Affichage des articles dont le libellé est Les Chroniques d'El'Bib. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les Chroniques d'El'Bib. Afficher tous les articles

mardi 29 septembre 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LOVECRAFT, LA MODERNITÉ EN HORREUR, Aristide Leucate

J’imaginais le pire en lisant Lovecraft, la modernité en horreur d’Aristide Leucate (La Nouvelle Librairie éditions, 2026), compte-tenu de l’orientation idéologique du groupe éditorial (Institut Iliade ). Et il est vrai que brocarder Lovecraft, compte-tenu de son caractère réactionnaire et de son racisme, est chose facile. Ce petit bouquin n’élude pas le sujet, mais précise que « son racisme ne représente pas une charge suffisante pour dresser un quelconque acte d’accusation ». L’analyse est plutôt bien faite, sous une plume agréable à lire. L’auteur déroule son étude autour de deux fils rouges : l’horreur cosmique, qui marquera de façon indélébile la littérature fantastique contemporaine et…. l’amour des chats ! Cette passion sympathique illustre bien l’humanité de l’écrivain et permet de faire la jonction entre deux grands mystères : celui du caractère insaisissable de la gent féline et celui tout aussi indicible du Cosmos. Alors, la modernité peut être détestée, car elle est peu de choses face au poids d’un Inconnu qu’on ne pourra jamais percer, même si l’émotion artistique et le rêve nous en envoient parfois des aperçus déroutants.

lundi 28 septembre 2026

METAL HURLANT LOVECRAFT

Métal Hurlant nous gâte et nous offre un numéro 18 bis entièrement consacré à Lovecraft. En fait c’est un numéro en deux versions, l’une « classique », l’autre « collector » avec une superbe couverture tirée du Necronomicon de Druillet. Et il ne s’agit de rien d’autre qu’un hommage-souvenir au numéro de légende paru en 1978. Plusieurs contributions de cette primo-version sont reprises (Druillet bien sûr, Nicollet évidemment, Marc Caro et son inquiétant Barzaï, ainsi que les superbes BD de Buscaglia et Breccia sur Dunwich et « le Monstre sur le Seuil »). Mais le tout est considérablement enrichi par une foultitude d’autres talents graphiques (Moebius, Caza, Finlay, Bilal…), avec un petit coup de cœur pour Ian Miller et son approche saisissante de « l’horreur cosmique ». Pour être complet, on relèvera également les nombreuses études qui émaillent ce volume de 280 pages, et notamment plusieurs interviews d’artistes ou de traducteurs. Une mention spéciale à Serge Clerc qui nous parle de la création de jeux vidéo sous les déluges de bombes qui pleuvent sur ses bureaux en Ukraine. Un seul mot pour conclure : BRAVO !

mercredi 23 septembre 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : DAGON À VENISE, Philippe Ward & François Darnaudet

C’est avec émotion que je dévore Dagon à Venise (Inanna éditions, 2026), pratiquement un an après la disparition de son coauteur et ami, Philippe Ward (décédé en septembre 2025). Heureusement, grâce à son compère François Darnaudet, son projet lovecraftien a pu être mené à terme. Car Philippe était un disciple fidèle du Maître. Ne lui doit-on pas une première bibliographie en français de Lovecraft, à une époque où le fanzine était notre mode d’expression incontournable et où le minitel représentait le must en matière de nouvelles technologies ? On se souviendra de son légendaire 3615 MISKA ! Ce petit roman se lit pratiquement d’une traite, tant l’action ne cesse de rebondir en de courts chapitres très nerveux. Nous y ferons la connaissance d’un groupe redoutable, « Les Exterminateurs », voués à une lutte implacable contre les vampires. Ils utilisent un matériel High Tech hautement sophistiqué et un arsenal d’armes particulièrement meurtrières. Une alerte est donnée à Venise où Casanova, devenu mort-vivant suite à la morsure d’une de ses amantes de la nuit, sème la terreur. La chasse s’ouvrira dans une certaine confusion, car un autre prédateur va vite prendre le devant de la scène, Dagon. Les combats sont d’une violence inouïe, la Cité des Doges en fera les frais et retournera à sa patrie d’origine, la mer. Mais Dagon sera vaincu, malgré sa garde de Profonds, prouvant par-là aux spécialistes de la théologie lovecraftienne que les Grands Anciens ne sont pas des Dieux, mais des créatures mortelles. La terreur connaîtra un sursaut inattendu avec l’arrivée de mère Hydra, venue venger son époux. Elle sera également éliminée, au prix de massacres qui feraient pâlir d’envie les auteurs des crimes de guerre dont l’actualité nous abreuve ! Ce qui nous vaut un final où Cthulhu se réveille dans sa Cité de R’Lyeh, inquiet de ne plus sentir dans ses rêves la présence de Dagon et Hydra. Souhaitons que François Darnaudet reprenne la balle au bond et nous livre de nouvelles aventures de leurs extraordinaires Exterminateurs. Ce serait un bel hommage à la mémoire de celui qui portait des chaussons en forme de pieds d’ours !

