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mardi 5 mai 2026

L'ORIGINE DU MONDE de Thomas Grison vu par "Incoherism"

 


 

 

Au cœur de l’origine du monde. Hystéricodysséïa de Thomas Grison. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Thomas Grison, historien de l’art et spécialiste du symbolisme, nous entraîne dans l’un de ces voyages initiatiques, rabelaisiens ou cervantésiens, qui apparaissent désastreux et pourtant se révèlent de façon inattendue un succès, succès d’abord pour l’esprit. Il use sans abuser des immenses possibilités du langage pour dérouter, enchâsser, enfermer puis libérer le sens, et le lecteur.

C’est sur l’océan de la littérature et de l’art que nous sommes invités à naviguer, poussés par le vent du rire salvateur ou inquiet et de l’attrait pour le mystère, incarné ici par une voisine au sexe magique :

« Venez y jeter un œil d’un peu plus près ! » me fit alors ma voisine en écartant les genoux un peu à la manière d’un sumo. « L’origine du monde, n’est-ce pas ? », ajouta-t-elle encore. Je fis d’autant moins attention à cette remarque qu’à ce moment-là, l’impensable se produit, qui fit s’écrouler d’un coup la forteresse de ma raison et m’expulsa en un clin d’œil hors des murs pourtant épais de la très granitique rationalité qui, jusque là me préservait dans son ombre salutaire et protectrice. Était-ce le magnétisme de cette vulve, somme toute très ordinaire, qui exerçait sur moi son ardeur hypnotique au point d’aliéner ou d’altérer en moi toute forme de discernement ? Était-ce l’atmosphère particulièrement occulte du lieu, et cet air de chamane ou de prêtresse surgie du fond des âges que, soudain, mon hôtesse se donna, et qui me firent pénétrer irrémédiablement en un territoire parallèle où j’abandonnais toute capacité de jugement ? »

Cet œil, « qui voit tout », ou veut tout voir de l’autre côté, prend son autonomie et conduit le héros malgré lui dans une aventure d’abord très bukowskienne avant qu’elle ne prenne toute sa dimension initiatique, à travers quelques guides et des initiatrices comme Bethsabée, Eve ou d’autres femmes qui éveillent.

« Vous avez fait bon voyage, j’espère ? », me demanda alors cette dame qui, à y regarder de près, ressemblait étrangement à ma voisine abhorrée. Elle avait en effet plus ou moins les mêmes traits, les mêmes intonations mielleuses dans la voix, les mêmes gestes affectés. Je me contentai de répondre par un petit signe de tête, en ajoutant aussitôt : « Alors, c’est vous, Eva ? » à quoi elle répondit en écho par un même petit signe de tête qu’elle assaisonna seulement d’un léger sourire désarmant d’ambiguïté, à la fois malicieux, cajoleur et narquois. »

Il est beaucoup question de passages dans ce livre, passages d’un monde à un autre, d’un état à un autre, d’une connaissance à une autre. La multiplication des signes et des accords, par les références au monde de l’art et de la littérature, tisse un réseau de sens à explorer à partir de cette « origine du monde » qui laisse notre personnage aussi fasciné que circonspect, malgré les indications de l’un de ses guides :

« Courbet rappelle que ce lieu est celui de la naissance. Mais il va aussi beaucoup plus loin en l’élevant aussi au rang de matrice universelle, dans sa fonction à la fois symbolique, mystique, métaphysique, cosmogonique (…) Il donne, si vous me permettez l’expression de la profondeur au prétexte pornographique. Surtout, il n’oppose pas la réalité érotique et physique du sexe à sa dimension spirituelle ou sacrée. Tout au contraire, il intègre la chair et l’esprit dans un tout unitaire et il réussit à créer entre eux une parfaite solution de continuité. Pour le dire autrement, Courbet fait tout pour ne pas faire de la chatte et du temple deux réalités disjointes. »

Thomas Grison restaure ainsi le principe du continuum de la chair à l’Esprit, continuum mis à mal par les grandes religions et tous leurs complices, y compris athées, principe qui permet aux enseignements de se mettre en place, à la mosaïque des mondes de prendre vie en un tout harmonieux sans ignorer le tumulte.

Thomas grison réussit là un tour de force particulièrement élégant. Ce livre, profond et délicieux, est bien une odyssée, écho à celle d’Homère, que prolongea avec talent Nikos Kazantzakis. Comme toute odyssée, elle demeure incertaine, l’achèvement ne résidant que dans l’inachèvement. Hystérique ? peut-être, et pourquoi pas ? mystérique en tous les cas.

mercredi 29 avril 2026

L'ODS AIME LES NYMPHES

 


À l’occasion de la sortie de Nymphes, la galerie Barbier consacre une nouvelle exposition à Vince, dont l’univers graphique explore avec audace et élégance la figure de la pin-up.

Publié par Éditions Barbier, l’ouvrage Nymphes rassemble une série d’illustrations entièrement dédiées à ce thème. Proposé en tirage librairie ainsi qu’en édition de luxe, accompagnée d’une lithographie numérotée et signée, il met en lumière un travail centré sur la stylisation, la ligne et une sensualité affirmée.

L’exposition réunit exclusivement des illustrations originales, conçues comme des images abouties. Chaque pièce s’impose par sa force visuelle, son sens de la composition et l’attention portée aux attitudes et aux regards. L’ensemble compose un accrochage rythmé, où se déploie un imaginaire à la fois contemporain et imprégné de références classiques du genre.

