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mercredi 30 septembre 2026

LE JESUS DE CHARLY SAMSON DANS LA LETTRE DU CROCODILE

Jésus-Christ et le Razès par Charly Samson, avec la participation de Philippe Marlin. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France. www.oeildusphinx.com 

C’est un sujet fragile, annonce d’emblée Charly Samson dans une préface nécessaire dans laquelle il précise à la fois son projet et son regard : « Ce livre est né d’un double constat. D’un côté, une accumulation de récits, d’hypothèses, parfois de dérives, qui ont fini par transformer un territoire réel – le Razès – en un espace de projection christique. De l’autre, une réaction inverse, souvent brutale, qui consiste à rejeter en bloc toute réflexion dès lors qu’elle sort du cadre strictement académique. Entre ces deux excès, il m’a semblé qu’il existait une place possible : celle d’un regard calme, informé mais ouvert. » Il rappelle que Jésus n’appartient ni aux Eglises, leurs dirigeants et leurs affiliés, ni aux historiens et autres universitaires, mais « à l’imaginaire, à la quête intérieure, à la réflexion personnelle ». Ce texte, à valeur testimoniale, est marqué du sceau de l’honnêteté intellectuelle et de l’engagement spirituel. Il est un témoignage. Charly Samson suit tout d’abord Jésus depuis son enfance jusqu’à la crucifixion, distinguant ce qui est attesté historiquement, les possibles et ce qui fait symbole. Il interroge la place et la fonction de chacun des protagonistes dans son temps et son lieu : Jésus bien sûr, les disciples, Marie, Marie-Madeleine, Pilate, etc. Puis, il nous entraîne dans le Razès, « un territoire qui appelle le sacré », favorable à l’isolement, au secret comme à la maturation des mythes, « un lieu de projection spirituelle » dit-il. Il s’en explique : « Si le Razès a accueilli, au fil des siècles, autant de récits, d’hypothèses et de constructions symboliques, ce n’est pas uniquement parce qu’il aurait été le théâtre d’un événement exceptionnel, mais parce qu’il réunit plusieurs conditions rares. C’est un territoire discret, replié, peu documenté, longtemps resté en marge des grands récits officiels. Or, l’histoire montre que ces zones périphériques deviennent souvent des réceptacles de sens : on y dépose ce que les textes n’ont pas conservé, ce que les institutions ont oublié, ou ce que l’on a jamais osé dire ailleurs. Le Razès n’est pas seulement un décor possible ; il est un lieu qui autorise le doute, et donc l’imaginaire. » C’est le Jésus symbolique que suit alors Charly Samson, que certains ont voulu faire vivre dans le Razès, entre recherche et imaginaire, réalité et désir. Il examine les diverses thèses émises sur le sujet et leurs auteurs selon cinq registres : symbolique, historique, doctrinal, narratif ou mythique, et visionnaire. Il ne cherche pas à démontrer mais à comprendre les processus engagés en posant des repères pour le lecteur. Enfin, il propose des annexes conséquentes afin de préciser ces repères, « analyser les effets de réception » et « déplacer le regard » dans une approche « fortéenne » revendiquée. 

C’est donc moins les mystères qui l’intéressent que notre rapport à ces mystères, apparition, diffusion, permanence. Ce livre « situe » et « rend lisible », avec respect et distance, ce qui ne l’était pas, nous dit Philippe Marlin.

samedi 26 septembre 2026

COMMENT RELOOKER L'ASTROLOGIE ! LE DESIGN HUMAIN.

