Chez le Bibliothécaire

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jeudi 19 avril 2018

BIENTÔT A L'IMI

Conférence de Pierre Uzan:
"Approches quantiques de la conscience "
Le vendredi 27 avril 2018, de 19h30 à 21h30, au siège de l'IMI

    
Présentation 
Comme en son temps le magnétisme puis ensuite les découvertes scientifiques qui se succédèrent à vitesse grandissante, les rayons X, les ondes électromagnétiques, etc., la physique quantique ouvre à de nouvelles voies explicatives des phénomènes exceptionnels du Psi…
Mais, hélas, à nouveau ses théories profondément complexes sont manipulées souvent à tort et à travers par des gens qui ne connaissent de l’une, la théorie quantique, que quelques articles de vulgarisation, et de l’autre, le PSI et tout ce qu’il implique, dont la conscience, que peu de choses également…
C’est pourquoi nous avons tenu à inviter un spécialiste de ces deux branches dont le riche mais  très abrégé Curriculum vitae plus bas vous convaincra certainement de la qualité de son intervention.



La conférence :
La physique quantique peut-elle contribuer à expliquer le mystère de la conscience ?
En effet, la compréhension du phénomène de la conscience se heurte, depuis de nombreuses années à deux difficultés majeures :
-d’une part, comment rendre compte du fait que plusieurs régions du cerveau, pourtant éloignées les unes des autres, parviennent, apparemment de manière inexplicable, à se synchroniser pour aboutir à la construction de ce que l’on appelle des percepts conscients.
Nous montrerons que certains modèles, utilisant une propriété fondamentale de la théorie quantique des champs, peuvent contribuer à expliquer ce phénomène.
-d’autre part, et sur un plan plus conceptuel, comment rendre compte du fossé explicatif qui existe entre l’expérience subjective d’un sujet, à savoir ce qu’il peut ressentir en lui, d’une manière en quelque sorte privée, et les corrélats neurophysiologiques que la science peut décrire de manière objective, en observant son cerveau de l’extérieur.
Là encore, nous pourrons voir que certaines approches développées dans le cadre d’une théorie quantique généralisée peuvent permettre de surmonter ce fossé explicatif.


Le conférencier :
Membre du Laboratoire SPHERE, Histoire et Philosophie des sciences, Université Paris-Diderot, CNRS (UMR 7219), Professeur de physique à la Fondation Santé des étudiants de France, Habilité à diriger des recherches en Philosophie des sciences…
Ses sujets de recherche principaux sont : Philosophie de l’esprit. Corrélations psychophysiques et intrication généralisée. Application des concepts de complémentarité et d’intrication à la psychophysique. Modèles quantiques des phénomènes psychosomatiques. Théorie informationnelle du temps.

Parmi ses ouvrages citons :
  • Conscience et Physique quantique, Vrin, coll. Mathesis (2013).
  • Vers une logique du temps sémantique. Irréversibilité. Mesure quantique et Processus de la Représentation. Presses Universitaires du Septentrion (1999).
Informations pratiques :

IMI
51 rue de l'aqueduc
75010 PARIS
Métros : Saint Stalingrad ou Louis Blanc.
de 19H30 à 21h30
Accueil à partir de 19H
Tarif 15 euros et 12 euros pour les adhérents A-IMI à jour de leur cotisation.
Les places étant strictement limitées, il vous est conseillé de vous inscrire dès aujourd'hui.
Par ce lien :
http://www.metapsychique.org/event/conference-de-pierre-uzan/
Ou en écrivant au secrétariat de l'IMI à
métapsychique@gmail.com

* toute réservation payée et non annulée 24 H au moins avant est due
* Toute réservation non préréglée et non honorée au moins un quart d'heure avant le début d'une conférence, soit ici 19H15 libérera la place
*Les personnes n'ayant pas réservé ne pourront être accueillie que si après ce délai, il reste des places disponibles dans la salle.

mardi 10 avril 2018

BERDER EN LIMOUSIN 2018





Bonjour à tous,
Voici un premier message concernant LES RENCONTRES DE BERDER (en Limousin).
Le programme définitif vous sera envoyé ultérieurement,
mais j'aimerai savoir d'ores et déjà, si vous pensez venir vous joindre à nous afin de prévoir l'hébergement et les réservations.
Comme beaucoup d'entre vous le savent , le château ne dispose que de 50 lits, en chambres de 2 à 5 lits.
Le séjour s'étale comme les années passées du jeudi 7 JUIN au soir au dimanche 10 JUIN après le repas.
Une journée complète (2 repas, une nuit et petit déjeuner) vous sera  facturée 48 €,
Les 3 jours : 144 €
Un repas : 15 €.

Pouvez-vous m'indiquer quelle sera  votre présence :
- Quel jour, nuit, repas
- Ou si vous souhaitez n'assister qu'aux conférences.


