Chez le Bibliothècaire

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mardi 24 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE NECRONOMICON, J.V. Shea





Le Necronomicon (1936/37 env, James Vernon Shea, in Dragon & Microchips no 14, 1998).  L’auteur était un lovecraftien passionné qui nous propose un texte, revu par Lovecraft, qui restera longtemps « sous les radars ». Il n’a jamais été publié et c’est Jean-Louis Sarro qui nous en a remis une copie dactylographiée que nous avons punlié, sous une traduction de Christophe Thill, dans D&M. L’éminent lovecraftien Dan Clore le reprendra sur son site internet.
La nouvelle met en scène Lovecraft, sous le nom d’Edward Stowescroft, alors âgé de 46 ans. C’est un gentilhomme cultivé, doté de vastes connaissances, qui vit avec sa tante après un divorce à l’amiable. Il a une rigueur très « militariste », un penchant pour l’idéologie fasciste, entretient une incroyable correspondance et écrit sur des sujets flirtant avec la magie noire. Le Necronomicon a été son invention la plus réussie. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, son auteur n’en plaisantait jamais, eu égard aux circonstances de sa création.
L’idée de ce livre lui était venue dans des circonstances qui avaient hanté sa mémoire pour toujours par la suite. Toute sa vie, il avait été sujet aux cauchemars les plus effrayants ; en fait, plusieurs de ses rêves les plus frappants lui avaient fourni des idées pour ses histoires. Une nuit, il avait rêvé, et savait qu’il rêvait, et pourtant la conscience d’être assoupi ne le tira pas de son sommeil, contrairement à ce qui se passe presque toujours. Son rêve était si terrifiant qu’il lutta pour se réfugier dans l’éveil et s’aperçut qu’il ne le pouvait pas. D’une certaine façon, il sut que s’il ne se réveillait pas immédiatement, il n’y aurait plus d’Edward Stowescroft pour regagner le monde des vivants. Le côté militaire de sa nature ne voulait pas tolérer une capitulation aussi abjecte ; et, à force de tentatives acharnées, il parvint à se libérer – pour se retrouver, non dans son lit, mais dans un cimetière abandonné de Providence, auprès d’une tombe dont les pierres qui s’effritaient donnaient l’impression d’avoir été récemment remuées. Et dans son esprit se trouvait, ineffaçable, l’idée du livre, et même son nom. Il s’en était emparé pour ses histoires, car une grande partie de la réussite d’un conte fantastique dépend du choix de symboles frappants au nom sinistre, comme Bethmoora que fuient les lions chez Dunsany, comme le Signe Jaune de Chambers, comme les lettres[1] Aklo de Machen – mais il dut s’avouer à lui-même que cette appropriation le mettait un peu mal à l’aise.
… ce livre était connu de son grand-père, et son grand-père, après en avoir parlé à voix basse, avait fait le signe de la croix.
… Était-il possible que le livre existe réellement quelque part, et que par une forme mystérieuse de communication, il en ait eu connaissance dans ses cauchemars ? Et, en admettant cette hypothèse invraisemblable, comment pourrait-il le trouver et en exorciser les maléfices ?

Lovecraft utilisera cet ouvrage dans nombre de ses nouvelles alors que ses amis et correspondants se l’approprieront dans leurs propres œuvres, toutes publiées pour l’essentiel dans un pulp bon marché. Un jour cependant, l’auteur fit passer dans la dite revue une note demandant à toutes ses relations de cesser d’utiliser le livre maudit. Panique dans les rangs du « Circle » qui amènera l’un des ses membres, Lounger Jr (lire F.B. Long) à rendre visite à l’Ermite. Il retrouvera un vieil homme, persuadé de sa fin prochaine, qui lui déclarera :
J’ai acquis la conviction que le Necronomicon est plus réel que je ne l’avais supposé. Mais comment est-ce possible ? c’est comme si Cervantès était hanté par le fantôme de Don Quichotte. Cependant, si je devais accorder foi au Yoga et à toutes ces absurdités extrême-orientales, je pourrais croire que la mention répétée du Necronomicon a créé bien plus qu’une simple image mentale. Les Yogas enseignent qu’à force de concentration, bien des choses peuvent acquérir une forme solide.
Troublé et décidé d’en avoir le cœur net, il ira consulter un prêtre à l’église de Federal Hill et tracera dans sa chambre un cercle, avec à proximité de main un rosaire, un flacon d’eau bénite et un pistolet. Il évoquera Nyarlathotep qui commencera à prendre forme malgré son imprécation : Va t’en, c’est moi qui t’ai imaginé !
Suite au bruit d’un coup de feu, sa tante se précipitera dans sa chambre ; elle ne retrouvera que les vêtements de l’écrivain, son corps ayant disparu. 




