Conan Doyle et les Polaires, Bulletin des Polaires
no 2/2 1931(suites dans 3/2 1931, 5/2 1931,
6/2 1932, 8/2 1931, 11/02 1931,10/2 1931, 12/2 1931)
Conan Doyle s’est éteint le 7 juillet 1930. Le 22 mai
1931, à l’instigation du secrétaire du Mémorial C.D., M ; Bradbrook, s’est
tenue une réunion à Londres, afin d’ évoquer
le disparu. Participaient à cette manifestation la veuve et les deux fils de l’écrivain.
Étaient également présents plusieurs membres de la Fraternité des Polaires,
dont Zam Bothiva, auteur de Asia Mysteriosa. La transcription a été
publiée dans le bulletin du groupe, une société discrète dont le but est la
recherche du Bien. La lutte contre le Mal fait appel à la prière notamment pour
tenter d’éviter la guerre qui se profile à l’horizon. Une technique qui n’est
pas sans rappeler celle de Dion Fortune en
son temps.
La connexion avec le défunt sera laborieuse au début,
Conan Doyle n’étant pas encore libéré de toutes ses « coques astrales »
qui l’empêchent de prendre totalement son essor vers la félicité. En d’autres
termes, lorsqu’on réintègre le Plan Suprême, on perd sa personnalité, on rentre
dans la Conscience Impersonnelle, dans l’Essence Créatrice appelée Dieu. Mais
subsiste dans le processus la responsabilité personnelle de l’homme et l’une
des premières choses qu’il découvre lorsqu’il quitte son corps physique, c’est
le monde de sa propre pensée. C’est à un véritable cours de spiritisme auquel
on assistera au fil des numéros du Bulletin, les transcripteurs ne conservant
que les propos de « doctrine » en passant sous silence les éléments
plus personnels (propos destinés à sa femme et à ses enfants ». Il est
précisé que le but de ces entretiens est d’obtenir de Conan Doyle la preuve d’une
existence après la mort.
Et de fait, Conan Dolyle
s’est fortement impliqué dans le spiritualisme.
On a du reste coutume de dire que Conan Doyle passa une trentaine d’années dans
l’occulte. C’est là une des grandes contradictions de l’auteur qui, de prime
abord, affiche un « matérialisme cosmique » que ne renierait pas
Lovecraft. Ne fait-il pas dire à Challenger dans La Ceinture Empoisonnée (1913) :
« Pour lui, l’homme n’est qu’un « simple accident dans le
processus ». C’est comme si l’écume sur la surface de la mer s’imaginait
que l’océan était créé pour la produire et la maintenir ; ou comme si une
souris dans une cathédrale croyait que la cathédrale avait été édifiée pour lui
servir de résidence. »
Malgré son agnosticisme et son grand
scepticisme, l’écrivain était pourtant torturé par les choses de l’esprit. Il
fera deux passages en Franc-Maçonnerie. En 1887, il est nommé maître maçon à la
Phoenix Lodge qu’il quittera en 1889, puis participe de 1902 à 1911 à la loge
Mary’s Chapel.
Mais sa véritable
« préoccupation » reste « la vie dans l’au-delà ». Conan
Doyle pratique activement le spiritisme
chez le Général Drayson entre 1885 et 1888, écrit en 1885 The Great Keinplatz Experiment, sur le thème du mesmérisme et des
expériences sur le corps astral, adhère en 1891 à la Société de Recherches
Psychiques, écrit en 1921 The wanderings
of a spiritualist, ouvre une librairie « The Psychic Bookshop »
dans le Strand en 1925, publie en 1926 L’Histoire du Spiritualisme. Il traduira également en 1924 l’ouvrage de Léon
Denis sur Jeanne d’Arc. Rappelons que Léon Denis (né à Foug,
le 1er janvier 1846,
décédé à Tours, le 12 avril 1927)
fut un philosophe spirite et, aux
côtés de Gabriel Delanne
et Camille Flammarion,
un des principaux continuateurs du spiritisme
après le décès d'Allan Kardec. Il
fit des conférences à travers toute l'Europe dans des congrès internationaux spirites et spiritualistes,
défendant activement l'idée de la survie de l'âme
et ses conséquences dans le domaine de l'éthique dans les relations humaines (wiki).
La sensibilité de Doyle à « l’autre
monde » s’explique peut-être parce qu’il avait été profondément affecté
par de nombreux décès familiaux (épouse, enfants, jeune frère, tous foudroyés
notamment par la pneumonie). Il fera du Pr Challenger un adepte du monde des
esprits dans sa dernière aventure (1928, Quand
la terre hurla).
Sa seconde femme l’accompagnera dans ses
aventures psychiques, d’autant qu’elle semblait avoir des prédispositions en la
matière. Lauric Guillaud rapporte :
Le 10 décembre 1922, Jean, l’épouse de
Doyle, entre en contact par transes avec un esprit du nom de Pheneas, un scribe
chaldéen qui aurait vécu trois mille ans av. J.-C. Ce « guide spirituel »
révèle les détails de l’avenir atlantidien du monde moderne. L’humanité
sombrerait « dans un abîme de mal et de matérialisme » et des milliers
d’esprits malins se préparaient à « causer
tremblements de terre et raz-de-marée ». Il appartient à l’Angleterre d’être « le phare de ce monde de ténèbres », « centre
vers lequel se tournera le monde entier ». Le message de Pheneas correspond ainsi
à celui que livre « La Ceinture empoisonnée », d’autant que Doyle évoque un gaz
mortel qui envahirait la terre, mais contre lequel les Élus (les spirites),
seraient immunisés, ce qui leur permettrait d’inaugurer un nouvel ordre
spirituel. Manifestement, Conan Doyle prend les
révélations de Pheneas pour argent comptant (LG).
On lui doit également une contribution
sur les « fées de Cottingley » et plus généralement sur l’existence
du « Petit Peuple ». L’affaire
des fées de Cottingley, fait référence à une célèbre série de cinq
photographies prises au début du XXe siècle
par Elsie Wright et Frances Griffiths, deux jeunes cousines qui vivent à Cottingley,
près de Bradford,
dans la région du Yorkshire en Angleterre. Elles montrent les deux filles en compagnie de fées et d’autres
créatures du petit peuple. En 1917, lorsque les deux
premières photos sont prises, Elsie est âgée de 16 ans et Frances de 10.
Ces photos attirent l'attention de Arthur Conan Doyle, qui s'en sert pour
illustrer plusieurs articles sur le sujet ainsi qu'un livre, The Coming of
the Fairies. Il avait été en effet chargé d'écrire sur le sujet dans
l’édition du Strand Magazine pour Noël 1920. Conan Doyle,
qui est spiritualiste, se montre
enthousiasmé par les photographies et les interprète comme une preuve concrète
de la réalité des phénomènes psychiques. La réaction du public est plus mitigée,
certains pensent que les images sont authentiques, d'autres estiment qu'elles
sont truquées (wiki).