Rappel sur le contenu du programme : Le sujet : LE TEMPS

Le vendredi :
Jean-Christophe Pichon : Ouverture des 14èmes Rencontres de Berder - Présentation du « jeu de la figuration de la machine »
Lauric Guillaud : Le retour de l’Arkhè
Georges Bertin : Le Carnaval ou le Temps à l’envers au Moyen-Âge
Julien Pichon : La question du Temps en physique

Jean-Christophe Pichon : L’Avant-dernier Livre

Silvanie Maghe : Une machine à partir de deux nouvelles d'Edgar Poe en liaison avec Jean Charles Pichon

Le jeu de la figuration de la machine


Le samedi : 
Philippe Marlin : La Régression en littérature
Jean-Charles de Oliveira : Les machines anachroniques

Julie Cloarec-Michaud : Le Temps chez Christopher Nolan : Inception et Interstellar
Jocelyn Morisson : L’Ultime convergence, de la science à la spiritualité laïque
Table ronde : L’origine et le Temps - (participants : Philippe Marlin, Lauric Guillaud, Julien Pichon ; Modérateur : Jean-Christophe Pichon)


Le dimanche :
Emmanuel Thibaud : L’être et le Temps subjectif
Bernard Pinet : De Temps à autre…
Julien Debenat : la frise du Temps (suite)
Chantal Narceau : Clôture

Avec mes remerciements et le plaisir de vous voir

Marie Chantal Narceau
06 81 15 81 99 / 05 55 32 23 31




Marie Chantal Narceau

lundi 9 avril 2018

GENEVIÈVE BEDUNEAU DANS LA LUMIÈRE PASCALE

À LA MÉMOIRE DE GENEVIÈVE BEDUNEAU

(1947-2018)




N’est point mort qui peut éternellement gésir,
Au cours des temps, la mort même peut mourir.


Cette célèbre citation du Necronomicon s’applique parfaitement à notre amie Geneviève. Sa colossale contribution aux nombreux domaines de la culture de marge est par définition impérissable et l’Association l’Œil du Sphinx, qu’elle avait désignée par testament comme légataire de son œuvre, jouera à l’évidence son rôle de préservation et de promotion.

Succomber d’une crise cardiaque sur un quai de métro le 4 avril, dans la galère des grèves parisiennes, est un abominable coup du sort, d'autant plus qu' elle allait enfin, dans les jours qui suivaient, emménager dans un nouvel appartement. La mobilisation de ses nombreux amis pour cette opération de « relogement » a été ici exemplaire ; je pense notamment à Bernard Fontaine et à Emmanuel Thibault.


J’ai rencontré Geneviève à la fin des années 90 dans les univers virtuels, ceux de forums « spécialisés » dans l’affaire de Rennes-le-Château. Elle intervenait sous le pseudo d’Yragaëlle et j’étais véritablement soufflé par sa connaissance du dossier et par ses éclairages à la fois historiques et mythologiques1. Nous ne tarderons pas à nouer contact « en vrai » et Geneviève commencera à fréquenter les diverses manifestations de l’ODS. On la voit ainsi participer au Congrès Fortéen de 2008 avant d’intervenir dans ce même cadre, en 2010, sur « Julius Obsequens, un proto-fortéen romain ». Elle adhérera en 2009 à l’association dont elle deviendra rapidement coadministratrice. Son intelligence pétillante et sa gentillesse lumineuse ponctueront nos réunions trimestrielles auxquelles elle ne venait jamais les mains vides (ah le fromage de Geneviève !).


Geneviève était d’une extrême discrétion sur sa vie passée. Elle se définissait elle-même sur son blog (http://reflexsurtempscourants.blogspot.fr/)  comme chercheuse « hors institution ». Ancienne élève de l'EPHE (École Pratique des Hautes Études), titulaire d’une maîtrise de Philosophie de la connaissance à Paris X Nanterre et d'un doctorat de théologie orthodoxe (étude comparative des expériences visionnaires relatées dans les vies de saints mérovingiens et les témoignages similaires de notre époque), elle a longtemps enseigné à l'Institut Français de Théologie Orthodoxe de Paris (Histoire des Églises). Malgré ce bagage brillant, Geneviève n'a pas eu la vie facile et a terminé son cursus comme téléopératrice (à temps partiel) dans un institut de sondage, mais toujours très digne, parfois presque trop : « je ne veux pas être assistée, car je veux continuer à me regarder dans la glace.

Elle dirigeait, pour le compte de L’Œil du Sphinx, la revue Historia Occultae dont elle venait de me remettre les épreuves du numéro 9.


Nos relations sur ces dix dernières années ont été tellement riches qu’il est impossible de les résumer. Elle était et avait été partout… arpentant les Terres de l’Ailleurs à la lumière d’une curiosité inépuisable, d’un solide bon sens et d’une chaleur humaine communicative. On la retrouve dans le fandom de science-fiction des années 80/90 2 ainsi que dans les milieux ésotériques de marge de la même époque. Elle flirtera alors avec la kabbale, le thélèmisme, l’alchimie et surtout l’astrologie qui était sa véritable passion. Elle fut aussi un des piliers discrets de la recherche ufologique, arpentant les couloirs d’improbables conventions en compagnie d’amis comme Gildas Bourdais, Bertrand Méheust3, puis Richard D. Nolane ou Thibaut Canuti. Elle était restée très branchée sur cette problématique, devenant l’une des contributrices phare4 de la liste de diffusion ufologique sur internet, « Magonie ». Lors d’un voyage dans les Ardennes le mois dernier, elle nous avait résumé ses fortes convictions en la matière : Ils existent, leur existence est physique même s’ils défient les lois de ladite physique, Ils se comportent de façon intelligente, Ils ont une intentionnalité…
Nous sillonnerons ensemble les chemins de la Colline Envoûtée, autre fascination déjà évoquée. Ses interventions aux nombreux Colloques et Conférences que nous avons organisés ne se comptent plus, passant avec aisance de Poussin à Boudet, de Plantard à la géographie sacrée du Haut Razès en faisant un crochet par Saint-Paul du Fenouillet et à son abbé Grassaud. Mais son plus grand plaisir était de participer aux festivités autour d’une table avec les nombreux amis qu’elle s’était faits dans les douces couleurs castelrennaises. Je pense à Charly Samson, Pierre et Josette Cormery, Lauric Guillaud, Hugo Soder, Octonovo et bien d’autres. L’appareil photo toujours en bandoulière, elle immortalisera -car elle avait du talent- les curiosités innombrables de cette belle région de Rennes-le-Château.


