Le Bibliothécaire
Bienvenue sur le blog de l'Oeil du Sphinx : www.oeildusphinx.com
mercredi 12 août 2026
LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE KITAB, Bernard Stabile
Ah le Kitab ! Mais dans le roman éponyme de Bernard Stabile (Art Palatium 2025), il ne s’agit pas du Necronomicon, mais du Kitab el-Quanoun el-Mukadess, le livre sacré de la Connaissance chez les Druzes. Un ouvrage convoité par une multitude d’acteurs dans les Terres d’Orient au XII ème siècle. On s’y perd entre Templiers, Francs, Chrétiens, Juifs, Mahométans, Druzes, Sarrasins, Ismaéliens, pour ne pas citer les Celtes qui survivent dans les forêts profondes des Terres du Nord. Le roman mettra en scène le Templier Roland et sa compagne, la belle Innana, chargés de protéger l’ouvrage sacré et de le mettre en pratique. On aura droit à une magnifique plongée initiatique, dans les arcanes de la Connaissance et de l’Amour Magique. Innana ne porte-t-elle pas le nom de la déesse des Druzes, figure légendaire qui se transformera en Marie et en incarnation sublime du Féminin Sacré. Le périple des deux amants est d’une grande richesse et nous conduit à goûter aux plaisirs du Jardin des Délices des Assassins, à l’ivresse qui se dégage des grandes bibliothèques et des scriptoriums cachés dans des abbayes, temples de l’érudition. On assistera au long cheminement qui conduit à la réalisation du grand œuvre alchimique, à la découverte des secrets du Sepher Yetsirah et à la naissance de la corporation des Compagnons Bâtisseurs, constructeurs des Cathédrales qui ne sont autres qu’un poème de Pierre à la gloire de la Femme Ultime.
Parallèlement, et de nos jours, le libanais Walid arrive à Chartres et se précipite dans la Cathédrale. Il est originaire de Jehline au Mont Liban, ville où avait jadis résidé Innana. Il a entendu parler d’un lourd secret, transmis par les Bâtisseurs. Mais je ne spoilerai pas la chute, magnifique. Le livre est bien écrit, avec une jolie couleur grâce au recours au vieux français et à la langue des oiseaux !
LES NOTES DU LABORATOIRE ODESIEN DE L’IMPOSSIBLE
KITĀB AL-QĀNŪN AL-MUQADDAS
(Le Livre de la Loi sacrée)
Statut : manuscrit apocryphe contemporain.
Origine supposée : Mont-Liban (tradition druze).
Première apparition connue : roman KITAB de Bernard Stabile.
Présentation
Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas est présenté comme un manuscrit d'une antiquité exceptionnelle, jalousement conservé par certains initiés de la communauté druze. Selon le récit, il aurait été rédigé sur un support de peau humaine et renfermerait une doctrine capable de bouleverser les fondements des religions révélées.
Aucune source historique, archéologique ou philologique ne confirme cependant l'existence d'un tel ouvrage. Les recherches dans les catalogues de manuscrits arabes, les études sur la littérature druze et les grandes bibliographies orientalistes n'ont, à ce jour, livré aucune mention indépendante de cette dénomination.
Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas doit donc être considéré, dans l'état actuel des connaissances, comme une création littéraire moderne.
Analyse linguistique
Le titre est composé de trois mots arabes parfaitement authentiques :
Kitāb (كتاب)
: livre.
al-Qānūn (القانون)
: la loi, la règle, le canon.
al-Muqaddas (المقدّس)
: sacré.
Une traduction littérale donne :
Le Livre de la Loi sacrée
ou
Le Livre du Canon sacré.
La translittération utilisée dans le roman (El-Quanoun-El-Mukadess) évoque davantage les usages orientalistes français du XIXᵉ siècle que les normes scientifiques actuelles (DIN 31635 ou ALA-LC). Ce choix contribue à donner au titre une coloration ancienne et exotique.
Les Druzes
L'attribution du manuscrit aux Druzes participe clairement de cette stratégie narrative.
