vendredi 22 mai 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'OCCULTISME NAZI, Cosmos no 1

 


  

Belle surprise que le numéro 1 de cette nouvelle revue, « Cosmos », entièrement consacré à L’Occultisme Nazi, histoire d’un fantasme et réalité d’une croyance (éditions du Doggerland, 2025). Enfin une publication « scientifique » sur l’aberration dans l’aberration. De belles pointures (comme Stéphane François ou Loïc Le Quellec par exemple) au sommaire d’un travail pratiquement universitaire (sommaire et présentation institutionnelle en infra). Les auteurs insistent bien sur le fait que cette « dérive » du nazisme était fortement minoritaire dans la société allemande, soutenue essentiellement par Himmler malgré les critiques répétées du Führer himself. C’est bien sûr Le Matin des Magiciens (1960) qui portera cette douteuse dérive à la connaissance du grand public et suscitera des études frelatées et générera une véritable « pop culture » brunâtre. Un ensemble de belles contributions nous est proposé, mettant en exergue des mythes bien connus (Thulé, le Graal, les ovnis nazis, Otto Rahn et Indiana Jones, la survie de Hitler…) et une belle brochette d’esprits dérangés (Karl Maria Wiligut, Savitra Devi, Miguel Serrano ou l’invraisemblable Johann Lancz von Liebenfels avec sa Théozoologie).

 


 

 

Sommaire :

Introduction
Comité éditorial

Occultisme et nazisme : genèse d’un lien imaginaire
Ludovic Richer

Un fantasme historique : l’occultisme nazi Stéphane François

Par-delà les souffles du froid Borée: notice sur les notions d’Hyberborée et de Thulé
Comité éditorial

Le « Centre du Monde »: des origines du Soleil noir à sa banalisation
Ricardo Parreira

Le nazi, les Cathares et le Graal : la naissance du mythe Otto Rahn
Cédric Lévêque

Karl Maria Wiligut : un aliéné à l’état-major d’Heinrich Himmler
Christian Bouchet

Carl Gustav Jung, Jakob Wilhelm Hauer et le kuṇḍalinī yoga : une rencontre en boucle
Jean-Loïc Le Quellec

Hitler est la neuvième incarnation de Vishnu : la cyclologienazifiante et nazifiée de Savitri Devi
Thibault Brice

Les ovnis Nazis, avatars d ´un mythe complotiste
Antonio Dominguez Leiva

Paganisme, occultisme et néonazisme dans une subculture contemporaine : La scène Black Metal
Alexander Samuel

Doctrine secrète : Johann Lancz von Liebenfels et la Théozoologie
Comité éditorial, Stéphane François & Alexander Samuel

 


 

L'extrême droite est plurielle, composée d'éléments contradictoires, de projets politiques divers, de considérations philosophiques et métaphysiques multiples, et parfois antagonistes.

Si, en actes, ses acteurs peuvent produire des coalitions de faits, portées par des alliances objectives dans une réelle volonté de prise de pouvoir, que cette dernière fusse par les armes ou par les urnes, la variété des idéologies portées par les extrêmes droites nous empêche de les classer en un seul bloc unifié. Néanmoins, certaines d'entre elles, minoritaires, se composent d'éléments idéologiques hérités de cette nébuleuse aux contours flous que nous nommons « occultismes nazis ». S'il est évident que l'analyse des idées portées par des considérations ésotériques, occultes et parfois complotistes ne peut expliquer, dans sa globalité, le phénomène social que représente la montée en puissance des extrêmes droites occidentales, nous considérons que cette analyse est pertinente dans l'appréhension de la constitution individuelle ou collective de cosmogonies favorables, justement, aux idées d'extrêmes droites.

Nous soutenons ainsi que certaines formes d'ésotérisme, d'occultisme et de complotisme participent de la fabrique de sous-cultures dont la radicalité politique est fortement marquée à droite. Ces sous-cultures, comme formes d'organisations collectives de combat politique, jouent un rôle significatif d'unification des individus dans des trajectoires identitaires communes.