Geneviève rejoindra en 2015 l’association Portes de Thélème avec laquelle l’ODS avait noué un partenariat. Une association centrée sur les travaux du métaphysicien Jean-Charles Pichon, qui tient son congrès annuel dans un château de la région de Limoges. Elle enrichira considérablement les travaux du groupe par ses compétences très pointues sur la Mythologie et les Cycles. Elle élargira, une fois de plus, le cercle de ses amis, fascinés par ce petit bout de femme qui plantait sa tente dans le parc du château « pour ne déranger personne ».





A l’instigation de Thibaut Canuti, responsable de la Médiathèque de Charleville-Mézières et ufologue déjà cité, elle deviendra membre permanent du groupe organisant tous les mois de septembre Le Salon des Littératures Maudites. Elle s’était inscrite pour la session 2018 avec une contribution sur « le petit peuple ». Proche de Thibaut, elle envisageait du reste de s’installer un jour dans les Ardennes. Elle avait envoyé à son ami, quelques jours avant sa mort, sa postface au nouveau livre d’ufologie qu’il s’apprête à publier.

On l’aura compris, Geneviève était « dévorée » par la recherche sur les grands mystères de l’univers et sur les arcanes de l’histoire. Le recensement de ses publications reste à faire, et ce ne sera pas chose commode, car elle essaimait ses écrits sur des floppy disks, des disquettes, des cartouches, supports aujourd’hui devenus archéologiques, avant de découvrir la clef USB ! Parmi ses dernières publications, citons, écrits en collaboration avec de nombreux amis dont Bernard Fontaine, Les Illuminati, l’Histoire Secrète Mondiale ; Des Sociétés Secrètes au Paranormal ou encore Mystères et Merveilles de l’Histoire de France (J’Ai Lu). Elle avait également traduit en français le « testament ufologique » de Jacques Vallée, Science Interdite (Aldane) et consacré deux gros ouvrages de compilation au philosophe Aimé Michel (La Clarté au cœur du Labyrinthe et L’Apocalypse Molle, Aldane). Elle venait de terminer, avec notamment Bernard Fontaine et Emmanuel Thibault, un nouvel ouvrage de réflexions ésotériques sur la société actuelle. Elle avait encore ouvert un chantier sur Pierre Plantard, cherchant à démontrer comment il avait été manipulé dans l’affaire du Prieuré de Sion bien connue à Rennes-le-Château.


Geneviève n’en était pas moins un personnage controversé, en raison du caractère trempé de ses positions politico-sociales qui avaient largement évolué tout au long de sa vie et de ses recherches, mais toujours fondé sur la connaissance et le respect de la vie et d'autrui. Pour paraphraser son amie Catherine Mortière, il n'y a vraiment que les imbéciles qui ne pouvaient pas le comprendre. Sa sensibilité s’épanouissait surtout dans une spiritualité profonde, celle de la religion orthodoxe. Elle était un des piliers de sa petite paroisse de banlieue et se réjouissait, ce dernier samedi, de participer à la Fête des Lumières de la Pâque.


C’est maintenant toi qui est partie rejoindre la Lumière, ma chère Geneviève. Nous ne t’oublierons jamais et nous n’avons pas fini de mesurer l’ampleur du vide que tu nous laisses.


Philippe Marlin

Dimanche 8 avril 2018,

En ce jour de la Pâque Orthodoxe



1 Dans le cadre de notre « devoir de mémoire », il y a là de toute évidence une mine à remettre au jour.
2 Nous préparons à l’ODS un recueil de ses premiers écrits dans le domaine de l’imaginaire, piloté par Emmanuel Thibault. Nous remercions ici les « 42 », collectionneurs devant l’éternel, qui nous ont permis de retrouver des publications improbables.
3 Elle préparait, pour le compte de l’ODS, un recueil des premiers articles ufologiques de Bertrand Méheust.
4 Même remarque qu’en (1).

vendredi 6 avril 2018

GENEVIÈVE BEDUNEAU, RIP



J'ai l'immense tristesse de vous faire part du décès de Geneviève Beduneau, une amie très chère au cœur de tous ceux qui l'ont connue. Elle est partie cet après-midi, terrassée par une crise cardiaque dans le métro, à la veille des fêtes de la Pâque Orthodoxe auxquelles elle se réjouissait d'apporter sa lumière
RIP Geneviève

mercredi 28 mars 2018

LE LIVRE, H.P. Lovecraft







Au grenier, la fenêtre vibra, presque imperceptiblement.
Ces trois textes ont été refondus sous forme d’une petite nouvelle en 1934.

mardi 27 mars 2018

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : SUR LES TRACES DE LOVECRAFT, tome II





Sur les traces de Lovecraft, T2, Nestiveqnen 2018

Le filon du pastiche est inépuisable

Arkham

Hugo Jalurid, dans Magda, nous entraîne dans une communauté repliée sur elle-même dans la région d’Arkham, au bord de la Miskatonic. Magda vit recluse, enfermée dans sa chambre car rejetée par ses parents car elle n’a pas subi « la transformation » à la fin de sa période de croissance. L’absence de strie sur son cou la font classer dans la catégorie des monstres. Elle n’a comme seul contact que sa mère qui lui fait passer sa nourriture par un passe-plat. Un jour, elle réussit à s’enfuir par la fenêtre, mais sera vite repérée par une voisine. De retour dans sa chambre, elle entendra ses parents en conciliabule avant de se rendre à une réunion du Temple. De retour, sa mère tentera de la poignarder en exécution de la peine de mort prononcée à son encontre par les autorités. Elle parviendra à nouveau à s’échapper et sera réupérée par une brave fermière des environs.

