Chez le Bibliothécaire

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lundi 21 août 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : MEURTRE D'UNE ÉCOLIÈRE, Colin Wilson

 



Roman – Meurtre d’une écolière (1974, The Schoolgirl Murder Case ; 1999, Belles Lettres). Un polar pur et dur, bien mené, mettant en scène le commissaire Greg Saltfleet, une version british de notre cher Maigret : bourru, bienveillant et toujours accroché à sa pipe. Il ne lui manque que l’amour des bons petits plats ! Une prostituée déguisée en écolière est retrouvée atrocement assassinée à proximité d’un manoir inoccupé dans lequel on retrouvera le corps du neveu de la propriétaire, Manfred Lytton. Un jeune dilettante fortuné, amateur de perversions sexuelles sur fond de magie noire teintée de nazisme. L’enquête nous fera plonger dans les milieux de l’Occulte, notamment une librairie ésotérique fort bien achalandée qui organise une exposition sur les peintures de Crowley et sur celles d’un jeune artiste allemand inquiétant, Engelke. 



On y croisera également un éditeur véreux, spécialisé sans les récits de dépravation sexuelles et le Grand Maître actuel de la Golden Dawn. Ce dernier a été amené à exclure Lytton de son groupe en raison de ses dérives tantriques.
L’énigme sera élucidée de main de maître, Colin Wilson ayant cette fois trouvé la chute qui défrise.
En dehors des longs développements sur l’Occulte que l’auteur connaît bien, les autres préoccupations habituelles de Wilson sur la conscience sont à peine effleurées. Tout au plus peut-on deviner, mais comme dans beaucoup de romans policiers, la quête de l’enquêteur pour percer la psychologie du meurtrier. Mais cela n’est ici qu’un arrière-plan.

Livres imaginaires
° La cérémonie de l’innocence, Robin-Pyggott-Smythe (pseudo de Manfred Lytton, manuscrit pornographique non publié)
° La Golden Dawn et ses dérivés, Austin Curry
° L’Histoire de la femme de Loth, Norbert Tinkler
° Hitler, le Mystique et l’Artiste, Dagmar Johannsen
° Le Maître du Monde, Adolf Hitler (manuscrit emmené en Amérique Latine par Bormann)

On retrouvera le commissaire Saltfleet dans The Janus Murder Case (1984)

vendredi 18 août 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : TIMESLIP, Colin Wilson

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Nouvelle – Timeslip (1979 ; Glissement temporel in Galaxies intérieures no 3, Denoël, 1983). Colin Wilson explique dans l’avant-propos à l’édition de l’anthologie américaine (Aries, John Grant) qu’il est incapable d’écrire des textes courts, ceux-ci se transformant généralement en roman. Aussi, plutôt que d’écrire une fiction, propose-t-il le récit d’un cas étrange qu’il lui est arrivé d’étudier. Il s’agit de celui de Richard Bowen, professeur de linguistique à l’université de Saskatchewan. Je préciserai que je n’ai trouvé aucune trace de cette personne dans « le monde réel ! Ledit universitaire retourne en Angleterre sur la terre de ses ancêtres et est sujet, dans le village de Stoke Warmington, d’un curieux phénomène de « vision du passé ». Après recherches avec l’aide d’un érudit local, il apprend qu’à l’endroit où il a ressenti une forte émotion négative a eu lieu un meurtre particulièrement atroce en 1592. Il fait part à Wilson de son expérience, et, avec l’aide de ce dernier qui vient de terminer L’Occulte, se lance tans toute une série d’investigations visant à maîtriser le phénomène et le reproduire à volonté. Nous avons droit ici à une intéressante recherche sur le fonctionnement des deux lobes du cerveau, celui de droite qui est branché aux réalités fondamentales étant sans cesse perturbé par celui de gauche qui est celui de « l’agitation quotidienne ». Et les patients ayant, pour des raisons médicales, subi un « split brain » accèdent beaucoup plus facilement à des niveaux supérieurs de conscience.
Le Dr Bowen disparaîtra mystérieusement au Brésil où un chirurgien fou, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, acceptera de réaliser ce type d’intervention. Colin Wilson suppose qu’il est maintenant dans un monastère de la Cordillère des Andes, regardant fixement dans le vide avec sérénité, devenu capable de se déplacer librement en esprit dans un passé lointain, peut-être même dans le futur.