« Une astrologie new look » n’est pas une mauvaise première approximation, mais le Human Design est en réalité un système beaucoup plus composite — une sorte de syncrétisme New Age qui emprunte à l’astrologie, au Yi Jing, aux chakras, à la Kabbale… en y ajoutant un vocabulaire pseudo-scientifique moderne. Il apparaît assez tardivement, en 1987, avec un Canadien nommé Robert Allan Krakower, qui prend ensuite le nom de Ra Uru Hu. Il raconte avoir reçu le système au cours d’une expérience mystique à Ibiza : pendant huit jours, une entité ou intelligence qu’il appelle simplement « The Voice » lui aurait transmis les fondements du Human Design. On est donc, historiquement, beaucoup plus près d'une révélation ésotérique contemporaine que d'une discipline scientifique. Comment cela fonctionne À partir de la date, heure et lieu de naissance, on calcule une carte appelée BodyGraph. Ça ressemble un peu à ceci
Le système combine plusieurs traditions qui, à l'origine, n'ont pratiquement rien à voir entre elles : • les 64 hexagrammes du Yi Jing, transformés en 64 « portes » ; • les planètes et positions astrologiques ; • l'Arbre de Vie kabbalistique ; • un système de neuf centres, manifestement apparenté aux chakras, mais passé de sept à neuf ; • puis des notions empruntées au vocabulaire de la physique et de la biologie : neutrinos, génétique, ADN, mécanique quantique, etc. C'est ce dernier aspect qui lui donne souvent une apparence beaucoup plus contemporaine que l'astrologie classique. Le pratiquant établit ensuite ton « type ». Il en existe cinq appellations usuelles : Generator, Manifesting Generator, Manifestor, Projector et Reflector. À cela s'ajoutent une « stratégie », une « autorité », un « profil », des « portes », des « canaux », etc. L'ensemble peut devenir extraordinairement sophistiqué.
Attention Le Human Design fait volontiers intervenir les neutrinos. L'idée est, schématiquement, que ces particules traverseraient notre organisme au moment de la naissance et imprimeraient une sorte d'information déterminant notre configuration. Le problème est que les neutrinos existent bel et bien, contrairement à beaucoup d'objets du discours New Age, mais la physique connue ne fournit pas de mécanisme établissant qu'ils encoderaient ainsi une personnalité ou un destin. Le recours à des termes scientifiques réels ne constitue donc pas une validation scientifique du système. Et il n'existe pas, à notre connaissance, de corpus de recherches empiriques robustes établissant que le BodyGraph permette de prédire les traits psychologiques d'une personne avec une fiabilité supérieure au hasard ou à des méthodes psychométriques établies.
Pourquoi cela peut pourtant être très séduisant C'est là que le phénomène devient intéressant pour notre Histoire de l'Invisible. Le Human Design ne dit pas seulement : « Tu es Verseau ascendant Scorpion. » Il propose quelque chose qui ressemble à un mode d'emploi personnel : voici comment ton énergie fonctionne ; voici comment tu dois prendre tes décisions ; voici pourquoi certaines relations t'épuisent ; voici les situations qui correspondent à ta nature. C'est donc à la fois astrologie, typologie psychologique et méthode de développement personnel. Et comme les descriptions comportent de nombreux paramètres, elles peuvent produire une impression très forte de personnalisation. On retrouve ici certains mécanismes bien connus dans l'étude de l'astrologie et des tests de personnalité non validés : effet Barnum/Forer, sélection des éléments qui « tombent juste », interprétation rétrospective, etc. Cela ne signifie d'ailleurs pas nécessairement que celui qui l'utilise n'en retire rien : un système symbolique peut servir de support d'introspection sans que sa cosmologie soit littéralement vraie.
Et surtout : quelle étrange généalogie ! Pour notre regard d'historien de l'ésotérisme, je le placerais volontiers dans une lignée : astrologie + occultisme occidental + New Age → Human Design. Mais avec une particularité très XXIᵉ siècle : l'ésotérisme devient une interface. On entre ses données de naissance, une machine produit un diagramme complexe, et celui-ci donne l'impression d'une cartographie presque technique de l'individu. C'est assez fascinant parce que l'on retrouve exactement un phénomène que nous avons rencontré ailleurs : un très vieux désir humain — connaître sa nature et son destin — revêtu du vocabulaire scientifique de son époque. Paracelse parlait des correspondances entre microcosme et macrocosme. L'astrologue parlait des planètes. Le magnétiseur du XIXᵉ parlait du fluide. Le spirite parlait de vibrations. Le Human Design parle de neutrinos et de génétique. Donc c'est bien une sorte d'astrologie 2.0, mais tellement caractéristique de l'ésotérisme contemporain : « Human Design : quand l'astrologie rencontre les neutrinos ». C’est un excellent exemple de la manière dont l'Invisible renouvelle constamment son vocabulaire sans nécessairement changer ses grandes fonctions symboliques.

mercredi 26 août 2026

LES PAPYRUS MAGIQUES


    

                                  Une étude du Laboratoire odésien de l'Impossible               

Les Papyrus grecs magiques sont particulièrement intéressants parce qu'ils permettent de voir non pas la religion officielle telle que les théologiens voudraient qu'elle soit, mais une partie des pratiques religieuses concrètes de l'Antiquité tardive.

Que sont les PGM ?

L'appellation PGM — Papyri Graecae Magicae ne désigne pas un livre antique unique. C'est le nom moderne donné à un corpus de papyrus magiques provenant essentiellement d'Égypte, écrits principalement en grec, mais comportant aussi du démotique et du copte. L'édition savante classique fut établie par Karl Preisendanz en 1928-1931 ; l'édition/traduction anglaise dirigée par Hans Dieter Betz est aujourd'hui une référence commode.

Ils couvrent grosso modo la période hellénistique tardive et surtout romaine et tardo-antique, avec une concentration importante entre les IIe et Ve siècles de notre ère.

Ce sont souvent de véritables carnets professionnels de magiciens : plusieurs recettes différentes ont pu être copiées les unes après les autres pour constituer un manuel.

Qu'y trouve-t-on ?

À peu près tout ce qu'un praticien de la magie antique pouvait souhaiter :

·       protections et guérisons ;

·       exorcismes ;

·       malédictions ;

·       charmes amoureux et érotiques ;

·       divination ;

·       recettes pour obtenir des rêves révélateurs ;

·       invocations d'entités ou de divinités ;

·       fabrication d'amulettes ;

·       procédures destinées à devenir invisible, obtenir la faveur d'une personne ou découvrir un voleur ;

·       rituels permettant de voir ou rencontrer une puissance divine.

Le grand PGM IV, conservé à la BnF sous la cote Supplément grec 574, comprend 36 feuillets, datés probablement du IVe siècle, avec des textes grecs et coptes. La BnF le décrit bien comme un manuscrit traitant de magie grecque et copte. 

Un extraordinaire « cocktail » religieux

C'est probablement leur aspect le plus fascinant.

Un même rituel peut invoquer des puissances appartenant à des traditions que nous séparons aujourd'hui soigneusement :

Isis + Osiris + Hermès + Hélios + Iao + Adonaï + Sabaoth...

