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vendredi 25 septembre 2026

ROGER FACON SE SOUVIENT !

L’ATTENTAT !… Putain de film du regretté Yves Boisset. Je l’ai revu hier soir. J’ai eu l’occasion d’échanger sur ce film avec son réalisateur, dans mon autre vie, quand j’étais adjoint à la culture, à ANICHE. Boisset était en plein tournage de son documentaire sur l’ORDRE DU TEMPLE SOLAIRE. Il avait lu mon roman LA CRYPTE paru à la Série Noire. Il voulait avoir mon avis sur deux, trois petits trucs qui le chiffonnaient. On avait pas mal échangé. Surtout sur son film l’Attentat, inspiré de l’Affaire Ben Barka. Boisset m’avait raconté les pressions qu’il avait subies lors du tournage et du montage de L’ATTENTAT. Flics en civil qui le suivaient partout. Barbouzes du SAC, agents du SDECE qui « visitaient » ses bureaux et embarquaient des bobines concernant les séquences jugées trop « sensibles » par les connards de droite qui gouvernaient alors la France 🇫🇷 et allaient être remplacés moins d’une décennie plus tard par des connards de gauche. Ouais, on avait pas mal parlé du SAC avec Boisset. Et d’un putain de braquage qui avait eu lieu à Gisors, six ans avant l’Attentat. Ce braquage sera au cœur de mon prochain roman à paraître un de ces jours aux Editions de L'oeil du Sphinx, pour clore la trilogie entamée avec La caverne perdue des Templiers et Le retour du Dragon vert. Il s’intitulera ILS ONT VOLÉ L’OR DES TEMPLIERS. Yves Boisset sera l’un des personnages de ce putain de bouquin. Avec le SAC, bien sûr. J’ai pas pu résister. Comme beaucoup, sous Pétain, une période qui, par certains côtés, nous permet de mieux comprendre la nôtre… Voir moins