[1] Annotation de HPL : « rituels ? » (en fait il s’agit bien des lettres Aklo ; cf Arthur Machen, Le Peuple blanc)

lundi 23 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : MANUSCRIT TROUVE DANS UNE MAISON DESERTE, Robert Bloch





Robert Bloch continue dans la fiction lovecraftienne avec Manuscrit trouvé dans une maison abandonnée (Notebook found in a deserted house in Weird Tales, 1951), de façon peu convaincante cette fois. Il est question d’un petit orphelin, Willie Osborne, qui vit au fond de la forêt avec sa vieille grande mère, puis chez son oncle et sa tante au décès de celle-ci. Il n’est jamais sorti de son « trou » qui n’a qu’une seule visite, une fois par semaine, celle du facteur. La forêt est bien évidemment maudite, hantée par une créature malfaisante qui laisse d’étranges empreintes de sabots de chèvre. Il cherche à se renseigner dans un vieil ouvrage de sa tante, Mythologie, et en arrive à la conclusion qu’il existerait peut-être un culte de Druides, venus en Amérique, opérant de sanglants sacrifices. La visite de son cousin Osborne est annoncée, mais l’oncle chargé d’aller le récupérer à la gare disparaît alors que la tante est enlevée. Le cousin finit par arriver, mais sa conduite est bizarre et le petit garçon terrifié s’enfuit la nuit (de la Toussaint) avec le facteur et tombe en sur une messe noire où il entend prononcer le nom de shoggoth. Il (re) s’enfuit et se barricade dans la maison alors que le cousin Osborne essaye de défoncer la porte pour l’emmener ? On ne retrouvera que les notes du gamin.
Joshi n’hésite pas à qualifier ce texte de grotesque !

dimanche 22 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'OMBRE DU CLOCHER, Robert Bloch






Lovecraft et Robert Bloch aimaient se « trucider » par fiction interposée. Avec L’Ombre du Clocher (The Shadow from the Steeple in Weird Tales 1950), Bloch poursuit la nouvelle de Lovecraft, Celui qui hantait les Ténèbres (cf 1935) et reprend d’enquête sur la mort de Blake. Son ami, Edmund Fiske, pense que Lovecraft n’a pas tout dit dans sa nouvelle et que la secte de la Sagesse Etoilée de Federal Hill n’a pas livré tous ses secrets. Quid des dernières déclarations de Blake ? N’est ce pas une Réincarnation de Nyarlathotep qui prit dans le Khem antique et ténébreux l’apparence d’un homme ? Et pourquoi le Dr Dexter, une relation de Lovecraft, a-t-il pris le coffret asymétrique - contenant un « Trapézoèdre étincelant » - découvert dans l’église de Federal Hill pour le jeter dans la baie de Narragansett ? Fiske décide de se rendre en 1937 à Providence, mais Lovecraft vient de mourir. L’église, siège de la secte, a été détruite et il ne trouve aucune trace du Dr Dexter. Le temps passe et il remarque un jour par hasard le nom de Dexter, dans des revues scientifiques traitant de physique nucléaire. Il lui écrit en vain et va recourir aux services d’un détective privé pour le retrouver. Averti du retour de Dexter à Providence, il se précipitera pour lui rendre visite. Il sera reçu par un homme distingué et affable qui accepte volontiers de répondre à ses questions. La pièce est violemment éclairée car il ne supporte pas l’obscurité. Fiske remarquera dans la bibliothèque du médecin des ouvrages comme le De Vermis Mysteriis, le Liver Ivonis et le Necronomicon dans sa version espagnole de 1622. Dexter admet les avoir subtilisés dans l’église de Federal Hill, avec le coffret dont l’ouverture avait déclenché la libération de la créature maléfique qui rendit fou Blake. Dexter semble pressé de mettre fin à l’entretien et esquive les questions sur la physique nucléaire. De plus en plus pressant, Fiske commence à insinuer que la créature maudite – Nyarlathotep- a pris contrôle de son esprit et le pousse dans des recherches néfastes pour l’humanité. Dexter éteindra la lumière, devenant luminescent, et Fiske sera terrassé par un empoisonnement au radium.

