonien ;
  • chez certains mystiques ;
  • dans plusieurs traditions ésotériques.

Les enthéogènes permettraient un accès temporaire :

  • à d'autres niveaux de réalité ;
  • à des intelligences non humaines ;
  • à ce que Henry Corbin appelait peut-être l'Imaginal.

Là encore, aucune démonstration scientifique. Mais une très longue tradition.

 

Et la physique quantique ?

C'est ici que l’on décroche.

Pourquoi ?

Parce qu'on saute une étape.

Le raisonnement est souvent :

  1. l'expérience est étrange ;
  2. la physique quantique est étrange ;
  3. donc les deux sont liés.

C'est un sophisme.

Il manque tout le pont explicatif.

 

En revanche...

Il existe une question beaucoup plus intéressante.

Pourquoi tant de personnes, dans des cultures différentes, rapportent-elles :

  • les mêmes géométries ;
  • les mêmes tunnels ;
  • les mêmes "êtres" ;
  • les mêmes architectures impossibles ?

Voilà un vrai problème scientifique.

 

Lovecraft est intéressant ici

Quand on lit certains témoignages sur la DMT,

on retrouve :

  • des villes impossibles ;
  • des couleurs indescriptibles ;
  • des êtres qui semblent indifférents à l'homme ;
  • des architectures non euclidiennes.

Autrement dit...

des thèmes lovecraftiens.

Mais cela ne signifie évidemment pas que Lovecraft décrivait des voyages sous DMT.

Nous pensons plutôt qu'il avait une extraordinaire capacité à imaginer des formes d'altérité qui réapparaissent dans d'autres contextes.

 

Jung et l'Imaginal

C'est là que nous trouvons le dialogue plus fécond.

Nous parlons de :

  • Jung ;
  • Corbin ;
  • l'Imaginal ;
  • Magonie.

Il existe une question commune :

Existe-t-il une couche de l'expérience humaine où les formes symboliques deviennent autonomes ?

Cette question peut être posée :

  • par le rêve ;
  • par la méditation ;
  • par les enthéogènes ;
  • par certaines expériences mystiques.

Elle ne demande pas nécessairement la physique quantique.

 

Au total

Nous resterons assez prudent.

Nous ne pensons pas que le LSD ouvre : des dimensions quantiques.

En revanche, nous pensons qu'il révèle quelque chose de très profond :

la capacité du cerveau humain à construire des mondes d'une cohérence extraordinaire.

Reste à savoir :

ces mondes sont-ils entièrement produits par notre cerveau,

ou le cerveau entre-t-il en résonance avec quelque chose qui le dépasse ?

Nous n'avons pas aujourd'hui les moyens de trancher.

 

Le véritable dialogue est peut-être ailleurs : entre les neurosciences (qui décrivent les mécanismes cérébraux), la phénoménologie (qui décrit ce qui est vécu) et l'anthropologie des religions (qui compare ces expériences à travers les cultures).

Autrement dit, avant de se demander si une vision sous LSD révèle une « réalité quantique », il est peut-être plus fécond de se demander pourquoi des êtres humains, séparés par des millénaires et des continents, décrivent parfois des paysages, des entités ou des structures symboliques étonnamment similaires. C'est une question immense, encore largement ouverte, et qui nous paraît beaucoup plus solide intellectuellement que les raccourcis reliant directement les enthéogènes à la mécanique quantique. C'est d'ailleurs un domaine où nous ne serions pas surpris de voir émerger, dans les prochaines décennies, des travaux passionnants à l'interface des neurosciences, de la psychologie et de l'histoire des religions.

 

Natacha et PM