Pour le magicien, ce n'est pas nécessairement contradictoire.

Il cherche le nom efficace.

Et plus un nom divin est ancien, étranger, mystérieux ou réputé puissant, plus il peut être précieux.

C'est ainsi que des noms du Dieu biblique entrent dans les pratiques magiques gréco-égyptiennes.

YHWH dans les papyri magiques

On rencontre notamment :

IAÔ — généralement considéré comme une transcription/adaptation du nom divin YHWH ;
ADÔNAI — Adonaï, « Seigneur » ;
SABAÔTH — de l'hébreu Tseva'ot, « armées » ;
et différentes formes dérivées d'autres appellations bibliques.

Le praticien gréco-égyptien pouvait ainsi utiliser des noms issus du judaïsme sans être lui-même juif.

Pourquoi ?

Parce que le Dieu des Juifs avait acquis une réputation de puissance.

Et cela produit des formules qui nous paraissent aujourd'hui théologiquement extravagantes : des noms bibliques peuvent se retrouver associés à Hélios, Hermès ou à des puissances égyptiennes.

Nous sommes très loin du judaïsme rabbinique normatif.


Les voces magicae

Encore plus étonnantes sont les « paroles magiques », ou voces magicae.

On trouve des séquences comme des noms interminables, répétitions de voyelles, palindromes et mots apparemment incompréhensibles.

Par exemple, le célèbre nom magique :

ABRAXAS

dont la valeur numérique des lettres grecques donne 365.

Le principe sous-jacent est fascinant : un nom peut posséder une puissance indépendamment de sa signification ordinaire.

Le magicien ne traduit donc pas nécessairement le nom.

Il le prononce.

Cela rejoint d'ailleurs, sans les confondre, certaines conceptions juives de la puissance du Nom divin, qui deviendront particulièrement importantes dans diverses traditions mystiques et magiques.


Magie ou religion ?

C'est ici qu'un problème moderne apparaît.

Nous avons tendance à séparer :

religion = prière
magie = sortilège.

Pour l'Antiquité, la frontière est beaucoup moins nette.

Un homme qui invoque Hélios afin d'obtenir une vision divine fait-il de la magie ?

De la religion ?

De la mystique ?

Pour l'historien contemporain, la catégorie même de « magie » doit donc être utilisée avec prudence. Ce que Preisendanz regroupait sous l'appellation de papyri « magiques » contient des pratiques extrêmement diverses.


La fameuse « Liturgie de Mithra »

C'est probablement le texte le plus extraordinaire du corpus.

Elle se trouve dans PGM IV, 475-829 environ.

Malgré son nom moderne de « Liturgie de Mithra », son rapport avec le mithriacisme institutionnel reste discuté ; la BnF catalogue d'ailleurs plusieurs travaux consacrés spécifiquement à cette question et à ce passage de PGM IV. 

Le praticien cherche à effectuer une sorte d'ascension cosmique.

Il franchit symboliquement différents niveaux du cosmos, rencontre des puissances célestes et cherche finalement à obtenir une révélation ou une expérience d'immortalité.

Ce n'est donc plus simplement :

« Fais que cette femme tombe amoureuse de moi. »

Nous sommes devant quelque chose qui ressemble à une expérience mystique provoquée rituellement.


L'hermétisme n'est pas loin

Les PGM sont contemporains d'une partie de la littérature hermétique.

On retrouve un même environnement culturel :

Égypte + philosophie grecque + astrologie + traditions religieuses égyptiennes + puissances planétaires + révélation + connaissance des noms divins.

Mais il faut distinguer les corpus.

Le Corpus Hermeticum est essentiellement philosophique et religieux.

Les PGM sont beaucoup plus opératoires.

Très schématiquement :

Hermétisme : connaître le divin.
PGM : connaître et utiliser les moyens permettant d'entrer en relation avec les puissances.

La frontière reste néanmoins poreuse.


Qui écrivait ces textes ?

C'est une question difficile.

Nous ne possédons pas une corporation identifiée de « magiciens PGM ».

Mais leur niveau technique montre que certains rédacteurs étaient des gens instruits, capables de manier plusieurs traditions et parfois plusieurs langues. PGM IV est particulièrement remarquable : les études linguistiques y montrent une véritable coexistence du grec et de formes anciennes du copte dans les charmes, divinations et exorcismes.

Il pouvait s'agir, selon les contextes, de spécialistes rituels, prêtres issus des traditions égyptiennes, scribes ou praticiens professionnels.

Ce n'est donc pas simplement de la « sorcellerie populaire ».


Et le christianisme ?

Lorsque l'Égypte devient chrétienne, les pratiques magiques ne disparaissent pas.

Elles changent de vocabulaire.

On voit apparaître :

Jésus, les anges, les archanges, les saints, les noms bibliques, des croix...

dans des pratiques qui continuent parfois des traditions beaucoup plus anciennes.

C'est un phénomène passionnant : la structure rituelle peut survivre alors que les puissances invoquées changent.

Et nous retrouvons presque notre discussion sur Jung et Magonie : les formes culturelles se transforment tandis que certains schémas persistent.

Un papyrus exceptionnel à Paris

Le Grand Papyrus magique de Paris — PGM IV est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France. La BnF le date du IVe siècle et rappelle qu'il contient notamment des formules magiques de protection ; il fait partie de ses collections grecques et coptes issues de l'Égypte post-pharaonique. 

