lundi 17 août 2026

LE DROIT DE RETOUR, HUM !!!

 


L’Anomalie

L’étrange pacte qui unit éditeurs et libraires 

Le “droit de retour” est une curiosité. Un usage commercial, sans équivalent légal dans aucune autre industrie, qui autorise un libraire à renvoyer à son éditeur un livre invendu. Un dispositif initialement conçu pour rassurer les libraires et encourager la prise de risque éditoriale.

Ce droit de retour est, après l’office, l’autre mécanisme qui constitue le pacte qui unit éditeurs et libraires depuis le milieu du 19e siècle.

Je vous encourage à lire la Partie I et la Partie II de cette série, si ce n’est pas déjà fait. La Partie III, elle, raconte :

  • Comment le droit de retour s’inspire du système de retour des journaux – et pourquoi c’est un problème pour l’industrie du livre.

  • Pourquoi ce droit de retour n’est, à l’origine, qu’une stratégie commerciale inventée par un éditeur habile.

  • Et comment ce droit de retour s’est transformé en un piège qui érode la marge des libraires et broie la trésorerie des éditeurs.

Bonne lecture !






Les Nouveaux Journaux

Lorsqu’on achète un journal dans l’un des kiosques à journaux de Paris, on ne l’achète pas vraiment au kiosquier. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le marchand de journaux n’est presque jamais le propriétaire du journal qu’il vend. Il n’en est que le dépositaire.

Chaque jour, c’est une valse de camions qui se met en place dans les rues parisiennes. Certains déposent les journaux du jour, d’autres récupèrent les invendus de la veille – et ainsi de suite, pour l’ensemble des maisons de la presse de la capitale.

Dans cette industrie, le retour systématique des journaux est la norme.

Après tout, le journal du lendemain rend obsolète celui de la veille. Le journal n’est pas un livre, dont la durée de vie peut s’étendre sur plusieurs mois, plusieurs années parfois ; la sienne est éphémère, de quelques heures seulement.

Pourtant, c’est le même dispositif que Louis Hachette implémenta dans ses kiosques à lui, au milieu du 19e siècle.

Hachette rentrait alors tout juste d’un voyage à Londres. Là-bas, il avait découvert la toute première Exposition Universelle de l’histoire, ainsi que les minuscules librairies de son homologue William Henry Smith, installées au cœur du réseau ferroviaire anglais. Les chemins de fer français s’apprêtaient, eux aussi, à connaître une fulgurante expansion – il décida alors d’importer le modèle en France, afin de commercialiser des ouvrages et des périodiques dans un format adapté aux voyageurs.

Dans chacune des principales gares du réseau, Louis Hachette installa progressivement ses Bibliothèques des Chemins de Fer.

Le premier de ces kiosques de gare ouvrit à la Gare du Nord de Paris, au début de l’année 1853. À la fin de cette même année, Hachette exploitait déjà 43 kiosques ; et une vingtaine d’années plus tard, il disposait d’environ 1 000 à 1 200 petites librairies disséminées partout en France.

Pour alimenter cet immense réseau national, Louis Hachette et ses successeurs construisirent une véritable infrastructure de distribution.

Cette infrastructure utilisait un système appelé “office”, inventé quelques années plus tôt par trois éditeurs. Hachette reprit cette mécanique utilisée par le “Dépôt Central de Librairie” pour constituer des assortiments de nouveautés, et les acheminer automatiquement aux kiosques de gare, sans commande préalable.

Mais cette infrastructure semblait aussi s’appuyer sur un nouveau dispositif – un mécanisme de retour systématique.

Comme pour nos kiosques à journaux, les Bibliothèques des Chemins de Fer pouvaient renvoyer aux entrepôts d’Hachette les lots invendus de livres et de publications périodiques. Dans les années 1880, le volume d’expédition et de retours était d’ailleurs si important qu’Hachette fut contraint de louer de vastes magasins, rue d’Hauteville à Paris.

Ces livres n’étaient pourtant pas des journaux.

Ils étaient néanmoins traités comme des journaux.