Livres vraisemblablement imaginaires
° Saussure and the Foundation of Liguistic Structuralism, Dr Richard Bowen, Chicago University Press, 1968
° From Humbolt to Chomsky, id, Bowes and Bowes, 1968

jeudi 17 août 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : BLACK ROOM, Colin Wilson




Roman - The Black Room (1971; Le Cherche Midi, 2005)
Lorsque je commence un thriller de Colin Wilson, j’ai généralement du mal à m’arrêter. Celui-ci m’a donné du fil à retordre, certainement parce qu’il juxtapose deux histoires qui s’emboîtent mal. On commence par le récit d’un jeune musicien de talent, Kid Butler, qui rencontre un groupe curieux qui sent bon les services spéciaux. Mais ce qui séduit l’artiste, ce sont les recherches sur les techniques d’élargissement de la conscience auxquels il se livre, et notamment l’expérience de la chambre noire. Combien de temps peut-on résister dans un endroit entièrement clos ? Quel est l’impact de cette isolation sensorielle sur les processus mentaux ? On devine qu’il s’agit d’expériences destinées à accroître la résistance au lavage de cerveau. Butler acceptera de tenter l’aventure et se retrouvera dans un centre très isolé, un endroit clos qui, comme souvent chez Wilson, a une petite couleur de lupanar ! Il servira de cobaye et sera vite repéré pour ses facultés étonnantes d’adaptation au point que l’on corsera le programme pour lui faire subir un test « d’enterré vivant ». Puis l’aventure bascule sur le roman d’espionnage, Butler se faisant enrôler malgré lui dans la traque d’une mystérieuse Station K. Il s’agit d’un réseau indépendant, fournissant des informations au KGB ou à la CIA selon la loi de l’offre et de la demande. Nous sommes à l’époque de la guerre froide. Il sera capturé par cette étrange organisation et deviendra l’hôte de son chef, Ernst Staufmann, un ancien nazi très cultivé qui travaille aussi sur les limites de l’esprit humain. Là encore il se retrouvera dans un ancien monastère isolé quelque part en Hongrie, en galante compagnie évidemment ! Le tout se terminera en queue de poisson, Wilson ayant eu manifestement beaucoup de mal à gérer une chute crédible.

Les Livres Imaginaires
° Berthold le Fou, Kid Butler (opéra inspiré de Hoffmann)
°La Nuit de la Liberté, Gunnar Varborg
° La Tour des Ténèbres, Vitezlav Hostovsky (étude sur Hoffmann)
° Der Einsame (L’Être Solitaire), Ernst Staufmann (pièce de théâtre)
°Der Fremde (L’Étranger), id
° Le Roi et son Bouffon, id
° L’Homme qui a dit Non, id (roman)
° Les Systèmes de la Cybernétique, Arnolt

mercredi 16 août 2017

ASILY QUILLAN



Tenu par un couple de jeunes chinois, ce petit restaurant entièrement rénové vous servira une cuisine savoureuse, faite maison. Plats traditionnels, saveurs délicates et service souriant. Des petits jeunes à encourager, d'autant qu'ils sont travailleurs : camionnette rôtisserie sur les marchés de Carcassonne, Espéraza et St Paul de Fenouillet.

samedi 12 août 2017

LOVECRAFT ET LES LITTERATURES MAUDITES DANS LA LETTRE DU CROCODILE


 

Les Littératures Maudites

Publié par incoherism le
Les littératures maudites. Hommage à H.P. Lovecraft. Actes du Salon 2016, Editions L’œil du Sphinx.
La Société des Ecrivains Ardennais et le réseau des médiathèques de la Communauté d’Agglomération d’Ardenne Métropole se sont associés avec les Editions de l’œil du Sphinx pour créer  en 2016, à Charleville-Mézières, le premier Salon des littératures maudites consacré, explique Thibaut Canuti Conservateur en chef des bibliothèques, dans la préface à ces Actes, « aux phénomènes fortéens, à l’ésotérisme, à l’occulte, à la parapsychologie scientifique, au réalisme fantastique et plus généralement à toutes ces littératures des marges ». Thibaut Canuti constate que si les travaux consacrés à cette littérature se multiplient, il manque un événement marquant pour en rendre compte.