samedi 21 janvier 2017

QUAND LE NOUVEL EON RENCONTRE LE COQ DE FEU ROUGE

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Avec un peu de retard dû à quelques soucis de santé, nous vous proposons de nous retrouver le samedi 4 février à partir de 19h30 pour fêter ensemble le Nouvel Eon Odésien. Une date du reste magique puisque nous serons en pleine période du Nouvel An Chinois, année dédiée au Coq de Feu Rouge.
On peut venir seul, avec sa compagne ou son compagnon, avec son cuisinier thaïlandais, son pâtre grec ou son pianiste autrichien.
Pour la bonne gestion des réservations, on me fait signe à philippe.marlin@gmail.com ou au 06.11.72.38.06.
Comme à l’accoutumée, nous serons accueillis par l’Ombre Jaune chez Guo Min, 39 rue de Belleville, 75019 Paris (métro Belleville)

Banzaï !


vendredi 20 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'HABITANT DE L'OMBRE, August Derleth





Nouvelle tentative d’August Derleth, avec L’Habitant de l’Ombre (The Dweller in the Darkness, in Weird Tales, 1944), de reprendre le Mythe, cette fois de façon assez convaincante sur le plan de la gestion « de la montée de l’horreur ».
Nous sommes dans le Winconsin, région de l’auteur dont il sait bien évoquer la nature sauvage. Point de manoir familial, mais une cabane abandonnée près d’un lac, le lac de Rick. Diverses rumeurs font état d’une créature redoutable, sévissant dans les parages et ayant déjà à son passif plusieurs meurtres, dont celui d’un prêtre missionnaire. Ces faits viennent à la connaissance du Pr Upton Gardner de l’Université d’État, en train de préparer un recueil sur les légendes du pays. Il se rendra sur place avant de disparaître. Son assistant, Laird, accompagné d’un collaborateur, Jack, décident de mener l’enquête et s’installent dans le cabanon. Le shérif local leur remet un dossier regroupant les papiers retrouvés. Gardner avait demandé à l’université de Miskatonic copies du Necronomicon, du Texte de R’Lyeh, De Vermis Mysteriis, des Manuscrits Pnakotiques et du Livre d’Eibon. Il avait également fait l’acquisition de plusieurs recueils de fiction de H.P. Lovecraft. Ses notes font état d’une présence malfaisante et d’allusions à un être Sans Visage qui chevauche le vent. Ils rencontrent également le vieux Pierre, un alcoolique local qui, moyennant une bouteille de whisky, évoque une grande dalle enfouie dans la forêt, recouverte d’étranges dessins. Ils installent un magnétophone dans le cabanon et passent une première nuit agitée par une tempête qui n’affecte pas les arbres, au son d’une musique de flûtes et de gutturales mélopées.
Ayant découvert dans les papiers de Gardner que ce dernier était en relations avec le Pr Partier, mis en disponibilité par l’université de Miskatonic pour ses recherches contestables, ils décident de lui rendre visite dans sa retraite. Le vieil érudit leur fait un véritable cours de théologie, opposant les Anciens Dieux aux Grands Anciens malfaisants. Il leur commente les affaires d’Innsmouth, de Dunwich, des Montagnes de la Folie, leur parle de Leng et de Kadath. De retour, ils rencontrent le vieux Pierre qu’ils forcent à parler moyennant une récompense liquide. Le vieil alcoolique leur raconte avoir vu une créature monstrueuse sortir de la dalle de la forêt. Ils dépouillent ensuite les enregistrements du magnétophone, et au milieu d’onomatopées sinistres reconnaissent la voix de Garder qui les met en garde contre les Grands Anciens de la région et leur donne la formule d’évocation de Chtugha, seule entité capable de les faire fuir.
Pour crever l’abcès, ils partent de nuit dans la forêt observer la dalle. Celle-ci laisse échapper une colonne de lumière dans laquelle se forme une monstrueuse créature protoplasmique. Ils s’enfuient pour rejoindre la cabane et sont rejoints par … le Pr Garder qui leur explique que tout cela n’est qu’illusion. Il les laisse alors qu’à nouveau la nuit se charge de tempête, de musique et de hurlements. Ils réciteront la formule et Chtugha, l’être de feu, viendra chasser les créatures infernales.
S.T Joshi, tout en reconnaissant les qualités de la fiction montre bien comment Derleth commence à modifier le Mythe en fonction de ses propres convictions. Les Anciens Dieux sont « bons », alors que les Grands Anciens sont de créatures du mal, des sortes de « démons ». C’est évidemment faire l’impasse sur la monumentale mise au point opérée par Lovecraft dans Les Montagnes de la Folie : et pourtant, c’étaient des hommes.