lundi 31 août 2026

LE BANQUIER DES ÉDITEURS ? À méditer

Le Banquier des Éditeurs L’étrange pacte qui unit éditeurs et libraires (Partie IV). HANS BOUSQUET-LAFOND AND THE NEW BOOK COMPANY AUG 31 Image Image READ IN APP Au fil de mes recherches sur les liens construits entre les éditeurs et les libraires depuis le milieu du 19e siècle, je réalise que l’office et le droit de retour ne sont pas les seuls dispositifs encore utilisés au 21e siècle. Il existe en effet un troisième mécanisme. Un autre dispositif – moins officiel cette fois – largement utilisé dans l’industrie du livre française, qui n’est autre que la conséquence de l’office et du droit de retour. On l’appelle la “cavalerie”. Et cette Partie IV vous dévoile d’où elle vient, comment elle fonctionne, et quel danger elle représente pour les éditeurs (et particulièrement les éditeurs indépendants). Il n’est pas absolument nécessaire d’avoir lu les parties précédentes pour découvrir cet essai, mais elles sont utiles pour comprendre le contexte autour de la cavalerie. Voici donc les liens : Partie I, Partie II, Partie III. Et bien sûr, si la moindre question vous vient à l’esprit lors de votre lecture, écrivez-moi. Je réponds à tous les e-mails que je reçois. Bonne lecture ! Une autre cavalerie, celle de 1807, Friedland, peinte par Ernest Meissonier et actuellement accrochée au MET. La Cavalerie À l’aube du 19e siècle, la France est un pays ruiné. La décennie révolutionnaire a laissé l’économie exsangue, paralysée par une inflation démesurée, des taux d’intérêt stratosphériques et une activité commerciale mollassonne. En 1800, Napoléon Bonaparte fonde alors la Banque de France. L’idée est principalement de restaurer la confiance envers la monnaie, relancer l’économie par des crédits aux taux raisonnables, financer l’État et sa politique – et par la même occasion, consolider le régime qu’il vient d’instaurer. Avec la Banque de France, deux phénomènes font leur apparition. Il y a d’abord l’utilisation grandissante des “lettres de change”. Les lettres de change sont des promesses de paiement ; une lettre par laquelle une personne donne l’ordre à une autre de payer une somme déterminée, à une date donnée. Par exemple, un fournisseur vend des marchandises à un commerçant. La facture peut être payée à 90 jours ; le fournisseur émet alors une lettre de change ordonnant au commerçant de payer, 90 jours plus tard, le montant de cette facture. Le commerçant accepte la lettre et la signe, s’engageant ainsi à payer à l’échéance. Avec cette lettre de change, le fournisseur peut alors se rendre auprès de sa banque pour obtenir les fonds immédiatement – moyennant quelques frais. Au 19e siècle, l’usage de ces lettres de change devient massif. Après tout, elles permettent aux fournisseurs d’obtenir des liquidités sans attendre le paiement du commerçant ; et aux commerçants de financer leur activité par un petit crédit à court terme. Faut-il encore que cette lettre de change puisse être honorée. Car avec les lettres de change, la Banque de France voit un autre mécanisme faire son apparition : la “cavalerie”. Cette cavalerie s’observe lorsqu’un marchand émet une lettre de change pour rembourser une autre lettre de change ; une lettre de change fictive, sans contrepartie commerciale réelle. Le mécanisme consiste à créer une apparence de commerce là où il n’y en a pas. La lettre de change est signée par un commerçant complaisant, puis présentée à la banque afin de recouvrer les fonds ; à l’échéance, au lieu de payer cette lettre de change, une nouvelle lettre de change est émise pour rembourser la première, perpétuant indéfiniment la ronde. Avec la cavalerie, une poignée de marchands complices peuvent ainsi financer leur activité sans qu’aucune marchandise ne soit vendue ni qu’aucun service ne soit rendu. “Faire de la cavalerie”, cela revient donc à emprunter pour payer ses dettes, puis recommencer. C’est une course permanente, une galopade incessante pour combler les trous, rembourser les uns avec de nouveaux emprunts contractés auprès des autres. C’est pour cela que la cavalerie s’observe souvent dans des industries gourmandes en trésorerie. L’industrie du livre fait partie de ces industries gloutonnes. La librairie romantique du 19e siècle était, par exemple, une grande utilisatrice de la cavalerie – c’était évidemment une pratique illégale, à l’époque. L’industrie du livre du 21e siècle, par ailleurs, est toujours une grande utilisatrice de la cavalerie. Ou plutôt, un nouveau genre de cavalerie qui, cette fois, n’a rien d’illégal. Cette cavalerie est tout simplement une conséquence regrettable des mécanismes de l’office et du droit de retour – et du pacte qui unit éditeurs et libraires depuis fort longtemps. Le Banquier des Éditeurs La logique est la suivante : Historiquement, un éditeur avance les coûts associés à un nouveau livre. Il finance l’acquisition des droits, l’édition, la correction, le maquettage, l’impression, ainsi que la mise en place chez son diffuseur-distributeur, tout cela en piochant dans la trésorerie de sa maison d’édition. Pour commercialiser ce nouveau livre, cet éditeur dispose d’un mécanisme bien pratique – l’office – inventé dans les années 1830 par le Dépôt Central de Librairie. Grâce à cet office, ce nouveau livre est largement diffusé auprès des libraires de France, et distribué en bien plus grande quantité. Chaque libraire curieux de cette nouveauté reçoit donc une certaine quantité de cet ouvrage, définie à l’avance. Et après un certain délai (autour de 80 jours en moyenne), ces libraires paient ces nouveaux livres à l’éditeur. Grâce à cette facture honorée, la trésorerie de l’éditeur est renouvelée. Il peut donc avancer les coûts associés au prochain ouvrage. Pendant ce temps, les libraires s’occupent de défendre, partager et vendre le précédent livre. Chaque maillon de la chaîne continue donc sa mission. Quelques mois plus tard (entre 3 et 12 mois, généralement), il est temps pour le libraire de faire les comptes. Une partie des livres envoyés par l’éditeur (environ 22 % en moyenne) n’a pas été achetée ; le libraire utilise alors le droit de retour démocratisé par Louis Hachette pour renvoyer les titres invendus, et