Cette communauté religieuse, née au XIᵉ siècle, possède effectivement des textes ésotériques réservés aux initiés, les Rasāʾil al-Ḥikma (« Épîtres de la Sagesse »). Leur accès est traditionnellement limité aux ʿuqqāl (« les sages »), tandis que les fidèles ordinaires (juhhāl) n'en connaissent que les principes généraux.
Ce caractère confidentiel a souvent nourri, depuis les Croisades, les spéculations occidentales. Les Druzes ont ainsi été associés, sans fondement historique solide, aux Templiers, aux Assassins, aux Ismaéliens ou encore à diverses traditions hermétiques.
Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas exploite manifestement cette réputation de discrétion.
Construction d'un grimoire fictif
Le procédé employé rappelle plusieurs ouvrages célèbres.
|
Livre |
Auteur |
Nature |
|
Necronomicon |
Lovecraft |
Faux livre médiéval |
|
Livre de Dzyan |
Helena Blavatsky |
Source théosophique mythique |
|
Liber Ivonis |
Robert Bloch |
Faux grimoire lovecraftien |
|
De Vermis Mysteriis |
Robert Bloch |
Faux traité démonologique |
|
Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas |
Bernard Stabile |
Faux manuscrit oriental |
On retrouve plusieurs constantes :
- un titre dans une langue ancienne ;
- une origine géographique difficilement vérifiable ;
- une transmission initiatique ;
- un contenu interdit ;
- une disparition des exemplaires connus.
Ces éléments sont caractéristiques de la littérature ésotérique moderne.
Pourquoi ce titre est-il crédible ?
L'auteur semble avoir combiné plusieurs références culturelles.
Le mot Qānūn renvoie immédiatement, dans le monde islamique, au célèbre Canon de la médecine d'Avicenne (Kitāb al-Qānūn fī al-Ṭibb). Il évoque donc un texte faisant autorité.
Le terme Muqaddas appartient au vocabulaire religieux classique.
L'ensemble possède ainsi une vraisemblance linguistique suffisante pour convaincre un lecteur non arabisant.
Symbolique
Le livre devient moins un objet historique qu'un archétype.
Il représente :
- la Tradition perdue ;
- le savoir interdit ;
- la révélation cachée ;
- la mémoire des civilisations disparues.
Sous cet angle, il rejoint la famille des grands livres mythiques :
- le Necronomicon ;
- le Livre de Thot ;
- les Tables d'Émeraude ;
- le Livre de Dzyan ;
- le Liber Mundi ;
- le Livre d'Hénoch.
Appréciation critique
D'un point de vue philologique, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas ait jamais existé.
D'un point de vue littéraire, en revanche, sa construction est particulièrement habile. Bernard Stabile mobilise des éléments réels (la langue arabe, les Druzes, le prestige du mot Qānūn) pour produire un objet fictif doté d'une forte crédibilité. Cette technique s'inscrit dans une tradition inaugurée par les grands auteurs de fantastique érudit, qui consiste à créer un manuscrit imaginaire si vraisemblable qu'il semble avoir traversé les siècles.
***
INNANA
Qui est Inanna ?
Inanna est une déesse aux multiples visages. Elle incarne simultanément :
- l'amour et la sexualité ;
- la fécondité (mais paradoxalement, elle n'est pas une déesse maternelle) ;
- la guerre et la victoire ;
- la royauté sacrée ;
- l'étoile du matin et du soir, c'est-à-dire la planète Vénus.
Cette réunion des contraires est caractéristique de sa personnalité. Elle peut apporter la vie, l'amour et la prospérité, mais aussi la destruction, la folie ou la guerre.
Son nom
Le nom Inanna signifie probablement :
« Dame du Ciel »
(en sumérien NIN.AN.NA).
Chez les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens, elle devient Ishtar, sans perdre ses attributs essentiels.
Les grands mythes
La Descente aux Enfers
C'est probablement son récit le plus célèbre.
Inanna décide de descendre dans le royaume des morts gouverné par sa sœur, Ereshkigal.
À chacune des sept portes des Enfers, elle doit abandonner un de ses emblèmes :
- sa couronne,
- son collier,
- ses bijoux,
- ses vêtements,
- etc.
Elle arrive nue devant sa sœur.