Dans les Bibliothèques des Chemins de Fer, ils étaient expédiés et retournés de la même manière. Les kiosques de gare restaient des commerces étroits, et les collections de gare qui y étaient vendues étaient d’une qualité bien modeste ; les ouvrages obéissaient donc aux mêmes règles logistiques que les quotidiens.

Un Outil de Conquête Commerciale

À l’époque, ce dispositif de retour proposé par Hachette était inédit dans le monde du livre.

Ce n’était pas encore un droit fondamental accordé aux kiosquiers des chemins de fer, seulement un impératif logistique. Mais pour la toute première fois, un commerçant pouvait retourner un article qu’il ne pouvait vendre – et ainsi réduire considérablement le risque inhérent à l’achat d’un produit nouveau.

Cette idée structure toute la relation commerciale entre éditeurs et libraires jusqu’à aujourd’hui.

Pourtant, le dispositif ne s’installa durablement qu’un demi-siècle plus tard – au moment où le “droit de retour” devint un outil de conquête commerciale pour un tout nouveau produit littéraire.

Il fallut attendre l’année 1953 précisément, et le lancement par Hachette de sa collection “Livre de Poche”.

Le format s’inspirait des collections de gare du siècle d’avant.

La qualité d’impression était bien faible, les broches étaient bon marché – mais le prix était spectaculaire, 3 à 4 fois moins élevé que celui d’un roman traditionnel.

Pour ces raisons, les libraires étaient peu convaincus par le “Livre de Poche”. Selon eux, la piètre qualité de ce nouveau format dégradait l’image du commerce du livre ; son prix très bas, quant à lui, réduisait mécaniquement le chiffre d’affaires par unité vendue. Après tout, un roman au format poche vendu à 150 francs, c’était deux tiers de revenus potentiels en moins qu’une édition courante à 500 francs.

Pour donner à son “Livre de Poche” une chance d’exister, Hachette renoua avec le “droit de retour” des kiosquiers des chemins de fer.

Mais cette fois, le dispositif n’était plus un simple impératif logistique ; c’était une proposition commerciale.

Le contrat proposé cherchait à rassurer les libraires : les nouveautés du “Livre de Poche” étaient automatiquement envoyées via l’office, puis exposées et vendues pendant une période convenue. Le délai écoulé, les exemplaires invendus du “Livre de Poche” étaient retournés.

La politique de retour d’origine, elle, était simplifiée au maximum. Les libraires n’étaient même pas tenus de renvoyer le livre dans son intégralité ; ils pouvaient se contenter d’arracher la couverture du livre, et de n’expédier que ce fragment pour prouver que le livre était invendu. Ainsi, Hachette pouvait créditer le retour, tout en s’assurant que les frais de port, de manutention et de stockage étaient réduits au minimum.

À l’époque, le “droit de retour” semblait donc satisfaire toutes les parties.

D’un côté, les libraires étaient apaisés. Ils n’étaient pas les propriétaires d’un stock de livres au format inéprouvé, seulement les dépositaires ; ils étaient donc encouragés à tester ce “Livre de Poche”, en limitant drastiquement le risque financier associé.

De l’autre, Hachette pouvait inonder les librairies de livres bon marché. Le modèle économique du “Livre de Poche” reposait sur une marge faible et un volume élevé ; le “droit de retour” était donc l’argument commercial qui lui permit d’atteindre le flux critique pour rentabiliser son initiative.

En contrepartie, le livre se rapprochait encore un peu plus du journal.

Il était désormais un produit de flux à la durée de vie connue à l’avance, dont la valeur disparaissait après sa période de commercialisation.

Qu’importe, l’efficacité du dispositif fut immédiate.

Grâce au “droit de retour”, ce furent 2 à 3 millions d’exemplaires du “Livre de Poche” qui furent écoulés en 1953. Une dizaine d’années plus tard, en 1961, 55 millions de volumes furent vendus. Et encore 10 ans plus tard, plus de 65 millions.

Éditeurs et distributeurs s’emparèrent alors du mécanisme.