laisser la place à de nouveaux ouvrages qui, eux, trouveront peut-être leur public. Comme le stipule le droit de retour, tout livre retourné à son éditeur permet au libraire d’obtenir un remboursement. Le problème, c’est que l’éditeur a souvent déjà utilisé les revenus associés à la vente initiale des livres. Après tout, il semble bien difficile d’anticiper un volume de retour précis ; surtout, l’éditeur doit investir cet argent dans la création de futurs ouvrages, sans quoi sa maison ne peut pas tourner. L’éditeur émet alors un avoir. Le libraire ne récupère certes pas son argent immédiatement, mais il peut déduire cet avoir de la facture d’une future commande, associée à une prochaine parution. C’est une bonne affaire pour tout le monde : le libraire fait de la place pour de nouveaux ouvrages au potentiel commercial plus élevé et réduit la note de ses prochains achats, tandis que l’éditeur ne voit pas sa trésorerie tomber dans le rouge à cause d’un retour difficile à prévoir. Sauf que ce même éditeur n’a plus le choix : il est désormais contraint de publier un nouvel ouvrage. Et si cet ouvrage ne convainc pas le libraire qui détient un avoir, il se retrouve dans l’obligation d’en publier un autre – et ainsi de suite, jusqu’à rembourser sa dette. Ainsi va la cavalerie. Et ainsi le libraire se transforme en banquier des éditeurs. Via l’office, il avance à l’éditeur les futurs gains associés à la vente des livres. L’éditeur, grâce à ce “prêt”, finance sa trésorerie, et son prochain ouvrage. Via le droit de retour, ce même libraire récupère une partie de cette avance. Mais l’éditeur, ayant déjà investi cet argent, émet alors une lettre de change moderne – un avoir – pour rembourser cette dette. Cette série de mésaventures place l’éditeur dans une situation particulièrement inconfortable – celle d’une galopade contrainte, sans fin, vers le prochain ouvrage. Elle place l’industrie du livre dans une situation tout aussi délicate à gérer – celle de centaines de maisons d’édition embarquées malgré elles par la cavalerie, et des dizaines de milliers de livres supplémentaires publiés chaque année, pour rembourser cette dette aux libraires. Mais ne vous détrompez pas, elle place aussi le libraire dans une position qui n’est pas plus agréable – celle d’un banquier qui ne peut fléchir ni disparaître, sans quoi la galopade s’arrêterait net, emportant avec elle les éditeurs les plus fragiles. Le Troisième Mécanisme En 1995, plusieurs grands éditeurs anglo-saxons – HarperCollins, Random House et Pearson – se retirent du Net Book Agreement, l’équivalent britannique du prix unique du livre, lors d’un coup d’État organisé par le libraire WH Smith. Lors des 15 années qui suivent, l’industrie du livre britannique voit disparaître plus de 1 000 librairies – presque la moitié des commerçants du livre du pays. Si un tel scénario devait se produire dans l’industrie du livre française, c’est l’entièreté de la cavalerie décrite quelques lignes plus haut qui trébucherait, et s’effondrerait. Car avec la disparition du banquier des éditeurs, la ligne de crédit implicite des éditeurs serait clôturée. Quand une librairie est placée en redressement judiciaire, les distributeurs mettent en pause l’ensemble des offices. L’éditeur, censé renouveler sa trésorerie avec l’avance des libraires, ne pourrait donc plus investir dans son prochain ouvrage. Puis, ce même éditeur devrait s’acquitter de la dette accumulée. Avant de fermer, une librairie est contrainte de reconstituer un maximum de liquidités ; les stocks sont donc retournés pour être remboursés, et les avoirs réclamés. Pour l’éditeur, cela signifie une avalanche de livres à reprendre, des coûts de stockage qui gonflent – mais surtout, une dette envers le libraire à solder quasi-immédiatement. Autrement dit, les revenus disparaissent et la trésorerie se contracte brutalement. Rares sont les éditeurs capables d’encaisser un tel choc. Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore là. Grâce à la ténacité d’un éditeur têtu, le prix unique du livre existe toujours en France ; et les libraires qu’il protège sont toujours là, eux aussi. Prudence néanmoins, il suffit d’un caillou sur le chemin pour qu’une cavalerie s’écroule – les difficultés récentes de certaines librairies bien connues, ou même de certains distributeurs, en sont de vifs rappels. Nul doute, donc, que cette cavalerie représente un danger réel pour l’industrie du livre. Elle n’est, néanmoins, que la conséquence des effets cumulés de l’office et du droit de retour. Elle est, en quelque sorte, le troisième mécanisme qui constitue le pacte entre éditeurs et libraires. Un mécanisme qui fonctionne, tant que le réseau de librairies reste dense et que les flux de retours restent stables. Il suffirait que l’une de ces conditions frémisse (à cause d’une fermeture massive des librairies comme Outre-Manche, d’un pic de retours, ou d’une crise macro-économique), la cavalerie chancèle. Quoi que nous en pensions, la cavalerie continuera certainement de galoper encore un certain temps. Et les libraires continueront certainement d’être les banquiers des éditeurs encore un moment. Car il existe un acteur de l’industrie du livre qui bénéficie grandement de cette cavalerie – et de ce pacte qui unit éditeurs et libraires. Et qui n’a aucun intérêt à voir s’effacer des mécanismes gravés dans les contrats et les coutumes depuis près de 2 siècles. C’est le programme de la Partie V. On se retrouve de l’autre côté, Hans. 3 choses à faire après votre lecture : Si vous souhaitez approfondir les idées et les histoires de ce thème, indiquez-le en cliquant sur le petit cœur 🩷 juste en-dessous. Les thèmes qui récolteront le plus de cœurs sont ceux sur lesquels je passerai le plus de temps à l’avenir. Posez vos questions en répondant simplement à cet e-mail, ou en cliquant sur l’icône 💬 en-dessous. Je réponds à tous les messages que je reçois. Échangeons. Mon agenda est ouvert, et tous les lecteurs de cette newsletter peuvent réserver un créneau pour discuter ensemble d’édition, de marketing, de l’industrie du livre et de ses changements. Il suffit de cliquer sur ce lien. LIKE COMMENT RESTACK © 2026 The New Book Company France Unsubscribe