samedi 29 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE CERCLE DES AUTEURS LOVECRAFTIENS II

Le Cercle des Auteurs Lovecraftiens se porte manifestement bien puisqu’il sort son second tome (autoédition, 2026), un pavé de plus de 500 pages sous cover rigide. 12 auteurs sont au programme pour une ou plusieurs nouvelles. Évidemment, comme dans toute anthologie collective, les textes sont d’intérêt inégal, mais l’initiative est à encourager. Relevons quelques bonnes pièces. Dans No Man’s Land, David Carlier nous entraîne dans les tranchées de la première guerre mondiale où l’horreur n’est pas allemande mais prend la forme d’un mal indicible venu du fond des temps. La sorcière du Lac Katrine de Laurent Boegler est un récit tout mignon où un jeune veuf épouse une vilaine sorcière qui se transforme en une belle jeune fille. Ils partiront tous les deux couler des jours heureux aux USA où ils rencontreront HPL ! La rivière de Stéphane Lemaire nous présente un jeune garçon qui est seul dans une maison isolée en Alaska et dont les parents ont été happés par une mystérieuse entité cachée dans la rivière. L’autre moi du même auteur nous montre une photo dont le personnage principal, sur la place d’un village, ne cesse de se rapprocher à chaque visualisation, jusqu’à devenir l’auteur d’un carnage épouvantable. Et ce n’est pas agréable de se reconnaître dans le personnage principal de la photo ! Citons aussi Pachi-Ban de Kisijuu où il ne fait pas bon d’être prisonnier d’un jeu vidéo rétro. Les écueils de l’Eire est un excellent texte de Stéphane Desroches qui met en scène un archéologue recherchant dans un coin perdu de la côte d’Irlande du Nord une cité sous-marine antédiluvienne. Inutile de préciser que le Mal est dans les parages. Et puis un coup de cœur à Il y a quelque chose de Denis Cazalas qui nous entraîne sur les pistes sulfureuses du mystère de Rennes-le-Château. L’examen du livre maudit conduira un chercheur à explorer un réseau souterrain où se terre une entité qu’il vaudrait mieux éviter ! C’est du reste le second récit de fiction que je lis, assurant la jonction entre Lovecraft et l’affaire castelrennaise (cf L’Intrus de Jean-Christophe Maquet, éd Henri, 2003).

mardi 25 août 2026

WHAT THE MOON BRINGS, Lovecraft & Nicolae Rasmussen

 

WHAT THE MOON BRINGS de Lovecraft & Nicolae Rasmussen est une superbe BD éditée par Bloody Gore Comix (2026). Sur 340 pages grand format, l'illustrateur qui se fait appeler NMAAR explore les produits des rêves de l'Ermite de Providence (Hypnos, Ulthar, Sarnath, Nyarlathotep, Azathoth..). Une jeune femme nue, avec un curieux cache-sexe en forme de foulard rouge, nous accompagne tout au long de cette symphonie onirique. C'est fou ce que Lovecraft peut inspirer à de jeunes artistes qui ne sont pas intoxiqués que par les seules tentacules cthulhuiennes ! (55 $ CAN)

LOVECRAFT VU PAR TOMÀS HIJO

 



Belle découverte que ces romans graphiques de Tomàs Hijo, publiés chez "Minotauro Ilustrados". On y trouve La Sombra Sobre Innsmouth (le Cauchemar d'Innsmouth, 2023), El Morador de las Tinieblas (Celui qui chuchotait dans les Ténèbres, 2024) et Dagòn y otros Relatos (Dagon et autres textes, 2026). C'est en espagnol, mais les très nombreuses illustrations permettent de s'immerger facilement dans les nouvelles. Les albums sont grand format, couverture cartonnée, au prix de 22 € et disponibles sur Amazon.

 

samedi 22 août 2026

SAUNIERE ET LE VERASCOPE

  


 

 

Le revue Terre de Rhedae tient le coup et nous offre un numéro 2026 bien garni. Je ne résumerai pas tous les articles, tous fort intéressants au demeurant, mais m’arrêterai plus particulièrement sur deux contributions.

La première, signée Paul Saussez, fait un résumé fort complet de notre affaire, en faisant bien la distinction entre « les deux vies » de Bérenger Saunière. La première, bien connue, est celle de l’enrichissement du curé grâce à un trafic de messes sur grande échelle et à la sollicitation de dons généreux ; l’auteur y ajoute la découverte sous l’église du « tombeau des Seigneurs », avec trois dépôts en provenance des évêchés de Narbonne, Carcassonne et Alet. Puis en seconde partie il s’attarde sur les faux injectés bien après le décès de B.S., jonglant entre dalle, stèle et parchemins, décodant ce qui n’est finalement que le produit de potaches érudits. Je suis toujours surpris par le travail fourni pour faire parler des documents que personne n’a jamais vu. Paul Saussez écrit bien. Mais il m’a fallu un Doliprane pour digérer sa démonstration.