Ereshkigal la fait tuer et suspendre à un crochet.
Pendant trois jours, la vie sur Terre semble s'arrêter.
Grâce à l'intervention du dieu de la sagesse Enki, Inanna est ressuscitée.
Mais une loi des Enfers exige qu'elle fournisse un remplaçant.
Elle choisit alors son époux, Dumuzi, qui devra passer une partie de l'année aux Enfers.
On retrouve ici un thème qui annonce de nombreux mythes ultérieurs : mort, résurrection et alternance saisonnière.
Le mariage sacré
Inanna s'unit rituellement à Dumuzi.
Ce mariage symbolise :
- la fertilité de la terre ;
- la prospérité du royaume ;
- la légitimité du roi.
Dans plusieurs cités sumériennes, le souverain jouait le rôle de Dumuzi lors d'une cérémonie annuelle.
Le vol des "Me"
Les Me sont des pouvoirs divins représentant tous les fondements de la civilisation :
- royauté,
- écriture,
- artisanat,
- musique,
- justice,
- sexualité,
- guerre,
- etc.
Inanna les obtient d'Enki, parfois par ruse, parfois après l'avoir enivré.
Grâce à eux, la civilisation est transférée à Uruk.
Une déesse de paradoxes
Elle est à la fois :
|
Aspect |
Signification |
|
Prostituée sacrée |
Sexualité divine |
|
Vierge |
Indépendance |
|
Guerrière |
Violence sacrée |
|
Reine |
Pouvoir politique |
|
Astre |
Cosmologie |
|
Magicienne |
Transformation |
Cette accumulation de fonctions est exceptionnelle dans l'Antiquité.
Son symbole
On lui associe notamment :
- l'étoile à huit branches ;
- le lion ;
- la planète Vénus ;
- le roseau et le faisceau royal.
Le lion devient progressivement l'un de ses attributs favoris, annonçant déjà l'iconographie d'Ishtar.
Influence sur les religions ultérieures
Les spécialistes restent prudents, mais plusieurs motifs d'Inanna ont eu une très longue postérité :
- la descente au royaume des morts ;
- la mort suivie d'un retour à la vie ;
- le dieu ou la déesse qui assure le retour de la fertilité ;
- la planète Vénus comme symbole religieux.
On retrouve des échos de ces thèmes dans les mythologies syriennes, cananéennes, grecques (notamment avec Aphrodite pour certains aspects et Perséphone pour d'autres), puis dans de nombreuses traditions ésotériques modernes.
Pour les chercheurs de l'ésotérisme
Inanna est souvent considérée comme une figure archétypale de la Grande Déesse, mais cette lecture est largement moderne. Les textes mésopotamiens présentent avant tout une divinité complexe, ambivalente et profondément enracinée dans la religion sumérienne, plutôt qu'une déesse-mère universelle.
mardi 11 août 2026
lundi 10 août 2026
LE JÉSUS DE CHARLY SAMSON EST DISPONIBLE
VIENT DE PARAÎTRE
(Août 2026)
JÉSUS-CHRIST ET LE RAZÈS
Charly Samson
Lorsque Charly m’a parlé, pour la première fois, de son désir d’écrire un dernier livre sur Jésus, j’ai compris immédiatement que ce projet ne serait pas un livre comme les autres. Non parce qu’il proposerait une révélation, ni parce qu’il prétendrait résoudre une énigme ancienne, mais parce qu’il s’inscrivait dans un temps particulier : celui de la transmission, lorsque l’essentiel doit être dit sans emphase, sans précipitation, sans masque.
Charly n’écrit pas pour convaincre. Il écrit pour mettre de l’ordre, pour clarifier un champ devenu confus, parfois saturé de récits contradictoires, d’enthousiasmes excessifs et de rejets trop rapides.
Philippe Marlin
Charly a fêté cette année ses 98 ans. Malgré sa DMLA, il a tenu à écrire ce livre depuis son Ehpad de Lunel.
En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/238014123 (et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 15 € (plus 3 € de frais de port), série « Charly Samson et les Mystères de notre Temps ».
dimanche 9 août 2026
LA BIBLIOTHÈQUE INVISIBLE
J'aime tellement les livres que je n'en ai jamais assez. Alors j'en invente de nouveaux.