mardi 18 août 2026

NUIT DES LEGENDES 8 DANS LA LETTRE DU CROCODILE

 

 

 Nuit des Légendes n° 8. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Le huitième volume de Nuit des Légendes rassemble les textes des conteuses et conteurs qui ont participé à la Nuit des Légendes du 25 juillet 2025 à Pleuven et de celles et ceux qui animèrent la Balade contée du 12 septembre 2025. Nous retrouvons Ludovic Souliman, Stéphanie Rondot, Almine Quinet, Yannick, Anne-Claire Bourdon, Marie-Thé Sainrat, Alain Sainrat, Claude Arz.

En introduction, Claude Arz, président de l’association Nuit des Légendes, revient sur l’évolution de la littérature orale « métissée grâce au talent des conteuses et des conteurs qui colportent de nouvelles histoires, souvent traditionnelles, de plus en plus urbaines, sociales et quelquefois frondeuses ».

Il distingue deux visages dans le conte contemporain : le conte traditionnel et le conte urbain.

« D’un côté, dit-il, il y a le conte traditionnel, incarné par des conteurs qui évoquent les mythologies et les récits des temps anciens […] réveillant chez les auditeurs d’antiques merveilles et peurs enfouies dans l’inconscient collectif. »

« De l’autre côté, il y a le conte urbain, incarné par des conteurs qui sont les témoins de la vie contemporaine. Ils deviennent alors des chroniqueurs, dressant des portraits de femmes et d’hommes vivant dans les mégalopoles, sur les routes, les chantiers, les marchés, dans les bars. »

Ce recueil mêle les deux types de contes pour le plus grand plaisir de l’auditeur comme du lecteur :

Fortunes de mer, Fortunes de terre par Ludovic Souliman – Contes de la Nuit, de la Lune et des Etoiles de Stéphanie Rondot – Quand le diable s’invite à Noël par Aline Quinet – Les chevaux de la nuit par Yannick – Paquita d’Anne-Claire Bourdon – Les menhirs amoureux par Alain Sainrat – Le tisserand de Marie-Thé Sainrat – Les deux vieux chênes par Claude Arz…

Voyons ce diable qui s’invite inopinément :

« Seule dans sa maison, Léna entend soudain frapper à la porte :

  • Toc toc ! Puis-je entrer Léna ? Avec la mauvais temps, j’aimerais me chauffer un peu.

Solidarité bretonne oblige, Léna ouvre la porte de la maison.

  • Approchez-vous du feu et réchauffez-vous à la bûche de Noël.

Le visiteur du soir, qui se présente comme sabotier, lui offre alors une paire de sabots. Qu’ils sont beaux ces sabots, avec leur couleur brillante comme l’or, leurs fleurs bariolées… Ce sont les plus jolis botoù-koad (sabots de bois) que Léna ait jamais vus. Des sabots de reine !

Léna essaie les sabots et est aussitôt prise d’un tournis de pensées qui ne sont pas très chrétiennes… »

lundi 17 août 2026

LE DROIT DE RETOUR, HUM !!!

 


L’Anomalie

L’étrange pacte qui unit éditeurs et libraires 

Le “droit de retour” est une curiosité. Un usage commercial, sans équivalent légal dans aucune autre industrie, qui autorise un libraire à renvoyer à son éditeur un livre invendu. Un dispositif initialement conçu pour rassurer les libraires et encourager la prise de risque éditoriale.

Ce droit de retour est, après l’office, l’autre mécanisme qui constitue le pacte qui unit éditeurs et libraires depuis le milieu du 19e siècle.