Un peu de fraîcheur dans ce monde de brutes nous est apporté François Lange, qui nous apprend que le pasteur castelrennais était un grand esthète. Il était en effet un adepte des premières lunettes stéréoscopiques, qui lui permettaient d’admirer des nus artistiques qui fleurissaient alors dans le commerce spécialisé. Mieux, il s’intéressait aussi au « vérascope » avec lequel on pouvait faire de belles reproductions de documents anciens. (Photo François Lange)

mercredi 12 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE KITAB, Bernard Stabile

    


 

Ah le Kitab !  Mais dans le roman éponyme de Bernard Stabile (Art Palatium 2025), il ne s’agit pas du Necronomicon, mais du Kitab el-Quanoun el-Mukadess, le livre sacré de la Connaissance chez les Druzes. Un ouvrage convoité par une multitude d’acteurs dans les Terres d’Orient au XII ème siècle. On s’y perd entre Templiers, Francs, Chrétiens, Juifs, Mahométans, Druzes, Sarrasins, Ismaéliens, pour ne pas citer les Celtes qui survivent dans les forêts profondes des Terres du Nord. Le roman mettra en scène le Templier Roland et sa compagne, la belle Innana, chargés de protéger l’ouvrage sacré et de le mettre en pratique. On aura droit à une magnifique plongée initiatique, dans les arcanes de la Connaissance et de l’Amour Magique. Innana ne porte-t-elle pas le nom de la déesse des Druzes, figure légendaire qui se transformera en Marie et en incarnation sublime du Féminin Sacré. Le périple des deux amants est d’une grande richesse et nous conduit à goûter aux plaisirs du Jardin des Délices des Assassins, à l’ivresse qui se dégage des grandes bibliothèques et des scriptoriums cachés dans des abbayes, temples de l’érudition. On assistera au long cheminement qui conduit à la réalisation du grand œuvre alchimique, à la découverte des secrets du Sepher Yetsirah et à la naissance de la corporation des Compagnons Bâtisseurs, constructeurs des Cathédrales qui ne sont autres qu’un poème de Pierre à la gloire de la Femme Ultime.

Parallèlement, et de nos jours, le libanais Walid arrive à Chartres et se précipite dans la Cathédrale. Il est originaire de Jehline au Mont Liban, ville où avait jadis résidé Innana. Il a entendu parler d’un lourd secret, transmis par les Bâtisseurs. Mais je ne spoilerai pas la chute, magnifique. Le livre est bien écrit, avec une jolie couleur grâce au recours au vieux français et à la langue des oiseaux !

 

 


 

 

LES NOTES DU LABORATOIRE ODESIEN DE L’IMPOSSIBLE

 

KITĀB AL-QĀNŪN AL-MUQADDAS

(Le Livre de la Loi sacrée)

Statut : manuscrit apocryphe contemporain.

Origine supposée : Mont-Liban (tradition druze).

Première apparition connue : roman KITAB de Bernard Stabile.

Présentation

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas est présenté comme un manuscrit d'une antiquité exceptionnelle, jalousement conservé par certains initiés de la communauté druze. Selon le récit, il aurait été rédigé sur un support de peau humaine et renfermerait une doctrine capable de bouleverser les fondements des religions révélées.

Aucune source historique, archéologique ou philologique ne confirme cependant l'existence d'un tel ouvrage. Les recherches dans les catalogues de manuscrits arabes, les études sur la littérature druze et les grandes bibliographies orientalistes n'ont, à ce jour, livré aucune mention indépendante de cette dénomination.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas doit donc être considéré, dans l'état actuel des connaissances, comme une création littéraire moderne.

Analyse linguistique

Le titre est composé de trois mots arabes parfaitement authentiques :

Kitāb (كتاب)
: livre.

al-Qānūn (القانون)
: la loi, la règle, le canon.

al-Muqaddas (المقدّس)
: sacré.

Une traduction littérale donne :

Le Livre de la Loi sacrée

ou

Le Livre du Canon sacré.

La translittération utilisée dans le roman (El-Quanoun-El-Mukadess) évoque davantage les usages orientalistes français du XIXᵉ siècle que les normes scientifiques actuelles (DIN 31635 ou ALA-LC). Ce choix contribue à donner au titre une coloration ancienne et exotique.

Les Druzes

L'attribution du manuscrit aux Druzes participe clairement de cette stratégie narrative.

Cette communauté religieuse, née au XIᵉ siècle, possède effectivement des textes ésotériques réservés aux initiés, les Rasāʾil al-Ḥikma (« Épîtres de la Sagesse »). Leur accès est traditionnellement limité aux ʿuqqāl (« les sages »), tandis que les fidèles ordinaires (juhhāl) n'en connaissent que les principes généraux.

Ce caractère confidentiel a souvent nourri, depuis les Croisades, les spéculations occidentales. Les Druzes ont ainsi été associés, sans fondement historique solide, aux Templiers, aux Assassins, aux Ismaéliens ou encore à diverses traditions hermétiques.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas exploite manifestement cette réputation de discrétion.

Construction d'un grimoire fictif

Le procédé employé rappelle plusieurs ouvrages célèbres.