À travers cette sélection, Vince affirme une vision personnelle de la figure féminine, entre icône et fantasme, portée par une écriture graphique précise et immédiatement reconnaissable.

À l’occasion du vernissage, l’artiste sera également présent pour une séance de dédicace de Nymphes des éditions Barbier, ce jeudi 30 avril 2026 de 16h à 18h.

Inscriptions : mayla@bdartiste.com

 

Vernissage (entrée libre) ce jeudi 30 avril 2026 de 19h à 21h, en présence de l’artiste.

1 pin's inédit, réalisé pour l'occasion, sera offert aux 100 premiers visiteurs !

dimanche 23 novembre 2025

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : MEURTRE ÉSOTÉRIQUE AU PAYS CATHARE, Fernand Reymond

 

 

Meurtre ésotérique au pays cathare, Fernand Reymond (Lacour 2018). Je suis toujours admiratif devant la production des éditions Lacour qui offrent un solide débouché à des auteurs modestes, sur des sujets souvent confidentiels (de la »cuisine à l’ail » aux « évangiles interdits », en passant par « le catharisme dans tous ses états »). Fernand Reymond n’est pourtant pas un auteur mineur puisque sa bibliographie ne compte pas moins de 25 ouvrages sur des sjets de curiosités locales ou d’ésotérisme (le tout publié chez Lacour bien sûr !). C’est un roman qu’il nous propose ici dans un décor castelrennais dont il pimente la « belle histoire ». Nous assistons en effet au combat entre deux sociétés secrètes, la Rose Croix de Péladan et une curieuse secte satanique dirigée par une certaine Emilie qui marche « à la voile et à la vapeur ». Le sexe est en effet omniprésent dans le récit, surtout aux couleurs de Lesbos. Bérenger Saunière fait quelques brèves apparitions, tout comme Emma Calvé, mais ils ne tomberont pas dans le camp de l’ombre qui, suite à quelques manipulations pseudo-magiques, connaîtra une fin sulfureuse.

Bon, tout cela n’est pas de la grande littérature, mais je ne suis beaucoup amusé à lire du « marquis de Sade » audois !


dimanche 26 mai 2024

EMMANUEL THIBAULT DANS "LA LETTRE DU CROCODILE"

  


 

Sensibilité queer, espaces sécures et spiritualité par Emmanuel Thibault. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Le sujet est peu abordé dans les milieux initiatiques sauf de façon marginale. Il est pourtant nécessaire de le penser afin de demeurer en phase avec le monde présent et à venir tout en recherchant dans les traditions anciennes des nuances niées ou oubliées. Ce livre d'Emmanuel Thibault en est l’occasion.

Pour approcher le kaléidoscope de la culture queer, la spiritualité se révèle une entrée pertinente. A travers trois longs entretiens, Emmanuel Thibault, plutôt que de construire un modèle théorique, pose un regard anthropologique sur la vie spirituelle dans la communauté queer à travers trois personnes, trois rencontres importantes.

« En tant que chercheur en anthropologie du rituel associé à plusieurs ateliers de recherches universitaires parisiens, précise Emmanuel Thibault, la manière dont on envisage la spiritualité et dont on met en œuvre les dispositifs qui lui sont consacrés m’a tout spécialement interpellé. J’ai donc voulu mieux explorer ce terrain au lieu de m’en tenir à mes propres ressentis à ce sujet. La méthode des entretiens particuliers permet également de se confronter à des idées différentes, en posant des questions parfois inattendues ou en insistant pour aller au-delà de réponses convenues. »

Le premier entretien avec Katia Fjeld, historienne de l’art porte, sur « les qualités rituelles du Safe Space. Le deuxième entretien, avec Yann Minh, artiste multimédia traite de « la queer attitude ». Le troisième entretien avec la magnétiseuse Paty aborde « les sensibilités particulières ».

« Le thème de la sexualité, rappelle Emmanuel Thibault, et, logiquement, celui des sexualités plurielles et de la fluidité de genre ont fait l’objet d’un questionnement identitaire depuis l’aube de l’humanité. Comme l’activisme LGBTQIA+ s’efforce aujourd’hui de le faire savoir, ce n’est que dans les sociétés les plus patriarcales et les plus dogmatiques qu’on a réussi à faire penser qu’il pourrait s’agir d’un « problème ». Malgré cela, il est important, à mon avis, de réfléchir sur des bases bien documentées. »

Il commence par mettre en place plusieurs repères dans un esprit incessant d’ouverture : Cosmologies, différenciation sexuelle et fluidité de genre – Quelques figures mythologiques typiques (Hâpi en Egypte, Ardanârîshvara en Inde, Erinle dans le Vaudou…) – Rites de possession, chamanisme et minorités queers.

Il remarque significativement que « Presque partout dans le monde, les cultes de possession attirent la communauté LGBTQIA+, principalement parce qu’ils présentent pour des minorités souvent malmenées, voire ouvertement persécutées, une possibilité d’être socialement mieux acceptées, en particulier lorsqu’ils se comportent comme l’autre sexe. Ils y sont tolérés, souvent protégés, et peuvent s’exprimer plus librement dans les terreiros de candomblé, par exemple, qu’en général dans leur vie. »

Certaines expressions artistiques offrent le même genre d’espace sécurisant, créatif et libérateur, comme le théâtre traditionnel japonais ou l’opéra chinois. Les chamanismes ou traditions proches qui n’entrent pas dans la catégorie sont familiers avec les entre-deux, les intervalles, la fluidité, le mouvement permanent. Ils favorisent la pluralité spirituelle et accueille aisément la pluralité des genres.