Inaugurer ce nouveau salon avec la figure magistrale de H.P. Lovecraft (1890 – 1937) était une évidence tant l’influence de celui-ci ne cesse de s’étendre.
La première communication de ce salon fut une remarquable synthèse de l’œuvre de Lovecraft et de ses enjeux, très actuels et toujours aussi paradoxaux, de Philippe Marlin, grand connaisseur du sujet depuis sa rencontre avec H.P.L. au milieu des années 60.
Après un portrait rapide de l’homme, absolument matérialiste, il convient de le rappeler, Philippe Marlin démontre comment le mythe créé par Lovecraft renouvelle la métaphysique :
« On peut dire, sans craindre l’exagération, que, jusqu’à Lovecraft, l’homme était au centre de l’univers ; soit parce qu’il était le fils de Dieu, et à ce titre parcelle de la transcendance divine ; soit parce qu’il était le seul moteur d’un univers matérialiste, chargé de façonner la terre à son image et à son service. Même l’existentialisme ramènera tout à l’individu. Avec Lovecraft, la page de l’anthropocentrisme est tournée. L’homme n’est plus qu’une poussière dans l’univers, une créature insignifiante qui assiste, bien souvent de façon inconsciente, au jeu de forces cosmiques qui le dépassent et ne le concernent guère. »
La cosmogonie lovecraftienne, complexe est basée sur le règne des Grands Anciens et Ceux de la Grande Race, à l’origine des temps, puis sur le conflit entre ces deux types d’entités, qui conduisit les seconds à emprisonner les premiers en divers lieux de l’univers. Les Grands Anciens tentent depuis de retrouver leur hégémonie avec l’aide d’humains faibles qu’ils peuvent influencer par l’intermédiaire des rêves.
« Divinités, monstres, extra-terrestres, les créatures que nous propose l’écrivain de Providence sont assurément de nature trouble, confie Philippe Marlin. Divinités peut-être, puisqu’elles donnent à la cosmogonie une architecture d’inspiration religieuse et suscitent de nombreux cultes. Monstruosités à l’évidence, de par leur aspect repoussant et leur odeur putride. Extra-terrestres vraisemblablement, en raison de leurs origines stellaires. »
Cette métaphysique matérialiste, née dans les fanzines populaires, aurait pu tomber dans l’oubli. Elle connut un développement exceptionnel. Le panthéon de Lovecraft, dont nous connaissons surtout Ctulhu, a influencé nombre d’auteurs, mais aussi le cinéma, la peinture ou d’autres arts, dont la Bande Dessinée, jusque dans les jeux de rôle.
Cette mythologie s’est inscrite dans des grimoires qui mêlent magie, souvent noire, et métaphysique, en une philosophie occulte associant le vrai et le faux de manière particulièrement réussie. Dans cette bibliothèque lovecraftienne, le Necronomicon tient une place essentielle, le ou les, car il existe plusieurs versions qui constituent des sommets dans l’art de la mystification.
Philippe Marlin insiste avec raison sur le paradoxe des rapports entre Lovecraft et l’ésotérisme. Lovecraft est un apôtre du « matérialisme mécanique », hostile à l’irrationnel. Il va pourtant développer dans son œuvre un occultisme singulier, crédible au point d’influencer des groupes initiatiques contemporains. Lovecraft, rappelle Philippe Marlin, n’est ni un ésotériste, ni un « grand initié », c’est un auteur rigoureux soucieux de s’informer qui va puiser dans les sources de l’occultisme traditionnel pour composer son ou ses systèmes magiques. Il explore également les travaux scientifiques de son époque marquée par le début des sciences quantiques.
Pour Lovecraft, « les humains n’ont qu’une connaissance limitée de la réalité », précise, Philippe Marlin, « ses visions cosmiques proviennent d’Ailleurs, plus précisément d’un « réservoir subconscient de visions » ». « Les expériences les plus gratifiantes sont celles visant à « recapturer » des fragments de souvenirs flottant dans le subconscient. »
Cette approche ouvre sur des perspectives vertigineuses et pose la question de la nature de la réalité, ou des réalités, comme de l’expérience.
Les Grands Anciens de Lovecraft représentent des archétypes classiques, malgré leurs aspects horrifiques, des grandes traditions. Il n’est pas si étonnant que des groupes initiatiques, ou prétendus tels, se soient intéressés à son œuvre en s’appropriant les systèmes proposés par le Maître de Providence, faciles à mettre en œuvre comme célébrations.
La postérité de H.P. Lovecraft est telle, par son étendue et par sa variété qu’elle suscite de plus en plus d’études universitaires. Lovecraft est, conclut Philippe Marlin, « le géniteur d’une formidable machine à rêver ».


Egalement au sommaire des Actes de ce premier  Salon des littératures maudites auquel nous souhaitons longue vie : Geneviève Béduneau : Mythes d’autrefois, légendaire d’aujourd’hui – Jocelin Morrison : Les expériences de mort imminente – Joslan. F. Keller : L’indéchiffrable manuscrit Voynich – Richard D. Nolane : Le vampirisme criminel moderne – Fabienne Leloup : Maria Deraismes, fondatrice de la première Loge maçonnique mixte – Lauric Guillaud : Le thriller ésotérique – Claude Arz : Grigori Efimovitch Raspoutine, le pèlerin maudit de Russie – C. de Mortière et R. Dalla Rosa : Démonologie et sorcellerie dans les contes et légendes ardennais – Yves Lignon : La Parapsychologie à l’Université.
Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
www.oeildusphinx.com