Je vous encourage à lire la Partie I et la Partie II de cette série, si ce n’est pas déjà fait. La Partie III, elle, raconte :

  • Comment le droit de retour s’inspire du système de retour des journaux – et pourquoi c’est un problème pour l’industrie du livre.

  • Pourquoi ce droit de retour n’est, à l’origine, qu’une stratégie commerciale inventée par un éditeur habile.

  • Et comment ce droit de retour s’est transformé en un piège qui érode la marge des libraires et broie la trésorerie des éditeurs.

Bonne lecture !






Les Nouveaux Journaux

Lorsqu’on achète un journal dans l’un des kiosques à journaux de Paris, on ne l’achète pas vraiment au kiosquier. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le marchand de journaux n’est presque jamais le propriétaire du journal qu’il vend. Il n’en est que le dépositaire.

Chaque jour, c’est une valse de camions qui se met en place dans les rues parisiennes. Certains déposent les journaux du jour, d’autres récupèrent les invendus de la veille – et ainsi de suite, pour l’ensemble des maisons de la presse de la capitale.

Dans cette industrie, le retour systématique des journaux est la norme.

Après tout, le journal du lendemain rend obsolète celui de la veille. Le journal n’est pas un livre, dont la durée de vie peut s’étendre sur plusieurs mois, plusieurs années parfois ; la sienne est éphémère, de quelques heures seulement.

Pourtant, c’est le même dispositif que Louis Hachette implémenta dans ses kiosques à lui, au milieu du 19e siècle.

Hachette rentrait alors tout juste d’un voyage à Londres. Là-bas, il avait découvert la toute première Exposition Universelle de l’histoire, ainsi que les minuscules librairies de son homologue William Henry Smith, installées au cœur du réseau ferroviaire anglais. Les chemins de fer français s’apprêtaient, eux aussi, à connaître une fulgurante expansion – il décida alors d’importer le modèle en France, afin de commercialiser des ouvrages et des périodiques dans un format adapté aux voyageurs.

Dans chacune des principales gares du réseau, Louis Hachette installa progressivement ses Bibliothèques des Chemins de Fer.

Le premier de ces kiosques de gare ouvrit à la Gare du Nord de Paris, au début de l’année 1853. À la fin de cette même année, Hachette exploitait déjà 43 kiosques ; et une vingtaine d’années plus tard, il disposait d’environ 1 000 à 1 200 petites librairies disséminées partout en France.

Pour alimenter cet immense réseau national, Louis Hachette et ses successeurs construisirent une véritable infrastructure de distribution.

Cette infrastructure utilisait un système appelé “office”, inventé quelques années plus tôt par trois éditeurs. Hachette reprit cette mécanique utilisée par le “Dépôt Central de Librairie” pour constituer des assortiments de nouveautés, et les acheminer automatiquement aux kiosques de gare, sans commande préalable.

Mais cette infrastructure semblait aussi s’appuyer sur un nouveau dispositif – un mécanisme de retour systématique.

Comme pour nos kiosques à journaux, les Bibliothèques des Chemins de Fer pouvaient renvoyer aux entrepôts d’Hachette les lots invendus de livres et de publications périodiques. Dans les années 1880, le volume d’expédition et de retours était d’ailleurs si important qu’Hachette fut contraint de louer de vastes magasins, rue d’Hauteville à Paris.

Ces livres n’étaient pourtant pas des journaux.

Ils étaient néanmoins traités comme des journaux.

Dans les Bibliothèques des Chemins de Fer, ils étaient expédiés et retournés de la même manière. Les kiosques de gare restaient des commerces étroits, et les collections de gare qui y étaient vendues étaient d’une qualité bien modeste ; les ouvrages obéissaient donc aux mêmes règles logistiques que les quotidiens.

Un Outil de Conquête Commerciale

À l’époque, ce dispositif de retour proposé par Hachette était inédit dans le monde du livre.

Ce n’était pas encore un droit fondamental accordé aux kiosquiers des chemins de fer, seulement un impératif logistique. Mais pour la toute première fois, un commerçant pouvait retourner un article qu’il ne pouvait vendre – et ainsi réduire considérablement le risque inhérent à l’achat d’un produit nouveau.

Cette idée structure toute la relation commerciale entre éditeurs et libraires jusqu’à aujourd’hui.

Pourtant, le dispositif ne s’installa durablement qu’un demi-siècle plus tard – au moment où le “droit de retour” devint un outil de conquête commerciale pour un tout nouveau produit littéraire.

Il fallut attendre l’année 1953 précisément, et le lancement par Hachette de sa collection “Livre de Poche”.