Avec Kati Fjeld, Emmanuel Thibault aborde le sujet des safe spaces, sujet d’études sociologiques mais non anthropologiques dans les pays anglophones et quasiment ignoré en France. Le safe space désigne tout « lieu destiné à améliorer la sécurité de communauté marginalisées ou opprimées ». Ces lieux sont fort divers, institutionnels ou non. Face à la violence normative, aux stéréotypes, aux préjugés, les espaces protecteurs son nécessaires. Il s’agit non seulement de protection mais pour Kati Fjeld de lieux qui « permettent de développer et cultiver un bien-être psychologique ». Le concept est en réalité particulièrement subtil et complexe, sa réalisation tout autant au point d’apparaître pour Kati Fjeld comme « une forme d’événement social ». « On n’entre pas, dit-elle, dans un safe space pour y trouver le changement ou l’évolution personnelle, mais je crois que cela se produira finalement, car on y a trouvé un lieu où il est possible d’agir d’une façon qui était jusque-là impossible. »

Avec Yann Minh, artiste anticonformiste renommé dans le monde de la cyberculture, spécialiste des métavers et des réalités augmentées, nous plongeons dans certaines originalités de la spiritualité queer qui, par nature et par contrainte, est flexible, adaptative, exploratrice de la multitude des expériences humaines.

« Dans la culture queer, il me semble qu’il existe un processus relationnel d’appréhension globale de l’autre qui se rapproche du fonctionnement intuitif. Il y a un positionnement de soi et une approche de l’autre qui est plus ouverte au départ. Il se pourrait que cette disposition ou cette attitude rende également plus apte à percevoir des processus d’ordre mystique ou métaphysique qui se développent en parallèle avec notre évolution et celle de la complexification du traitement de l’information. »

Le troisième entretien avec Patsy, transgenre et magnétiseuse, conduit le lecteur avec beaucoup de respect et d’attention dans l’expérience personnelle et originale d’un soignant. Nous prenons conscience avec Patsy du poids des normes, modèle hétérosexuel mais aussi homosexuel, dans la pratique de soin. Patsy a dû s’en affranchir et édifier une spiritualité originale nourrie de nombreux apports mais aussi une pratique de soin alternative et différenciée.

« Une vie vaut une autre vie » enseigne les traditions, cela signifie inclure toutes les différences, toutes les expressions dans une expérience de non-séparation totale. Nous constatons chaque jour la force d’exclusion plutôt que d’inclusion des systèmes religieux, traditionnels ou politiques dominants. Ce livre permet d’interroger nos sociétés et nos représentations ou croyances personnelles. Plutôt que de proposer des réponses qui seraient de fait normées, normées autrement mais normées, Emmanuel Thibault privilégie l’art de l’approfondissement, de l’exploration libre et de la rencontre, trois fondements de toute spiritualité vivante.

samedi 27 avril 2024

SENSIBILITE QUEER, Emmanuel Thibault

 

Wow, je viens enfin de trouver le temps d'aller chercher mon exemplaire du livre d'Emmanuel Thibault paru chez l'Oeil du Sphinx et qu'il vient de m'envoyer. :
Emmanuel m'a accordé un long entretien/témoignage sur ma relation au mouvement Queer en rapport avec mon enfance androgynique cyberpunk dans une famille de militants révolutionnaires féministes et communistes, mes réflexions sur le corps, le BDSM, et mes pratiques péri artistiques, entre autre dans les métavers. Et je le remercie beaucoup pour la place qu'il a accordé à mes réflexions sur le sujet, en compagnie d'autres excellents invités, dont un sujet sur les « safe places »
Bref, c'est un livre qui est top, avec d'excellentes réflexions par différents invités, sur le Queer dont je me revendique depuis le début de ce mouvement.
Sensibilité Queer, Espaces Sécures et Spiritualité – Regards Croisés Inattendus
 

 
 
Une chronique de Yann Minh
 
Référence SENSQUEER
Ean13: 9782380140866
Auteur(s) Emmanuel Thibault
Illustration de Couverture © Jean-Paul Espinosa - insta: kipcoulecompany
EAN 9782380140866
Collection Les Inclassables de l’ODS N°5
Hauteur 20.32 cm
Largeur 12.7 cm
Poids 0.28 Kg
Nombre de Pages 248
Date de Parution 30/03/2024
EN SAVOIR PLUS
Auteur(s) : Emmanuel Thibault
Ce livre rassemble trois entretiens portant sur quelques aspects de l’implication de la spiritualité dans la vie de la communauté queer. Leur publication vise à éclairer la réflexion au moyen d’éléments qui ont affleuré au fil de ces riches échanges. Plutôt que de proposer une théorie en ce domaine, il s’agit ici d’attirer l’attention des personnes interviewées, celle de la communauté queer et celle des chercheurs qui voudront s’y intéresser, ainsi que celle du public, bien entendu, sur certaines notions familières en anthropologie qui pourront apporter un éclairage sur l’expérience vécue lorsqu’on se préoccupe de spiritualité en tant que queer. Les personnes interviewées, que je remercie très sincèrement pour leur participation, n’appartiennent pas aux stéréotypes communautaires ; c’est un choix voulu et assumé pour donner une épaisseur supplémentaire à cette pensée.
E. Thibault
Sommaire :
- Avant-Propos
- Introduction : Sensibilité Queer et Spiritualité
- Les Qualités Rituelles du Safe Space - Entretien avec Katia Field, Historienne de l’Art
- La Queer Attitude - Entretien avec Yann Minh, Artiste Multimédia
- À propos des sensibilités particulières - Entretien avec Patsy, Magnétiseuse
248 p

