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mercredi 9 mai 2018

MOI H.P. LOVECRAFT DANS LA LETTRE DU CROCODILE





Moi, Howard Phillips Lovecraft de Jacky Ferjault. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

Cette réédition de l’autobiographie imaginaire de Howard Phillips Lovecraft était très attendue. Le talent et l’érudition de Jacky Ferjault permettent au lecteur de vivre au côté de Lovecraft et d’approcher au plus près l’intimité psychologique de cet auteur exceptionnel.

Reprenons la présentation très juste réalisée par Joseph Altairac en début d’ouvrage :
« A la lecture de cette biographie imaginaire décidément plus vraie que nature, on s’apercevra que la conception lovecraftienne du bonheur s’avère beaucoup plus simple qu’on pourrait le penser, et je connais plus d’une personne de mon entourage qui partage les aspirations du prétendu solitaire de Providence : davantage d’argent, davantage de livres, davantage de crème glacée (ou de toute autre spécialité gourmande de votre choix, le sanglochon, par exemple), davantage de ballades et de discussions avec les copains. Davantage de femmes ? Sur ce sujet, la réponse sera un peu réservée, surtout lorsque ces dernières se mêlent de renouveler votre chère garde-robe. Chez Lovecraft, le grignotage de gaufrettes au gingembre se transforme en festin pantagruélique, l’achat d’une édition moderne du Moine de Lewis devient une formidable trouvaille bibliophilique, et la visite du Québec rivalise sans peine avec la découverte du Machu Picchu ou l’exploration clandestine de Tombouctou. Lovecraft était un grand rêveur, on le savait, mais certains de ses lecteurs ignoraient sans doute à quel point, sur ce sujet, il pouvait se montrer proche d’eux.
Grâce à Jacky Ferjault, nous serons désorais plus nombreux à pouvoir dire : « Je suis un ami de Howard Phillips Lovecraft ». »

Il est intéressant d’observer une certaine « normalité » chez celui qui, comme nous l’a rappelé Philippe Marlin, a conceptualisé la seule métaphysique totalement matérialiste. Il se dégage même du livre un certain « art de vivre lovecraftien » fait d’appréciation intense de choses simples et de songes extraordinaires nourris par la banalité.

Jacky Ferjault puise dans une riche correspondance, souvent inédite en français, et les archives de Lovecraft pour récapituler les faits, petits et grands, qui fondent la personnalité de Lovecraft, la personne privée mais aussi la personne de l’écrivain. Il fait voler en éclat l’image habituelle, sombre et solitaire, de Lovecraft pour dresser le portrait d’un homme attachant, plein de joie de vivre, faisant face à ses contradictions personnelles comme professionnelles, soucieux de l’autre et capable d’une sociabilité soutenue.

Son œuvre prend ainsi une perspective différente. Elle n’est pas le fruit amer d’un « cerveau malade » ou d’un « ésotériste décalé » comme on a pu l’entendre dire mais bien une création remarquable d’auteur qui explore lucidement des dimensions peu courantes de la psyché humaine. Ce livre est une opportunité d’approcher le « vrai Lovecraft » et d’établir avec l’oeuvre fantastique du maître de Providence une relation renouvelée.
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