Le format s’inspirait des collections de gare du siècle d’avant.

La qualité d’impression était bien faible, les broches étaient bon marché – mais le prix était spectaculaire, 3 à 4 fois moins élevé que celui d’un roman traditionnel.

Pour ces raisons, les libraires étaient peu convaincus par le “Livre de Poche”. Selon eux, la piètre qualité de ce nouveau format dégradait l’image du commerce du livre ; son prix très bas, quant à lui, réduisait mécaniquement le chiffre d’affaires par unité vendue. Après tout, un roman au format poche vendu à 150 francs, c’était deux tiers de revenus potentiels en moins qu’une édition courante à 500 francs.

Pour donner à son “Livre de Poche” une chance d’exister, Hachette renoua avec le “droit de retour” des kiosquiers des chemins de fer.

Mais cette fois, le dispositif n’était plus un simple impératif logistique ; c’était une proposition commerciale.

Le contrat proposé cherchait à rassurer les libraires : les nouveautés du “Livre de Poche” étaient automatiquement envoyées via l’office, puis exposées et vendues pendant une période convenue. Le délai écoulé, les exemplaires invendus du “Livre de Poche” étaient retournés.

La politique de retour d’origine, elle, était simplifiée au maximum. Les libraires n’étaient même pas tenus de renvoyer le livre dans son intégralité ; ils pouvaient se contenter d’arracher la couverture du livre, et de n’expédier que ce fragment pour prouver que le livre était invendu. Ainsi, Hachette pouvait créditer le retour, tout en s’assurant que les frais de port, de manutention et de stockage étaient réduits au minimum.

À l’époque, le “droit de retour” semblait donc satisfaire toutes les parties.

D’un côté, les libraires étaient apaisés. Ils n’étaient pas les propriétaires d’un stock de livres au format inéprouvé, seulement les dépositaires ; ils étaient donc encouragés à tester ce “Livre de Poche”, en limitant drastiquement le risque financier associé.

De l’autre, Hachette pouvait inonder les librairies de livres bon marché. Le modèle économique du “Livre de Poche” reposait sur une marge faible et un volume élevé ; le “droit de retour” était donc l’argument commercial qui lui permit d’atteindre le flux critique pour rentabiliser son initiative.

En contrepartie, le livre se rapprochait encore un peu plus du journal.

Il était désormais un produit de flux à la durée de vie connue à l’avance, dont la valeur disparaissait après sa période de commercialisation.

Qu’importe, l’efficacité du dispositif fut immédiate.

Grâce au “droit de retour”, ce furent 2 à 3 millions d’exemplaires du “Livre de Poche” qui furent écoulés en 1953. Une dizaine d’années plus tard, en 1961, 55 millions de volumes furent vendus. Et encore 10 ans plus tard, plus de 65 millions.

Éditeurs et distributeurs s’emparèrent alors du mécanisme.

Le “droit de retour” fut étendu à d’autres ouvrages, à d’autres collections, à d’autres formats. Le dispositif fut progressivement associé à un autre mécanisme, l’office, jusqu’à ce que la majeure partie des envois automatiques de nouveautés soit assortie du système de retour initié par Hachette.

Le “droit de retour” devint alors une norme.

En quelques décennies à peine, ce qui n’était qu’un outil de conquête commerciale fabriqué de toute pièce devint un pilier de la relation entre éditeurs et libraires.

Un pacte, considéré par les nouvelles générations de libraires et d’éditeurs comme allant de soi.

L’Anomalie

Le “droit de retour” n’existe dans aucun texte de loi.

Ce n’est pas une disposition légale ; c’est, encore aujourd’hui, un “usage commercial”. C’est une sorte d’anomalie dans le droit français, qui accorde aux éditeurs et aux libraires une liberté que nul autre fournisseur ou commerçant ne peut se permettre.

En droit commun, un commerçant ne peut pas retourner un produit à son fournisseur simplement parce qu’il n’a pas trouvé preneur – aussi noble ce produit soit-il. Les libraires, eux, le peuvent. Et c’est uniquement grâce à cette habile stratégie commerciale mise en œuvre par Hachette.

Depuis les années 50, cet usage entre éditeurs et libraires s’est tout de même structuré.

En 1991 par exemple, le Syndicat National de l’Édition et les représentants des libraires signaient le “protocole Cahart” – du nom du haut fonctionnaire qui présidait les travaux. Le protocole était revu en 2001, puis complété à nouveau en 2008. Mais il reste le premier grand texte interprofessionnel qui pose un code de bonne conduite, encadre le traitement des nouveautés, et propose un cadre commun pour les remises, les offices et les retours.