Le “droit de retour” fut étendu à d’autres ouvrages, à d’autres collections, à d’autres formats. Le dispositif fut progressivement associé à un autre mécanisme, l’office, jusqu’à ce que la majeure partie des envois automatiques de nouveautés soit assortie du système de retour initié par Hachette.

Le “droit de retour” devint alors une norme.

En quelques décennies à peine, ce qui n’était qu’un outil de conquête commerciale fabriqué de toute pièce devint un pilier de la relation entre éditeurs et libraires.

Un pacte, considéré par les nouvelles générations de libraires et d’éditeurs comme allant de soi.

L’Anomalie

Le “droit de retour” n’existe dans aucun texte de loi.

Ce n’est pas une disposition légale ; c’est, encore aujourd’hui, un “usage commercial”. C’est une sorte d’anomalie dans le droit français, qui accorde aux éditeurs et aux libraires une liberté que nul autre fournisseur ou commerçant ne peut se permettre.

En droit commun, un commerçant ne peut pas retourner un produit à son fournisseur simplement parce qu’il n’a pas trouvé preneur – aussi noble ce produit soit-il. Les libraires, eux, le peuvent. Et c’est uniquement grâce à cette habile stratégie commerciale mise en œuvre par Hachette.

Depuis les années 50, cet usage entre éditeurs et libraires s’est tout de même structuré.

En 1991 par exemple, le Syndicat National de l’Édition et les représentants des libraires signaient le “protocole Cahart” – du nom du haut fonctionnaire qui présidait les travaux. Le protocole était revu en 2001, puis complété à nouveau en 2008. Mais il reste le premier grand texte interprofessionnel qui pose un code de bonne conduite, encadre le traitement des nouveautés, et propose un cadre commun pour les remises, les offices et les retours.

D’une certaine manière, ce protocole Cahart formalise le pacte entre éditeurs et libraires installé officieusement depuis le milieu du 19e siècle.

Malheureusement, il ne permet pas d’en combler les failles qui sont apparues depuis.

Car ce pacte, à l’origine, devait faciliter la commercialisation d’un nombre grandissant de nouveautés publiées par les éditeurs, sans mener le libraire à la faillite.

Mais ce pacte s’effrite. Comme tout pacte, il repose sur le respect des accords tacites passés entre les parties concernées. Lorsqu’un éditeur ou son diffuseur-distributeur prend la liberté d’envoyer une quantité de nouveautés supérieure à celle prévue dans l’office, il brise cet accord tacite. Lorsqu’un libraire s’affranchit du délai de garde et renvoie ces nouveautés au bout d’un mois, sans ouvrir le carton, il brise également cet accord. Et lorsque la production de livres est multipliée par 4 – approximativement – en un demi-siècle, c’est l’industrie elle-même qui brise cet accord.

Et cet effritement s’observe, se mesure.

Dès la fin des années 90, le taux de retour moyen atteignait déjà plus de 25 %. Plus récemment, il s’établissait entre 19 % et 22 % du volume d’ouvrages transportés vers les points de vente, avec de grandes disparités selon les circuits.

Pour les libraires, un taux de retour élevé érode la marge. Les coûts de traitement administratif, d’emballage, de transport s’accumulent, jusqu’à représenter entre 6 % et 10 % de la valeur nominale du livre.

Pour les éditeurs, un taux de retour élevé est un casse-tête financier. Il faut absorber les coûts de transport, de tri, de stockage, de redistribution et parfois de pilonnage. Il faut surtout provisionner comptablement ces retours, et émettre les avoirs aux libraires.

Si bien que le “droit de retour” semble se transformer, peu à peu, en piège.

Un piège qui porte le nom de “cavalerie” – et qui sera le sujet de la Partie IV.