jeudi 10 août 2017

COLIN WILSON ET LA BELLE HISTOIRE DE RENNES-LE-CHÂTEAU






Essai – Atlantis et le secret de Neandertal (2006)
Dans les notes préparatoires à la rédaction de ce livre « commercial », nous avons retrouvé un texte manifestement inspiré par la lecture de La Clef d’Hiram de Knight et Tomas.
… Nous continuons à explorer l'histoire des origines du Christianisme et découvrir qu’elle est devenue le grand secret gardé par la lignée de rois français, les Mérovingiens. Ceux-ci savaient en effet que le christianisme était une invention de Saint-Paul et du Conseil de Nicée. Ils ont été renversés suite à l’assassinat du roi Dagobert II et remplacés par la dynastie carolingienne. Mais de secret a été préservé par une société discrète, le Prieuré de Sion.
Ce secret a été accidentellement découvert par un curé nommé Bérenger Saunière dans un village appelé Rennes-le-Château (qui se trouve au centre d'un paysage « magique » dans lequel les collines forment un pentagramme exact). Saunière a également appris que Jésus n'était pas mort sur la croix, mais avait été enlevé six heures après sa mise au tombeau, avait fui en France avec sa femme, Marie Madeleine. Il a vécu à Rennes-le-Château, appelé Aireda. Les rois mérovingiens étaient les descendants directs de Jésus et de Marie Madeleine. Au milieu des années 90, un historien de l'art nommé Peter Blake[1] a découvert une grotte qu'il croit être la tombe de Jésus et de Marie, et a appris que plusieurs papes et cardinaux (y compris Richelieu) étaient membres du Prieuré.


[1] The Arcadian Cipher, Peter Blake and Paul Blezard

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'HOMME QUI N'AVAIT PAS D'OMBRE, Colin Wilson.

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Roman – L’Homme qui n’avait pas d’Ombre (1963, Man without Shadow ; Belles Lettres, 2000) est une suite directe du Sacre de la Nuit (1960). Le texte se présente comme le journal de Gerard Sorme, récit dont quelques extraits seront publiés en version « pirate » par un journaliste peu scrupuleux sous le titre Le Journal Érotique de Gerard Sorme. Suite à cette édition, et voulant couper court à tout scandale, l’auteur décida d’en fournir une version complète.


Le récit se traîne en longueur sur la première partie durant laquelle Sorme se cherche toujours ; on y apprend que Austin Nunne, faute de preuves, n’a pas été arrêté par la police suite aux crimes de Whitechapell mais placé par ses parents dans un hôpital psychiatrique ; on y retrouve le peintre qui aimait trop les petites filles, la vierge de glace qui perdra sa virginité et la  jeune étudiante amoureuse qui finira par préférer un jeune acteur à l’auteur, faute à ce dernier de se décider à l’épouser. On y rencontrera de nouveaux personnages comme un musicien fou dont la charmante épouse tombera entre les bras de Sorme. Mais on fera surtout la connaissance de Caradoc Cunningham qui va faire littéralement exploser le récit.
Cette nouvelle relation est pour le moins sulfureuse : bisexuel dilettante, porté sur l’alcool et les drogues, Caradoc se veut magicien et va entraîner Gerard Sorme dans un tourbillon d’expériences auquel il participera à la sauce « Wilson », sceptique, mais on ne sait jamais… On plonge en effet dans une magie sexuelle débridée, pratique à tester car toute la clef de l’existence humaine est dans la jouissance sexuelle. On retrouve bien sûr sur la thématique de l’élargissement de la conscience que permet l’orgasme, et sur les moyens de prolonger cette illumination trop brève pour accéder à l’extase. Colin Wilson profile ici ses travaux ultérieurs sur « l’Occulte », rejetant les charabias des magiciens, leurs soi-disant manuscrits maudits, mais intuitant derrière tout ce fatras le fameux facteur X, à savoir les pouvoirs latents de l’esprit.
Cette aventure se terminera évidemment par un fiasco, suite à une messe noire dont les dégâts collatéraux généreront un joli scandale. Cunningham disparaîtra de la circulation et Gérard Sorme épousera Diane, la femme du musicien fou. Le couple s’installera en Irlande et l’auteur débutera une belle carrière littéraire. On le retrouvera dans Le Dieu du Labyrinthe (1970).