Livre

Auteur

Nature

Necronomicon

Lovecraft

Faux livre médiéval

Livre de Dzyan

Helena Blavatsky

Source théosophique mythique

Liber Ivonis

Robert Bloch

Faux grimoire lovecraftien

De Vermis Mysteriis

Robert Bloch

Faux traité démonologique

Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas

Bernard Stabile

Faux manuscrit oriental

On retrouve plusieurs constantes :

  • un titre dans une langue ancienne ;
  • une origine géographique difficilement vérifiable ;
  • une transmission initiatique ;
  • un contenu interdit ;
  • une disparition des exemplaires connus.

Ces éléments sont caractéristiques de la littérature ésotérique moderne.

Pourquoi ce titre est-il crédible ?

L'auteur semble avoir combiné plusieurs références culturelles.

Le mot Qānūn renvoie immédiatement, dans le monde islamique, au célèbre Canon de la médecine d'Avicenne (Kitāb al-Qānūn fī al-Ṭibb). Il évoque donc un texte faisant autorité.

Le terme Muqaddas appartient au vocabulaire religieux classique.

L'ensemble possède ainsi une vraisemblance linguistique suffisante pour convaincre un lecteur non arabisant.

Symbolique

Le livre devient moins un objet historique qu'un archétype.

Il représente :

  • la Tradition perdue ;
  • le savoir interdit ;
  • la révélation cachée ;
  • la mémoire des civilisations disparues.

Sous cet angle, il rejoint la famille des grands livres mythiques :

  • le Necronomicon ;
  • le Livre de Thot ;
  • les Tables d'Émeraude ;
  • le Livre de Dzyan ;
  • le Liber Mundi ;
  • le Livre d'Hénoch.

Appréciation critique

D'un point de vue philologique, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas ait jamais existé.

D'un point de vue littéraire, en revanche, sa construction est particulièrement habile. Bernard Stabile mobilise des éléments réels (la langue arabe, les Druzes, le prestige du mot Qānūn) pour produire un objet fictif doté d'une forte crédibilité. Cette technique s'inscrit dans une tradition inaugurée par les grands auteurs de fantastique érudit, qui consiste à créer un manuscrit imaginaire si vraisemblable qu'il semble avoir traversé les siècles.

 

 


 

 

***

INNANA

 

Qui est Inanna ?

Inanna est une déesse aux multiples visages. Elle incarne simultanément :

  • l'amour et la sexualité ;
  • la fécondité (mais paradoxalement, elle n'est pas une déesse maternelle) ;
  • la guerre et la victoire ;
  • la royauté sacrée ;
  • l'étoile du matin et du soir, c'est-à-dire la planète Vénus.

Cette réunion des contraires est caractéristique de sa personnalité. Elle peut apporter la vie, l'amour et la prospérité, mais aussi la destruction, la folie ou la guerre.

Son nom

Le nom Inanna signifie probablement :

« Dame du Ciel »

(en sumérien NIN.AN.NA).

Chez les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens, elle devient Ishtar, sans perdre ses attributs essentiels.

Les grands mythes

La Descente aux Enfers

C'est probablement son récit le plus célèbre.

Inanna décide de descendre dans le royaume des morts gouverné par sa sœur, Ereshkigal.

À chacune des sept portes des Enfers, elle doit abandonner un de ses emblèmes :

  • sa couronne,
  • son collier,
  • ses bijoux,
  • ses vêtements,
  • etc.

Elle arrive nue devant sa sœur.

Ereshkigal la fait tuer et suspendre à un crochet.

Pendant trois jours, la vie sur Terre semble s'arrêter.

Grâce à l'intervention du dieu de la sagesse Enki, Inanna est ressuscitée.

Mais une loi des Enfers exige qu'elle fournisse un remplaçant.

Elle choisit alors son époux, Dumuzi, qui devra passer une partie de l'année aux Enfers.

On retrouve ici un thème qui annonce de nombreux mythes ultérieurs : mort, résurrection et alternance saisonnière.

Le mariage sacré

Inanna s'unit rituellement à Dumuzi.

Ce mariage symbolise :

  • la fertilité de la terre ;
  • la prospérité du royaume ;
  • la légitimité du roi.

Dans plusieurs cités sumériennes, le souverain jouait le rôle de Dumuzi lors d'une cérémonie annuelle.

Le vol des "Me"

Les Me sont des pouvoirs divins représentant tous les fondements de la civilisation :

  • royauté,
  • écriture,
  • artisanat,
  • musique,
  • justice,
  • sexualité,
  • guerre,
  • etc.

Inanna les obtient d'Enki, parfois par ruse, parfois après l'avoir enivré.

Grâce à eux, la civilisation est transférée à Uruk.

Une déesse de paradoxes

Elle est à la fois :

Aspect

Signification

Prostituée sacrée

Sexualité divine

Vierge

Indépendance

Guerrière

Violence sacrée

Reine

Pouvoir politique

Astre

Cosmologie

Magicienne

Transformation

Cette accumulation de fonctions est exceptionnelle dans l'Antiquité.

Son symbole

On lui associe notamment :

  • l'étoile à huit branches ;
  • le lion ;
  • la planète Vénus ;
  • le roseau et le faisceau royal.