mardi 17 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : AU-DELA DU SEUIL, Derleth





August Derleth se lance dans les « pastiches » et nous livre, avec Au-delà du Seuil (Beyond the Thresold, in Weird Tales 1941), l’une de ses premières « collaborations posthumes ». Un certain Tony, bibliothécaire adjoint à l’université de Miskatonic, est appelé par son cousin Frolin, qui réside avec le grand père Josiah Alwyn dans la résidence de famille dans le Winconsin. Il se fait du souci au sujet de la santé du patriarche, mais ne souhaite pas en dire plus. Frolin débarque et trouve un grand père en pleine forme qui explique être très pris par ses recherches sur les papiers laissés par le grand-oncle Léandre qui était originaire d’Innsmouth. En aparté, Frolin fait part à Tony de phénomènes étranges qui semblent se produire la nuit, émanant de la chambre-bureau de Josiah : odeurs de poisson, courant d’air glacial alors qu’une tempête qui ne fait pas bouger les arbres se déclenche autour de la maison, musique étrangement belle de flutes. Josiah interroge longuement Tony sur ce qu’il peut savoir sur Innsmouth et le bibliothécaire lui parle des travaux de Lovecraft sur le sujet. Le grand père évoque également un certain nombre de noms comme Wendigo, Ithaqua, Lloigor ou Hastur, relevés dans les travaux du grand-oncle. Il précise que ce dernier recherchait un « seuil » qu’il ne fallait absolument pas franchir. Perturbé, Tony se remémore ce qu’il a appris dans les livres maudits de la bibliothèque, comme Le Livre d’Eibon, Les Manuscrits Pnakotiques, le Texte de Rlyeh et le terrible Necronomicon. Il explique à Frolin la théorie des Grands Anciens qui attendent le signe permettant leur retour. Il lui parle notamment de Hastur et Ithaqua, le Chose de la Neige, Celui qui chevauche les Vents. Après une première nuit d’inquiétude, les deux cousins vont pénétrer dans la chambre de Josiah qui a disparu. Une grande fresque murale a été détruite, laissant voir l’ouverture d’une galerie dans le mur. On retrouvera le corps du grand père sur une île du Pacifique, remarquablement bien conservé dans un bloc de glace. Tout laisse penser qu’il était tombé d’un avion !
Un texte sans prétention, terriblement téléphoné, mais amusant par la mise en scène que fait Derleth de l’œuvre de fiction de Lovecraft . A noter également que le novelliste enrichit le « panthéon » en introduisant Ithaqua (Wendigo), estimant qu’il manquait au Mythe une créature représentant le vent…

lundi 16 janvier 2017

POURQUOI NE PAS S'OFFRIR UN PETIT NESSIE ?



Le 7 mars 2017, l’étude Binoche et Giquello plonge dans les eaux troubles du Lock Ness, avec la mise aux enchères d’un squelette de Zarafasaura vieux de 66 millions d’années.
Ce gigantesque reptile marin, long de près 9 mètres et doté d’un cou extrêmement développé, est souvent comparé au légendaire monstre lacustre d’Écosse Nessie.

Ce spécimen unique de Zarafasaura, complet à 75% et de qualité muséale, sera exposé dans son intégralité à Drouot du 4 au 7 mars.
L’occasion pour les amateurs et connaisseurs de se confronter à ce géant du jurassique et de découvrir à ses côtés un remarquable ensemble d’objets dont un imposant crâne de Triceratops, un squelette du reptile volant le Ptéranodon longiceps, des fossiles d’espèces disparues ainsi que d’étonnantes météorites.

dimanche 15 janvier 2017

L'AUBE DU MAGICIEN II VIENT DE SORTIR

Attention, tirage limité

On commande ici

ATLAS OBSCURA, UN MUST !!!!