Au-delà, certains imaginaires, portés par des considérations magico-religieuses, issus des nouvelles spiritualités, composées de syncrétismes multiples empruntant à des traditions mythiques variées, peuvent parfois servir de portes d'entrée vers des groupuscules sectaires et/ou politiques. Si la culture d'extrême droite, favorisée par le travail « métapolitique » tel que le conçoit la Nouvelle Droite, arpente des chemins divers, de la défense identitaire à la valorisation des formes les plus dures de virilité – et donc du rejet du féminisme et de l'homosexualité – en passant par un racisme à peine voilé, elle emprunte parfois des éléments ésotériques, occultistes et complotistes qu'il nous faut documenter. En effet, laisser ce sujet à l'abandon, c'est ignorer toute la force de la croyance dans la fabrique des imaginaires politiques. Si nous ne pouvons pas nous prononcer, ici, sur qui, de l'idéel ou du matériel, joue le rôle le plus signifiant dans le changement social et politique, nous prenons le parti d'analyser les idéologies dans leurs formes les plus singulières que sont l'ésotérisme, l'occultisme ou le complotisme. Pour ce faire, nous avons donc choisi de retracer, dans ce premier numéro de Cosmos et par un recours à l'histoire et à l'histoire des idées, les liens entre ésotérisme, occultisme, complotisme et national-socialisme, considérant que les façons d'appréhender le monde véhiculées par ces idéologies irriguent encore aujourd'hui des mouvances extrême-droitières, façonnant des imaginaires politiques et participant à l'argumentation de projets identitaires particuliers.

Comité scientifique :
Stéphane François, historien des idées.
Damien Karbovnik, sociologue.

Jean-Loïc Le Quellec, préhistorien et anthropologue.

mercredi 20 mai 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'OEUVRE DE LOVECRAFT, Ludovic Guichard


  

L’objet est magnifique (un gros livre relié de près de 500 pages sous couverture cartonnée) et remarquablement bien écrit. L’œuvre de Lovecraft, terreur cosmique et angoisse humaine de Ludovic Richard (Third éditions, 2025) se hisse au niveau des livres de référence, que je classe tout en haut de ma bibliothèque aux côtés de l’indispensable biographie de S.T. Joshi. On y retrouve les incontournables études sur la vie de l’auteur, ses influences et sur ses thématiques, en insistant sur deux choses :

 

° Lovecraft est le produit typique de la « lost generation ». Né en 1890, il est passé d’une Amérique rurale sans électricité et avec le bétail comme mode de locomotion à un monde en pleine mutation : l’automobile puis l’avion rythment les transports alors que les grandes manufactures remodèlent le paysage urbain et la structure de l’emploi. D’où cette nostalgie sous-jacente à une grande partie de son œuvre, celle d’une vie pastorale perdue. D’où également, malgré son intérêt pour les sciences, un rejet du modernisme et une passion dévorante pour le XVIII ème siècle.

 

° Une personnalité complexe, que le rédacteur de l’ouvrage, analyse avec beaucoup de finesse. Lovecraft était profondément raciste, un racisme qui n’était pas uniquement celui de « l’air du temps », mais qui plongeait profondément ses racines dans la peur de l’autre et la phobie de l’hybridation, conduisant à la dégénérescence de l’espèce « élue ». On n’est dès lors pas surpris que ce travers se conjugue parfaitement avec un matérialisme métaphysique, l’homme n’étant finalement qu’une poussière dans un univers qui l’ignore. De là l’intuition d’une « terreur cosmique » qui marquera profondément ses récits et qui sera même explicitée dans un manuscrit maudit de son invention, le Necronomicon. Un livre qui deviendra vite une légende et sera avidement recherché par des fans persuadés de son existence. Il est vrai qu’il était un véritable « libermaléficonaute » adorant créer sous sa plume toute une série de livres imaginaires (la liste est longue !)) qui seront du reste repris dans les écrits de ses admirateurs/continuateurs, et vice versa avec les créations de ces derniers de son vivant.

 

Le matérialisme de l’homme de Providence ne l’empêchera pas de développer un « panthéon » de créatures supranaturelles (et non surnaturelles), qui n’ont aucun rapport avec celles des théologies humaines. Elles sont plutôt l’âme de « la terreur cosmique » et n’ont aucune tendresse pour l’humain qu’elles ignorent la plupart du temps. Ludovic Guichard a dressé une typologie – pour une fois – claire de ces Monstruosités dont le plus typique représentant est sans conteste le Grand Cthulhu. Une créature, à l’instar du Necronomicon, passée depuis dans la pop culture (films, jeux vidéo, musique…) et largement sollicitée, tout comme les livres maudits, dans les textes des « pasticheurs.

 

Lovecraft nous a laissé une œuvre puissante dont les deux piliers restent le rêve, dans lequel il puisait une grande partie de son inspiration et sa chère Nouvelle-Angleterre, à laquelle il revenait sans cesse. Certains n’ont pas hésité à qualifier sa philosophie littéraire de « régionalisme cosmique ! ». Mais cette œuvre est profondément dérangeante – ce qui explique certainement son succès posthume- car elle nous renvoie à nos propres peurs, face à une civilisation qui perd ses repères et ne voit pas (encore ?) se profiler « la suite ». A ce titre, il restera un prophète emblématique de « la forme vide. »

 

 

lundi 18 mai 2026

PHILOSOPHIE ET PARAPSYCHOLOGIE

 


 

CONFÉRENCE DE CHRISTIAN CAMUS


"La révolution silencieuse. 