D’une certaine manière, ce protocole Cahart formalise le pacte entre éditeurs et libraires installé officieusement depuis le milieu du 19e siècle.

Malheureusement, il ne permet pas d’en combler les failles qui sont apparues depuis.

Car ce pacte, à l’origine, devait faciliter la commercialisation d’un nombre grandissant de nouveautés publiées par les éditeurs, sans mener le libraire à la faillite.

Mais ce pacte s’effrite. Comme tout pacte, il repose sur le respect des accords tacites passés entre les parties concernées. Lorsqu’un éditeur ou son diffuseur-distributeur prend la liberté d’envoyer une quantité de nouveautés supérieure à celle prévue dans l’office, il brise cet accord tacite. Lorsqu’un libraire s’affranchit du délai de garde et renvoie ces nouveautés au bout d’un mois, sans ouvrir le carton, il brise également cet accord. Et lorsque la production de livres est multipliée par 4 – approximativement – en un demi-siècle, c’est l’industrie elle-même qui brise cet accord.

Et cet effritement s’observe, se mesure.

Dès la fin des années 90, le taux de retour moyen atteignait déjà plus de 25 %. Plus récemment, il s’établissait entre 19 % et 22 % du volume d’ouvrages transportés vers les points de vente, avec de grandes disparités selon les circuits.

Pour les libraires, un taux de retour élevé érode la marge. Les coûts de traitement administratif, d’emballage, de transport s’accumulent, jusqu’à représenter entre 6 % et 10 % de la valeur nominale du livre.

Pour les éditeurs, un taux de retour élevé est un casse-tête financier. Il faut absorber les coûts de transport, de tri, de stockage, de redistribution et parfois de pilonnage. Il faut surtout provisionner comptablement ces retours, et émettre les avoirs aux libraires.

Si bien que le “droit de retour” semble se transformer, peu à peu, en piège.

Un piège qui porte le nom de “cavalerie” – et qui sera le sujet de la Partie IV.

D’ici-là, on se retrouve de l’autre côté,

Hans.

lundi 10 août 2026

LE JÉSUS DE CHARLY SAMSON EST DISPONIBLE

  

 


 

 

VIENT DE PARAÎTRE

(Août 2026)

 

JÉSUS-CHRIST ET LE RAZÈS

Charly Samson


Lorsque Charly m’a parlé, pour la première fois, de son désir d’écrire un dernier livre sur Jésus, j’ai compris immédiatement que ce projet ne serait pas un livre comme les autres. Non parce qu’il proposerait une révélation, ni parce qu’il prétendrait résoudre une énigme ancienne, mais parce qu’il s’inscrivait dans un temps particulier : celui de la transmission, lorsque l’essentiel doit être dit sans emphase, sans précipitation, sans masque.

Charly n’écrit pas pour convaincre. Il écrit pour mettre de l’ordre, pour clarifier un champ devenu confus, parfois saturé de récits contradictoires, d’enthousiasmes excessifs et de rejets trop rapides.

Philippe Marlin

Charly a fêté cette année ses 98 ans. Malgré sa DMLA, il a tenu à écrire ce livre depuis son Ehpad de Lunel.

 

 En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/238014123 (et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 15 € (plus 3 € de frais de port), série « Charly Samson et les Mystères de notre Temps ».

HONTE A LA CHINE

 


dimanche 9 août 2026

ET SI ON ALLAIT FAIRE UN TOUR À BAULOU (près de Pamiers)

  

 

 


Sur nos étagères

(Novembre 2024)

 

DE RENNES-LE-CHÂTEAU À L’ARIÈGE

L’affaire du « Monastère dynamité »

Philippe Marlin

 

« C’est en 1956 que l’on reparle des deux événements importants :

En janvier quelques journaux locaux commencent à s’occuper du mystère de Rennes-le-Château, provoquant ainsi une véritable “chasse au trésor” et c’est à la fin de cette année-là que l’on fait exploser, à l’aide de charges de dynamite, la monumentale abbaye édifiée par Louis de Coma. Sommes-nous face à l’habituel hasard, ou bien étant donné que l’on parlait trop de l’affaire de Rennes, l’évêque de Pamiers en profita-t-il pour éviter, dans cette région aussi, les hordes de “chasseurs de trésor” ou de “quelque chose d’autre” ? ».

