vendredi 5 juin 2026

A TABLE AVEC BÉRENGER SAUNIÈRE

 

 

Vient de sortir chez Lacour un petit bouquin (10 €, 66 pages) nous proposant des recettes très basiques, connues de tous. C'est l'occasion de nous rappeler notre propre édition, établi d'après les notes de Marie Dénarnaud, et avec des commentaires de circonstance !

 


 

À La Table de l’Abbé Saunière

La cuisine de Marie Denarnaud

Josette Barthe

 

Josette Barthe est une enfant du Razès. Apparentée à la famille de Bérenger Saunière, elle a passé son enfance à Couiza et rendait souvent visite à Marie Denarnaud au village de Rennes-le-Château. Elle en a gardé beaucoup de souvenirs et de documents, à partir desquels elle nous livre son premier ouvrage, A la Table de l’Abbé Saunière, La Cuisine de Marie Dénarnaud (Éditions de l’Œil du Sphinx). Un clin d’œil sympathique aux gastronomes de tous poils et à ceux qui douteraient encore du fait que… Monsieur l’abbé était un bon vivant.

 En vente sur Amazon (https://www.amazon.fr/dp/2914405731 et sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 19 € (plus 3 € de frais de port), série « Serpe 

 

MISE EN ABYME, BERDER 2025

 


 

 In "La Lettre du Crocodile".

Mise en abyme. Rencontres de Berder 2025. Collectif. Le Collège des Temps – Les Portes de Thélème, 14 place du Forum, 87000 Limoges.

https://lecollegedestemps.fr/

En septembre 2025, à Saint-Jacut-de-la-Mer, Les Rencontres de Berder 2025 ont proposé aux nombreux participants conférences et spectacles autour du thème de la mise en abyme. En voici les actes :

Sommaire des 22e rencontres : Don Quichotte comme voie d’éveil. Eloge de la chevalerie errante de Rémi Boyer – Reflet du réel, la science face à elle-même de Julien Pichon – Quelques poèmes par Charlotte Rita – Blossom. Théâtre/Danse/Musique/Performance par Julien Pichon, Julie Cloarec-Michaud et Emmanuel Pion – Omniprésence des ultra-caves et des abîmes chthoniens dans l’imaginaire cinématographique occidental de Lauric Guillaud – Mise en abyme, temporalité et trauma de Gilles Menegaldo – Le double salto de Francis Ford Coppola d’Apocalypse Now… à Megalopolis de Jean-Christophe Pichon – Les abîmes d’en haut et d’en bas. Groupe de Recherches sur les Concordances Pichoniennes (GRCP) par Julien Debennat – Jung, voyage derrière le miroir de Christian Lestienne – Les recueils des conférences de Berder Comme les soufflets sont engourdis ! par Silvanie Maghe – Vertiges, dessins de Michel Pichon – Les rêveurs d’Aleph. Trois nouvelles interconnectées d’Emmanuel Licht.

« Il s’agit, précise l’éditorial, d’insérer en miroir une forme, un objet, une formule ou un symbole, dans une même forme, un même objet, une même formule ou un même symbole, et cela de manière répétitive jusqu’à l’infini. »

Même si la pensée du grand métaphysicien et penseur Jean-Charles Pichon demeure au centre des Rencontres de Berder, les approches sont multiples et les domaines explorés très variés : arts, littératures, philosophies, psychologies, physiques, mathématiques… La théorie des cycles de Jean-Charles Pichon, théorie très élaborée, fut la trame des rencontres 2025.

« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. »

« Ces figurations du monde céleste et terrestre, l’une étant l’écho de l’autre, mais en réalité qui n’en font qu’une, poursuit l’éditorial, impliquent une cadence, le rythme d’un déroulé cyclique et répétitif qui s’écoule dans les deux sens, dont la fin nous ramène au point de départ, comme une bande de Möbius, dont l’envers et l’endroit serait le même objet ; et qui en quelque sorte illustrerait le cycle de la genèse et de son accouchement : le retour éternel du divin projeté dans la composition éphémère du vivant.