samedi 23 septembre 2023

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'ANGE DE MUNICH, Fabiano Massimi, (LDP 2021)

 


L’Ange de Munich, Fabiano Massimi, Le Livre de Poche 2021.Une belle surprise que ce bouquin qui traite d’un sujet sulfureux, rarement abordé : celui de la mort en 1931 à Munich d’Angela Raubal, nièce du Führer plus connue sous le diminutif de Geli. L’auteur, bibliothécaire et archiviste, s’est livré à une enquête très détaillée dans les rares documents traitant de cette affaire et n’ayant pas été détruits. Et le fait d’avoir adopté la forme du roman policier rend très vivante son investigation et lui permet d’explorer les pistes les plus folles. Alors suicide d’une jeune femme pleine de vie et qui n’arrivait pas à échapper à un oncle envahissant et de certainement sadique ? Ou meurtre soigneusement préparé pour éliminer une créature qui faisait « tache » auprès de Hitler ? On ne peut qu’éprouver beaucoup de sympathie pour cette jeune femme toujours gaie et pleine de projets. Elle s’installa chez son oncle à Munich pour suivre des études de médecine, études qu’elle abandonna rapidement pour s’orienter vers le chant. Malgré son quasi confinement, elle se fiança secrètement au chauffeur d’Hitler, projet que le tonton fit tout pour faire échouer. Même chose pour sa liaison avec un artiste de Linz qu’elle devait rejoindre à Vienne le jour de sa mort. Pourquoi, alors qu’elle était droitière, s’est-elle tirée un coup de revolver (celui d’Hitler) de sa main gauche ? Et pourquoi a-t-elle été retrouvée en train d’écrire une lettre à une amie qu’elle n'a pas achevée.

Hitler sortira gravement déprimé de ce drame. Mais il aura tôt fait de se consoler dans les bras d’Eva Braun qui était l’une des collaboratrices de son photographe officiel !

 


 

vendredi 1 juillet 2022

MARIE MAITRE COMMUNIQUE

 


Je vous invite le mardi 05 juillet de 18h à 20h à l agence immobilière GAY au 24 place du général Leclerc 21200 BEAUNE pour une séance de dédicace de mon livre « Francesca de la douleur à l’ envol ». Possibilité de changer les dates et heures selon vos disponibilités 😉. Au plaisir de vous y retrouver.

dimanche 19 juin 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : THANATOS, LES RECIFS, Yann Minh

 


 

Les hasards d’une déambulation dans ma PAL m’ont mis sous la dent Thanatos, les Récifs, de Yann Minh (Florent Massot, 1997). J‘ai lu ce livre juste après avoir terminé Notre Part de Nuit de Mariana Enriquez (cf 2021) et j’ai été frappé par leur point commun, le Mal, le Mal Absolu. Mais ce point commun prend la forme de deux droites parallèles, qui ne se recoupent pas. Chez Enriquez, le Mal est extérieur à l’Homme, et gare à celui qui le rencontre. Chez Minh, le Mal n’a rien de métaphysique, c’est une création de l’Homme, et pour son propre plaisir. L’auteur nous fait plonger dans un monde hallucinant, celui du cyber-sexe, du sado-masochisme et de la Jouissance Suprême sur fond de science-fiction et de techno-drogues. Le grand jeu dans cet univers est de trucider sa victime (souvent consentante) et la faisant jouir comme une bête, de filmer la scène et d’en tirer un implant que l’on s’injecte pour partager ses émotions. Un trafic très lucratif de surcroît. Le récit est mené en compagnie de deux jeunes gens, Tristan et Dyl, qui cherchent à échapper aux horreurs de la Cité dirigée par le sadique Gillian Retz et rejoindre un monde magique, celui des Récifs, où « dragons, magie et vaisseaux empruntent d’impressionnants couloirs basaltiques flottants ». Il faut avoir le cœur bien accroché pour participer à cette aventure, mais la plume est alerte, non dépourvue d’humour et parfois de poésie. Quant à l’imagination de l’auteur, sur le plan des inventions technologiques, elle est ahurissante !

A noter que la chute du roman est très ouverte et appelait certainement une suite.


samedi 2 octobre 2021

FABIENNE LELOUP & MARIE MAITRE ou l'Octobre des Femmes à l'ODS

 

Fabienne Leloup nous propose avec son dernier roman une exploration sulfureuse aux confins de l’amour. Un récit tout simplement sublime. Ce qui est en effet envoûtant, c’est le brio avec lequel elle développe le yin et le yang de la passion, lente plongée aux enfers et montée fulgurante au nirvana.  Un roman écrit avec ses « tripes » (sourire) qui respire véritablement comme un thriller. On veut savoir la suite, car on se rend compte que le cheminement amoureux de l’héroïne n’a rien de « convenu » et qu’il se renouvelle sans cesse pour flirter avec l’Extrême qui lui-même est une forme de l’Absolu.

