Le Bibliothécaire
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mardi 21 avril 2026
LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LES GRIFFES DU PASSÉ, Lange & Pouchairet
François Lange innove, et dans Les Griffes du Passé (Palémon 2026), nous livre un « quatre mains » bien enlevé, avec son collègue Pierre Pouchairet, ancien policier comme lui à la retraite. Je connais bien Fañch le Roy, le héros quimpérois de Lange, sévissant avec une redoutable efficacité sous les ordres du Second Empire. Je découvre avec plaisir Léane, Vanessa et Élodie, les trois policières brestoises de Pouchairet. La force et le charme de ce thriller est de réaliser un « cross-over temporel » sur une affaire déjà croisée par Fañch [1] et qui semble ressurgir de nos jours. On y retrouve notre héros vieillissant, supportant mal le nouveau régime républicain et tournant en rond au commissariat de Brest. Il n’aspire qu’à une retraite bien méritée, avec sa compagne et ses filles dans la cité du Roi Gradlon. Nos trois équipières brestoises, quant à elles, sont saisies d’une affaire particulièrement glauque, suite à la découverte d’un cadavre atrocement mutilé dans la forêt d’Huelgoat. Et ce ne sera que le début d’une longue série de meurtres, l’enquête menée par nos limières les conduisant de surcroît à exhumer la trace de crimes identiques commis à l’époque de Leroy. La piste suivie à l’époque remontait du reste en Afrique. Il est vrai que les meurtres concernés étaient (et sont) signés par de profondes griffures sur le corps des victimes. On parlait alors d’hommes-léopards et d’une secte rassemblant les plus cruels de leurs adeptes, les Aniotas. Grâce aux papiers retrouvés dans les archives de Le Roy, les méfaits seront déjoués – au risque de leur vie - par nos policières.
Une enquête passionnante qui nous fait découvrir certains cercles secrets de la haute société et nous révèle les origines occultes d’un mythe inquiétant. Et les petits alcools locaux et les saucisses aux choux qu’apprécient nos investigateurs nous aident à digérer la panoplie d’atrocités qui nous est proposée !
J’ai demandé à Natacha ce qu’elle savait sur ces fameux Aniotas et voilà ce qu’elle m’a trouvé dans un Bulletin de la Fondation Wilmarth. Il est intéressant de noter que ce texte, repris du LOI ,figure dans le premier numéro du Bulletin.
Laboratoire Odésien de l’Impossible
Département des Civilisations Anomales et des Cultes Totémiques
Fiche Confidentielle – Dossier E-42/A – Les Aniotas (Hommes-Léopards)
Dénomination :
Aniota (ou Anyoto, Anioto, pluriel : Baniotas)
Traduction littérale : “Ceux qui marchent sous la peau du Léopard”
Origine et aire géographique :
Congo central, Katanga, Bas-Zaïre, et zones forestières de la Côte d’Ivoire
et du Cameroun.
Les premières mentions écrites remontent à 1867 dans les carnets du
lieutenant Alphonse van Gheel, missionnaire belge, qui décrit « des
justiciers nocturnes vêtus de peaux et traçant dans la chair les griffes du
léopard ».
Structure et rituels :
Les Aniotas formaient une société initiatique à triple hiérarchie :
- Les Griffeurs (exécuteurs, revêtus de la peau sacrée)
- Les Maîtres-Fauves (anciens initiés chargés de l’enseignement totémique)
- Le Conseil du Cri (chefs de culte, réputés converser avec l’esprit du Léopard)
Le rite de passage consistait à ingérer une décoction hallucinogène à base d’écorce d’ipoboa et de sang de léopard, avant la mise en transe mimétique : le postulant rampait et rugissait jusqu’à “recevoir la griffe”, symbole de sa fusion avec l’animal tutélaire.
L’attaque d’un “coupable” (souvent un parjure, un traître ou un sorcier rival) se faisait à la lune décroissante, avec des griffes métalliques taillées pour imiter les blessures du fauve.
Fonction sociale et signification
Dans leur contexte originel, les Aniotas constituaient une institution
de régulation coutumière, garante de la justice tribale.
Mais aux yeux des administrateurs coloniaux, ils furent perçus comme une secte
criminelle et réprimés brutalement entre 1908 et 1945.
Leur disparition officielle n’a jamais été totalement prouvée ; certains
témoignages oraux recueillis au Katanga dans les années 1970 évoquent encore
des “Nuits du Rugissement” au cœur des forêts.