Art fantastique

Jolie fiction que Mouvement d’Ambroise Garel. Un jeune peintre se lie d’amitié avec son voisin, un vieil homme qui possède un duplex luxueux dont les murs sont ornés d’une foultitude de tableaux animaliers, plus vrais que nature. Le propriétaire explique que ce sont les œuvres de son fils, hélas disparu. Il lui offre une des pièces représentant une mésange. L’artiste étudie attentivement la composition et constate qu’elle est le fruit d’un dessein au trait continu. Il s’exerce à cette technique, mais sans vraiment réussir à égaler l’original. Un soir, il pénètre dans l’appartement et monte les escaliers ornés de représentations monstrueuses dont l’humanité n’est plus qu’une étincelle. Il pénètre dans une chambre restée éclairée et découvre une créature abjecte en train de dessiner l’Ultime. Hurlant de terreur, il se jettera par la fenêtre.

Cthulhu

Alain Delbe nous donne, avec La Vérité sur Alexis Chandhor une petite perle dont il a le secret. Le narrateur retrouve dans les papiers de son grand père, Floréal Delbe, un dossier sur Alexis Chandhor, talentueux écrivain d’horreur qui a péri en 1921 dans l’incendie de son appartement. Or le dit grand père a vécu longtemps sans le savoir sur le même palier que l’écrivain, Chandhor étant le pseudo du locataire appelé Octave Barillet. Les deux hommes sympathiseront mais l’écrivain ne recevra jamais chez lui son voisin, prétextant qu’il ne fallait pas perturber son « ambiance » d’écriture. Floréal remarquera quelques bizarreries dans son comportement : il écume les poissonneries du quartier pour s’approvisionner quotidiennement, il retrouve dans sa poubelle des messages faisant état de protections occultes…. Profitant de la courte absence de son voisin parti chercher le courrier en laissant sa porte entrouverte, Floréal fera une visite éclair chez Barillet et apercevra dans une chambre une abominable créature marine en train d’écrire avec un tentacule.
On retrouvera, après l’incendie, Cthulhu engoncé dans une large redingote, dans le train pour Dunkerque où il rejoindra la mer. Alain Delbe fait remarquer que la nouvelle de Lovecraft, L’Appel de Cthulhu est postérieure à ces événements (1926) et se demande si l’écrivain de Providence n’a pas lui aussi contraint le Seigneur de R’Lyeh à l’écriture forcée !

Ce qui marche au fond du Pacifique de Béryl Asterell est une nouvelle de facture classique, plutôt bien troussée. Elle nous relate l’expédition d’un navire océanographique dans la région de Fukushima, à la recherche de l’épave d’un navire disparu lors de la catastrophe de 2011. Ce dernier avait été affrété par un riche mécène, Claude Balfour, passionné d’archéologie sous-marine et de monstres marins. On remontera de l’épave un coffret contenant divers papiers dans lesquels il est fait allusion aux Soggoths, à Nodens, à la mission Dyer-Pabodie en Antarctique, au Culte des Goules et au Necronomicon. On devine la suite : une terrible tempête et une créature monstrueuse lançant ses tentacules pour couler le bateau.

Innsmouth

Tout est dans le titre L’Appel des Eaux de la nouvelle de Cancereugène. Après un accident de voiture, un jeune homme se retrouve paralysé des jambes et vit « surcouvé » par une famille inquiète. Sa chambre se transforme la nuit, entre l’heure de son accident et celle de sa reprise de conscience : tout devient vert, humide et malodorant. Il s’enfuira de sa maison de rééducation où il vient d’être placé, constatant que des branchies se développent dans son cou, et ira se jeter dans la rivière pour retrouver l’océan et LES rejoindre.

Frédérique Sevel nous conte, dans La Famille, l’histoire de Walter Sanders, de Kingsport, qui sauve de la noyade l’un de ses condisciples de l’Université de Miskatonic, Arthur Paul Grant. Ce dernier s’est fait agresser par des malfrats qui voulaient s’emparer de son sac. Il montrera à son sauveur le trésor qu’il contient, un exemplaire très rare du De Vermis Misteriis. Il est passionné par la survivance de cultes anciens maritimes et mène ses recherches sous l’autorité du Dr. Armitage. Ils arpentent la région, à la recherche d’indices et visitent la cité désertée d’Innsmouth. Puis, lors d’une exploration hasardeuse, ils tombent dans un trou et se retrouvent dans une grotte semi immergée. D’étranges personnages hommes-batraciens se manifestent et semblent bien connaître Walter. Celui-ci finira par admettre qu’il est de la race des Profonds mais que sa mutation est à peine entamée. Arthur, atteint d’un asthme aigu, succombera lors du retour à la surface. Lors d’une visite chez Arthur pour nettoyer son appartement, il découvrira que son ami collaborait avec la police locale pour éradiquer les derniers Profonds. En sa mémoire, il acceptera de prendre sa suite avec l’aide d’Armitage ;

Livres Maudits

Raf(a)les de Wilfried Renaut nous conte l’histoire d’Avel qui vit en reclus dans son cabinet de curiosités avec pour compagnon un vieux livre que lui a confié son grand-père. Les pages de l’ouvrage sont désespérément blanches et rien ne permet d’y écrire. Pour des raisons mystérieuses, l’appartement d’Alev sera balayé par une tornade alors qu’une voix lui assène : Vénère-moi ou péris dans ton trou !  Il sera sauvé (on suppose) grâce au livre et le tout se terminera par la reprise du poème Azathoth de Lovecraft. Un récit confus.