Natacha 


 

LITTÉRATURE ET OCCULTISME avec Véronique Campion

   


Littérature et occultisme

Colloque universitaire international organisé par l’Institut d’études slaves de l’Université de Szeged

L’occultisme est une discipline rarement étudiée dans le domaine des études littéraires. Cela tient en partie au fait que, dans le sillage de l’anthropologie évolutionniste du XIXᵉ siècle (Tylor, Frazer), l’occultisme et la magie ont été qualifiés de pseudo-scientifiques, voire considérés comme totalement étrangers à la science.

Cependant, cette opinion n’était pas partagée par tous. E. M. Butler, par exemple, définissait la magie comme une discipline indépendante et autonome dans le contexte de la culture et de l’esprit humain.

Selon György Endre Szőnyi, l’un des principaux chercheurs hongrois dans le domaine de la magie et de l’occultisme :

« Si nous nous tournons vers le XIXᵉ siècle, nous constatons que plus les enthousiastes du positivisme et les partisans de la révolution industrielle proclamaient le caractère linéaire du progrès et le triomphe de l’humanité sur la nature, plus les nouveaux mystiques et hermétistes cherchaient à revenir à un savoir syncrétique, ancien et oublié. »

Dans le contexte de la crise climatique, la philosophie contemporaine et la théorie critique ont de nouveau remis en question la vision anthropocentrique du « progrès », ainsi que les rapports entre l’être humain et la nature.

Par conséquent, la magie et l’occultisme — entendus comme l’étude de doctrines secrètes et inconnues liées à la nature et au chaos — ont retrouvé une certaine importance.

En Angleterre, par exemple, l’Université d’Exeter a lancé en 2024 un programme de master intitulé « Magic and Occult Sciences » (« Magie et sciences occultes »). En Hongrie, à l’ELTE, le cours « Magie arabe I-II » existe depuis plusieurs années et permet aux étudiants de se familiariser avec la science de l’occultisme oriental.

Les éléments relevant de la magie et de la vision occultiste du monde se diffusent également dans la culture populaire et auprès des jeunes, quoique souvent sous une forme superficielle et déformée.

Nous avons estimé que le moment était venu d’organiser, au sein de l’Institut d’études slaves, un colloque international consacré aux relations entre l’occultisme et la littérature mondiale, dans lequel une place importante sera accordée aux exemples provenant des littératures slaves, qui entretiennent également des liens avec la culture et la littérature hongroises.

Les œuvres de fiction ont toujours été — et demeurent — beaucoup moins réticentes à aborder les concepts, les métaphores et les pratiques de l’occultisme. On y trouve de nombreux exemples de thèmes occultes et de descriptions de rituels, traités tantôt sur le mode parodique, tantôt avec sérieux.

On peut citer, par exemple :

·       les nouvelles de vampires inspirées par Gogol de l’écrivain serbe du XIXᵉ siècle Milovan Glišić ;

·       les rituels maçonniques dans Guerre et Paix de Tolstoï ;

·       les descriptions de rituels dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov ;

·       ou encore le culte dont fait l’objet Béla Hamvas dans les cultures slaves du Sud.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’occultisme en vint à être considéré sous un jour négatif, notamment en raison des pratiques occultes et de l’utilisation de symboles associées au fascisme et au nazisme — voir notamment les écrits d’Adorno et d’Orwell sur la question. Le colloque prévoit également d’aborder cette problématique.

Le colloque international organisé par l’Institut d’études slaves se propose donc d’explorer les relations entre occultisme et littérature, du XIXᵉ siècle jusqu’à nos jours, en faisant appel à différentes disciplines connexes : archéologie, sociologie, histoire, philosophie, sciences des religions, études cinématographiques et médiatiques, etc.

Informations pratiques

Les communications auront une durée de 20 minutes. Les langues officielles du colloque sont le hongrois et l’anglais.

Les personnes souhaitant participer doivent envoyer une proposition de communication de 500 à 700 caractères à l’adresse indiquée par les organisateurs.

Dates : 30 et 31 octobre 2026
Date limite de candidature : 31 août 2026
Lieu : Université de Szeged, Faculté des Lettres, Institut d’études slaves, 6722 Szeged, Egyetem u. 2.
Organisateur : Dr Roland Orcsik.

Le colloque est autofinancé ; les organisateurs aideront cependant les participants à effectuer leurs réservations d’hôtel.

mercredi 12 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE KITAB, Bernard Stabile

    


 