Vous en avez marre du Club Med ; les croisières Costa ne vous font plus vibrer ! Alors munissez-vous de cet atlas de près de 500 pages magnifiquement illustré et faites le tour du monde des lieux secrets, occultes, invraisemblables, bref fortéens !

Atlas Obscura est un site internet très célèbre aux Etats-Unis. Son but est de répertorier tous les lieux les plus merveilleux et étranges du monde. Les lecteurs peuvent à tout moment enrichir ce catalogue qui se veut à mi-parcours entre un guide touristique et un cabinet de curiosité.

Best-seller outre Atlantique, le beau livre Atlas Obscura sort en France grâce aux éditions Marabout. Le livre part à la rencontre des pratiques culturelles du monde entier et nous fait découvrir à l’aide d’époustouflantes photographies plus de six cent lieux étranges et curieux à travers les cinq continents : la porte de l'enfer du Turkménistan, les secrets des catacombes de Paris, les écorchés de Fragonard, les tunnels abandonnés de la petite ceinture de Paris, les cercueils suspendus sur une falaise aux Philippines et tant d’autres.

C'est chez Marabout, et ce bijou ne coûte que 29,90 €

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : HORREUR à SALEM, Henry Kuttner






Épouvante à Salem (1936, Henry Kuttner, The Salem Horror in Weird Tales, 1937). Joshi qualifiera cette nouvelle de “very bad story”. Et il est vrai que ce nouveau participant au “Circle” ne s’est pas vraiment foulé. Il s’agit d’un pastiche de La Maison de la Sorcière, pastiche sur lequel Lovecraft a beaucoup travaillé pour rectifier les erreurs « géographiques » et tenter de détendre un rythme trop précipité dans la montée de l’horreur. En tout état de cause, on est très loin des visions cosmiques qui font tout l’intérêt de l’original.
Nous sommes en compagnie de l’écrivain à succès Carter qui s’est installé à Salem dans la maison de la sorcière Abigail Prinn dont même le bûcher n’a pu venir à bout lors des fameux procès. Carter est sans cesse nargué par un rat qu’il va poursuivre jusque dans la cave, mettant à jour la pièce secrète de la sorcière. Un endroit couvert de mosaïques colorées de vert et de pourpre, décoré par un pentacle au sol et au centre duquel trône un disque de pierre noire. Carter trouve l’endroit intéressant et décide l’y installer son bureau pour travailler au calme, non sans avoir auparavant prévenu son propriétaire de sa découverte. Les bavardages de ce dernier amèneront chez Carter un défilé d’occultistes, souhaitant visiter la salle de la sorcière, dont un certain Michael Leigh qui met en garde l’écrivain. En effet, la sorcière n’a pu être brûlée et elle va tenter, compte-tenu de son installation dans son antre, de s’emparer de son esprit par le rêve. C’est bien évidemment ce qui se passera en Carter sera sauvé in extremis par Leigh, qui possède la bonne formule et les ingrédients nécessaires pour repousser le Grand Ancien qui manipule Abigail Prinn, le redoutable Nyogtha dont il est fait allusion dans le Necronomicon. Une façon pour Henry Kuttner de payer son ticket d’entrée dans le « Circle ».
Pour les hommes il est le prince des Ténèbres, ce frère des Anciens appelé Nyogtha, la Chose qui ne devrait pas être. Il peut être appelé à la surface de la terre par des crevasses et des cavernes secrètes, et des sorciers l'ont vu en Syrie ainsi que sous la tour noire de Leng. Des grottes Thang de Tartarie, il a répandu la terreur, apportant mort et destruction parmi les tentes du grand Khan. Seuls la croix "potencée", l'incantation de Vach-Viraj et l'élixir de Tikkoun peuvent le repousser dans les antres ténébreux d'infamie voilée où il demeure.


samedi 14 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE VISITEUR VENU DES ETOILES, Robert Bloch