Le Bal des Ombres d'Alexandre Baron est un récit qui s’inspire fidèlement du « canon ». Jacob Clyne, un jeune chercheur en histoire ancienne de l’université de Providence, se rend à la bibliothèque de Miskatonic dont il a appris qu’elle venait de faire l’acquisition d’un exemplaire du Culte des Goules. Il croit avoir trouvé une explication aux affaires « Dexter Ward » et « Dunwich » et a besoin de consulter certains grimoires afin de conforter son opinion. La Bibliothécaire, Mme Hepstein, se montre d’abord très réticente, mais après un échange approfondi, admet qu’elle aussi fait des recherches sur le sujet et qu’elle bute en ce moment sur la compréhension de l’ouvrage du comte d’Erlette. Les deux chercheurs décident alors de s’associer et avec l’appui du Necronomicon, finissent par « casser le code des Goules » et trouver la voie d’accès à Ceux du Dehors. Mme Hepstein est tellement ravie qu’elle décide d’organiser un grand bal masqué dans son manoir d’Arkham afin de révéler à ses amis le résultat de ses recherches. Et de réunir une foule bizarroïde dont le « dress code » est « créatures du Mythe ». Une violente explosion secouera le bâtiment lorsqu’elle prononcera la formule découverte, entraînant la disparition de tous les participants à l’exception de Jacob qui était resté à l’écart. L’enquête de police piétinera mais fera admettre au rescapé qu’il a profité de la cérémonie pour dérober les livres maudits dont il est un collectionneur compulsif.

L’hôte de Marsden Hall de David Verdier frôle la caricature. Un quidam se rend chez son ami James Wilbur Arnold qui vit dans un manoir isolé. Son attitude est bizarre et il finit par lui avouer qu’il a fait l’acquisition d’une retranscription du fameux Necronomicon. On entendra bien sûr des bruits bizarres la nuit et le visiteur retrouvera son ami transformé en une monstruosité dégoûtante. Bravo l’inspi !

Sutures spatiales de Francis Thievicz est du même tonneau. Un manuscrit envoyé à Nesti qui fait part d’horreurs survenues à la lecture du livre maudit. On apprendra par une note de fin que la maison du lecteur a été détruite !

Lovecraft

Poulpe Apocalypse de Guillaume Maréchal met en parallèle un quidam qui, en 1875, va se frotter à des créatures innommables dans le quartier des Halles et un jeune reporter chargé, de nos jours, par une revue anar de faire une enquête sur un « Collectif HPL » qui organise des raves dans les catacombes. On ne sera pas déçu du voyage, truffé de clins d’œil au Maître de Providence et qui nous permet de rencontrer un grand lovecraftien devant l’éternel, Roland C. Wagner. La sauterie souterraine se terminera évidemment dans l’horreur et l’on comprend mal l’irruption de HPL himself dans le chaos final.

Maison Maudite

Jeff Gautier nous propose avec La Maison des Damnés un pastiche bien ficelé qui n’es pas sans rappeler les textes d’August Derleth des années 40/50. Un jeune notaire, Charles Lequestac, est chargé de faire l’inventaire de la demeure d’un de ses clients, journaliste, mystérieusement disparu. Faute de descendance, la maison revient à la municipalité qui veut la transformer en établissement pour enfants gravement déficients. Il découvre un bureau envahi de papiers attestant que le propriétaire se livrait à des recherches bizarres sur des cultes anciens. Il possédait de redoutables manuscrits comme les Unaussprechlichen Kulten de Von Juntz. Le journaliste a fait du reste une visite au bord de la côte et a rencontré un « fou » dont il a brûlé la maison. Il en est revenu passablement dérangé.
Le notaire est pressé de boucler la succession par une Demoiselle Adèle, personne mystérieuse qui prendra la responsabilité du futur établissement. Mais il doit au préalable prendre contact avec le Pr Guttin de l’École des Chartres, ayant retrouvé dans le bureau un paquet qui lui était destiné. Le savant sera fort intéressé par l’ensemble de notes qu’il contient et fera une visite « décryptage » de la bâtisse, mettant en évidence de nombreux symboles ésotériques laissant supposer un chemin initiatique qui conduit au passage d’une porte. Il partira avec les manuscrits maudits que lui confie volontiers l’homme de loi.
Plusieurs mois après le notaire fera une visite discrète près du manoir, apercevant les enfants exécuter des danses bizarres autour de la directrice. Adèle contactera son étude, lui demandant de venir suite à une découverte étrange faite dans la maison. On ne reverra jamais Me Lequestac.

La nouvelle de Virginie Buisson-Delandre, Just dont’ask me what is was… sent le déjà lu. Une jeune executive-woman, Marine, est perturbée, dans son appartement par des bruits atroces et des cris d’enfant. Elle croise du reste un petit garçon le bras en écharpe. Elle en perd le sommeil et s’en ouvre à son amie et collègue, Vanessa. Celle-ci accepte de venir s’installer chez elle. Alors que le vacarme reprend pour Marine, Vanessa n’entend rien. On retrouvera la jeune femme hagarde, dans les sous-sols de l’immeuble, tenant dans ses bras le cadavre d’un petit garçon au bras bandé.