 

En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/2380141010 (et sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 10 € (plus 3 € de frais de port), série « Griffon Vert ».

lundi 27 juillet 2026

LA MAGIE A PARIS DANS LA LETTRE DU CROCODILE

 


La magie à Paris par René Thimmy. Éditions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France. 

www.oeildusphinx.com

L’ouvrage de René Thimmy, La magie à Paris, publié en 1934, témoigne d’une époque particulière, l’entre-deux-guerres, qui voit l’attrait pour l’occultisme et celui pour la vie nocturne parisienne se mêler, parfois de façon surprenante. Le « journalisme jaune », qui recherche le sensationnalisme, aime plonger dans l’imaginaire de l’occultisme, du spiritisme, de la magie et des mancies populaires. L’étrange attire alors d’une manière très différente qu’en notre début de siècle.

René Thimmy conserve une certaine distance apparente avec ses sujets, ce qui favorise l’adhésion du lecteur, facilement pris dans une narration choisie.

Près d’un siècle plus tard, cette réédition bénéfice d’une préface de Fabienne Leloup et d’une postface de Jean-Luc Buard qui lève le voile sur l’identité de René Thimmy, « chroniqueur du mystère ». Maurice Magre (1877-1941) avait été soupçonné par certains de se cacher derrière la signature de René Thimmy mais nous apprenons que le pseudonyme de René Thimmy est en réalité celui de Jean Dorsenne, nom d’auteur d’Etienne Troufléau (1892-1945), depuis 1916, même si ce dernier a collaboré avec Maurice Magre dans le cadre des deux ouvrages, La magie à Paris et La magie aux colonies. Pour Jean-Luc Buard, Jean Dorsenne est bien l’auteur principal.

En avant-propos, l’auteur, quel qu’il soit,  dit en quelques mots tout l’intérêt du livre :

« Il y a des religions inconnues, des sectes bizarres, les unes continuant de très anciennes traditions, les autres révélées par un nouveau prophète ; il y a des sorciers noirs et des mages blancs, il y a des cérémonies terrifiantes et d’autres puériles et même ridicules ; il y a des chercheurs sincères, scientifiques et convaincus, il y a des illuminés et des fous voire des charlatans…

Il y a de tout à Paris. »

Fabienne Leloup remarque :

« Car la magie est partout dans ce guide des nuits parisiennes brassant les cultures, les rituels, mais beaucoup moins les milieux sociaux. Couples, libertins blasés, vierges folles, la magie semble l’alibi pour combler le vide d’existences narcissiques, évitant toute remise en question. Beaucoup s’ennuient dans leurs hôtels particuliers. Ironique, René Thimmy n’est pas dupe du caractère grand-guignolesque de ces incursions dans le « mystère ». »

Est-ce si différent aujourd’hui ? Pas certain. Si le contexte est autre, il y a des glissements de cette époque à la nôtre, dans des formes différentes ou parfois très proches.

C’est avant tout un livre d’ambiances, qui ne manque pas d’une poésie sombre, dans lequel le lecteur ne saurait s’ennuyer. Après tout, il s’apprête à croiser « la secte des vieillards éternels », « le mage des fleurs » ou « les piqueurs du métro » et encore « la papesse noire », à découvrir le Vaudou ou les Polaires… René Thimmy décrit, ne cherche pas à expliquer et ne juge pas.

jeudi 18 juin 2026

LE RETOUR DU DRAGON VERT, Roger Facon

  


 

 

VIENT DE PARAÎTRE

(Juin 2026)

 

LE RETOUR DU DRAGON VERT

Spécial Fulcanelli

Roger Facon

 

La société secrète du Dragon vert a choisi de révéler son existence en France peu avant la Seconde Guerre mondiale. Elle l'a fait à travers un roman intitulé Les sept têtes du Dragon vert, commandé par le Deuxième Bureau et publié par la maison d'édition Berger-Levrault, réputée proche de l'Armée française.
Silence radio durant l'Occupation et à la Libération Et voilà qu'aujourd'hui le Dragon vert réapparaît...
Pourquoi ? Le Dragon vert est-il encore manipulé par nos services spéciaux ? A-il changé de repaire, après s'être un temps replié dans la soi-disant caverne espagnole dont on parle volontiers du côté deRennes-le-Château et de Gisors ? Entend-il continuer de peser sur la vie politique française par le biais de ses Loges clandestines ? A-t-il fomenté des complots, commandité des assassinats ?...Où se terre le Dragon vert aujourd'hui ?

Découvrons cela ensemble.

 

 

En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/2380141215 (et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 16 € (plus 3 € de frais de port), série « Les Cahiers d’Irem».