Une expérience à classer dans la catégorie des « initiations suprêmes ».

 


 Ceci est un roman de vie, largement inspiré de faits réels. Francesca ne s’est pas illustrée dans le mouvement « me too » ; on ne l’a pas vue sur les plateaux de télévision qui se multiplient en ce moment sur les thèmes ‘femme battue, viol, inceste…’. Et pourtant, elle y aurait toute sa place par la belle leçon qu’elle nous donne : on peut échapper à l’horreur grâce à l’Art !

Pour moi, l’Art est total, physique, entier, il s’explore en poussant à l’extrême les capacités du créateur.
Artiste autodidacte, je parle volontiers de quête. Cette quête qui m’anime sans cesse et m’accompagne à travers mes créations photo.
Désormais, cet Art-là nourrit mon âme et mon corps. Il répond à mes exigences humaines autant que je peux les provoquer, les étaler et les partager.

Marie Maitre

jeudi 24 août 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE TUEUR, Colin Wilson

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Roman – Le Tueur (1970 ; Belles Lettres, 1998). Colin Wilson continue à vouloir comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’un tueur et met en scène, pour cette nouvelle enquête, Samuel Kahn, médecin psychiatre dans une institution spécialisée. Son patient, Arthur Lingard, est enfermé pour avoir sauvagement assassiné un fermier lors d’une tentative de cambriolage. Il est aussi suspecté du meurtre et du viol d’une jeune fille. Fasciné par un personnage redoutablement intelligent qui veut se faire passer pour stupide, Kahn réussira à briser la glace et à mener toute une série d’entretiens. Et cela commence fort, Lingard étant persuadé d’être surveillé par les Gardiens Noirs, créatures maléfiques qui veulent prendre le contrôle de la Terre. Il est vrai qu’il a mené un parcours poisseux sur un arrière-fond de rêve, Lingard étant friand de pulps (son fascicule fétiche retraçait les aventures de Marvo le Magicien), des œuvres de Merritt de de E. R. Burroughs (il avait commis une grande carte de Mars) et de Conan Doyle. Il s’assimilait volontiers à Moriarty, le Roi du Crime.


Le médecin se transformera progressivement en un super-policier pour mener une investigation approfondie sur le patient pour lequel il ne cache pas une certaine sympathie. Et de nous plonger dans le glauque d’une banlieue misérable anglaise. Lingard a perdu son père et sa mère lors de la guerre, a été récupéré par un oncle libidineux qui viole sa sœur, Pauline, à laquelle il voue un amour fou. Nous assistons à un grand spectacle pornographique, fait de « touche pipi », de parties de « le docteur et l’infirmière », en passant par l’inceste et la sodomie homosexuelle. Lingard tripote sa sœur Pauline qui accepte parfois de le « soulager », puis couche avec sa cousine Angie qu’il prête volontiers à des malfrats. Car le sujet a entamé une carrière très active de cambrioleur, à la fois pour rentrer de l’argent mais aussi pour compléter sa collection de petites culottes féminines.
Puis tout va basculer et le médecin découvrira progressivement qu’il est également l’auteur de trois autres crimes sexuels sur des jeunes filles qui ont une certaine ressemblance physique avec Pauline et Angie. Le « déclencheur » sera vite trouvé. Pauline puis Angie ont convolé en justes noces et Arthur, se sentant abandonné, a cherché se venger de la gente féminine. On retrouvera le patient étranglé quelque temps après la fin de l’enquête par un autre détenu, suite à une violente dispute portant sur une petite culotte féminine.
Au total, un roman d’une rare violence et terriblement ambigu. Wilson se complaît dans une empathie trouble vis-à-vis du criminel. Quant à l’aspect « pornographie de banlieue », il est traité avec tant de détails que la nausée guette à chaque page. On est loin de la « pornographie distinguée » du Dieu du Labyrinthe.

Livres imaginaires
° Le Rêveur ou La vie de Arthur James Lingard, Samuel Khan
° Le Kid de Louiseville, Idris T. Moroney (roman érotique dans les milieux de la boxe)

jeudi 10 août 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'HOMME QUI N'AVAIT PAS D'OMBRE, Colin Wilson.

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Roman – L’Homme qui n’avait pas d’Ombre (1963, Man without Shadow ; Belles Lettres, 2000) est une suite directe du Sacre de la Nuit (1960). Le texte se présente comme le journal de Gerard Sorme, récit dont quelques extraits seront publiés en version « pirate » par un journaliste peu scrupuleux sous le titre Le Journal Érotique de Gerard Sorme. Suite à cette édition, et voulant couper court à tout scandale, l’auteur décida d’en fournir une version complète.