Miskatonic

L’Horreur des Bas-Fonds de Tepthida Hay met en scène un dilettante parisien de la fin du XIXème siècle qui part dans les bas-fonds glauques de la banlieue parisienne pour enrichir son cabinet de curiosités. Il dénichera chez une vieille marâtre un bocal contenant un fœtus portant la mention « Unidentified Miskatonic specimen » et une jolie montre gousset. Rentré chez lui, ses emplettes se mettront à tout détruire en rendant vie aux créatures conservées sur les étagères du cabinet. Il est vrai qu’à l’intérieur du couvercle de la montre était gravé « Dunwich demon ».

Belle surprise que Tertön de Jonas Lenn. Nous sommes à Providence, dans un futur proche, en compagnie du Lieutenant Llewellyn du FBI et de sa collègue, Samantha Perkins, détective à l’Agence d’Investigation sur le Paranormal. Cette agence est spécialisée dans les enquêtes relatives du Mythe de Cthulhu et possède dans un local sécurisé un Shoggoth, récupéré lors d’une précédente affaire. Il est dans un état de vie suspendue mais peut communiquer « mentalement » avec certains agents ultra-sensibles.
Notre équipe va se mettre en route pour enquêter sur la disparition d’un vieil herboriste tibétain de Providence, R’Lyeh Topo, capturé par des hommes en noir qui voulaient mettre la main sur une relique en sa possession. Les papiers retrouvés dans sa boutique seront examinés par Havana Moon Castro, une ex de Samantha, chercheuse à l’Université de Miskatonic. Le déchiffrement des documents amènera l’universitaire à constater qu’ils ont été rédigés dans la même langue que les Sept Livres Cryptiques de Hsan et que la relique contient le fœtus du fils du premier roi tibétain. Ce roi légendaire appartenait à la race des Profonds et la relique est supposée avoir des effets bénéfiques sur la longévité. Les papiers font également référence au Texte de R’Lyeh et à un livre inconnu, Le Livre des Profondeurs.
L’enquête mènera nos investigateurs sur la piste du Dr Donovan, un familier de la bibliothèque de l’Université et propriétaire d’une île flottante, « Jouvence », sorte de clinique pour clients fortunés cherchant le rajeunissement. L’herboriste tibétain y est retenu prisonnier avec sa relique. L’opération menée par le FBI se terminera par un fiasco, Donovan préférant faire sauter son île plutôt que de se rendre.

Mutations monstrueuses

Guillaume Roos a un talent évident pour instiller de façon lancinante la montée de l’horreur. Dans L’étrange affaire des Miraculés de Ferguson, il nous entraîne dans la clinique Crawford qui vient de recueillir une dizaine de rescapés d’une explosion au gaz dans la ville, manifestement consécutive à des émanations nocives venant des sous-sols. Les dits rescapés sont miraculeusement indemnes, mais vont tour à tour se transformer en une sorte de gangue vivante. Et après chaque « mutation », le directeur recevra un visiteur banal (plombier, électricien, démarcheur) portant le même nom que le transformé et tenant un discours où il est question d’horreurs cosmiques. Il fera appel à un enquêteur de son administration qui se présente sous le même nom que le dernier des mutants. Les coquilles finiront par exploser, libérant des créatures monstrueuses.

Nyarlathotep

Joli clin d’œil que nous offre Guillaume Dalaudier avec La représentation de Phyrt. Nous sommes à Frichemesnil, petit village perdu de Seine-et-Marne. Le brave Aimé rapporte à la maison un tract, faisant état d’une représentation à la salle municipale du grand magicien Anatole Phyrt (on aura compris l’anagramme). Poussé par la curiosité, et malgré l’opposition de sa femme Germaine, il se rend au spectacle. Merveilleux scientifique, visions cosmiques effrayantes, révélations ultimes, Aimé tombe sous le charme de celui qui n’est autre que Nyarlathotep. Sa femme, disciple de Nodens, attend de pied ferme son retour avec un couteau de cuisine.

Shub-Niggurath

Guillaume Biéron nous propose, avec J’étais son Dieu, un texte intéressant, mettant en scène un père divorcé qui a la garde de son fils, Luc, le week end. Et le garnement, lors du pont du 1er mai, fait une fugue. Le père fait une investigation poussée sur son ordinateur et découvre que le rejeton fréquente des milieux goths adorant d’odieuses créatures comme Shub-Niggurath. Une rave-party démoniaque est organisée durant le week end et il repère sur l’ordinateur les coordonnées GPS de la manifestation. Il se rend évidemment sur place pour récupérer le fiston. La description de la soirée est grandiose, faite de musique métal et d’invocations des Grands Anciens qui bien sûr ne manqueront pas de signaler leur présence. Il parvient à exfiltrer Luc dont les yeux n’ont plus rien d’humain !

dimanche 25 mars 2018

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE DÉMON NOIR, Robert Bloch






Le Démon noir est un recueil de nouvelles lovecraftiennes de Robert Bloch (Clancier-Guénaud, 1983).