Ce qui nous conduit à considérer les cycles du vivant et leurs rigoureuses répétitions (la double hélice des cycles du temps humain et civilisationnel) comme une mise en abyme cosmique. »

Les Rencontres de Berder invitent tout autant au rêve qu’elles interrogent notre réalité, ainsi à propos de l’IA, Julien Pichon pose cette question :

« L’humanité est-elle face à son double ? Voire à un concurrent capable de créer du contenu plus fertile que le nôtre. Si tout commence par le Verbe, cette parabole semble renversante.

Peut-être que la véritable question n’est pas de savoir si les machines deviendront conscientes, mais si l’humanité, en construisant ces systèmes, ne devient pas elle-même plus consciente de sa propre structure réflexive, devenue un enjeu civilisationnel. »

Les prochaines Rencontres de Berder auront pour thème Utopie / Dystopie. Elles se dérouleront toujours à Saint-Jacut-de-la-Mer du 11 au 13 septembre 2026.

Informations :

https://lecollegedestemps.fr/2026/04/19/berder-2026-septembre-n23/

LA TORAH HACHEM dans La Lettre du Crocodile

 


La Torah Hachem. Le Midrash de la splendeur par Isaac Ben Jacob. Vérone éditions.

https://www.editions-verone.com/

Comment découvrir ce qui précède le Bereshit ? C’est ce que nous propose d’examiner cet essai rare, fruit d’une longue recherche rigoureuse selon les codes traditionnels de l’exégèse biblique comme de l’hermétisme d’où l’intuition n’est pas absente. Alliant traditions et sciences, notamment quantiques, poussant celles-ci dans leurs retranchements, Isaac Ben Jacob, dans la pure tradition des midrashs, travaille longuement les textes selon les quatre dimensions du Pardès pour en extraire l’essence. La Genèse devient un vaisseau pour voyager vers la Source divine.

La Torah Hachem fut la première Torah que Moshé (Moïse) brisa quand il découvrit que son peuple adorait le Veau d’Or. Elle fut remplacée par la Torah Moshé à la fois proche et différente.

Pour Isaac Ben Jacob, « Il s’agit en effet d’un texte similaire, presque identique, s’il nous est permis de nous exprimer de la sorte. Tout au moins les lettres ainsi que le fond du récit correspondent entre les deux Torah. La Torah primordiale fut néanmoins brisée. Non pas matériellement, mais dans un sens allégorique. Tel un vase jeté sur un roc, elle fut éparpillée, disloquée, fragmentée. Elle fit apparaître alors des espaces entre les mots. La signification du texte en fut altérée, et des dissociations surgirent et troublèrent le message. Le récit originel fut estompé, dilué. L’assemblage des structures mathématiques, des concepts de physique, jusqu’à l’histoire véritable de l’humanité, furent effacés de la surface du texte pour être relégué en arrière-plan. »

La première Torah est cependant accessible par la seconde pour qui s’engage dans une quête aussi ardue que passionnante afin d’en découvrir les arcanes. Au cœur de ce décryptage se trouve la Merkabah, « le char de YHVH, dont les « ophanim » (roues), soutiennent le char de la vision d’Ezéchiel ».

C’est en remontant les jours de la création, tous contenus dans le Bereshit, que le texte dévoile une structure absolue qui échappe aux causalités linéaires, une structure sénaire (ce qui fait écho à la pensée d’un Maître Eckhart ou plus récemment d’un Raymond Abellio).

« Nous en concluons ainsi, remarque Isaac Ben Jacob, que le Tétramorphe, ou le Tétragramme (YHVH), formant l’Univers incréé, Eternel, était composé de Six Horizons dont la matière était Cubique. Aucune des Forces fondamentales que nous observons dans notre Univers ne présentait, lorsqu’elles composaient le Tétramorphe, les caractéristiques connues. Notamment le simple fait de leur réunification. »

Ce qui n’est pas sans lien, nous dit l’auteur, avec les questions les plus actuelles posées par la physique quantique.

Pour découvrir ce qui est caché derrière ce qui se donne à voir dans le texte des Six jours, il faut se plonger dans la cascade des sens que permet l’alphabet hébreu. L’Adam primordial et le Jardin d’Eden sont à l’étude, puis ce sera le récit du Déluge. Isaac Ben Jacob nous guide dans les subtilités des textes avec beaucoup de rigueur et de pédagogie (il en faut) pour donner au lecteur ne serait-ce que le pressentiment de ce Grand Réel caché. Toutefois, nous découvrons aussi une poésie de l’invisible qui réveille l’esprit, poésie qui ne s’oppose pas à la logique car il y a une grande cohérence dans cet ensemble qui semble vouloir nous échapper mais ne cesse de nous attirer.

