La magie à Paris par René Thimmy. Éditions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
L’ouvrage de René Thimmy, La magie à Paris, publié en 1934, témoigne d’une époque particulière, l’entre-deux-guerres, qui voit l’attrait pour l’occultisme et celui pour la vie nocturne parisienne se mêler, parfois de façon surprenante. Le « journalisme jaune », qui recherche le sensationnalisme, aime plonger dans l’imaginaire de l’occultisme, du spiritisme, de la magie et des mancies populaires. L’étrange attire alors d’une manière très différente qu’en notre début de siècle.
René Thimmy conserve une certaine distance apparente avec ses sujets, ce qui favorise l’adhésion du lecteur, facilement pris dans une narration choisie.
Près d’un siècle plus tard, cette réédition bénéfice d’une préface de Fabienne Leloup et d’une postface de Jean-Luc Buard qui lève le voile sur l’identité de René Thimmy, « chroniqueur du mystère ». Maurice Magre (1877-1941) avait été soupçonné par certains de se cacher derrière la signature de René Thimmy mais nous apprenons que le pseudonyme de René Thimmy est en réalité celui de Jean Dorsenne, nom d’auteur d’Etienne Troufléau (1892-1945), depuis 1916, même si ce dernier a collaboré avec Maurice Magre dans le cadre des deux ouvrages, La magie à Paris et La magie aux colonies. Pour Jean-Luc Buard, Jean Dorsenne est bien l’auteur principal.
En avant-propos, l’auteur, quel qu’il soit, dit en quelques mots tout l’intérêt du livre :
« Il y a des religions inconnues, des sectes bizarres, les unes continuant de très anciennes traditions, les autres révélées par un nouveau prophète ; il y a des sorciers noirs et des mages blancs, il y a des cérémonies terrifiantes et d’autres puériles et même ridicules ; il y a des chercheurs sincères, scientifiques et convaincus, il y a des illuminés et des fous voire des charlatans…
Il y a de tout à Paris. »
Fabienne Leloup remarque :
« Car la magie est partout dans ce guide des nuits parisiennes brassant les cultures, les rituels, mais beaucoup moins les milieux sociaux. Couples, libertins blasés, vierges folles, la magie semble l’alibi pour combler le vide d’existences narcissiques, évitant toute remise en question. Beaucoup s’ennuient dans leurs hôtels particuliers. Ironique, René Thimmy n’est pas dupe du caractère grand-guignolesque de ces incursions dans le « mystère ». »
Est-ce si différent aujourd’hui ? Pas certain. Si le contexte est autre, il y a des glissements de cette époque à la nôtre, dans des formes différentes ou parfois très proches.
C’est avant tout un livre d’ambiances, qui ne manque pas d’une poésie sombre, dans lequel le lecteur ne saurait s’ennuyer. Après tout, il s’apprête à croiser « la secte des vieillards éternels », « le mage des fleurs » ou « les piqueurs du métro » et encore « la papesse noire », à découvrir le Vaudou ou les Polaires… René Thimmy décrit, ne cherche pas à expliquer et ne juge pas.

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