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jeudi 21 juin 2018

VOUS AVEZ DIT CONTRE-CULTURE ?



J’ai baigné, dès le début de mon aventure intellectuelle, dans la contre-culture, même si je n’aime pas cette expression. Il est vrai que ce mouvement est né contre la culture dominante, qualifiée de bourgeoise et de capitaliste. Mais ce « contre » a été rapidement dépassé pour laisser place à « de marge », « différente », « à côté ». Et du reste, plusieurs des « vedettes » de la contre-cultue on rejoint les rangs de la « culture tout court », leurs talents leur ayant donné droit de cité aux côtés des plus grands. Il suffit de se promener au Mo’Ma à New York pour voir la place qui est réservée à Andy Wharhol. Je ne parle pas de Bob Dylan qui a reçu un prix Nobel.
De nombreuses zones restent à explorer dans cet « à côté », comme les angry young men anglais qui ont précédé la beat génération. Il s’agissait d’ouvrir les portes et de laisser les jeunes artistes respirer pour s’épanouir. Cette période a été romancée avec talent par Colin Wilson dans Soho à la dérive et théorisée dans The Outsider. Ce besoin d’ouvrir les portes est fondamental et il a été magnifiquement illustré par Le Matin des Magiciens de Pauwels et Bergier et l’aventure de la revue Planète. On n’a pas fini de mesurer l’impact de ce mouvement sur la pensée et la littérature contemporaine. Il ne faut pas non plus négliger l’aventure du « fandom » comme véhicule extraordinaire d’exploration des marges. Ces publications d’amateurs, souvent mal ficelées, ont permis de regrouper des passionnés solitaires autour de leurs thèmes de prédilection. Les fanzines de l’imaginaire des années 70/80 ont notamment amené à faire « péter les barrières » et de révéler de nouveaux talents qui se retrouveront plus tard dans des collections grand public. Ce phénomène a existé de tout temps. Il suffit de retracer la carrière de Lovecraft pour voir comment la presse amateur a forgé sa personnalité en lui donnant de premiers débouchés .

Le livre de Jean Rouzaud, Contre-culture (Nova, 2018) est un livre jubilatoire, qui se lit à petites gorgées. Auteur phare du mouvement punk avec Ze Craignos, il nous propose aujourd’hui un dictionnaire qui plongera le lecteur dans un univers halluciné à la rencontre d’écrivains, de peintres, de cinéastes, de musiciens et de groupes qui ont tous franchi un jour la « frontière ». La contre-culture, selon wikipédia, est un terme utilisé pour caractériser l'explosion des mouvements contestataires de la jeunesse du monde libre envers la domination culturelle de la bourgeoisie. Il s'agit de courants nés dans les années 1960 aux États-Unis (culture hippie notamment) et qui éclosent après Mai 68 en France. La contre-culture fut représentée par des organes de presse comme le magazine Actuel (première et deuxième époque), le quotidien Libération (première époque), la librairie Parallèles, le Novamag et les Éditions Alternatives, les premières radios libres, les labels de musique indépendants, etc.
Jean Rouzaud reste fidèle aux figures historiques du mouvement, évoquant la Beat Generation, le sulfureux Kenneth Anger, Bob Dylan, William Burroughs, Bunuel, Led Zeppelin, Nico, Andy Wharhol et bien d’autres icônes des années 60 et 70. Mais il brasse beaucoup plus large, faisant entrer dans sa galaxie déjantée Baudelaire, Alain Bashung, Michel Houellelbeck ou Marcel Duchamp. Et j’ai la modestie d’avouer avoir découvert dans cette mine nombre d’artistes qui m’étaient jusqu’alors inconnus.
Je regretterai cependant que le livre ne s’ouvre pas sur une préface dans laquelle l’auteur donnerait sa vision de la contre-culture. Il est vrai que le matériau brut qu’il nous propose parle de lui même : nous sommes dans les terres enivrantes de « l’hors normes ».

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