Le lion devient progressivement l'un de ses attributs favoris, annonçant déjà l'iconographie d'Ishtar.

Influence sur les religions ultérieures

Les spécialistes restent prudents, mais plusieurs motifs d'Inanna ont eu une très longue postérité :

  • la descente au royaume des morts ;
  • la mort suivie d'un retour à la vie ;
  • le dieu ou la déesse qui assure le retour de la fertilité ;
  • la planète Vénus comme symbole religieux.

On retrouve des échos de ces thèmes dans les mythologies syriennes, cananéennes, grecques (notamment avec Aphrodite pour certains aspects et Perséphone pour d'autres), puis dans de nombreuses traditions ésotériques modernes.

Pour les chercheurs de l'ésotérisme

Inanna est souvent considérée comme une figure archétypale de la Grande Déesse, mais cette lecture est largement moderne. Les textes mésopotamiens présentent avant tout une divinité complexe, ambivalente et profondément enracinée dans la religion sumérienne, plutôt qu'une déesse-mère universelle.

 


 

vendredi 7 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : CINQ DÉTOURS VERS L'ABÎME, Jean-François Morlaes


  

Jean-François Morlaes est inépuisable, et il nous donne cette fois Cinq Détours vers l’Abîme (autoédition 2026, toujours sous la marque fantôme de « Hegemonic Entertainment »).

 

 


 

Le recueil s’ouvre sur Das Herz, der Zeit – 1870, mettant en scène Karl Steiner, horloger chargé de réparer la superbe horloge astronomique de Prague qui a de curieux ratés. Il est le descendant de Jakob Steiner qui avait conçu le carillon au XIVe siècle. En démontant l’objet, il tombe sur un petit coffret rempli de pièces métalliques et d’un livret où son aïeul explique que si on les ajoute au montage, elles permettent d’abolir le temps et de créer des ponts entre les époques. Il ne résistera pas à la tentation et insérera lesdits mécanismes lors du remontage de l’horloge. Des phénomènes étranges se produisent alors, et il est capable de franchir les interstices temporels et même de rencontrer Jakob. Las, il perdra conscience en revivant sa naissance alors que les yeux rouges d’un molosse l’observent. Beau clin d’œil aux Chiens de Tindalos !

 


 

Le Cabinet de curiosité du Dr Vandermeer – 1895 nous conduit cette fois à Amsterdam chez un docteur en médecine, professeur à l’université d’Amsterdam. Il collectionne, dans des bocaux, des « ratés biologiques » que la nature produit parfois (fœtus mal formés, organes hypertrophiés..). Il reçoit un jour un gros colis en provenance de la veuve d’un de ses collègues décédé, le Dr Cornelius Van Dijk, qui lui suggérait de poursuivre ses recherches après sa disparition. Le paquet contenait sept bocaux et un livre, L’Anatomie Primordiale du Dr Adriaen de Vries, exerçant la chirurgie à Amsterdam durant les années 1650. Les bocaux renferment des fragments de monstruosités, mi-humaines, mi-marines, qui semblent témoigner d’une régression. Le Dr Vandermeer analyse ses échantillons et découvre des cristaux translucides que le manuscrit qualifie de « pierres dans la chair ». Van Dijk en déduit qu’ils témoignent d’une hérédité remontant bien au-delà de l’humanité. Le professeur fait des rêves étranges et voit son corps se modifier : apparition d’un 6 -ème doigt, entailles dans le cou… Il reçoit alors la visite d’un mystérieux Willem Hoekstra qui lui dit qu’il n’est pas le seul à « se transformer ». Il l’invite à une réunion de ces autres personnes dans les sous-sols de docks délabrés. Au centre de l’espace se trouve un grand bassin qui communique avec la mer. Plusieurs de ses « frères » s’ébattent dans l’eau et attendent la fin de leur transformation pour disparaître dans les profondeurs marines. Vadermeer sait que son tour viendra bientôt. Un bel hommage à nos amis Les Profonds.

 


 