Le Circle s’amuse et Robert Bloch nous en donne un exemple magistral dans Le Visiteur venu des Étoiles (1935, The Shambler from the Stars in Weird Tales, 1935). L’auteur est un écrivaillon fantastique qui, malgré quelques publications dans des revues populaires, ne parvient pas réellement à déboucher. Dans sa recherche de nouvelles sources d’inspiration, il se met en relation avec un auteur bien connu de Providence qui lui suggère d’aller fouiner dans des livres maudits comme le Necronomicon ou Le Livre d’Eibon, réputés pour flirter avec « l’horreur absolue ». Une recherche qui s’avère laborieuse, les portes des universités et des bibliothèques privées ayant curieusement tendance à se fermer à l’annonce de sa démarche. C’est finalement chez un bouquiniste qu’il fera la découverte qui bouleversera sa carrière. Il mettra la main en effet sur un curieux ouvrage, De Vermis Mysteriis ou Mystères du ver d’un certain Ludvig Prinn, nécromancien renommé qui périra à Bruxelles sur les bûchers de l’Inquisition. Le narrateur ne pourra hélas lire cet ouvrage, rédigé en latin, langue qu’il ne maîtrise pas. Il fera appel à son correspondant de Providence qui acceptera d’examiner le manuscrit. L’Ermite deviendra de plus en plus nerveux à la lecture de l’ouvrage, notamment en découvrant le rituel utilisé par Prinn pour invoquer ses visiteurs invisibles venus des étoiles. L’atmosphère du bureau de Lovecraft deviendra de plus en plus glaciale au fur et à mesure qu’il lira la formule jusqu’à ce qu’une créature brumeuse entre dans la pièce en ricanant en en désarticulant le récitant. Celui-ci sera vidé de son sang alors que la créature se teinte de rouge avant de disparaître.
Robert Bloch avait demandé à Lovecraft l’autorisation de le « tuer » dans sa nouvelle. Lovecraft se vengera en « trucidant » Bloch dans Celui qui hante les Ténèbres (cf infra, 1935).

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : UBBO SATHLA, C.A. Smith

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Ubbo-Sathla (1932, Clark Ashton Smith, in Weird Tales 1933). Un beau produit du “Circle” dont Le Livre d’Eibon est le véritable héros. Paul Tregardis, grand passionné d’occultisme, découvre chez un antiquaire londonien un curieux cristal laiteux en forme d’orbe. Le marchand n’en connaît pas l’origine, mais suppose que c’est une pièce très ancienne, venant du Groëland d’avant la période glaciaire et ayant certainement appartenu à un sorcier de Thulé. Il en fait l’acquisition pour un vil prix et entreprend des recherches sur cet objet dans les ouvrages sulfureux de sa bibliothèque. Cette pierre est bièvement évoquée dans Le Livre d’Eibon qui précise effectivement qu’elle aurait appartenu à Zon Mezzamalech, sorcier de Mhu Thulan. En fixant la pierre du regard, il suscite d’étranges visions et subit une véritable régression qui le conduit à ne faire plus qu’un avec le sorcier. S’il revient de plus en plus difficilement de chacun de ses « voyages », sa dernière expérience lui sera fatale. Il cherche en effet à percer les mystères du « commencement » et, sous forme de larve, rencontre la masse informe originelle de Ubbo-Sathla. Autour de cette masse gélatineuse se trouvent les tablettes de pierre extraites des étoiles qui donneront Le Livre d’Eibon. ...Car Ubbo-Sathla est la source et l'achèvement. Avant que Zhothaqquah ou Yok-Zothoth ou Kthulhut ne descendent des étoiles, Ubbo-Sathla demeurait dans les marais bouillonnants de la Terre nouvelle­ment née ; une masse sans tête ni membres, engendrant les premiers tritons gris et informes et les hideux prototypes de la vie terrestre... Et il est dit que toute vie terrestre retournera, à travers la grande roue du temps, à Ubbo-Sathla.
 On ne retrouvera jamais Paul Tregardis.
Cette nouvelle, sur les mystères de l’Origine, est bien évidemment à mettre en regard des Chiens de Tindalos de F.B. Long (cf 1929).

jeudi 12 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE FEU D'ASSHURBANIPAL, R.E. Howard