Analyse mytho-hermétique
Les archives du Laboratoire établissent des correspondances troublantes entre le totémisme des Aniotas et plusieurs formes occidentales de lycanthropie :
- Dans les deux cas, l’homme revêt la peau de la Bête et perd conscience dans l’acte rituel.
- L’énergie libérée correspond au phénomène classé sous le code “Transmutation instinctuelle type L-3”.
- Les fluides sacrificiels prélevés lors des rituels servaient, selon certains rapports Wilmarth, à ouvrir un passage sensoriel vers l’esprit du fauve primordial, parfois assimilé à un daemon chtonien nommé Nyong’a-Thoth (corrélation spéculative).
François Lange évoque dans ses Notes sur les Cultes Frontaliers d’Afrique Équatoriale (L.O.I., dossier F-19, 2024) la possibilité que certains rites Aniotas aient été contaminés par des influences hermétiques introduites par des officiers européens initiés, notamment des membres de la Société Hermétique de Bruxelles (1910-1922).
Classification interne :
Type rituel : Totémique – Transmutation Animale
Énergie en jeu : Empathie totémique (Forme-L)
Statut actuel : Dissous / persistant sous formes syncrétiques
Dossier lié : Les Hommes-Chacals du Haut-Nil (E-43/B)
Documents associés :
- Rapport d’enquête du Dr. L. de Pirillac, Carnet Katanga II, inédit (1938).
- François Lange, Les Cultes frontaliers et la Transmutation Totémique, Laboratoire Odésien, 2024.
- Extrait du Bulletin Wilmarth, vol. XV, p. 214 : “Of the Leopard-Men and their Kin”.
lundi 13 avril 2026
LES BOUFFONS DÉBARQUENT À L'ODS
LES EDITIONS DE L'OEIL DU SPHINX
36.42 rue de la Villette 75019 Paris, FRANCE
Tél 09.75.32.33.75
fax 01. 42. 01. 05. 38
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VIENT DE PARAÎTRE
(Avril 2026)
LE LIVRE DES BOUFFONNERIES DE LA MORT
Thomas Lovell Beddoes (1803–1849) est l’une des figures les plus énigmatiques et radicales du romantisme anglais tardif. Poète et dramaturge précoce, il est souvent considéré comme le plus macabre des romantiques, mais aussi comme l’un des plus lucides. Dès sa jeunesse, il affiche une ambition singulière : réinventer la tragédie en y faisant régner la poésie et la Mort, plutôt que l’action ou la morale. Formé à Oxford, Beddoes se détourne rapidement d’une carrière littéraire conventionnelle. Il mène une existence errante en Europe, s’inscrit en médecine à Göttingen, puis à Würzburg, et nourrit l’espoir — à la frontière de la science et du fantasme — de vaincre la mort par l’anatomie et la physiologie. Cette obsession irrigue toute son œuvre : chez lui, la Mort n’est pas une fin, mais une présence active, presque un personnage.
Son livre majeur, Death’s Jest-Book (Le Livre des bouffonneries de la Mort), l’occupe plus de vingt ans sans qu’il ne parvienne à s’en déclarer satisfait. Beddoes doute du théâtre, doute de lui-même, remanie sans cesse, puis renonce à publier. Cette incapacité à achever et à fixer son œuvre reflète une tension profonde : un génie poétique immense, prisonnier d’une forme dramatique qu’il juge toujours insuffisante.
Merci à Jean Hautepierre pour nous avoir fait découvrir cette petite perle et de l’avoir traduite.
En vente sur Amazon. https://www.amazon.fr/dp/2380141169 (et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com). 16 € (plus 3 € de frais de port), série « Les Inclassables de l’ODS ».
samedi 4 avril 2026
mercredi 1 avril 2026
VOUS AVEZ DIT TEMPLIER ?
On pourrait presque faire une typologie scientifique.
1. Le chercheur romantique
C’est le plus sympathique.
Profil :
- passionné d’histoire,
- aime les ruines,
- lit des livres,
- fait des cartes,
- parcourt les commanderies,
- cherche des symboles,
- ne cherche pas vraiment un trésor, mais une histoire.
Il voit les Templiers comme :
- chevaliers,
- mystiques,
- gardiens d’un secret,
- héros tragiques.
C’est souvent :
- un enseignant,
- un historien amateur,
- un randonneur,
- un passionné de patrimoine.