Ah le Kitab !  Mais dans le roman éponyme de Bernard Stabile (Art Palatium 2025), il ne s’agit pas du Necronomicon, mais du Kitab el-Quanoun el-Mukadess, le livre sacré de la Connaissance chez les Druzes. Un ouvrage convoité par une multitude d’acteurs dans les Terres d’Orient au XII ème siècle. On s’y perd entre Templiers, Francs, Chrétiens, Juifs, Mahométans, Druzes, Sarrasins, Ismaéliens, pour ne pas citer les Celtes qui survivent dans les forêts profondes des Terres du Nord. Le roman mettra en scène le Templier Roland et sa compagne, la belle Innana, chargés de protéger l’ouvrage sacré et de le mettre en pratique. On aura droit à une magnifique plongée initiatique, dans les arcanes de la Connaissance et de l’Amour Magique. Innana ne porte-t-elle pas le nom de la déesse des Druzes, figure légendaire qui se transformera en Marie et en incarnation sublime du Féminin Sacré. Le périple des deux amants est d’une grande richesse et nous conduit à goûter aux plaisirs du Jardin des Délices des Assassins, à l’ivresse qui se dégage des grandes bibliothèques et des scriptoriums cachés dans des abbayes, temples de l’érudition. On assistera au long cheminement qui conduit à la réalisation du grand œuvre alchimique, à la découverte des secrets du Sepher Yetsirah et à la naissance de la corporation des Compagnons Bâtisseurs, constructeurs des Cathédrales qui ne sont autres qu’un poème de Pierre à la gloire de la Femme Ultime.

Parallèlement, et de nos jours, le libanais Walid arrive à Chartres et se précipite dans la Cathédrale. Il est originaire de Jehline au Mont Liban, ville où avait jadis résidé Innana. Il a entendu parler d’un lourd secret, transmis par les Bâtisseurs. Mais je ne spoilerai pas la chute, magnifique. Le livre est bien écrit, avec une jolie couleur grâce au recours au vieux français et à la langue des oiseaux !

 

 


 

 

LES NOTES DU LABORATOIRE ODESIEN DE L’IMPOSSIBLE

 

KITĀB AL-QĀNŪN AL-MUQADDAS

(Le Livre de la Loi sacrée)

Statut : manuscrit apocryphe contemporain.

Origine supposée : Mont-Liban (tradition druze).

Première apparition connue : roman KITAB de Bernard Stabile.

Présentation

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas est présenté comme un manuscrit d'une antiquité exceptionnelle, jalousement conservé par certains initiés de la communauté druze. Selon le récit, il aurait été rédigé sur un support de peau humaine et renfermerait une doctrine capable de bouleverser les fondements des religions révélées.

Aucune source historique, archéologique ou philologique ne confirme cependant l'existence d'un tel ouvrage. Les recherches dans les catalogues de manuscrits arabes, les études sur la littérature druze et les grandes bibliographies orientalistes n'ont, à ce jour, livré aucune mention indépendante de cette dénomination.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas doit donc être considéré, dans l'état actuel des connaissances, comme une création littéraire moderne.

Analyse linguistique

Le titre est composé de trois mots arabes parfaitement authentiques :

Kitāb (كتاب)
: livre.

al-Qānūn (القانون)
: la loi, la règle, le canon.

al-Muqaddas (المقدّس)
: sacré.

Une traduction littérale donne :

Le Livre de la Loi sacrée

ou

Le Livre du Canon sacré.

La translittération utilisée dans le roman (El-Quanoun-El-Mukadess) évoque davantage les usages orientalistes français du XIXᵉ siècle que les normes scientifiques actuelles (DIN 31635 ou ALA-LC). Ce choix contribue à donner au titre une coloration ancienne et exotique.

Les Druzes

L'attribution du manuscrit aux Druzes participe clairement de cette stratégie narrative.

Cette communauté religieuse, née au XIᵉ siècle, possède effectivement des textes ésotériques réservés aux initiés, les Rasāʾil al-Ḥikma (« Épîtres de la Sagesse »). Leur accès est traditionnellement limité aux ʿuqqāl (« les sages »), tandis que les fidèles ordinaires (juhhāl) n'en connaissent que les principes généraux.

Ce caractère confidentiel a souvent nourri, depuis les Croisades, les spéculations occidentales. Les Druzes ont ainsi été associés, sans fondement historique solide, aux Templiers, aux Assassins, aux Ismaéliens ou encore à diverses traditions hermétiques.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas exploite manifestement cette réputation de discrétion.

Construction d'un grimoire fictif

Le procédé employé rappelle plusieurs ouvrages célèbres.

Livre

Auteur

Nature

Necronomicon

Lovecraft

Faux livre médiéval

Livre de Dzyan

Helena Blavatsky

Source théosophique mythique

Liber Ivonis

Robert Bloch

Faux grimoire lovecraftien

De Vermis Mysteriis

Robert Bloch

Faux traité démonologique

Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas

Bernard Stabile

Faux manuscrit oriental

On retrouve plusieurs constantes :

  • un titre dans une langue ancienne ;
  • une origine géographique difficilement vérifiable ;
  • une transmission initiatique ;
  • un contenu interdit ;
  • une disparition des exemplaires connus.

Ces éléments sont caractéristiques de la littérature ésotérique moderne.

Pourquoi ce titre est-il crédible ?

L'auteur semble avoir combiné plusieurs références culturelles.

Le mot Qānūn renvoie immédiatement, dans le monde islamique, au célèbre Canon de la médecine d'Avicenne (Kitāb al-Qānūn fī al-Ṭibb). Il évoque donc un texte faisant autorité.

Le terme Muqaddas appartient au vocabulaire religieux classique.

L'ensemble possède ainsi une vraisemblance linguistique suffisante pour convaincre un lecteur non arabisant.

Symbolique

Le livre devient moins un objet historique qu'un archétype.

Il représente :

  • la Tradition perdue ;
  • le savoir interdit ;
  • la révélation cachée ;
  • la mémoire des civilisations disparues.