Le secret de la Tombe (Weird Tales, Mai 1935). Un texte assez naïf, manifestement inspiré de La Tombe (Lovecraft, 1917). Un quidam reclus dans un vieux manoir vit avec un manuscrit que lui a remis son père, contenant le secret de la famille, la lignée du patriarche Jeremy Strange. Il y est question de révélations sur l’immortalité. Il passe son temps à étudier le texte, éclairé par d’autres ouvrages comme le Necronomicon, le Livre d’Eibon, la Cabala de Saboth et les Mystères du Ver. Puis un jour, il reçoit une sorte d’appel qui le conduit à pénétrer dans le caveau familial. Il ne résistera pas à l’envie de soulever le couvercle de la tombe monumentale de Jeremy Strange, découvrant l’ancêtre à moitié décomposé, mais toujours en vie. Ce dernier cherche à saisir son descendant. Mais il réussira à se dégager et à s’enfuir, mettant le feu au tombeau.

L’expérience de James Allington (Weird Tales juin 1935) est un récit très amateur, retraçant les recherches d’un sorcier contemporain, lecteur assidu du Necronomicon, des Mystères du Ver, du Culte des Goules et des Rites Noirs de Luveh-Keraph, le prêtre fou de Bast. Il est persuadé que par auto-hypnose, il peut se dédoubler et matérialiser la partie sombre de sa personnalité. Ce qu’il réalisera, libérant un monstre qui cherche à l’étriper ! On le retrouvera mort dans son bureau fermé à clef avec sur lui les empreintes d’un singe gigantesque.

Le Dieu sans visage (Weird Tales 1936) met en scène un antiquaire véreux qui organise une expédition au fin fond du désert pour récupérer une mystérieuse statuette dont parlent les indigènes avec beaucoup de crainte. L’objet sera retrouvé, dégagé de sa gangue et rapidement identifié comme étant une représentation du Dieu du Mal, Nyarlathotep. Suit une belle description du cheminement de la divinité, venue du désert pour reprendre le contrôle de l’humanité. Son nom est mentionné dans le Necronomicon, Le Livre d’Eibon et Les Mystères du Ver. L’équipe de l’antiquaire est terrorisée et parle d’une sombre malédiction. Elle quittera le camp de nuit, laissant le malfrat seul. Après une longue errance dans le désert brûlant, suivi par l’ombre du Pharaon Noir, il reviendra à son point de départ et sera « absorbé » par la créature, sa tête seule émergeant du sable alors que les vautours commencent à se manifester.

Le Démon Noir (Weird Tales, novembre 1936) est un récit émouvant mettant en scène l’auteur et Lovecraft sous le nom d’Edgar Gordon. Bloch est subjugué par les textes de Gordon, entre en relations épistolaires avec lui pour lui soumettre sa modeste prose. Il lui rend visite, et Gordon lui parle de ses sources, ses rêves, qui sont de plus en plus vivants. Ainsi sa fameuse nouvelle, La Gargouille, est-elle inspirée de sombres cités aux confins du fabuleux Vide du Dehors, cités visitées en rêve. Et il précise avoir rencontré Azathoth, Narlathotep, Yog-Sothoth et la planète Yuggoth bien avant d’avoir lu le Necronomicon, les Mystères du Ver ou le Livre d’Eibon. Mais Bloch constate que Gordon vire de plus en plus dans le morbide, ses derniers livres donnant le sentiment que le narrateur n’est pas un être humain. C’est la raison pour laquelle L’Être Décharné de la Nuit et l’Âme du Chaos seront refusés par les éditeurs. Il finit par avouer avoir écrit ces textes parce qu’on lui avait demandé de les écrire. Et de délirer sur le thème qu’il a été choisi comme messager par l’Être Sombre qui peuple ses rêves. Une créature abominable « qui ressemble assez au démon Asmodée ». « Ses intentions ne sont pas mauvaises et m’a promis que je m’incarnerais avec lui ».
Gordon demande à Bloch de cesser ses visites, car il dort de plus en plus longtemps. Inquiet, il se rendra quand même au domicile de l’écrivain et un éclair illuminera son bureau lui permettant de constater… que l’incarnation a bien eu lieu !

Le narrateur de La créature de l’horreur (Weird Tales, avril 1937) est professeur qui prend quelques vacances à Bridgetown. Il y rencontre par hasard l’un de ses anciens étudiants, Simon Maglore, qui vient de s’installer, suite au décès de ses parents, dans la demeure familiale sise à proximité de la bourgade. Un élève extrêmement brillant qui possédait une excroissance sous l’omoplate gauche. Il s’était signalé par une imagination particulièrement morbide ; l’un de ses poèmes, Pendaison de la Sorcière, avait obtenu un prix réputé. Il était très versé en occultisme et fin connaisseur de la Cabala de Saboth et des Mystères du Ver notamment.
Le professeur a du mal à le reconnaître sous son aspect hirsute et avec son excroissance qui a singulièrement enflé. Il lui rendra visite à plusieurs reprises et Simon finira par avouer qu’il est possédé physiquement par un homoncule qui ne cesse de se développer et qui lui a ordonné d’écrire un livre évoquant « l’Être Noir ». Et de le retrouver mort lors d’une ultime visite, déchiqueté par son hôte de chair.
Une nouvelle manifestement inspirée par Cassius (1930, une révision de Lovecraft pour Henry Saint-Clair Whitehead, Strange Tales of Mystery and Horror, 1931).