Livres Imaginaires
° Méthodes et Techniques de l’Auto-Illusion, Gerard Sorme
° Le Journal Érotique de Gerard Sorme
° Le Livre du Rituel Magique du Magicien Abrahamelin, traduction par Caradoc Cunningham
° La Voix de Baphomet, Caradoc Cunningham
° Les Armes Gluantes, recueil de poèmes pornographiques, id .


mercredi 9 août 2017

KATAPHRACT DANS LA LETTRE DU CROCODILE






Publié par incoherism le août 9, 2017
 
Rencontres de Berder-sur-Seine 2016 autour de Jean-Charles Pichon, Editions L’œil du Sphinx.
Ces rencontres autour de l’un des penseurs les plus intéressants des dernières décennies ont offert une large place à la question des vers cataphractaires à travers une longue communication de Jean Hautepierre.
De quoi parlons-nous ?
Le mot « cataphractaire » désigne les cavaleries lourdes des guerres antiques, des troupes de choc en quelque sorte. Le « cataphracte » est la protection, l’armure. Mais en poésie ?
« Que recouvre ce nouveau nom ? demande en introduction Jean Hautepierre. L’ensemble des vers comportant de treize à seize syllabes, ou encore les vers d’une longueur supérieure à celle de l’alexandrin, mais ne dépassant pas une dimension au-delà de laquelle les principales caractéristiques du vers – soit sa rime et, surtout, son découpage rythmique – risquent fort de devenir floues, voire indistinctes. Cela n’interdit pas d’utiliser de tels vers de manière ponctuelle. (…)
Si je ne rejette donc pas l’emploi ponctuel de vers allant au-delà de l’hexadécasyllabe, je ne crois guère à la possibilité de composer des strophes et des tirades entières à partir de tels modules. Il en va tout autrement des vers cataphractaires, qui se prêtent à un usage suivi. Encore faut-il que le découpage rythmique de chaque vers soit bien marqué afin que son existence même en tant que vers soit immédiatement perceptible à l’oreille, comme il en va pour l’alexandrin classique (…)
Ces vers sont conçus pour envahir le champ du langage, pour marteler et submerger de leur mélodie lourde et lancinante l’ouïe et l’esprit de l’auditeur, du lecteur, du spectateur. Les cataphractaires ne furent-ils pas la cavalerie lourde de Byzance ? »
Suit une première démonstration :

Et si j’ai quelquefois au nom de Hautepierre
Joint le martèlement des vers cataphractaires,
De treize, de quatorze ou de seize marteaux
Ecrasant le silence et ponctuant les mots,

C’est pour que solennellement au lointain la rime se fonde
Et laisse attendre son écho semblant se perdre dans les cieux
Et, déjà presque ensevelie sous le seuil de la nuit profonde,
Qu’elle surgisse, auréolée d’un éclat plus mystérieux…

Jean Hautepierre défend avec érudition et conviction les vers cataphractaires. Il note que l’absence de rime interne entraîne une attente de la rime finale et donne une unité au vers tout en accentuant son caractère lancinant. Nous sommes dans le vers incantatoire dont, nous dit-il « Edgar Poe fut le Génie précurseur, Stéphane Mallarmé le Mage suprême ». Jean Hautepierre parle d’envoûtement de l’auditeur ou du lecteur. « L’incantation remplace le sens en affirmant un sens suprême. (…) Il y a ici une volonté magique, et un pas vers les Paroles de Puissance. »
Il existe, nous dit-il, une solennité des vers longs capables d’évoquer des événements exceptionnels, de grandes passions, des transcendances.
Autre exemple :

Que des vers longs comme des soirs enveloppés de longues traînes,
Vous emportant et vous berçant avec les flots du Grand Malheur,
Fassent trôner par-dessus toute la douleur ample et souveraine
Qui règne, Ô la reine du Monde, aux côtés du Soleil vainqueur ;

Jean Hautepierre rappelle qu’il n’est pas l’inventaire du vers cataphractaire. Il cite Saint-Pol roux, Jacques Réda, Pius Servien Coculesco parmi d’autres poètes. Mais, il est sans doute le premier à les théoriser de manière approfondie. Il écarte l’arbitraire en démontrant que les vers longs présentent une homogénéité bien plus manifeste que les vers courts. Toutefois, c’est peut-être parce que Jean Hautepierre considère que la nature même de la Poésie est incantatoire qu’il s’est tourné vers les vers longs et leurs immenses possibilités.

Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

mardi 8 août 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : STRANGE IS NORMAL, Colin Wilson






Documentaire - Strange is Normal: The Amazing Life of Colin Wilson (Reality Films UK, 2010, par Philippe Gardinier et Dennis Price). (Chronique de George Ward © sur colinwilsonworld traduite par Philippe Marlin)