La recherche de ce qui est antérieur à la création du monde, c’est bien ce qui est au cœur de l’ouvrage, ouvre sur de nombreux mondes de connaissance, de la physique à la métaphysique en passant par la philosophie, la linguistique sacrée ou l’alchimie.

Isaac Ben Jacob nous introduit avec beaucoup d’érudition, et avec tout autant de clarté, à l’essentiel. Qu’il en soit remercié !

THOMAS BEDDOES dans la "Lettre du Crocodile".

 


Le Livre des bouffonneries de la Mort ou La Tragédie du Fou par Thomas Lovell Beddoes. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Nous devons à Jean Hautepierre cette première traduction en français d’une œuvre puissante de Thomas Lovell Beddoes (1803-1849), une pièce de théâtre sur laquelle il travailla, peut-être sans conviction, pendant une vingtaine d’année. Elle fut publiée seulement après sa mort.

Poète méconnu de son vivant, Thomas Lovell Beddoes a laissé une œuvre tragique et métaphysique, insolite sans doute. Jean Hautepierre, dans un avant-propos nécessaire, signale « deux aspects essentiels de son œuvre : souvent considéré comme le plus macabre des poètes romantiques anglais, il a élaboré une poésie très sombre et, dans son œuvre théâtrale, mis la poésie sur scène ».

« Le théâtre de Beddoes, poursuit-il, donne l’impression d’une grande œuvre largement restée en germe : de magnifiques fulgurances poétiques, vers et tirades dignes des plus grands auteurs de théâtre en vers anglais, se succèdent en composant des pièces inachevées. »

Thomas Lovell Beddoes n’eut jamais le souci de l’achèvement, pas plus que celui de la publication. C’est à Thomas Kelsall, un ami proche, que nous devons la connaissance de cet auteur et de son œuvre. Après le décès de Beddoes, qui se suicida, il rassembla ses textes et fit publier le Death’s Jest Book.

L’histoire elle-même en est chaotique, déconstruite, ouvrant des espaces au véritable et seul sujet qui préoccupe Thomas Lovell Beddoes, la Mort, son caractère inéluctable et son absurdité, revers de l’absurdité de la vie, à moins que ce ne soit l’inverse. D’où l’idée de la « bouffonnerie », mais la fonction de bouffon est essentielle à la lucidité.

Demeure la beauté des textes qui en elle-même possède une dimension métaphysique et révélatrice. Ce sont moins les personnages, leurs jeux respectifs, qui importent que les mots, véritables personnages d’une pièce qui dépasse largement la scène du théâtre pour envahir la scène où vie et mort ne font qu’un.

 

« Un rameau de cyprès et une guirlande de roses,

Une robe de mariage et un linceul,

                                                Un lit de noces,

                                                Un lit de mort,

                   A toi les baisers, jeune fille,

          Et les alarmes de l’Amour, si souriantes ;

                   Et toi, jeune et pâle, repose

                   Dans les bras glacés du tombeau.

                   Chacun avec ses propres charmes,

                   La Mort et l’Hymen sont ici :

                   Dressez-donc la torche et la faux

                   Jusqu’au seuil de la vieille église,

          Alors que sonneront les cloches cristallines ;

                   Et rose le lit fleurira,

                   De terre s’emplira la tombe.

 

          Maintenant sur vos joues les fossettes frémissent ;

          Que doux soient le langage et le goût de vos lèvres,

          Car il est près de vous, celui qui les embrasse :

          C’est la fête du dieu du mariage, près d’elle,

          Dans la puissance et la vigueur de la jeunesse ;

          Près de lui, dépouillé, les cheveux grisonnants,

          Un pâle chevalier sur un pâle coursier

          Le courtise pour un cadavre.

          La Mort et l’Hymen sont ici :

          Dressez donc la torche et la faux

          Jusqu’au seuil de la vieille église,

          Alors que sonneront les torches cristallines ;

          Et rose le lit fleurira,

          De terre s’emplira la tombe.