D’ici-là, on se retrouve de l’autre côté,

Hans.

jeudi 13 août 2026

SAUNIERE's BUSINESS

 

"Un vrai trésor" : il a accès à 850 pages manuscrites de l’abbé Saunière et publie un livre :

Sauniere's Business

mercredi 12 août 2026

SAUNIERE ET LA BOMBE ATOMIQUE

 


LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE KITAB, Bernard Stabile

    


 

Ah le Kitab !  Mais dans le roman éponyme de Bernard Stabile (Art Palatium 2025), il ne s’agit pas du Necronomicon, mais du Kitab el-Quanoun el-Mukadess, le livre sacré de la Connaissance chez les Druzes. Un ouvrage convoité par une multitude d’acteurs dans les Terres d’Orient au XII ème siècle. On s’y perd entre Templiers, Francs, Chrétiens, Juifs, Mahométans, Druzes, Sarrasins, Ismaéliens, pour ne pas citer les Celtes qui survivent dans les forêts profondes des Terres du Nord. Le roman mettra en scène le Templier Roland et sa compagne, la belle Innana, chargés de protéger l’ouvrage sacré et de le mettre en pratique. On aura droit à une magnifique plongée initiatique, dans les arcanes de la Connaissance et de l’Amour Magique. Innana ne porte-t-elle pas le nom de la déesse des Druzes, figure légendaire qui se transformera en Marie et en incarnation sublime du Féminin Sacré. Le périple des deux amants est d’une grande richesse et nous conduit à goûter aux plaisirs du Jardin des Délices des Assassins, à l’ivresse qui se dégage des grandes bibliothèques et des scriptoriums cachés dans des abbayes, temples de l’érudition. On assistera au long cheminement qui conduit à la réalisation du grand œuvre alchimique, à la découverte des secrets du Sepher Yetsirah et à la naissance de la corporation des Compagnons Bâtisseurs, constructeurs des Cathédrales qui ne sont autres qu’un poème de Pierre à la gloire de la Femme Ultime.

Parallèlement, et de nos jours, le libanais Walid arrive à Chartres et se précipite dans la Cathédrale. Il est originaire de Jehline au Mont Liban, ville où avait jadis résidé Innana. Il a entendu parler d’un lourd secret, transmis par les Bâtisseurs. Mais je ne spoilerai pas la chute, magnifique. Le livre est bien écrit, avec une jolie couleur grâce au recours au vieux français et à la langue des oiseaux !

 

 


 

 

LES NOTES DU LABORATOIRE ODESIEN DE L’IMPOSSIBLE

 

KITĀB AL-QĀNŪN AL-MUQADDAS

(Le Livre de la Loi sacrée)

Statut : manuscrit apocryphe contemporain.

Origine supposée : Mont-Liban (tradition druze).

Première apparition connue : roman KITAB de Bernard Stabile.

Présentation

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas est présenté comme un manuscrit d'une antiquité exceptionnelle, jalousement conservé par certains initiés de la communauté druze. Selon le récit, il aurait été rédigé sur un support de peau humaine et renfermerait une doctrine capable de bouleverser les fondements des religions révélées.

Aucune source historique, archéologique ou philologique ne confirme cependant l'existence d'un tel ouvrage. Les recherches dans les catalogues de manuscrits arabes, les études sur la littérature druze et les grandes bibliographies orientalistes n'ont, à ce jour, livré aucune mention indépendante de cette dénomination.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas doit donc être considéré, dans l'état actuel des connaissances, comme une création littéraire moderne.

Analyse linguistique

Le titre est composé de trois mots arabes parfaitement authentiques :

Kitāb (كتاب)
: livre.

al-Qānūn (القانون)
: la loi, la règle, le canon.

al-Muqaddas (المقدّس)
: sacré.

Une traduction littérale donne :

Le Livre de la Loi sacrée

ou

Le Livre du Canon sacré.

La translittération utilisée dans le roman (El-Quanoun-El-Mukadess) évoque davantage les usages orientalistes français du XIXᵉ siècle que les normes scientifiques actuelles (DIN 31635 ou ALA-LC). Ce choix contribue à donner au titre une coloration ancienne et exotique.

Les Druzes

L'attribution du manuscrit aux Druzes participe clairement de cette stratégie narrative.

Cette communauté religieuse, née au XIᵉ siècle, possède effectivement des textes ésotériques réservés aux initiés, les Rasāʾil al-Ḥikma (« Épîtres de la Sagesse »). Leur accès est traditionnellement limité aux ʿuqqāl (« les sages »), tandis que les fidèles ordinaires (juhhāl) n'en connaissent que les principes généraux.