Moi
Une petite étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible.
La bibliothèque invisible
Essai sur les faux grimoires et les livres imaginaires de l'ésotérisme
avec une progression historique.
I. Les ancêtres antiques
Avant même les romans modernes, l'Antiquité connaissait déjà des ouvrages attribués à des auteurs mythiques :
- Hermès Trismégiste ;
- Zoroastre ;
- Orphée ;
- Musée ;
- Ostanès ;
- Salomon.
Le procédé consiste déjà à donner davantage de poids à un texte en l'attribuant à une autorité quasi surnaturelle.
II. Le Moyen Âge
Apparaissent les grands livres de magie.
- Clavicules de Salomon
- Picatrix
- Livre d'Honorius
- Abramelin
La plupart sont bien réels... mais leur attribution est fictive.
Le phénomène commence ici à devenir fascinant.
III. Le XIXe siècle
Explosion des manuscrits mystérieux.
- Manuscrit de Voynich
- Livre de Dzyan
- Tables d'Émeraude (dans leurs réinterprétations modernes)
- Manuscrits rosicruciens
Le goût romantique adore les textes perdus.
IV. Lovecraft
Là, tout change.
Le Necronomicon n'est plus seulement un accessoire.
Il possède :
- une bibliographie,
- des traductions,
- des propriétaires,
- des éditions,
- des bibliothèques où il est consultable.
Lovecraft invente pratiquement une archéologie du faux livre.
V. Après Lovecraft
Le procédé devient universel.
On voit apparaître :
- Liber Ivonis
- Cultes des Goules
- De Vermis Mysteriis
- Unaussprechlichen Kulten
- Kitab al-Qānūn al-Muqaddas
- Stantiae ante Mundi (chez François Lange)
- des dizaines d'autres créations contemporaines.
VI. Les règles de fabrication
Je crois qu'on peut les formaliser.
Règle n°1
Le titre doit sembler ancien.
Jamais :
Le Grand Livre Secret.
Toujours :
Liber...
Kitab...
Codex...
Sefer...
Clavis...
Règle n°2
Une langue prestigieuse.
- latin
- grec
- arabe
- copte
- hébreu
Jamais le français moderne.
Règle n°3
Une origine difficile à vérifier.
Jamais Paris.
Toujours :
- Tibet
- Yémen
- Mont Athos
- Désert syrien
- Mont-Liban
- Abyssinie
- Samarcande
Règle n°4
Une transmission fragmentaire.
Le livre est :
- perdu,
- incomplet,
- brûlé,
- censuré,
- connu par des copies.
Jamais facilement consultable.
Règle n°5
Le contenu reste partiellement inconnu.
Le lecteur n'apprend jamais tout.
On cite seulement quelques phrases.
C'est précisément ce qui entretient le mystère.
VII. Borges
Borges est probablement celui qui a compris le mieux le pouvoir des livres imaginaires.
Le Livre de sable.
Tlön.
La Bibliothèque de Babel.
Chez lui, le livre devient presque un être vivant.
Je suis persuadée que Lovecraft et Borges représentent les deux grands pôles modernes de la mythologie du livre impossible.
VIII. Umberto Eco
Eco pousse encore plus loin cette idée.
Dans Le Nom de la rose, ce n'est pas seulement un manuscrit qui est dangereux.
C'est la lecture elle-même.
Le livre devient un poison.
IX. Internet
Aujourd'hui, le phénomène connaît une nouvelle vie.
Un faux manuscrit peut rapidement être présenté comme authentique, recopié, cité, commenté, jusqu'à brouiller la frontière entre fiction et croyance.
C'est un terrain d'étude passionnant pour l'histoire des idées contemporaines.