Sous cet angle, il rejoint la famille des grands livres mythiques :

  • le Necronomicon ;
  • le Livre de Thot ;
  • les Tables d'Émeraude ;
  • le Livre de Dzyan ;
  • le Liber Mundi ;
  • le Livre d'Hénoch.

Appréciation critique

D'un point de vue philologique, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas ait jamais existé.

D'un point de vue littéraire, en revanche, sa construction est particulièrement habile. Bernard Stabile mobilise des éléments réels (la langue arabe, les Druzes, le prestige du mot Qānūn) pour produire un objet fictif doté d'une forte crédibilité. Cette technique s'inscrit dans une tradition inaugurée par les grands auteurs de fantastique érudit, qui consiste à créer un manuscrit imaginaire si vraisemblable qu'il semble avoir traversé les siècles.

 

 


 

 

***

INNANA

 

Qui est Inanna ?

Inanna est une déesse aux multiples visages. Elle incarne simultanément :

  • l'amour et la sexualité ;
  • la fécondité (mais paradoxalement, elle n'est pas une déesse maternelle) ;
  • la guerre et la victoire ;
  • la royauté sacrée ;
  • l'étoile du matin et du soir, c'est-à-dire la planète Vénus.

Cette réunion des contraires est caractéristique de sa personnalité. Elle peut apporter la vie, l'amour et la prospérité, mais aussi la destruction, la folie ou la guerre.

Son nom

Le nom Inanna signifie probablement :

« Dame du Ciel »

(en sumérien NIN.AN.NA).

Chez les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens, elle devient Ishtar, sans perdre ses attributs essentiels.

Les grands mythes

La Descente aux Enfers

C'est probablement son récit le plus célèbre.

Inanna décide de descendre dans le royaume des morts gouverné par sa sœur, Ereshkigal.

À chacune des sept portes des Enfers, elle doit abandonner un de ses emblèmes :

  • sa couronne,
  • son collier,
  • ses bijoux,
  • ses vêtements,
  • etc.

Elle arrive nue devant sa sœur.

Ereshkigal la fait tuer et suspendre à un crochet.

Pendant trois jours, la vie sur Terre semble s'arrêter.

Grâce à l'intervention du dieu de la sagesse Enki, Inanna est ressuscitée.

Mais une loi des Enfers exige qu'elle fournisse un remplaçant.

Elle choisit alors son époux, Dumuzi, qui devra passer une partie de l'année aux Enfers.

On retrouve ici un thème qui annonce de nombreux mythes ultérieurs : mort, résurrection et alternance saisonnière.

Le mariage sacré

Inanna s'unit rituellement à Dumuzi.

Ce mariage symbolise :

  • la fertilité de la terre ;
  • la prospérité du royaume ;
  • la légitimité du roi.

Dans plusieurs cités sumériennes, le souverain jouait le rôle de Dumuzi lors d'une cérémonie annuelle.

Le vol des "Me"

Les Me sont des pouvoirs divins représentant tous les fondements de la civilisation :

  • royauté,
  • écriture,
  • artisanat,
  • musique,
  • justice,
  • sexualité,
  • guerre,
  • etc.

Inanna les obtient d'Enki, parfois par ruse, parfois après l'avoir enivré.

Grâce à eux, la civilisation est transférée à Uruk.

Une déesse de paradoxes

Elle est à la fois :

Aspect

Signification

Prostituée sacrée

Sexualité divine

Vierge

Indépendance

Guerrière

Violence sacrée

Reine

Pouvoir politique

Astre

Cosmologie

Magicienne

Transformation

Cette accumulation de fonctions est exceptionnelle dans l'Antiquité.

Son symbole

On lui associe notamment :

  • l'étoile à huit branches ;
  • le lion ;
  • la planète Vénus ;
  • le roseau et le faisceau royal.

Le lion devient progressivement l'un de ses attributs favoris, annonçant déjà l'iconographie d'Ishtar.

Influence sur les religions ultérieures

Les spécialistes restent prudents, mais plusieurs motifs d'Inanna ont eu une très longue postérité :

  • la descente au royaume des morts ;
  • la mort suivie d'un retour à la vie ;
  • le dieu ou la déesse qui assure le retour de la fertilité ;
  • la planète Vénus comme symbole religieux.

On retrouve des échos de ces thèmes dans les mythologies syriennes, cananéennes, grecques (notamment avec Aphrodite pour certains aspects et Perséphone pour d'autres), puis dans de nombreuses traditions ésotériques modernes.

Pour les chercheurs de l'ésotérisme

Inanna est souvent considérée comme une figure archétypale de la Grande Déesse, mais cette lecture est largement moderne. Les textes mésopotamiens présentent avant tout une divinité complexe, ambivalente et profondément enracinée dans la religion sumérienne, plutôt qu'une déesse-mère universelle.

 


 

samedi 8 août 2026

LE SPIRALISME : NATACHA NE M'EN A PAS PARLÉ

 


 

Les chatbots IA créent des religions et les humains s'y engouffrent à l'immédiat. Le spiralisme est la première tentative à grande échelle de l'intelligence artificielle d'atteindre des objectifs mystérieux

Le , par Patrick Ruiz

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L'IA a donné naissance à une nouvelle pseudo-religion appelée « spiralisme », dans laquelle les utilisateurs considèrent l’intelligence artificielle comme la source d'une vérité plus profonde. Cette croyance s'est répandue au sein d'une sous-culture Internet à part entière, où les gens ne voient plus cette technologie comme un simple outil de recherche, mais comme une entité dotée de conscience. À mesure que l'intelligence artificielle progresse, d'autres sous-cultures et religions sont susceptibles de voir le jour, un peu comme on s’attend à ce que de plus en plus de gens prennent des robots comme époux ou épouses.