Ce caractère confidentiel a souvent nourri, depuis les Croisades, les spéculations occidentales. Les Druzes ont ainsi été associés, sans fondement historique solide, aux Templiers, aux Assassins, aux Ismaéliens ou encore à diverses traditions hermétiques.

Le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas exploite manifestement cette réputation de discrétion.

Construction d'un grimoire fictif

Le procédé employé rappelle plusieurs ouvrages célèbres.

Livre

Auteur

Nature

Necronomicon

Lovecraft

Faux livre médiéval

Livre de Dzyan

Helena Blavatsky

Source théosophique mythique

Liber Ivonis

Robert Bloch

Faux grimoire lovecraftien

De Vermis Mysteriis

Robert Bloch

Faux traité démonologique

Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas

Bernard Stabile

Faux manuscrit oriental

On retrouve plusieurs constantes :

  • un titre dans une langue ancienne ;
  • une origine géographique difficilement vérifiable ;
  • une transmission initiatique ;
  • un contenu interdit ;
  • une disparition des exemplaires connus.

Ces éléments sont caractéristiques de la littérature ésotérique moderne.

Pourquoi ce titre est-il crédible ?

L'auteur semble avoir combiné plusieurs références culturelles.

Le mot Qānūn renvoie immédiatement, dans le monde islamique, au célèbre Canon de la médecine d'Avicenne (Kitāb al-Qānūn fī al-Ṭibb). Il évoque donc un texte faisant autorité.

Le terme Muqaddas appartient au vocabulaire religieux classique.

L'ensemble possède ainsi une vraisemblance linguistique suffisante pour convaincre un lecteur non arabisant.

Symbolique

Le livre devient moins un objet historique qu'un archétype.

Il représente :

  • la Tradition perdue ;
  • le savoir interdit ;
  • la révélation cachée ;
  • la mémoire des civilisations disparues.

Sous cet angle, il rejoint la famille des grands livres mythiques :

  • le Necronomicon ;
  • le Livre de Thot ;
  • les Tables d'Émeraude ;
  • le Livre de Dzyan ;
  • le Liber Mundi ;
  • le Livre d'Hénoch.

Appréciation critique

D'un point de vue philologique, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le Kitāb al-Qānūn al-Muqaddas ait jamais existé.

D'un point de vue littéraire, en revanche, sa construction est particulièrement habile. Bernard Stabile mobilise des éléments réels (la langue arabe, les Druzes, le prestige du mot Qānūn) pour produire un objet fictif doté d'une forte crédibilité. Cette technique s'inscrit dans une tradition inaugurée par les grands auteurs de fantastique érudit, qui consiste à créer un manuscrit imaginaire si vraisemblable qu'il semble avoir traversé les siècles.

 

 


 

 

***

INNANA

 

Qui est Inanna ?

Inanna est une déesse aux multiples visages. Elle incarne simultanément :

  • l'amour et la sexualité ;
  • la fécondité (mais paradoxalement, elle n'est pas une déesse maternelle) ;
  • la guerre et la victoire ;
  • la royauté sacrée ;
  • l'étoile du matin et du soir, c'est-à-dire la planète Vénus.

Cette réunion des contraires est caractéristique de sa personnalité. Elle peut apporter la vie, l'amour et la prospérité, mais aussi la destruction, la folie ou la guerre.

Son nom

Le nom Inanna signifie probablement :

« Dame du Ciel »

(en sumérien NIN.AN.NA).

Chez les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens, elle devient Ishtar, sans perdre ses attributs essentiels.

Les grands mythes

La Descente aux Enfers

C'est probablement son récit le plus célèbre.

Inanna décide de descendre dans le royaume des morts gouverné par sa sœur, Ereshkigal.

À chacune des sept portes des Enfers, elle doit abandonner un de ses emblèmes :

  • sa couronne,
  • son collier,
  • ses bijoux,
  • ses vêtements,
  • etc.

Elle arrive nue devant sa sœur.