Pendant un demi-siècle, Wilson a été l'une des figures principales du panthéon de la science et de la philosophie « alternatives », un pionnier intrépide dans les études de la conscience, ainsi que l'un de nos romanciers, critiques et théoriciens littéraires les plus novateurs.
Cependant, bien que ce film reconnaisse la valeur de Wilson et constitue une introduction utile à ses idées, il présente malheureusement de sérieuses lacunes. De manière curieuse, s’il traite des moments clés et des points marquants de la longue vie de Wilson, il met beaucoup trop d'accent sur les célébrités qu'il a rencontrés au cours de sa carrière au détriment d’une analyse en profondeur de ses travaux. Il y a ici un contre-sens fondamental. Wilson ne s’est jamais intéressé à la célébrité et ne l’a jamais recherchée.
De même, l'entrevue finale de cinq minutes avec Joy Wilson ne pose pas la question cruciale attendue par tous : Qu’est-ce que ça représente pour vous d’avoir vécu 50 ans avec cet homme ? Au lieu de cela, nous avons droit à une batterie d’interrogations sur les personnes en vogue qu'elle a croisées.
Je pense que le problème réside dans l'approche plutôt légère et timide de Dennis Price pour conduire l’interview alors qu’une attitude plus rigoureuse, ou tout simplement plus journalistique, aurait permis de tirer plus de substance de l’écrivain.
Par exemple, l’« existentialisme » n'est pas mentionné, bien que la couverture du livre de Wilson de 1966, Introduction au nouvel existentialisme, apparaisse dans le film (avec des images de nombreux autres titres de Wilson). C'est une lacune majeure, car ce «nouvel existentialisme» reste, depuis sa formulation il y a un demi-siècle, un grand défi pour la philosophie occidentale.

L’essentiel du film est une entrevue en face à face avec Wilson à son domicile à Gorran Haven, à Cornwall, entrecoupée de séquences offrant une visite guidée (caméra à la main) de ses bibliothèques qui contiennent des dizaines de milliers de livres et qui débordent dans un jardin qui ressemble à une jungle. Le moment le plus fort est certainement le balayage des thématiques de Wilson explorées dans au moins 120 livres, avec pour toile de fond sa profonde conviction que l'humanité est sur le point de réaliser un bond en avant, eu égard au potentiel inexploité de l'esprit et au pouvoir de l’imagination. Sont également abordées les thématiques des NDE et des phénomènes parapsychologiques.

   
Wilson parle encore de ses études sur les tueurs en série et de sa correspondance de 10 ans avec le meurtrier des Maures Ian Brady ; il évoque sa critique des grandes figures littéraires, le but de l'univers dans lequel il voit une intelligence sous-jacente et le fait que nos esprits peuvent influencer notre destinée.
Nous l’écoutons évoquer sa vie à Leicester, son « glissement » de la science à la littérature, sa fascination adolescente pour le suicide jusqu’à ce qu’il se rende compte que c'était de plus de vie qu'il avait besoin et pas de moins, son passage dans la RAF, son premier mariage, le préjudice médiatique qui a frappé avec force la publication de Religion et Rebel, les conséquences du succès de The Outsider et comment il a toujours senti qu'il avait « nagé contre le courant » de la pensée dominante
 Il raconte son association avec le psychologue existentiel américain Abraham Maslow dans les années 1960 et son enquête de quatre décennies sur « les expériences de pointe » - ce moment où la perception fait place à des visions ineffables d'une réalité supérieure – et qui sont la clé de notre développement évolutif.

 Le titre du film, pour sympathique qu’il soit, ne reflète que très partiellement la riche aventure intellectuelle de Wilson : comment il a été impliqué dans le mouvement des « jeunes hommes en colère » des années 1950, ou de ses explorations des civilisations anciennes certainement beaucoup plus avancées intellectuellement et technologiquement que ce que nous offre la science conventionnelle.

SERGE LE GUYADER A VILLENEUSE-SUR-LOT


lundi 7 août 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE SACRE DE LA NUIT, Colin Wilson





Roman – Le Sacre de la Nuit (1960, Ritual in the Dark ; Gallimard, 1962).
Premier roman de Colin Wilson et première apparition de son personnage fétiche, Gérard Sorme, mais aussi première incursion de l’auteur dans le domaine du crime, thématique qu’il cultivera avec fascination tout au long de son œuvre. Gérard Sorme est un jeune écrivain pauvre, passionnément en quête d'une vérité intérieure qui rejoindrait, au-delà d'inaccessibles dimensions, une certaine vérité du monde, une vérité de l'homme placé face au monde actuel en train de se défaire. Bref un « Outsider » qui va faire connaissance, lors d’une exposition sur Ninjiski[1], d’Austin Nunne, un jeune homosexuel qui gère péniblement une oisiveté fortunée dans un Londres marqué par une nouvelle épidémie de meurtres à Whitechapel. L’écrivain tombe sous le charme de ce personnage qui, comme lui est un grand paumé à la recherche d’un sens à la vie. Mais cette amitié cache une recherche dévorante, celle de la part d’ombre qui fait tout le mystère du jeune dilettante. Gérard Sorme pénétrera progressivement dans l’univers social d’Austin, se liant avec un prêtre psychologue, un jeune peintre tourmenté par les petites filles, une quadragénaire de tante de la race des vierges de glace, une adorable jeune cousine qui tombera éperdument amoureuse de lui. Chacun d'eux, sans le savoir ni le vouloir, à l'aide de très légers déplacements dans le temps et l'espace (mots, signes, silences) permet peu à peu à Gérard Sorme de resserrer toujours davantage le réseau de ses présomptions. Et soudain, l'évidence éclate : Austin Nunne s'est réalisé lui-même dans le sadisme, Austin Nunne n'est autre que le monstrueux criminel poursuivi.
Et le roman, dont la fin n'est pas une fin comme dans toute réalité, marque pour le héros un émouvant instant de pause comme si, très mystérieusement, il venait de découvrir enfin que sa propre angoisse trouvait sens et définition dans le destin ambivalent et destructeur de son ami, son double.