Dans Le Secret de Sebek (Weird Tales, novembre 1937), un jeune écrivain se promène dans les rues de la Nouvelle Orléans une nuit de carnaval et rencontre un quidam déguisé en prêtre égyptien. Il l’aborde, contact d’autant plus facile que la personne, du nom de Henricus Vanning, connaît son œuvre et est comme lui passionné l’occultisme. Il le convie à une « partie » qu’il va donner dans son manoir, une soirée du « Club du Cercueil ». Les invités sont déguisés de façon très folklorique, dont un prêtre inquiétant qui porte d’œil de Horus, mais vite délaissés car Vanning veut montrer à son nouvel ami quelque chose de spécial. Dans une petite pièce sont réunies quelques personnes érudites, dont l’occultiste Etienne de Marigny et le Dr Delvin qui a joué un rôle important dans l’affaire Randolph Carter. Et de montrer à l’écrivain, dans un local attenant, le cercueil d’un prêtre de Sebek ramené d’Égypte par un ethnologue du « club ». Vanning veut le point de vue de son invité sur la malédiction que ferait courir cette divinité. Il a en effet beaucoup étudié sur le sujet dans le Livre d’Eibon, le Culte des Goules et le De Vermis Mysteriis. Ludwig Prinn, dans son chapitre sur « les Rites Sarrazins », analyse en effet de façon très détaillée le Dieu Sebeth, créature assoiffée de sang. La réunion sera interrompue par l’irruption du prêtre porteur de l’œil de Horus qui se précipite sur Vanning et le déchire de ses griffes… de crocodile !

Robert Bloch continue d’exploiter le filon égyptologique dans Le Sanctuaire du Pharaon Noir (Weird Tales décembre 1937) qui met en scène le Capitaine Carteret à la recherche de la crypte de Nephrem-Kâ, pharaon sulfureux entretenant le culte de Nyarlathotep. Il a consacré toute sa vie à l’étude de cette légende, aidé par la lecture du Necronomicon et du chapitre sur « les Rites Sarrazins » du De Vermis Mysteriis. Suit une description très complète de la vie de ce dignitaire qui était réputé pour connaître l’avenir, mais qui disparaîtra, pourchassé à cause du caractère sanglant de son culte au « Singe Aveugle de la Vérité ». Il se réfugiera dans une galerie souterraine où se trouve sa tombe.
Carteret est approché par un bédouin qui lui dit connaître la galerie et lui montre « le Sceau de Nephrem-Kâ ». Carteret le suit et pénètre dans un long tunnel sur les murs duquel sont dessinées toutes les scènes de l’histoire de l’Égypte. Ils arrivent à la période contemporaine dont la suite est masquée par un rideau rouge. Le bédouin lui avoue être un prêtre du Pharaon Noir et fait glisser le rideau. La gravure représente Carteret poignardé, dernière vision qu’il aura avant de s’écrouler sous le coup de l’arme blanche que dissimulait son accompagnateur sous son burnous.

Les Serviteurs de Satan (1935, Robert Bloch ; Satan’s Servant in Something about Cats and other Pieces, 1949). Un texte abondamment commenté par notre auteur. L’édition comprend un papier de Robert Bloch qui raconte que Lovecraft, épuisé, a refusé de faire une véritable révision, mais lui a fourni de nombreuses notes pour améliorer son texte. Et la lecture de ces dernières donne une bonne idée de l’immense culture de l’écrivain de Providence : remarques sur la chronologie historique, l’architecture, la géographie, la flore, le tout pour donner plus de vraisemblance au texte. L’histoire en elle-même est simple. C’est celle d’un pasteur fondamentaliste, Gideon Godfrey, qui part à Roodsford, petit port perdu de Nouvelle Angleterre, où semble subsister un culte satanique. A noter que cette localité oubliée est citée pour la première fois dans les Chronicles of Captain Elias Godworthy, his Trips and Explorations upon the Continent of North America (Haverstock, Londres, 1672). Le voyage est classique, avec l’inévitable égarement dans la forêt, puis c’est la découverte du village délabré où tout le monde se terre. Une population curieuse, âgée ; pas d’enfants et… pas de cimetière. Il pénètre dans la première demeure où il reçoit un accueil méfiant et assiste à des apparitions effrayantes. Il se fait alors passer pour un messager de Satan, ce qui a lui permet de briser la glace et d’être associé à la préparation du prochain sabbat. Une cérémonie abominable à laquelle il mettra fin en exhibant sa Bible, ce qui aura pour effet de décimer les participants du village qui étaient devenus des mort-vivants.
A noter qu’outre la Bible, le pasteur utilise des rituels tirés du Necronomicon et se réfère au Daemonic Presences d’Hebert qui comprend des allusions subtiles à La Fable de l’Arbre et du Fruit.

Dernière pièce de l’ouvrage, Le Dieu des Abysses (Fantastic, juin 1958) nous entraîne sur l’île de Santa Rita, dans l’archipel des Caraïbes, en compagnie de l’écrivain Howard Lane. Ce dernier rencontre deux aventuriers, Don et Dena, qui ont trouvé un vieux manuscrit faisant état de l’existence de l’épave d’un galion, dans les parages. Il aurait coulé mystérieusement après que son équipage ait dérobé un autel en or et un coffret précieux appartenant à la tribu indigène d’un autre îlot. L’expédition est vite montée, l’épave localisée et les plongeons vont se succéder. Un des membres de l’équipe sera décapité alors qu’il essayait d’ouvrir le coffre, puis ce sera au tour de Don lors d’une plongée avec l’écrivain. Celui-ci tombera en adoration devant la créature tentaculaire qui a investi les lieux et lui offre Dena afin de satisfaire son appétit insatiable. Il finira ses jours à psalmodier dans la prison de Santa Rita.

Le recueil se termine par un Voyage dans le temps avec H.P. Lovecraft où l’auteur évoque sa découverte du Maître dans Weird Tales, sa correspondance passionnée, et la dette immense qu’il lui doit pour lui avoir mis le pied à l’étrier.