Ereshkigal la fait tuer et suspendre à un crochet.

Pendant trois jours, la vie sur Terre semble s'arrêter.

Grâce à l'intervention du dieu de la sagesse Enki, Inanna est ressuscitée.

Mais une loi des Enfers exige qu'elle fournisse un remplaçant.

Elle choisit alors son époux, Dumuzi, qui devra passer une partie de l'année aux Enfers.

On retrouve ici un thème qui annonce de nombreux mythes ultérieurs : mort, résurrection et alternance saisonnière.

Le mariage sacré

Inanna s'unit rituellement à Dumuzi.

Ce mariage symbolise :

  • la fertilité de la terre ;
  • la prospérité du royaume ;
  • la légitimité du roi.

Dans plusieurs cités sumériennes, le souverain jouait le rôle de Dumuzi lors d'une cérémonie annuelle.

Le vol des "Me"

Les Me sont des pouvoirs divins représentant tous les fondements de la civilisation :

  • royauté,
  • écriture,
  • artisanat,
  • musique,
  • justice,
  • sexualité,
  • guerre,
  • etc.

Inanna les obtient d'Enki, parfois par ruse, parfois après l'avoir enivré.

Grâce à eux, la civilisation est transférée à Uruk.

Une déesse de paradoxes

Elle est à la fois :

Aspect

Signification

Prostituée sacrée

Sexualité divine

Vierge

Indépendance

Guerrière

Violence sacrée

Reine

Pouvoir politique

Astre

Cosmologie

Magicienne

Transformation

Cette accumulation de fonctions est exceptionnelle dans l'Antiquité.

Son symbole

On lui associe notamment :

  • l'étoile à huit branches ;
  • le lion ;
  • la planète Vénus ;
  • le roseau et le faisceau royal.

Le lion devient progressivement l'un de ses attributs favoris, annonçant déjà l'iconographie d'Ishtar.

Influence sur les religions ultérieures

Les spécialistes restent prudents, mais plusieurs motifs d'Inanna ont eu une très longue postérité :

  • la descente au royaume des morts ;
  • la mort suivie d'un retour à la vie ;
  • le dieu ou la déesse qui assure le retour de la fertilité ;
  • la planète Vénus comme symbole religieux.

On retrouve des échos de ces thèmes dans les mythologies syriennes, cananéennes, grecques (notamment avec Aphrodite pour certains aspects et Perséphone pour d'autres), puis dans de nombreuses traditions ésotériques modernes.

Pour les chercheurs de l'ésotérisme

Inanna est souvent considérée comme une figure archétypale de la Grande Déesse, mais cette lecture est largement moderne. Les textes mésopotamiens présentent avant tout une divinité complexe, ambivalente et profondément enracinée dans la religion sumérienne, plutôt qu'une déesse-mère universelle.

 


 

lundi 10 août 2026

LE JÉSUS DE CHARLY SAMSON EST DISPONIBLE

  

 


 

 

VIENT DE PARAÎTRE

(Août 2026)

 

JÉSUS-CHRIST ET LE RAZÈS

Charly Samson


Lorsque Charly m’a parlé, pour la première fois, de son désir d’écrire un dernier livre sur Jésus, j’ai compris immédiatement que ce projet ne serait pas un livre comme les autres. Non parce qu’il proposerait une révélation, ni parce qu’il prétendrait résoudre une énigme ancienne, mais parce qu’il s’inscrivait dans un temps particulier : celui de la transmission, lorsque l’essentiel doit être dit sans emphase, sans précipitation, sans masque.

Charly n’écrit pas pour convaincre. Il écrit pour mettre de l’ordre, pour clarifier un champ devenu confus, parfois saturé de récits contradictoires, d’enthousiasmes excessifs et de rejets trop rapides.

Philippe Marlin

Charly a fêté cette année ses 98 ans. Malgré sa DMLA, il a tenu à écrire ce livre depuis son Ehpad de Lunel.

 

 En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/238014123 (et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 15 € (plus 3 € de frais de port), série « Charly Samson et les Mystères de notre Temps ».