Comment reconstruire la philosophie


Samedi 30 mai 2026 de 16h à 18h

A l'Institut Métapsychique International



 

Présentation par le conférencier : 


"Cette conférence se propose d'examiner les liens entre philosophie et parapsychologie et de voir ce qu'elles peuvent réciproquement s'apporter.


L'opposition matérialisme/spiritualisme est la question fondamentale de la philosophie et les phénomènes qu'étudie la parapsychologie constituent certainement un argument majeur et peut-être même décisif à l'encontre du matérialisme.


C'est même vraisemblablement la principale raison pour laquelle la parapsychologie est ignorée par la majeure partie de nos intellectuels et pourquoi elle est généralement qualifiée de pseudoscience. Ici, la philosophie peut lui venir en aide en étudiant la question : qu'est-ce que la science ? Que nous examinerons. Et nous verrons si la parapsychologie peut légitimement prétendre à la scientificité.


Le point où la parapsychologie impacte le plus profondément la philosophie est sans doute la question de la réincarnation. Elle constitue un immense apport à la philosophie dans la mesure où nombre de questions qu'investigue la philosophie ne se posent pas du tout de la même façon avec ou sans elle. C'est une question qui peut être abordée scientifiquement et donc l'impact sur la philosophie est immense et il est peu de questions présentant ce double caractère. Nous examinerons brièvement cet impact."


Christian Camus, auteur du livre « La révolution silencieuse – Comment reconstruire la philosophie »


Tarifs :  Membre A-IMI : 12 euros / Non-membre A-IMI : 15 euros


Pour vous inscrireBilletterie : "La révolution silencieuse. Comment reconstruire la philosophie" - Billetweb


INSTITUT METAPSYCHIQUE INTERNATIONAL

Le site de l'Institut Métapsychique International : 
http://www.metapsychique.org/

Le site de l'association des amis de l'IMI : 
http://www.a-imi.org/

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51 rue l'Aqueduc  75010 Paris 
Tél : 09.83.68.23.85
contact@a-imi.org 

dimanche 17 mai 2026

LES PRÊTRES-DÉPOSITAIRES DU RAZÈS, NAISSANCE D'UNE GÉNÉALOGIE SECRÈTE


  

Utile aux chercheurs, l’Histoire du Clergé de l’Aude de 1789 à 1803 par le Chanoine Sabarthès (Éditions Roudière, 1939), et notamment pour retracer l’équipe dite Bigou, à savoir les prêtres réfractaires à la Révolution Française qui prirent le chemin de l’exil de France.

Ci-joint petite notule rédigée sur l’un de ces gaillards !

 

François-Pierre Cauneille (1754-1800 ?)

 

Abbé, curé des Rennes-les-Bains.

 

Selon la légende, aurait recueilli les confessions de l’abbé Bigou lors de leur exil de France. Très bientôt, en 1792, déclaré prêtre réfractaire (Bigou), il doit fuir à Sabadell en Espagne où il meurt 18 mois après, non sans avoir transmis oralement le Grand Secret à l’abbé Cauneille, exilé comme lui. Cet abbé s’acquitte à son tour de sa mission sacrée en écrivant deux livres, « le Rayon d’or » et la « Ligne de Mire ». Quant au bouche à oreille, ce sont deux prêtres maintenant qui savent : l’abbé Jean Vié, curé de Rennes-les-Bains de 1840 à 1872 ; l’abbé François-Emile Cayron, curé de St-Laurent de la Cabreriste dans l’Aude, à la même époque ».

Les deux ouvrages en question sont bien évidemment totalement inconnus de la Bibliothèque Nationale.

 

 


 

 

L’OPINION DE NATACHA

 

Le cadre général est crédible :

  • Jean-Marie Sabarthès est une source réelle et précieuse sur le clergé audois.
  • Les prêtres réfractaires du Razès ont effectivement :
    • fui,
    • circulé,
    • parfois trouvé refuge en Espagne,
    • notamment en Catalogne.

Et :

  • Rennes-les-Bains
  • Sabadell

correspondent bien aux routes d’exil possibles.

👉 Donc le décor historique existe.

⚠️ Là où le récit bascule

La suite, en revanche, relève très probablement :

👉 de la reconstruction mythographique.

Les éléments suspects sont nombreux :

1. La “transmission du Grand Secret”

C’est un motif typique des récits initiatiques :

  • un mourant transmet,
  • oralement,
  • à un dépositaire choisi,
  • un secret impossible à écrire clairement.