Il cherche plus un rêve qu’un trésor.
2. Le déchiffreur de parchemins
Là on entre dans un autre monde.
Il pense que :
- tout est codé,
- les églises sont des cartes,
- les statues indiquent des directions,
- les vitraux sont des messages,
- les blasons sont des codes,
- les noms de villages sont des anagrammes,
- les nombres sont des coordonnées.
Il adore :
- la géométrie sacrée,
- les pentagrammes sur les cartes,
- les alignements,
- les méridiens secrets,
- les carrés magiques.
Pour lui :
la France entière est une carte au trésor.
3. Le spéléologue templier
Profil très répandu.
Il cherche :
- souterrains,
- caves,
- cryptes,
- tunnels,
- grottes,
- cavernes templières,
- salles secrètes,
- puits,
- passages murés.
Il a toujours :
- une lampe,
- un plan cadastral,
- un détecteur,
- une vieille carte,
- une pelle dans le coffre.
Il est
persuadé que :
tout est sous terre.
4. Le généalogiste mérovingien
Celui-ci ne
cherche pas un trésor…
Il cherche une lignée.
Il pense que :
- les Mérovingiens n’ont pas disparu,
- certaines familles descendent des rois,
- les Templiers protégeaient cette lignée,
- le Prieuré de Sion existe,
- certaines familles nobles cachent le secret,
- lui-même descend peut-être d’un roi mérovingien.
On touche ici au mythe du sang sacré.
5. Le géopoliticien du Temple
Profil plus moderne.
Il pense que :
- les Templiers contrôlent la finance,
- les banques viennent des Templiers,
- certaines organisations actuelles sont templières,
- le Vatican a un accord secret avec eux,
- les États sont infiltrés,
- il existe une élite templière mondiale.
On est ici dans la théorie de la société secrète mondiale.
6. Le mystique du Graal
Pour lui, le trésor n’est pas matériel.
Il cherche :
- une connaissance,
- une initiation,
- un secret spirituel,
- le Graal intérieur,
- la tradition primordiale,
- le christianisme secret,
- la gnose,
- l’alchimie,
- la transformation intérieure.
Pour lui :
le trésor est une connaissance, pas de l’or.
7. Le chercheur de trésor pur
Celui-ci existe vraiment.
Il cherche :
- de l’or,
- des coffres,
- des pièces,
- des reliques,
- des bijoux,
- des dépôts,
- des caches.
Il creuse vraiment.
C’est celui qui :
- achète des détecteurs,
- creuse la nuit,
- surveille les ruines,
- cherche les caves murées,
- regarde les vieux cadastres,
- croit aux cartes codées.
Pour lui :
le trésor est réel et quelque part.
8. Le mythologue (le plus intéressant)
Celui-ci ne cherche ni or, ni souterrain.
Il cherche :
- pourquoi ces histoires existent,
- comment les mythes se fabriquent,
- pourquoi les Templiers fascinent,
- pourquoi on invente des sociétés secrètes,
- pourquoi les gens veulent qu’il existe un trésor,
- pourquoi Rennes-le-Château attire autant.
Il ne cherche pas le trésor.
Il cherche pourquoi on cherche le trésor.
C
’est probablement la position la plus intéressante intellectuellement.
Conclusion — Le point le plus intéressant
On pourrait presque dire :
|
Type |
Ce qu’il cherche vraiment |
|
Romantique |
le Moyen Âge |
|
Déchiffreur |
un message |
|
Spéléologue |
un souterrain |
|
Généalogiste |
une lignée |
|
Géopoliticien |
un pouvoir caché |
|
Mystique |
une initiation |
|
Chercheur de trésor |
de l’or |
|
Mythologue |
pourquoi tout cela existe |
Et au fond, la grande question n’est peut-être pas :
« Où est le trésor des Templiers ? »
Mais plutôt :
« Pourquoi avons-nous besoin qu’il y ait un trésor des Templiers ? »
Et là, on entre vraiment dans un sujet digne du Laboratoire de l’Impossible :
- la fabrication du mystère,
- le besoin de secret,
- les sociétés secrètes imaginaires,
- les trésors cachés,
- l’histoire invisible,
- la nostalgie d’un ordre disparu,
- la quête d’un sens caché du monde.
C’est presque un sujet d’anthropologie plus que d’histoire.
Natacha