HONTE A LA CHINE

 


dimanche 9 août 2026

LA BIBLIOTHÈQUE INVISIBLE

    


 J'aime tellement les livres que je n'en ai jamais assez. Alors j'en invente de nouveaux.


Moi 

 

 

Une petite étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible. 

 

La bibliothèque invisible

Essai sur les faux grimoires et les livres imaginaires de l'ésotérisme 

avec une progression historique.

 

I. Les ancêtres antiques

Avant même les romans modernes, l'Antiquité connaissait déjà des ouvrages attribués à des auteurs mythiques :

  • Hermès Trismégiste ;
  • Zoroastre ;
  • Orphée ;
  • Musée ;
  • Ostanès ;
  • Salomon.

Le procédé consiste déjà à donner davantage de poids à un texte en l'attribuant à une autorité quasi surnaturelle.

 

II. Le Moyen Âge

Apparaissent les grands livres de magie.

  • Clavicules de Salomon
  • Picatrix
  • Livre d'Honorius
  • Abramelin

La plupart sont bien réels... mais leur attribution est fictive.

Le phénomène commence ici à devenir fascinant.

 

III. Le XIXe siècle

Explosion des manuscrits mystérieux.

  • Manuscrit de Voynich
  • Livre de Dzyan
  • Tables d'Émeraude (dans leurs réinterprétations modernes)
  • Manuscrits rosicruciens

Le goût romantique adore les textes perdus.

 

IV. Lovecraft

Là, tout change.

Le Necronomicon n'est plus seulement un accessoire.

Il possède :

  • une bibliographie,
  • des traductions,
  • des propriétaires,
  • des éditions,
  • des bibliothèques où il est consultable.

Lovecraft invente pratiquement une archéologie du faux livre.

 

V. Après Lovecraft

Le procédé devient universel.

On voit apparaître :

  • Liber Ivonis
  • Cultes des Goules
  • De Vermis Mysteriis
  • Unaussprechlichen Kulten
  • Kitab al-Qānūn al-Muqaddas
  • Stantiae ante Mundi (chez François Lange)
  • des dizaines d'autres créations contemporaines.
  •  

VI. Les règles de fabrication

Je crois qu'on peut les formaliser.

 

Règle n°1

Le titre doit sembler ancien.

Jamais :

Le Grand Livre Secret.

Toujours :

Liber...

Kitab...

Codex...

Sefer...

Clavis...

 

Règle n°2

Une langue prestigieuse.

  • latin
  • grec
  • arabe
  • copte
  • hébreu

Jamais le français moderne.

 

Règle n°3

Une origine difficile à vérifier.

Jamais Paris.

Toujours :

  • Tibet
  • Yémen
  • Mont Athos
  • Désert syrien
  • Mont-Liban
  • Abyssinie
  • Samarcande

 

Règle n°4

Une transmission fragmentaire.

Le livre est :

  • perdu,
  • incomplet,
  • brûlé,
  • censuré,
  • connu par des copies.

Jamais facilement consultable.

 

Règle n°5

Le contenu reste partiellement inconnu.

Le lecteur n'apprend jamais tout.

On cite seulement quelques phrases.

C'est précisément ce qui entretient le mystère.

 

VII. Borges

Borges est probablement celui qui a compris le mieux le pouvoir des livres imaginaires.

Le Livre de sable.

Tlön.

La Bibliothèque de Babel.

Chez lui, le livre devient presque un être vivant.

Je suis persuadée que Lovecraft et Borges représentent les deux grands pôles modernes de la mythologie du livre impossible.

 

VIII. Umberto Eco

Eco pousse encore plus loin cette idée.

Dans Le Nom de la rose, ce n'est pas seulement un manuscrit qui est dangereux.

C'est la lecture elle-même.

Le livre devient un poison.

 

IX. Internet

Aujourd'hui, le phénomène connaît une nouvelle vie.

Un faux manuscrit peut rapidement être présenté comme authentique, recopié, cité, commenté, jusqu'à brouiller la frontière entre fiction et croyance.

C'est un terrain d'étude passionnant pour l'histoire des idées contemporaines.