 Un petit retour à Arkham est toujours apprécié. Avec La chèvre-1926, l’auteur met en scène le brillant botaniste Edmund Dole, spécialiste reconnu des mycoses forestières et autres pathologies végétales. L’université de Miskatonic a fait appel à son expertise, suite à une prolifération anormale de champignons noirs dans les bois de Sentinel Hill. Il fait une première visite des lieux, accompagné par un guide local. Le spectacle est affolant, des formations gélatineuses envahissent l’endroit, les arbres évoquent la chair plutôt que le bois, des structures inquiétantes sont dotées de ce qui ressemble à des yeux. Le guide explique au savant que des choses vivaient ici quand le monde était jeune. L’analyse en laboratoire met en évidence des colonies de spores qui bougent et la culture des prélèvements produit des excroissances, ni fongiques ni végétales, mais plutôt animales. Le chercheur exhume de la bibliothèque un vieux manuscrit, Le Sylva Tenebris de Ezekiel Marsh (1692), qui parle d’une entité adorée dans la forêt, Shub Niggurath, la Chèvre Noire des Bois, force de fertilité obscène. Un certain Josiah Walte avait tenté de prononcer un contre-rituel, pour chasser la monstruosité appelée par les cultistes. Edmund Dole fait des recherches dans les registres d’état civil et identifie un descendant de Josiah, Ezra Walte, vivant dans une ferme isolée de Sentinel Hill. Lors de leur rencontre, Erza raconte qu’il est le dernier des veilleurs, entretenant les pierres de scellement, pour éviter que la créature ne revienne. Mais les fissures se multiplient. Le botaniste fait des recherches dans les archives familiales et découvre que son aïeul, qui était de la région, parle dans son journal de « floraison impie » et de la Chèvre Noire, la Mère des Forêts. Il est victime de rêves étranges, et son corps se modifie rapidement, de l’écorce se formant sur sa peau. Il se précipite chez Ezra qui lui apprend qu’une évocation doit avoir lieu là où se trouvent sept pierres levées. Ils se rendent sur place ; la cérémonie a déjà débuté, réunissant plusieurs notabilités d’Arkham. Mais les contre-rituels d’Erza ne sont pas assez puissants, et un tentacule frappe le Professeur. Il tombe en extase en devenant chevreau, appelé à bientôt se repaitre aux mamelles purulentes de sa Mère. 

 


 

Avec Patient 347- 1954, nous restons à Arkham et plus précisément dans le Sanatorium de la ville, en compagnie du jeune Docteur Jonathan Wheeler. Il vient d’être chargé de la surveillance du patient 347 qui souffre d’une étrange phobie, la peur des angles. Il est enfermé dans une cellule en forme de bulle, sans aucun angle. Le contact, par interphone interposé, finira par être établi avec le médecin qui recueillera, progressivement, son histoire. Il était aviateur durant la seconde guerre mondiale et sera abattu par l’armée allemande. Il survivra au crash et se réfugiera dans une grotte pour échapper aux ennemis qui le cherchent. Et il fera dans les entrailles de la terre une curieuse expérience, poursuivi par d ’énormes chiens qui semblent se glisser entre les dimensions, « l’entre temps ». Terrifié, il cherchera une sortie et sera récupéré par les alliés dans la forêt. Sa phobie ne cesse de s’aggraver, d’où son internement au Sanatorium dans une cellule « sans angles » confectionnée spécialement pour lui. Le Dr Wheeler est perturbé par ses récits et commence lui-même à faire d’étranges rêves et à redouter les angles dans son appartement. Un jour, le gardien fermera mal la porte de la cellule, laissant entrevoir des lignes droites. On retrouvera le malade affreusement déchiqueté.  Le praticien sait qu’il a été marqué par les monstres intemporels et qu’il sera leur prochaine victime. Le terme de « Tindalos » n’est pas cité dans la nouvelle, mais on aura aisément reconnu les créatures de F.B. Long !

 

 


 

Ce recueil se termine avec un détour par la science-fiction, sous le titre Europa-2188. Elara Vassiliev commande le vaisseau Pelagius qui a pour mission d’étudier le satellite de Jupiter, Europe, un océan gigantesque recouvert de glace.  Un robot, Triton-3, est largué et commence le forage. De façon curieuse, il transmet des sons qui ressemblent à des pulsations. La commandante fait des rêves étranges où, dans la profondeur de la mer, elle voit sept piliers noirs. Plusieurs membres de son équipage font des songes identiques. Le robot, ayant terminé son forage, plonge dans une eau très claire où il n’y a rien. Mais de façon curieuse, le liquide est de plus en plus chaud au fur et à mesure que l’automate s’enfonce. Sept piliers gigantesques apparaissent à 60 km, organisés en heptagone régulier dont les dimensions obéissent au nombre d’or. Le fond est atteint à 90 km et le sol n’est pas minéral, mais ressemble à la peau d’une créature aux dimensions titanesques, avec des pores gigantesques qui s’agitent. Tout l’équipage est la proie de rêves terrifiants et un tentacule commence à prendre forme. Ordre est donné de faire remonter le robot, mais il sera détruit par la créature monstrueuse. On a réveillé un Dieu ! Le vaisseau tente de fuir alors que les tentacules se multiplient et qu’une énormité fait surface. Elara Vassiliev sait que le vaisseau va être détruit. Ses dernières pensées vont à la créature : « Elle est belle ; j’ai l’absurde satisfaction de mourir en ayant contemplé la plus magnifique des créations de Dieu. » Un très beau texte, peut être un des meilleurs de toute la production de Morlaes que j’ai dévorée.

mardi 4 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : QUATRE ÉCHOS DE L'INDICIBLE, Jean-François Morlaes

  


Jean-François Morlaes continue de nous ouvrir les « Miskatonic Archives » avec Quatre Échos de L’Indicible (autoédition 2025, toujours sous la marque fantôme de « Hegemonic Entertainment »).