Le Feu d’ Asshurbanipal (1936, Robert E. Howard, The Fire of Asshurbanipal, in Weird Tales, 1936). Joshi dira de cette nouvelle qu’elle synthétise parfaitement la plume de Howard et l’influence de Lovecraft. C’est effectivement un bel exemple de ce que le « Circle » peut faire de meilleur. Deux aventuriers amis, l’américain Steve Clarney et l’afghan Yar Ali, arpentent le désert du Turkestan à la poursuite d’une chimère ; dans les bas-fonds de Shiraz, un vieux marchand persan leur a en effet parlé de la mystérieuse Cité des Démons, Beled-el-Djinn ou encore Kara-Shehr ou Cité Noire. Il s’agirait de la Cité du Mal évoquée dans le Necronomicon et dont le temple abriterait un squelette serrant dans ses doigts osseux une gemme flamboyante, le Le Feu d’ Asshurbanipal. Après d’épiques aventures qui sentent bon la poudre et le sang, les deux compères, épuisés et morts de soif, retrouvent la cité et son trésor. Mais ils sont surpris par une bande de pillards dirigés par un aventurier auquel Steve Clarney avait déjà eu affaire. Le chef des brigands, malgré les protestations de ses troupes qui le mettent en garde contre la malédiction, s’empare du gemme. Les murs se mettent à trembler et une créature sans nom fait une petite fête amicale au profanateur. C’était énorme, noir et chimérique ; c’était une monstruosité lourde et puissante qui marchait et se tenait debout comme un homme, mais cela ressemblait aussi à un crapaud, et cela avait des ailes et des tentacules. Les noms de Yog-Sothoth et de Cthulhu sont murmurés par les spectateurs terrorisés. Et Howrd d’injecter sa petite touche « d’horreur cosmique » : l’Homme ne fut pas le premier habitant sur terre ; d’autres Êtres vivaient ici avant sa venue

LES APOCALYPSES CULTURELLES


mardi 10 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'HERITIER DES TENEBRES, C.A. Smith





L’Héritier des Ténèbres (1932, C.A. Smith, The nameless Offsting in  Strange Tales, 1932). Cette nouvelle du “Circle” s’ouvre par une belle citation du Necronomicon, dans l’esprit de celles (trop rares) que Lovecraft nous a lui-même proposées avec leur entêtant parfum d’horreur cosmique !

Nombreuses et multiformes sont les horreurs insoupçonnées qui infestent la Terre depuis la nuit des temps. Elles sommeillent sous la pierre que le pied ou la main n'a pas dérangée ; elles hantent les océans et les lieux souterrains ; elles dorment au cœur des sanctuaires oubliés ; elles sortent à l'aube en sortant de riches sépulcres d'airain ou de modestes tombes scellées dans l'argile. Certaines sont depuis longtemps connues de l'homme, tandis que d'autre lui sont encore inconnues, attendant le chaos des derniers jours pour se révéler. Les plus terribles sont malheureusement encore à venir. Mais parmi celles qui se sont déjà montrées par le passé et sont apparues au grand jour, il en est une qui ne peut être nommée ouvertement en raison de son infamie particulière, celui qui hante le mystère et l'obscurité des tombeaux et n'apportant en effet que la mort et la folie.

Le problème est que cette citation n’a rien à voir avec le texte qui suit, un peu comme si elle avait été surajoutée pour obtenir le « tampon du Circle » ! Il s’agit une fois de plus d’une histoire de maison maudite dans laquelle se rend une nuit d’orage Henry Chaldane, en vacances en Angleterre. Cette maison appartenait à un ami de son père, John Tremoth, qui a subi une terrible épreuve. Son épouse, malade, a été enterrée dans le caveau familial alors qu’elle n’était pas morte. Il parviendra à la sauver, mais elle mourra de folie après lui avoir donné un enfant monstrueux. Le visiteur est accueilli par John, toujours en vie, heureux de revoir le fils d’un ami et lui conte son calvaire. Il lui propose une chambre pour la nuit, mais le visiteur ne peut dormir suite à des grattements venant d’une chambre contigue barricadée. On devine la suite, on retrouvera le châtelain déchiqueté par son fiston qui avait cette nuit là une grosse faim !

lundi 9 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL BIB : LA CHOSE AILEE SUR LE TOIT R.E. Howard