Le récit se traîne en longueur sur la première partie durant laquelle Sorme se cherche toujours ; on y apprend que Austin Nunne, faute de preuves, n’a pas été arrêté par la police suite aux crimes de Whitechapell mais placé par ses parents dans un hôpital psychiatrique ; on y retrouve le peintre qui aimait trop les petites filles, la vierge de glace qui perdra sa virginité et la  jeune étudiante amoureuse qui finira par préférer un jeune acteur à l’auteur, faute à ce dernier de se décider à l’épouser. On y rencontrera de nouveaux personnages comme un musicien fou dont la charmante épouse tombera entre les bras de Sorme. Mais on fera surtout la connaissance de Caradoc Cunningham qui va faire littéralement exploser le récit.
Cette nouvelle relation est pour le moins sulfureuse : bisexuel dilettante, porté sur l’alcool et les drogues, Caradoc se veut magicien et va entraîner Gerard Sorme dans un tourbillon d’expériences auquel il participera à la sauce « Wilson », sceptique, mais on ne sait jamais… On plonge en effet dans une magie sexuelle débridée, pratique à tester car toute la clef de l’existence humaine est dans la jouissance sexuelle. On retrouve bien sûr sur la thématique de l’élargissement de la conscience que permet l’orgasme, et sur les moyens de prolonger cette illumination trop brève pour accéder à l’extase. Colin Wilson profile ici ses travaux ultérieurs sur « l’Occulte », rejetant les charabias des magiciens, leurs soi-disant manuscrits maudits, mais intuitant derrière tout ce fatras le fameux facteur X, à savoir les pouvoirs latents de l’esprit.
Cette aventure se terminera évidemment par un fiasco, suite à une messe noire dont les dégâts collatéraux généreront un joli scandale. Cunningham disparaîtra de la circulation et Gérard Sorme épousera Diane, la femme du musicien fou. Le couple s’installera en Irlande et l’auteur débutera une belle carrière littéraire. On le retrouvera dans Le Dieu du Labyrinthe (1970).

Livres Imaginaires
° Méthodes et Techniques de l’Auto-Illusion, Gerard Sorme
° Le Journal Érotique de Gerard Sorme
° Le Livre du Rituel Magique du Magicien Abrahamelin, traduction par Caradoc Cunningham
° La Voix de Baphomet, Caradoc Cunningham
° Les Armes Gluantes, recueil de poèmes pornographiques, id .


jeudi 27 juillet 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE DIEU DU LABYRINTHE, Colin Wilson


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Roman – Le Dieu du Labyrinthe (1970, Belles Lettres 2004). Colin Wilson n’est pas à une provocation près, et dans une interview au Guardian, il avouait être fétichiste, fasciné par les petites culottes. Et de nous livrer un ouvrage étonnant, mélange entre le pornographique Ma Vie Secrète, les enquêtes littéraires du Club Dumas et ses réflexions récurrentes sur l’élargissement de la conscience. Le narrateur est Gérard Sorme, un de ses « héros » préférés, écrivain et auteur du Journal érotique de Gérard Sorme. Un clin d’œil à son propre ouvrage, Man Without a Shadow (US title The Sex Diary of Gerard Sorme, 1963, reprinted by Valancourt Books, 2013). L’écrivain se voit commander par son éditeur une étude-préface à un manuscrit érotique qu’il aurait déniché, Mémoires d’un libertin irlandais, écrit par un certain Esmond Donelly. Commence alors une recherche passionnée pour cerner l’œuvre et la personnalité de cet auteur méconnu (…. – 1832). Manuscrits retrouvés dans de vieilles demeures familiales, correspondances entre le libertin et ses amis tout aussi libertins, souvenirs et anecdotes rapportés par les descendants de Donelly, tout cela forme un matériau très riche dans lequel Gérard Sorme va se plonger, entre quelques parties de jambes en l’air avec ses interlocutrices de passage ! Sa plongée dans l’univers de Donelly prendra du reste un aspect fusionnel au point qu’il finira par parfois s’identifier au personnage qui semble chercher à le possèder. Il ressort de l’enquête que Donelly était un brillant érudit, passionné par le sexe en tant que moyen de réalisation de soi-même et vecteur de libération de la conscience. Il faisait partie d’une société très discrète, la Secte du Phénix, groupuscule créé par J.L. Borgès dans une de ses nouvelles (cf infra). Mais cette secte, pour Donelly, est essentiellement un cénacle de fins connaisseurs recherchant la libération par le sexe. Elle existe toujours actuellement et Sorme réussira à se faire convier à l’un de leurs séminaires. Et de nous décrire une cérémonie épicée qui n’est pas sans évoquer la fameuse « Messe Rouge » de Eyes Wide Shut de Stanley Kübrick (1999).
Colin Wilson expliquera sa démarche dans une postface. Il est rigoureusement contre toute forme de censure, et la pornographie a droit de cité comme toute autre littérature. Mais il ajoute que si l’ouvrage n’est qu’une collection de coïts de passage, comme Ma Vie Secrète, il s’agit d’une littérature qui ne débouche sur rien, sinon sur l’ennui. Le sexe est un moyen de doper l’énergie vitale et d’ouvrir l’esprit, afin d’accéder à ce qui restera son leitmotiv tout au long de son œuvre, à savoir aux niveaux supérieurs de la conscience.