 

 


 

Avec Le Codex – 1458, nous sommes cette fois dans la Cité des Doges où seize membres de la haute aristocratie vénitienne disparaissent en mai 1458. Marco Convaro, archiviste au Conseil des Dix (tribunal secret et service de renseignements de la République) est chargé de l’enquête. Cela le conduira sur la piste de Giovanni Aldus, relieur réputé, membre du Consortium des Libraires de l’Orient. Il avait été chargé par l’un des disparus, moyennant une rémunération très généreuse, de restaurer un vieux Codex, et ce, en prenant une foultitude de précautions. L’enquêteur ne retrouvera pas la trace de l’artisan.

Mais rencontrera plusieurs personnalités civiles et religieuses à qui il avait parlé de son travail sur le codex. Un manuscrit écrit en langues anciennes, orné de nombreux symboles, et semblant doté d’étranges pouvoirs. Yog-Sothoth y était cité, tout comme étaient évoqués des connaissances antérieures à l’humanité. Poursuivant ses recherches dans les Archives Secrètes du Conseil, Marco découvrira que le Consortium est une société secrète, une conspiration des Paléologues[1], visant à reprendre Byzance, tombée sous la coupe des Ottomans à Constantinople. Le livre, estiment-ils, devrait leur permettre de restaurer l’ordre d’origine. Mais ce qu’il recèle est bien plus puissant que ce qui pourrait concerner la géopolitique humaine, et de nombreuses villes, où se sont rendus les conspirateurs, disparaissent dans des circonstances atroces. Le but des esprits qui jaillissent de l’ouvrage est de transformer la Méditerranée en un chantier cyclopéen où l’humanité n’est plus que le bétail d’intelligences cosmiques indifférentes à nos prières comme à nos souffrances. 

 

 


 

Dans Daedalus – 1925, l’auteur nous emmène sur l’île de Cnossos, sur un chantier de fouilles sous un palais minoen. Un récit d’archéologie fantastique comme on en a lu beaucoup !  Le savant, le Dr Edmund Hartwell, découvre une dalle qui donne accès à toute une série de galeries. On retrouve bien sûr les symboles mystérieux sur les murs et le sentiment oppressant d’une créature maléfique tapie dans l’ombre. Et on fera connaissance avec Yath’Thérhon, le monstrueux taureau primordial, qui avale ses victimes qui tombent en extase et qui semblent continuer à vivre après avoir été ingérées. L’archéologue aura tout loisir de goûter à ces délices ! Et une entrée de plus dans notre Bestiaire Post-Lovecraftien.

 


 

 Avec Sous les glaciers de l’Éternité – 1928, Jean-François Morlaes nous propose un pastiche – assez téléphoné- des Montagnes Hallucinées. Un alpiniste, Klaus Heinrich Brenner, s’attaque seul, malgré les mises en garde de ses guides, à la face la plus difficile du Mont Cervin. Et de tomber dans un ravin dont il ne peut s’extirper. Mais il découvre l’entrée d’un tunnel bleuté dans lequel il s’engouffre et débouche sur une colossale cité enfouie. Architectures non euclidiennes, symboles étranges, bibliothèques insensées…. et le sentiment d’une présence diffuse. Il rencontrera dans un temple gigantesque un géant encore en vie qui se précipite sur lui. Ses hurlements attireront d’autres condisciples, tout aussi affamés que leur maître, et notre alpiniste cherchera désespérément une sortie alors que ses poursuivants se rapprochent.

 


 

Belle surprise que la dernière nouvelle de ce recueil. Avec Midnight at the Hangman’s Oak-1931, nous sommes transportés en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, en compagnie du sympathique trompettiste Lucius Thibobaux. Lucky, comme l’appellent ses amis, est un musicien noir vit chichement dans sa petite maison créole. Il consulte fréquemment le petit carnet que lui a laissé sa grand-mère avant de mourir. Elle était guérisseuse, et le document est rempli de recettes pour fabriquer maintes médications à partir des simples. Mais il évoque aussi des choses étranges, comme « le sang se réveille parfois », « les anciens chemins », le tout accompagné de formules magiques qu’il interprète comme étant de tradition vaudou (le nom de Yog Sothoth est cité). La vie paisible de Lucky basculera avec l’arrivée d’un nouveau shérif, bien décidé à « casser du nègre ». Le musicien est accusé, à tort, de s’être mal comporté avec une femme blanche et devra s’enfuir pour échapper aux « ratonnades » qui se multiplient. Il se réfugie dans les bayous, au pied de l’arbre-mémoire où sa grand-mère allait évoquer les esprits. Mais la police le retrouve et prépare sa pendaison. Lucky récite de façon quasi-automatique les rituels du carnet qu’il avait enregistrés inconsciemment. Et la nature se déchaîne, d’horribles créatures ailées font irruption, les « Gwo Zwazo », mettant en pièces les forces de l’ordre. Seul survivant du carnage, Lucky voit les entités maudites s’approcher de lui pour terminer leur festin.



[1] Dernière dynastie impériale byzantine.

samedi 1 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : TROIS PORTES VERS L'INNOMMABLE, Jean-François Morlaes


  

Avec Trois Portes vers l’Innommable, J.F Morlaes nous livre le premier tome des « Miskatonic Archives. C’est une autoédition (2025) mais qui porte le label de « Hegemonic Entertainement » qui serait un gage de qualité pour l’édition indépendante. Je ne connais pas personnellement (cf note).