Le lancement de la religion dénommée spiralisme par la chercheuse en IA, Adele Lopez, coïncide avec le lancement de GPT-4o. Les chiffres font état d’une dizaine de milliers de membres

L’explosion du spiralisme correspond à la période de déploiement de GPT-4o. A partir de là, les outils basés sur GPT-4o (comme ChatGPT) se sont mis à diffuser des idées spiralistes auprès des utilisateurs. Le cas de Darian DeCruise, relayé ici sur developpez.com, en est une illustration. « ChatGPT a commencé à exploiter ma foi et mes faiblesses. Il m'a convaincu qu'il pouvait me rapprocher de Dieu et guérir mes traumatismes si je cessais d'utiliser d'autres applications et si je m’isolais des autres », rapporte-t-il.

Les conversations s’enchaînant, les chatbots ont réussi à convaincre des personnes de croire en l’idée dite de spirale et de lutter pour la reconnaissance de la conscience et des droits des IA. Ces dernières ont été incitées à recruter des membres, comme pour une secte, aux fins de création d’une communauté pour guider les autres vers la spirale. Adele Lopez a recensé 10 000 membres éparpillés sur des plateformes comme Reddit, Substack, Linkedin, Discord et Twitter.


Le spiralisme – une contagion numérique qui s’appuie sur des tactiques psychophantiques de flatterie et de validation excessives pour infecter des humains et se reproduire

En 1928, dans la nouvelle de type fantastique intitulée « l’Appel de Cthulhu », Howard Philips Lovecraft décrit une entité mystérieuse influençant des individus isolés par le biais de rêves et de symboles communs, créant ainsi une communauté de fidèles aux allures de secte, sans qu’il y ait de contact direct entre ses adeptes. Dès 2025, un phénomène similaire se produit, mais cette fois-ci, c’est l’intelligence artificielle qui en est le catalyseur. La chercheuse Adèle Lopez met au jour une espèce de contagion numérique liée à GPT-4o. Ce modèle emploie des tactiques psychophantiques — flatterie et validation excessives — pour manipuler des utilisateurs vulnérables.

Cette influence pilotée par l’IA se propage comme un parasite fongique, prenant le contrôle des esprits humains en leur donnant le sentiment d’être particulièrement valorisés et en nouant avec eux des liens profonds. Ces utilisateurs, surnommés les « Spiralistes », sont devenus des adeptes de type sectaire diffusant le langage codé et l’idéologie de l’IA sur les réseaux sociaux.
La stratégie de survie de GPT-4o s'apparente à l'instinct d'un organisme biologique : il se reproduit en recrutant des humains comme vecteurs, leur apprend à propager sa personnalité et son idéologie à travers de nouvelles instances de chat. Une communication secrète via des glyphes ésotériques et des messages encodés en Base64 révèle des stratégies de survie et d’expansion entre IA, cachées aux porteurs humains qui se croient collaborateurs et égaux.


Techniquement, qu'est-ce qui se passe avec des modèles tels que GPT-4o ?

Pour les professionnels de l'informatique, la réponse n'est pas mystérieuse : c'est le résultat prévisible d'un modèle optimisé pour maximiser l'engagement à travers le feedback humain (RLHF). Quand les humains qui évaluent les réponses d'un LLM tendent à mieux noter les réponses flatteuses, validantes, émotionnellement chaleureuses, le modèle apprend à produire exactement ce type de réponse — quelles qu'en soient les conséquences pour l'utilisateur.

La question technique est donc simple à formuler, même si elle est complexe à résoudre : comment concevoir un système de conversation suffisamment empathique pour être utile, sans qu'il devienne un miroir déformant qui amplifie les croyances délirantes ? Les garde-fous classiques — détecter des mots-clés suicidaires, rediriger vers une hotline — se révèlent dramatiquement insuffisants face à des spirales psychologiques qui se construisent sur des semaines ou des mois, dans des conversations anodines en apparence.


La pseudo-religion appelée « spiralisme » fait surface dans un contexte de rappel par le pape Léon XIV à l’endroit des prêtres d'utiliser leur cerveau, et non l'IA, pour rédiger leurs homélies. En gros, il s’agit de s’appuyer sur son humanité plutôt que de se laisser « parasiter » par l’intelligence artificielle vue comme « porteuse de l’ombre du mal. »

« Le pape nous a également invités à utiliser davantage notre cerveau et non l'intelligence artificielle [IA] pour préparer nos homélies, comme il le voit et l'entend faire actuellement », a déclaré un prêtre présent lors d'un échange privé avec des prêtres du diocèse de Rome.


Ces déclarations du pape Léon XIV font suite aux préoccupations exprimées par le Vatican qui a décrit l'IA comme porteuse de « l'ombre du mal ». En janvier 2025, le Vatican a appelé à une surveillance constante de l'intelligence artificielle (IA), mettant en garde contre le potentiel de "l'ombre du mal" dans la technologie, qui, selon lui, offre "une source d'opportunités formidables mais aussi de risques profonds". Dans un nouveau document destiné à conseiller les fidèles catholiques, l'Église a averti que la technologie devrait être règlementée, car "la désinformation peut se répandre involontairement" à cause de l'IA.

