Avec J’irai tuer
pour vous, Henri Loevenbruck (Flammarion, 2018) abandonne (provisoirement ?)
le thriller éso/rationnel pour nous plonger dans l’univers de l’espionnage. Un
pavé de plus de 600 pages qui se déroule dans les années 85/87, marquées par
une vague d’attentats à Paris et par une tension sanglante entre la France et
l'Iran, sur fond de prises d’otages de journalistes. Une ambiance qui du
reste, vue d’aujourd’hui, nous montre que les choses n’ont guère changé et que
le terrorisme islamique défrayait déjà la chronique. La force de ce récit est
de s’articuler autour de Marc Masson, un baroudeur attachant, recruté comme
clandé de la DGSE. Un de ces personnages de l’ombre que personne évidemment ne
reconnaîtra en cas de bavure. L’auteur nous dit s’être inspiré d’un personnage
réel et lui donne une « chair » consistante : enfance médiocre à
Lorient, un grand père sud-américain qu’il visite chaque année lors des
vacances et qui lui apprendra à devenir un homme, un passage dans l’armée qui
se soldera par une désertion, car « il s’ennuyait ». Mais surtout un
grand amour de la vie, un attachement viscéral à l’honneur de la France, et
pour ne rien gâcher, une passion immodérée pour les livres. Son agent traitant,
Olivier Dartan, lui fera subir une formation musclée avant de le lâcher sur
plusieurs missions périlleuses, dont certaines qualifiées pudiquement « d’homo »
lorsqu’il s’agit d’éliminer physiquement une cible. Cela ne dispense pas de la
réflexion morale classique : peut-on qualifier d’assassins ces agents très
spéciaux chargés d’abattre des terroristes aux mains pleine de sang ? La
sainteté passe parfois par d’étranges chemins !
L’art de Loevenbruck est aussi de restituer de façon
particulièrement vivante le contexte politique de l’époque, celle de la
cohabitation Mitterrand-Chirac avec un premier ministre prêt à tout, avec son âme
damnée de Pasqua, pour remporter les toutes proches présidentielles. Et ce sera
raté, car le vieux Tonton a plus d’un tour dans son sac !
Un livre qui se dévore et que je vous conseille de
consommer sans modération entre deux épisodes du Bureau des Légendes ».
Bravo l’artiste !
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