La Secte du Phénix
(Jorge Luis Borges, in Fictions (Ficciones) ; titre original : La Secta del Fénix)
Ceux qui écrivent que la secte du Phénix eut son origine à Héliopolis, et qui la font dériver de la restauration religieuse qui succéda à la mort du réformateur Aménophis IV, allèguent des textes d'Hérodote, de Tacite et des monuments égyptiens. Mais ils ignorent, ou veulent ignorer, que la dénomination de Phénix n'est guère antérieure à Hrabano Mauro, et que les sources les plus anciennes (disons les Saturnales ou Flavius Josèphe) parlent seulement des Gens de la Coutume ou des Gens du Secret. Grégorovius avait déjà observé, dans les petits couvents de Ferrare, que la mention du Phénix était rarissime dans le langage oral. À Genève, j'ai conversé avec des artisans, qui ne me comprirent pas quand je leur demandai s'ils étaient des hommes du Phénix ; mais ils admirent sur-le-champ qu'ils étaient des hommes du Secret. Sauf erreur de ma part, il en est de même pour les bouddhistes : le nom sous lequel le monde les désigne n'est pas celui qu'ils prononcent.
Miklosich, dans une page trop fameuse, a comparé les sectaires du Phénix aux gitans. Au Chili et en Hongrie, il y a des gitans et aussi des sectaires : hormis cette sorte d'ubiquité, les uns et les autres ont très peu de chose en commun. Les gitans sont maquignons, chaudronniers, forgerons, ou diseurs de bonne aventure ; les sectaires exercent avec bonheur les professions libérales. Les gitans configurent un type physique et parlent, ou parlaient, une langue secrète ; les sectaires se confondent avec les autres hommes, comme le prouve le fait qu'ils n'ont pas été persécutés. Les gitans sont pittoresques et inspirent les mauvais poètes ; les romances, les chromos et les boleros omettent les sectaires… Martin Buber déclare que les juifs sont essentiellement pathétiques ; tous les sectaires ne le sont pas, et quelques-uns abominent le pathétisme ; cette vérité publique et notoire suffit à réfuter l'erreur vulgaire (absurdement soutenue par Urmann) qui voit dans le Phénix une dérivation d'Israël. Les gens raisonnent à peu près ainsi : Urmann était un homme sensible ; Urmann était juif ; Urmann fréquenta les sectaires dans la juiverie de Prague ; l'affinité que sentit Urmann prouve un fait réel. Sincèrement, je ne peux pas admettre cette opinion. Que les sectaires, dans un milieu juif, ressemblent aux juifs, cela ne prouve rien ; le fait indéniable est qu'ils ressemblent, comme le Shakespeare infini de Hazlitt, à tous les hommes. Ils sont tout pour tous, comme l'Apôtre ; naguère le docteur Juan Francisco Amaro, de Paysandú, vanta la facilité avec laquelle ils prenaient les habitudes créoles.
J'ai dit que l'histoire de la secte ne consigne pas de persécutions. C'est vrai ; mais comme il n'y a guère de groupe humain où ne figurent pas de partisans du Phénix, il est sûr également qu'il n'y a pas de persécutions ou de cruautés dont ils n'aient été les victimes ou les agents. Dans les guerres occidentales et dans les guerres lointaines d'Asie, ils ont répandu séculairement leur sang sous des drapeaux ennemis ; leur identification avec tous les pays du globe ne leur sert pas à grand-chose.
Sans un livre sacré qui les rassemble, comme les Écritures rassemblent Israël, sans un souvenir commun, sans cet autre souvenir qu'est une langue, dispersés, à la surface de la terre, différents par la couleur et les traits, une seule chose — le Secret — les unit et les unira jusqu'à la fin des temps. Un jour, outre le Secret, il y eut une légende (et peut-être un mythe cosmogonique), mais les hommes superficiels du Phénix l'ont oubliée, et ils ne conservent aujourd'hui que l'obscure tradition d'un châtiment. D'un châtiment, d'un pacte ou d'un privilège, car les versions diffèrent et laissent à peine entrevoir la sentence d'un dieu qui assure l'éternité à une race si les hommes de cette race, génération après génération, exécutent un rite. J'ai compulsé les informations des voyageurs, j'ai conversé avec patriarches et théologiens ; je peux certifier que l'accomplissement du rite est la seule pratique religieuse observée par les sectaires. Le rite constitue le Secret. Celui-ci, comme je l'ai indiqué, se transmet de génération en génération, mais l'usage veut qu'il ne soit enseigné ni par les mères à leurs enfants, ni par des prêtres ; l'initiation au mystère est l'œuvre des individus les plus bas. Un esclave, un lépreux ou un mendiant sont mystagogues. Un enfant peut également instruire un autre enfant. L'acte en soi est banal, momentané et ne réclame pas de description. Le matériel est constitué par du liège, de la cire ou de la gomme arabique. (Dans la liturgie on parle de limon ; le limon est également utilisé.) Il n'y a pas de temples consacrés spécialement à la célébration de ce culte ; mais des ruines, une cave ou un vestibule sont considérés comme des lieux propices. Le Secret est sacré, mais il n'en est pas moins un peu ridicule ; l'exercice en est furtif et même clandestin, et ses adeptes n'en parlent pas. Il n'existe pas de mots honnêtes pour le nommer, mais il est sous-entendu que tous les mots le désignent ou, plutôt, qu'ils y font inévitablement allusion ; ainsi, au cours du dialogue, j'ai dit quelque chose et les adeptes ont souri ou bien ils ont été gênés, car ils ont senti que j'avais effleuré le Secret. Dans les littératures germaniques il y a des poèmes écrits par les sectaires, dont le sujet nominal est la mer ou le crépuscule du soir ; j'entends répéter que ce sont, en quelque sorte, des symboles du Secret. Un adage apocryphe enregistré par Du Cange dans son Glossaire dit : « Orbis terrarum est speculum Ludi. » Une sorte d'horreur sacrée empêche quelques fidèles d'exécuter le rite très simple ; les autres les méprisent, mais les premiers se méprisent encore davantage. En revanche, ceux qui renoncent délibérément à la Coutume et obtiennent un commerce direct avec la divinité jouissent d'un grand crédit ; pour manifester ce commerce, ils utilisent des figures de la liturgie. Ainsi John of the Rood écrivit :
Sachent les Neuf Firmaments que le Dieu
Est délectable comme le Liège et le Limon.
J'ai mérité l'amitié de nombreux dévots du Phénix dans trois continents. Je suis persuadé que le Secret, au début, leur parut banal, pénible, vulgaire et (ce qui est encore plus étrange) incroyable. Ils ne voulaient pas admettre que leurs ancêtres se fussent rabaissés à de semblables manèges. Il est étrange que le Secret ne se soit pas perdu depuis longtemps ; malgré les vicissitudes du globe, malgré les guerres et les exodes, il arrive, terriblement, à tous les fidèles. Quelqu'un n'a pas hésité à affirmer qu'il est devenu instinctif.
Traduction P. Verdevoye