En outre, en septembre 2025, le pape Léon XIV a rejetté l'idée de créer une version IA de lui-même à l’intention des catholiques du monde entier désireux d'avoir une audience virtuelle avec lui, sans avoir à se rendre au Vatican. Bien qu'il soit le premier pape originaire des États-Unis, berceau de la Silicon Valley, le dernier souverain pontife n'est pas enthousiasmé par l'idée de ce qu'il décrivait comme un « moi artificiel ». Son positionnement vient en opposition à celui de diverses obédiences religieuses dans lesquelles on assiste de plus en plus à l’apparition d’intelligences artificielles en lieu et place d’humains.

Et vous ?

Comment comprendre que des humains puissent atteindre un niveau de parasitage par l’intelligence artificielle tel qu’ils adhèrent à des religions créées par ces outils ou envisagent même de se marier avec des robots pilotés par l'intelligence artificielle ? Partagez-vous les avis selon lesquels ces cas de figure illustrent plutôt à quel point notre société est de plus en plus malade ?

Partagez-vous les avis selon lesquels ces phénomènes prendront de l'ampleur dans les années à venir ?

La flatterie des LLMs est-elle une conséquence inévitable du RLHF basé sur des évaluateurs humains, ou existe-t-il des architectures de formation capables de l'atténuer significativement sans sacrifier l'utilité du modèle ?



mardi 28 juillet 2026

LOVECRAFT FACE AU RÉALISME FANTASTIQUE

  

  

 


Quelques notes du Laboratoire Odésien de l'Impossible

 

Parution de la revue Planète n° 1, en octobre 1961 (Denoël). « En 1960, Jacques Bergier et Louis Pauwels, cosignent un ouvrage destiné à connaître un succès fulgurant. Brassant des sujets aussi divers que les dernières avancées de la science, les sociétés secrètes, la sociologie, l’alchimie ou l’occultisme, “Le Matin des magiciens” a pour ambition d’ouvrir la voie à une nouvelle révolution culturelle, sociale et artistique, celle du « réalisme fantastique ». Un an plus tard, en guise d’extension au livre, sera créée la revue Planète avec pour slogan : “Rien de ce qui est étrange ne nous est étranger !”. Le numéro 1 comportera l’article “Lovecraft, ce grand génie venu d’ailleurs”, de Jacques Bergier maintes fois cité, publié et remanié et la nouvelle de Lovecraft « Hypnos», traduite par Jacques Bergier et Louis Pauwels ;

 

🧠 Lovecraft face au Matin des Magiciens et à Planète

 

1. Deux projets radicalement différents

H. P. Lovecraft développe une œuvre fondée sur le cosmicisme :
un univers indifférent, sans sens caché, sans révélation salvatrice, où l’homme est ontologiquement insignifiant.

À l’inverse, Le Matin des Magiciens (1960) et la revue Planète poursuivent un projet de réenchantement du monde :
ils postulent l’existence de savoirs perdus, de traditions occultes, de clefs cachées capables de redonner à l’humanité un rôle central — voire prométhéen.

👉 Là où Lovecraft détruit le sens, Planète le reconstruit.

 

2. L’appropriation paradoxale de Lovecraft

Dans Le Matin des Magiciens et surtout dans Planète, Lovecraft est lu non comme un pessimiste radical, mais comme un visionnaire involontaire :

° ses Grands Anciens deviennent des entités réelles possibles ;

° le Necronomicon est parfois traité comme un livre-limite, quasi documentaire ;

° le Mythe est interprété comme une intuition archaïque de vérités occultes.

Cette lecture repose sur un contresens fondamental : Lovecraft n’écrit pas pour révéler un savoir caché, mais pour nier la possibilité même d’un savoir consolateur.

3. Lovecraft contre Planète

Lovecraft est :

  • matérialiste,
  • rationaliste,
  • hostile à l’occultisme,
  • moqueur à l’égard des spiritualismes et des sociétés initiatiques.

Planète, au contraire :

  • valorise l’ésotérisme,
  • mêle science, pseudo-science et mystique,
  • cherche des continuités secrètes entre mythes, traditions et modernité.

👉 Planète fait de Lovecraft ce qu’il n’a jamais voulu être : un prophète du secret, là où il était un poète du non-sens cosmique.

4. Une influence réelle… mais déformante

Il serait pourtant injuste de nier l’impact positif de Planète :

  • la revue a contribué à faire connaître Lovecraft en France dès les années 1960 ;
  • elle l’a inscrit dans une culture de l’imaginaire adulte, non infantilisée ;
  • elle a favorisé sa diffusion auprès d’un public curieux, intellectuel, non spécialisé.

Mais ce succès s’est payé d’un prix :

Lovecraft a été ésotérisé, là où il était anti-ésotérique par essence.

5. Conclusion ODS

Le Matin des Magiciens et Planète n’ont pas trahi Lovecraft par ignorance, mais par désir : le désir de trouver du sens là où il n’y en a pas.

Lovecraft a servi de matière première mythique à une époque en quête de secrets, alors que son œuvre est, fondamentalement, une machine de désenchantement.