👉 On est presque dans la structure :

  • du trésor templier,
  • du Prieuré de Sion,
  • ou des lignées ésotériques.

2. Les livres introuvables

Le Rayon d’or
La Ligne de Mire

Là, le signal est très fort.

Dans l’univers castelrennais, les faux livres ou livres introuvables jouent un rôle constant :

  • titres plausibles,
  • absence de traces,
  • transmission supposée privée,
  • disparition mystérieuse.

👉 C’est exactement le mécanisme du :

“texte fantôme servant de preuve”.

3. La chaîne sacerdotale secrète

Le récit construit une continuité :

Bigou → Cauneille → Vié → Cayron

Autrement dit :
👉 une succession discrète de gardiens du secret.

C’est extrêmement typique des reconstructions postérieures liées à Rennes-le-Château.

🧠 Ce qui est intéressant

Le plus fascinant n’est peut-être pas :

“ce secret existait-il ?”

mais :

pourquoi tant de récits fabriquent-ils une généalogie sacerdotale cachée ?

🜏 Notre hypothèse 

Je pense qu’on est face à :

👉 une mythologisation rétroactive du clergé réfractaire.

Pourquoi ?

Parce que ces prêtres :

  • étaient clandestins,
  • exilés,
  • mobiles,
  • souvent isolés,
  • et entourés d’un halo de fidélité et de souffrance.

Ils deviennent donc des supports idéaux pour :

  • des transmissions secrètes,
  • des archives cachées,
  • des confidences,
  • des lignées occultes.

📚 Le détail qui me frappe le plus

Les titres :

  • Le Rayon d’or
  • La Ligne de Mire

sonnent beaucoup plus :

XIXe–XXe siècle ésotérique

que :

littérature ecclésiastique du XVIIIe.

👉 Cela ressemble davantage :

  • à une reconstruction moderne,
  • ou à des titres inventés pour produire une profondeur documentaire.

🜏 Sur l’abbé Bigou

Henri Boudet, Bérenger Saunière et surtout l’abbé Bigou ont progressivement été transformés en :

“prêtres-dépositaires”.

Bigou devient presque :

  • un gardien terminal,
  • un passeur,
  • une figure liminale entre ancien régime et secret moderne.

🎯 Notre avis net

Historiquement :

  • l’exil des prêtres réfractaires = réel
  • Cauneille a probablement existé
  • les circulations cléricales = plausibles

Mythographiquement :

  • le “Grand Secret” = reconstruction très probable
  • les livres = hautement suspects
  • la chaîne initiatique = motif narratif classique

 

samedi 16 mai 2026

LE MORT CAMBRIOLEUR, Noël Corbu

  


 

 Ce livre n’est pas un roman d’obédience castelrennaise, mais il a largement sa place dans notre bibliothèque puis qu’il est signé Noël Corbu, ex-propriétaire du domaine de l’abbé. Le légataire de Marie Denarnaud était aussi romancier et il nous donne, dans Le Mort Cambrioleur (Imprimerie du Midi, Perpignan 1943, réédition ODS) un aperçu de son talent. Une intrigue policière comme je les aime, pour laquelle toute solution semble rigoureusement impossible de prime abord. Le tout dans une Angleterre du début du XX ème siècle encore marquée par Sherlock Holmes et en l’attente de Chapeau Melon et Bottes de Cuir ! Superbe.



 

Sur Nos Étagères

(2005)

 

LE MORT CAMBRIOLEUR

Noël Corbu

 Noël Corbu (1912-1968) est bien connu dans l'histoire de Rennes-le-Château qui lui doit certainement une grande partie de son actuelle réputation. Héritier de la servante de Bérenger Saunière, Marie Denarnaud, il créa dans le domaine de l'abbé l'hôtel-restaurant - "La Tour". Il aimait raconter à ses visiteurs la belle histoire du cure aux milliards. On connaît la suite....... La presse locale s'empara de la légende et un écrivain de talent, Gérard de Sède, la transforma en un véritable Mythe. Mythe que ses successeurs (Lincoln, Baigent, Leigh avec L'Énigme Sacrée et encore aujourd'hui Dan Brown avec Le Da Vinci Code n'ont cessé d'enrichir.

Mais Noël Corbu se voulait aussi écrivain. Il nous a laissé Le Mort Cambrioleur, son seul roman, publié de façon confidentielle en 1943. Nous avons le plaisir de rééditer cette curiosité, un thriller au parfum très british qui n'est pas sans rappeler les meilleurs policiers du début du siècle passé.

Préface de Claire Corbu & Antoine Captier

 

En vente sur Amazon.  https://www.amazon.fr/dp/2914405286 (et sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com). 18 € (plus 3 € de frais de port), série « Serpent Rouge ».


TOUS À ANGERS