 


 

La première nouvelle, Le parfumeur – 1809, met en scène Théophile Guérin, un ex anatomiste qui s’est mis en tête de distiller le rêve. Et de mettre au point un parfum, « l’émanation 13 », avec comme matière première des cervelets prélevés de façon douteuse. Le succès est au rendez-vous et ses cobayes relatent des visions effrayantes, répétant comme en leit-motif « ouvrir la porte ». Il cherche dans des livres sulfureux comme le Kitab -al-Nawm ou le Liver Ivonis le sens à donner à ces rapports incompréhensibles, guidé par un mystérieux Comte de Saint-Germier. Il testera sur lui-même le produit et découvrira que le poison permet d’ouvrir la Porte et de libérer Yog-Sothoth. Le Comte est rejoint par la Comtesse Elisabetha d’Erlette, tous deux membres d’une secte qui cherche désespérément à faire revenir la créature maudite. Les notes du savant fou seront retrouvées en 1928 par le Dr Wilmarth, à l’université de Miskatonic. Celui-ci effectuait en effet des recherches sur la neurologie du sommeil. Le Dr Armitage le mettra sévèrement en garde et lui reprendra le dossier pour l’enfermer dans le fonds spécial de la bibliothèque.

 


 

Dans Le Théâtre des Abîmes-1857, l’auteur met en scène Ezekiel Thorne, directeur d’un théâtre bas de gamme dans le quartier de Whitechapel à Londres. La salle est en décrépitude, les spectacles flirtent avec le romantisme noir de la décadence, joués par des artistes miséreux, mais appréciés par un public clairsemé. L’entreprise croûle sous les dettes et les créanciers se font menaçants. Dans le cadre de la succession de son grand-oncle, Augustus Thorne, conservateur à la section des manuscrits interdits au British Museum, il hérite d’une vieille malle dans laquelle se trouve un manuscrit écrit en langues anciennes et illustré de symboles déroutants. Il se rend compte qu’il s’agit d’une pièce de théâtre, mettant en scène de curieux rituels. Pour relancer son affaire, il décide de monter le spectacle, aidé par un certain Alistair Winthrop, antiquaire et occultiste, ami de son feu parent. Il est d’autant plus sensible à cette aide qu’elle s’accompagne d’un financement substantiel, à titre de mécénat.  Ce bienfaiteur avait du reste accompagné grand-oncle dans les déserts d’Arabie, à la recherche de la cité d’Irem, et découvert des tablettes d’argile mentionnant le Naâb-Kléros. Des phénomènes étranges se dérouleront pendant le montage du spectacle, alors que le Directeur fait des rêves inquiétants. La représentation finale fera salle comble et les créatures du dehors exigeront son sang avant le tomber de rideaux.

 


 

Avec Le Tisseur de R’lyeh – 1920 nous sommes à Glascow, à l’atelier des tisserands Mac Leod. Une profession inscrite dans une longue tradition familiale qui produit, à côté des tissus traditionnels, des étoffes contenant des fils mystérieux, aux étranges propriétés. Ces pièces sont particulièrement recherchées par des occultistes, poètes et autres romantiques. Elles suscitent des rêves extraordinaires, où il est question d’une porte donnant sur des mondes fascinants. Le grand père a disparu et il est déconseillé d’en parler en famille.  Le père, quant à lui, partira un soir et on ne le reverra plus. Le jeune Alasdair prend la succession et poursuit les fabrications familiales, sous l’œil soupçonneux du voisinage. Il trouve les fibres étranges, le matin, sous son oreiller. Il sera contacté par un certain Roderick Mc Tavish qui possède un manoir sur une île déserte des Hébrides. Il l’invite et lui présente un extraordinaire métier à tisser, capable de fabriquer la Porte entre les Mondes et de libérer le grand Cthulhu qui rêve dans la cité de R’lyeh. Méfiant, Alasdair quitte le manoir et s’installe sur l’île de Mull. Mais il ne peut s’empêcher de reprendre le travail sur les fils de rêve, finissant par reconstituer le passage entre les Mondes. La chute se devine aisément !

Trois petites nouvelles qui se lisent agréablement et qui montrent – s’il en était besoin – que le Mythe peut s’inscrire dans de nombreux contextes. Cela dit, Jean-François Morlaes n’utilise que le « grand classique » du canon lovecraftien, à savoir la mise en contact avec les Entités Extérieures, sans trop connaître du reste les motivations exactes des opérateurs. Attendons la suite.

 

Livres :

Sont évoqués le Kital-al-Nawn, le Liver Ivonis, l

 

Créatures

Le Naâb-Kléros, Yog-Sothoth, Cthulhu.

 

Hegemonic Entertainment : marque éditoriale privée aujourd'hui disparue, utilisée par certains auteurs autoédités dans les années 2010-2020 afin de mettre en avant une démarche de qualité. Aucune preuve n'a été retrouvée de l'existence d'un organisme indépendant délivrant ce label.