Les livres imaginaires
° De la défloration des pucelles, Esmond Donelly, Berne, 1800
° Mémoires d’un libertin irlandais, Esmond Donelly
° Journal d’Esmond Donelly, Dublin, 1817
° Journal de voyage, Esmond Donelly
° Observations sur la France et la Suisse, Esmond Donelly
° Réfutation des théories du Dr Hume, avec des renvois au Discours Préliminaire de d’Alembert, Esmond Donelly
° Allardyce et Leontia, Esmond Donnelly (roman)
° En souvenir de Charles Churchill, Esmond Donelly (poème)
° La vie de Johnson, Boswell, Yale
° Voyage dans les îles Hébrides avec le Dr Johson, Boswell
° Reliques du Nord (récits populaires des Highland), Glenney, 1793
° Lettres d’une Montagne, Reginald Smithson, 1780
° Dénonciation de la conspiration néfaste connue sous le nom de la Société du Phénix, Henry Martell, maître es lettres et George Smithson, docteur en théologie Old Bankside, 1793
° Nuits de Paris, Henrik van Griss (Cubières-Palmézaux), 1778
° Clonmacnoise et autres poèmes, George O’Hefernan
° Magan et son cercle de Pierres, George O’Hefernan
°Mémoires d’un Rebelle Irlandais, George O’Hefernan
° Méthodes et Techniques de l’Auto-Illusion, Gerard Sorne
° Sociologie du Crime Violent, Gerard Sorme
° Confessions du Frère Achazius de Düren
° Les Prêtres Scandaleux, anonyme

lundi 25 novembre 2013

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE GRAND MAITRE, Jean Damotte


 
 
LE GRAND MAITRE
Jean C. Damotte
Le Regard du Monde, 1996

Ce livre est un monument de debunking, un grand morceau de démystification, un pavé colossal dans la marre des sociétés ésotériques et de leurs gourous. Il s’agit d’un roman, puisque c’est ce qui est indiqué en gros sur la page de couverture ; mais quel étrange roman !! L’histoire d’un homme, Stanislas-Edouard Edmond, épris d’ésotérisme, dévoré par l’attrait du pouvoir et torturé par une sexualité complexe. Un homme qui zappe sur de nombreuses confréries à la recherche des titres les plus rutilants jusqu’à ce que son chemin l’amène à croiser la FIMARCO. La FIMARCO est un Ordre Rosicrucien dont le siège est en Allemagne et qui végète doucement en France sous l’autorité bienveillante d’un responsable vieillissant. Stanislas-Edouard va rapidement prendre les choses en mains et donner à l’obédience rosicrucienne une expansion foudroyante, tant en France qu’en Afrique où il se lie rapidement à de nombreux dirigeants en cherche d’absolu. L’argent coule à flots, pas toujours au profit des caisses de l’Ordre, et le nouveau gourou profite sans vergogne de son aura pour satisfaire des penchants pédophiles de plus en plus exigeants. La déviance sera rapidement mise à jour par le Grand Maître allemand, limogeant Stanislas-Edouard pour mettre à sa place Victor, le fils adoptif du dirigeant déchu.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Stanislas-Edouard rebondit rapidement en créant un nouvel Ordre, d’obédience templière cette fois, un ordre appelé lui aussi à un développement très rapide. L’histoire se répète, au détriment de la FIMARCO, dont les fichiers et les enseignements sont pillés sans vergogne. Victor, devenu Grand Maître mondial de l’Ordre Rosicrucien, diligentera une enquête sur les activités de son père, mettant à nu les mécanismes d’un colossal détournement de fonds. C’est le début de la fin…

Bien, tout cela est trop rapidement résumé, mais tous les chercheurs francophones auront sans peine reconnu les protagonistes de l’affaire, au demeurant narrée de façon très transparente… Et quant on sait que la maison d’édition a fait faillite et que les stocks de livres se sont volatilisés… Merci à la Librairie du Graal pour nous avoir permis de retrouver cette pièce exceptionnelle.