La Chose Ailée sur le Toit (1932, Robert Howard, The Thing on the Roof in Weird Tales, 1932). Sans atteidre la qualité du Monolithe Noir, cette nouvelle du ‘Circle” est tout à fait intéressante par l’utilisation faite par l’auteur des Unaussprechichen Kulten. Ouvrage maudit largement analysé dans la nouvelle précédente, il forme un peu le cœur du présent texte. Un chercheur en ésotérisme, Tussmann, fait appel à un ancien collèque versé dans les livres rares pour mettre la main sur une version originale de l’ouvrage de Von Juntz. Les versions « courantes », dont celle des Golden Goblin Press, sont trop tronquées pour les recherches de Tussmann concernant un temple très ancien situé au Honduras. Le narrateur finira par trouver l’ouvrage, et Tussmann, muni des indications qui lui manquaient, partira explorer le monument. Il trouvera une momie dans un sarcophage possèdant une amulette en rubis permettant d’ouvrir la porte d’une crypte secrète. De retour en Europe, il invitera son ami et lui fera part de sa déception de ne pas avoir trouvé d’or dans la cache mais une créature monstrueuse qui lui fera prendre la fuite en oubliant de refermer la porte. On imagine sans peine la suite, des bruits dans la maison et la découverte au petit matin du cadavre trucidé de Tussmann par une créature possèdant des sabots !

LES VAMPIRES DE MOLENBEEK






CYCLE SANG POUR SANG VAMPIRES !
Tremblez dans vos chaumières car nous vous convions à notre cycle Sang pour sang Vampires!  L'occasion rêvée pour explorer les paralittératures : fantastique, science-fiction, horreur, fantasy...et de vous plonger dans des univers parallèles à travers trois évènements exceptionnels, dont voici le troisième et dernier :
adrien partyLes vampires dans l'art et la littérature
Le vendredi 20 janvier à 18h  (Château du Karreveld, salle Reine Elisabeth - avenue Jean de la Hoese, 3).
Une conférence d’Adrien Party, passionné de vampires, créateur et rédacteur du webzine Vampirisme.com
Présente depuis le XIXe siècle dans la littérature de fiction, la figure du vampire ne cesse de se remodeler au fil du temps, de la société et des goûts et envie des auteurs (et lecteurs). Difficile
de trouver une créature pour laquelle on dispose d'autant de textes, du fantastique à la SF, en passant par le policier, la poésie, le théâtre... Cette conférence propose de suivre l'évolution littéraire de la créature jusqu'à nos jours, et de passer en revue les grandes évolutions de cette figure mythique de la pop-culture.
Activité gratuite.  Réservation indispensable.Infos et réservations au 02/414.48.99 ou sur biblio.1080@molenbeek.irisnet.be

dimanche 8 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : TALION, C.S. Smith






Talion (Clark Aston Smith, 1931, The return of the Sorcerer, in Strange Tales, 1931). C’est au tour de CAS de participer aux travaux du “Circle”, de façon très « amateur » il est vrai. Il nous livre une histoire qui sent bon le déjà lu, une histoire d’horreur classique où un occultiste fou découpe en morceaux son frère jumeau plus avancé que lui dans les Arcanes. Et évidemment les sympathiques petits morceaux viendront crier vengeance. Tout cela est légèrement habillé pour obtenir le tampon du « Mythe ». L’occultiste fou, John Carnby, fait appel à un assistant connaissant l’arabe pour l’épauler dans ses travaux. Il ne s’agit rien d’autre que de faire quelques traductions d’obscurs passages du Necronomicon non repris dans la version latine d’Olaus Wormius, et ce à partir d’une versiion originale dont la provenance ne nous est pas indiquée. L’occultiste espère trouver les invocations nécessaires pour renvoyer sous d’autres cieux les restes un peu trop remunats de son frère.  L’opération se soldera évidemment par un échec.

lundi 2 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LES CHIENS DE TINDALOS, F.B Long








Les Chiens de Tindalos de Frank Belknap Long (The Hounds of Tindalos, 1929). J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour cette nouvelle du « circle » dans lquelle FBL montre qu’il a bien intégré lr process de l’horreur cosmique lovecraftenne. Chalmers est un érudit en sciences occultes qui jongle en permanence entre les travaux du Dr John Dee et ceux d’Einstein. Et qui s’est mis entête de remonter le temps grâce à une redoutable drogue asiatique. Ce qu’il va faire sous la surveillance de son ami qui n’arrive pas à l’en empêcher. Et de plonger dans un maelstrom où il revoit toute l’histoire humaine. Et delà de l’homme, il pénètre dans des géométries improbables et inquiétantes où son terrés les chiens de Tindalos Ce sont des créatures de l’origine des temps, faites pour récupérer la mal originel. La suite est un peu téléphonée et ces synaptiques bestioles viendront faire la fête à l’importun Chalmers.