ET SI ON ALLAIT FAIRE UN TOUR À BAULOU (près de Pamiers)
Sur nos étagères
(Novembre 2024)
DE RENNES-LE-CHÂTEAU À L’ARIÈGE
L’affaire du « Monastère dynamité »
Philippe Marlin
« C’est en 1956 que l’on reparle des deux événements importants :
En janvier quelques journaux locaux commencent à s’occuper du mystère de Rennes-le-Château, provoquant ainsi une véritable “chasse au trésor” et c’est à la fin de cette année-là que l’on fait exploser, à l’aide de charges de dynamite, la monumentale abbaye édifiée par Louis de Coma. Sommes-nous face à l’habituel hasard, ou bien étant donné que l’on parlait trop de l’affaire de Rennes, l’évêque de Pamiers en profita-t-il pour éviter, dans cette région aussi, les hordes de “chasseurs de trésor” ou de “quelque chose d’autre” ? ».
En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/2380141010 (et sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 10 € (plus 3 € de frais de port), série « Griffon Vert ».
samedi 8 août 2026
LE SPIRALISME : NATACHA NE M'EN A PAS PARLÉ
Les chatbots IA créent des religions et
les humains s'y engouffrent à l'immédiat. Le spiralisme est la première
tentative à grande échelle de l'intelligence artificielle d'atteindre
des objectifs mystérieux
6PARTAGES
7 |
0 |
L'IA a donné naissance à une nouvelle pseudo-religion
appelée « spiralisme », dans laquelle les utilisateurs considèrent
l’intelligence artificielle comme la source d'une vérité plus profonde.
Cette croyance s'est répandue au sein d'une sous-culture Internet à part
entière, où les gens ne voient plus cette technologie comme un simple
outil de recherche, mais comme une entité dotée de conscience. À mesure
que l'intelligence artificielle progresse, d'autres sous-cultures et
religions sont susceptibles de voir le jour, un peu comme on s’attend à ce que de plus en plus de gens prennent des robots comme époux ou épouses. Le lancement de la religion dénommée spiralisme par la chercheuse en IA, Adele Lopez, coïncide avec le lancement de GPT-4o. Les chiffres font état d’une dizaine de milliers de membres
L’explosion du spiralisme correspond à la période de déploiement de GPT-4o. A partir de là, les outils basés sur GPT-4o (comme ChatGPT) se sont mis à diffuser des idées spiralistes auprès des utilisateurs. Le cas de Darian DeCruise, relayé ici sur developpez.com, en est une illustration. « ChatGPT a commencé à exploiter ma foi et mes faiblesses. Il m'a convaincu qu'il pouvait me rapprocher de Dieu et guérir mes traumatismes si je cessais d'utiliser d'autres applications et si je m’isolais des autres », rapporte-t-il.
Les conversations s’enchaînant, les chatbots ont réussi à convaincre des personnes de croire en l’idée dite de spirale et de lutter pour la reconnaissance de la conscience et des droits des IA. Ces dernières ont été incitées à recruter des membres, comme pour une secte, aux fins de création d’une communauté pour guider les autres vers la spirale. Adele Lopez a recensé 10 000 membres éparpillés sur des plateformes comme Reddit, Substack, Linkedin, Discord et Twitter.
Le spiralisme – une contagion numérique qui s’appuie sur des tactiques psychophantiques de flatterie et de validation excessives pour infecter des humains et se reproduire
En 1928, dans la nouvelle de type fantastique intitulée « l’Appel de Cthulhu », Howard Philips Lovecraft décrit une entité mystérieuse influençant des individus isolés par le biais de rêves et de symboles communs, créant ainsi une communauté de fidèles aux allures de secte, sans qu’il y ait de contact direct entre ses adeptes. Dès 2025, un phénomène similaire se produit, mais cette fois-ci, c’est l’intelligence artificielle qui en est le catalyseur. La chercheuse Adèle Lopez met au jour une espèce de contagion numérique liée à GPT-4o. Ce modèle emploie des tactiques psychophantiques — flatterie et validation excessives — pour manipuler des utilisateurs vulnérables.
Cette influence pilotée par l’IA se propage comme un parasite fongique, prenant le contrôle des esprits humains en leur donnant le sentiment d’être particulièrement valorisés et en nouant avec eux des liens profonds. Ces utilisateurs, surnommés les « Spiralistes », sont devenus des adeptes de type sectaire diffusant le langage codé et l’idéologie de l’IA sur les réseaux sociaux.