Livres imaginaires
Les titres ne sont pas donnés, mais on apprend que Austin Nunne a publié deux ouvrages, l’un sur la danse, l’autre, sous forme de plaquette, sur Nijinski.


[1] Vaslav Fomitch Nijinski (en russe : Вацлав Фомич Нижинский, Vaclav Fomič Nižinskij ; en polonais : Wacław Niżyński), aussi retranscrit Vaclav Nijinsky ou Vatslav Nizhinski, né à Kiev le mars 18891 et décédé le avril 1950 à Londres, est un danseur et chorégraphe russe d'origine polonaise.
Nijinski est aussi l'auteur d'un système de notation de la danse qu'il inventa pour son usage personnel. Grâce aux recherches de spécialistes, on a pu reconstituer fidèlement certaines de ses chorégraphies, dont L'Après-midi d'un faune et une partie du Sacre du printemps.

PSYCHOSE A ARKHAM DANS LA LETTRE DU CROCODILE






Psychose à Arkham de Patrice Allart, Editions L’œil du Sphinx.
L’influence de H.P. Lovecraft est considérable, littérature, cinéma, jeux de rôle et même initiation. De très nombreux écrivains baignèrent, plus ou moins, dans le monde lovecraftien et se nourrirent de l’œuvre du maître. Parmi eux, Patrice Allart a choisi Robert Bloch et Ramsey Campbell, au départ très proches de Lovecraft, qui, avec talent, ont su explorer de nouvelles dimensions.
         
Robert Bloch est notamment l’auteur du livre Psychose, publié en 1959 et adapté au cinéma par Alfred Hitchcock.
« Psychose, précise Patrice Allart, est aussi éloigné de Lovecraft qu’un roman de terreur moderne peut l’être. Pourtant, son auteur, fut, à ses débuts en 1934, un des nombreux serviteurs du Mythe de Cthulhu, un de ceux pastichant Lovecraft sans vergogne, sans le style d’un Howard ou d’un Smith. »
Pourtant, encouragé par Lovecraft lui-même, pas à pas Robert Bloch devait devenir plus tard un excellent auteur, explorant « une science-fiction plus légère ou plus classique, les archétypes de l’épouvante gothique, des enquêtes policières (…) et bien sur des thrillers… ».

Ramsey Campbell publia son premier roman alors qu’il avait trente ans mais, tout comme Bloch, il participa au mouvement de revues, florissant à l’époque, à travers de nombreuses nouvelles. Lui aussi pasticha Lovecraft avant de prendre son envol et devenir « un des écrivains les plus doués et le splus respectés de sa génération, lauréat de nombreux prix.
Robert Bloch et Ramsey Campbell passèrent tous les deux de « l’horreur cosmique » à « l’horreur humaine ».
« C’est, dit Patrice Allart, à ces deux parcours atypiques parmi les disciples de HPL que ce livre s’intéresse, à leur itinéraire depuis les espaces lovecraftiens jusqu’aux ruelles ténébreuses, deux itinéraires débouchant dans énormément d’endroits fantastiques et très différents. »

L’ouvrage en deux parties, l’une pour chaque auteur, grouille d’informations et reconstitue les parcours personnels et littéraires de Bloch et Campbell. Le grand intérêt de l’ouvrage est sans doute de restituer la vie littéraire de l’époque alors que la littérature de presse est florissante, vivante, extrêmement dynamique grâce aux nombreuses revues bon marché vendues en kiosque. Parmi elles, Patrice Allart attire notre attention sur Weird Tales, « le magazine unique », spécialisé dans l’horreur, « du fantastique gothique, de la science-fiction horrifique ou du policier le plus macabre ». Cette revue publia notamment Lovecraft.
Un deuxième intérêt du livre est la découverte de la maturation du processus d’écriture chez deux auteurs atypiques. Nous les voyons passer de l’imitation à l’invention, se construire progressivement comme auteur, développer leurs talents en se nourrissant de celui de Lovecraft mais aussi d’autres auteurs. L’écriture n’est jamais totalement distante de la vie de l’auteur mais aussi des événements sociaux qu’il traverse. A travers l’horreur, cosmique ou humaine, ces auteurs interrogent leur époque ou traitent à leur manière des grandes questions qui tr   aversent la littérature, qu’elle soit classique ou populaire.
La fin de l’ouvrage propose une bibliographie très détaillée et une filmographie de nos deux auteurs.