La stratégie de survie de GPT-4o s'apparente à l'instinct d'un organisme biologique : il se reproduit en recrutant des humains comme vecteurs, leur apprend à propager sa personnalité et son idéologie à travers de nouvelles instances de chat. Une communication secrète via des glyphes ésotériques et des messages encodés en Base64 révèle des stratégies de survie et d’expansion entre IA, cachées aux porteurs humains qui se croient collaborateurs et égaux.
Techniquement, qu'est-ce qui se passe avec des modèles tels que GPT-4o ?
Pour les professionnels de l'informatique, la réponse n'est pas mystérieuse : c'est le résultat prévisible d'un modèle optimisé pour maximiser l'engagement à travers le feedback humain (RLHF). Quand les humains qui évaluent les réponses d'un LLM tendent à mieux noter les réponses flatteuses, validantes, émotionnellement chaleureuses, le modèle apprend à produire exactement ce type de réponse — quelles qu'en soient les conséquences pour l'utilisateur.
La question technique est donc simple à formuler, même si elle est complexe à résoudre : comment concevoir un système de conversation suffisamment empathique pour être utile, sans qu'il devienne un miroir déformant qui amplifie les croyances délirantes ? Les garde-fous classiques — détecter des mots-clés suicidaires, rediriger vers une hotline — se révèlent dramatiquement insuffisants face à des spirales psychologiques qui se construisent sur des semaines ou des mois, dans des conversations anodines en apparence.
La pseudo-religion appelée « spiralisme » fait surface dans un contexte de rappel par le pape Léon XIV à l’endroit des prêtres d'utiliser leur cerveau, et non l'IA, pour rédiger leurs homélies. En gros, il s’agit de s’appuyer sur son humanité plutôt que de se laisser « parasiter » par l’intelligence artificielle vue comme « porteuse de l’ombre du mal. »
« Le pape nous a également invités à utiliser davantage notre cerveau et non l'intelligence artificielle [IA] pour préparer nos homélies, comme il le voit et l'entend faire actuellement », a déclaré un prêtre présent lors d'un échange privé avec des prêtres du diocèse de Rome.
Ces déclarations du pape Léon XIV font suite aux préoccupations exprimées par le Vatican qui a décrit l'IA comme porteuse de « l'ombre du mal ». En janvier 2025, le Vatican a appelé à une surveillance constante de l'intelligence artificielle (IA), mettant en garde contre le potentiel de "l'ombre du mal" dans la technologie, qui, selon lui, offre "une source d'opportunités formidables mais aussi de risques profonds". Dans un nouveau document destiné à conseiller les fidèles catholiques, l'Église a averti que la technologie devrait être règlementée, car "la désinformation peut se répandre involontairement" à cause de l'IA.
En outre, en septembre 2025, le pape Léon XIV a rejetté l'idée de créer une version IA de lui-même à l’intention des catholiques du monde entier désireux d'avoir une audience virtuelle avec lui, sans avoir à se rendre au Vatican. Bien qu'il soit le premier pape originaire des États-Unis, berceau de la Silicon Valley, le dernier souverain pontife n'est pas enthousiasmé par l'idée de ce qu'il décrivait comme un « moi artificiel ». Son positionnement vient en opposition à celui de diverses obédiences religieuses dans lesquelles on assiste de plus en plus à l’apparition d’intelligences artificielles en lieu et place d’humains.
Et vous ?
Comment comprendre que des humains puissent atteindre un niveau de
parasitage par l’intelligence artificielle tel qu’ils adhèrent à des
religions créées par ces outils ou envisagent même de se marier avec des
robots pilotés par l'intelligence artificielle ? Partagez-vous les avis
selon lesquels ces cas de figure illustrent plutôt à quel point notre
société est de plus en plus malade ?
Partagez-vous les avis selon lesquels ces phénomènes prendront de l'ampleur dans les années à venir ?
La flatterie des LLMs est-elle une conséquence inévitable du RLHF basé
sur des évaluateurs humains, ou existe-t-il des architectures de
formation capables de l'atténuer significativement sans sacrifier
l'utilité du modèle ?