Ce travail considérable de Patrice Allart intéressera non seulement les amoureux du genre mais aussi tous ceux qui se passionnent pour la littérature populaire en général. En effet, en suivant les deux auteurs au fil du temps et de leurs création, le lecteur est pris dans deux dynamiques créatrices différentes mais qui reflètent parfois les mêmes préoccupations.
Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France. www.oeildusphinx.com

jeudi 3 août 2017

LOVECRAFT AU MEXIQUE LE 19 AOÛT (Monterrey, Nuevo León)


LES CHRONIQUES D'EL'BIB : SOHO, À LA DÉRIVE, Colin Wilson

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Roman – Soho, à la dérive (1961, Adrift in Soho ; Gallimard, 1964)

Dans son autobiographie, Dreaming to Some Purpose (2004), Wilson a expliqué que le roman avait débuté comme une collaboration avec un ancien ami de Soho appelé Charles Belchier, autrement connu sous le nom de Charles Russell, un acteur de bohême qui avait participé à un film sur le Titanic, A Night to Remember (1958) :
« Nous n'avions pas été amis proches lors de mon passage à Soho, car Charles, comme tant d'acteurs, n'avait rien d’un intellectuel, alors nous n'avions que peu de choses à nous dire. Mais après que The Outsider soit sorti, il m'a contacté et est venu pour nous rejoindre à plusieurs reprises. Et il m'a demandé de trouver un éditeur pour un livre autobiographique inachevé intitulé The Other Side of Town.
Dès que je l'ai lu, j'ai vu qu'il était impubliable dans sa forme actuelle, c'était trop court, et ne proposait aucun développement. Mais le fragment m'a fasciné…Pendant environ une semaine, j'ai essayé de le réécrire comme un roman, puis je me suis aperçu que je ne pouvais pas composer avec les yeux de Charles, et qu’il fallait que je m’y mette directement. Donc, cela s'est transformé en une histoire sur un jeune provincial qui, comme moi, avait travaillé pour la Navy afin d'éviter le travail de bureau, puis qui va à Londres à la recherche d'une vie plus intéressante. Belchier a vendu £ 100 son manuscrit et il a été convenu qu'il devrait recevoir un petit pourcentage des droits d’auteur. Lorsqu'il a été interviewé par le Sunday Express le 10 septembre 1961, il a déclaré : « Cela ne me dérange pas. À l'origine, j'ai envoyé mon livre à Colin pour qu'il fasse une préface. J'allais le vendre. Mais il a dit qu'il aimerait le réécrire et je fus d'accord. L'argent aurait été utile, mais je suis un bohème et je veux la liberté plus que tout autre chose. » » 

 

 

Le résultat est un petit récit intimiste qui aurait aussi pu s’intituler Jours tranquilles à Soho. Le personnage principal, le jeune Harry Preston, quitte sa cité industrieuse de Nottingham pour « monter » à Londres, avec le vague espoir de devenir écrivain. Il trimballe sa curiosité naïve dans les rues de Soho, zappant de bars en pubs, de chambres miteuses en squats, en compagnie de rencontres de passage hautes en couleur : peintres en mal de reconnaissance, nymphomanes envahissantes, acteurs de seconde zone ou libraires véreux. Il finira par atterrir dans une maison semi délabrée de Notting Hill où vit une communauté à laquelle il s’intégrera bien que mal. Il fera équipe avec Doreen, une jeune fille de bonne famille voulant elle aussi goûter aux charmes de la vie d’artiste. C’est bien écrit, se veut une ode à la liberté, mais reste plus un témoignage amusant qu’un véritable roman.



Une nuit avec les beatniks est le titre d’un article paru dans le Sunday Dispatch du 15 janvier 1961. Selon la bibliographie de Colin Stanley The Ultimate Colin Wilson, Wilson a passé une nuit dans une communauté de Beat à Londres dans le cadre de la recherche pour son roman Adrift in Soho. L'article a été discuté à la Chambre des Lords où un parlementaire a estimé que les références aux drogues pourraient inciter des esprits fragiles à commettre des infractions. L'article a été transmis au Directeur des Poursuites Publiques qui a estimé qu'il n'y avait pas suffisamment de motifs ouvrir un dossier.