jeudi 30 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : A TRAVERS LES SONGES DE LOVECRAFT, Salah Tengour

  


C’est au tour de Salah Tengour de nous surprendre avec A Travers les Songes de Lovecraft (L’Harmattan 2026), un recueil de trois nouvelles joliment écrites.

 

Thassil est un hommage bien troussé aux Contrées du Rêve, se déroulant dans une cité forteresse, industrieuse, polluée, repliée sur elle-même et vivant dans la crainte de l’Étranger. La vie monotone de Thassil sera perturbée par l’irruption d’un jeune poète, Illara, qui séduira progressivement la ville endormie, à la musique de son luth et au récit de ses poèmes qui chantent la beauté et l’amour. Il vient d’une cité merveilleuse, Marath, dont il décrit avec délice les charmes. Il a quitté ce lieu enchanteur pour suivre Randolph Carter à la recherche d’une autre merveille, Kaddath. Mais il abandonnera le rêveur en cours de route, voulant retourner à Marath qui lui manque cruellement. Il ne retrouvera pourtant jamais son chemin. C’est ainsi qu’il arrivera à Thassil. Le charme qui l’avait enveloppé se dissoudra progressivement sous les attaques des corps constitués de la Forteresse, voyant en lui une menace contre l’ordre établi et leurs privilèges. Il sera expulsé et reprendra sa recherche du paradis perdu. Une belle histoire qui est contée à son petit-fils par Assian, qui était à l’époque devenu l’ami d’Illara.

 

La Cité des Hommes au Cœur de Pierre est directement inspirée du Cauchemar d’Innsmouth. Un jeune homme, du nom d’Alakin, est attiré par une étrange cité côtière, Kâth-Naram. Une cité en pleine décrépitude, repoussante de saleté et dont les habitants sont marqués par la dégénérescence et la consanguinité. Pire, leur cœur s’est solidifié et est devenue pierre, un processus leur ôtant toute humanité. Le visiteur se remémore son enfance, ses parents très distants qui refusaient fermement de lui parler du passé familial. Il se souvient de ses incursions discrètes dans le bureau de son père, envahi par des livres occultes dont le Necronomicon. Il a la nostalgie de ses belles années d’études à Cambridge dont il était un bon élève, tout en étant aussi un rêveur impénitent, arpentant les avenues de la merveilleuse Marath et rencontrant de superbes femmes au regard envoûtant. Mais l’appel de Kâth-Naram fut le plus fort et il explore la bourgade, rencontrant des indigènes à la peau cuivrée, descendant de marins qui ont parcouru le globe. Un vieil homme le reconnaîtra et lui parlera de son grand-père qui était des leurs. Cela dit le poison innommable qui suinte de l’endroit cheminera insensiblement dans son corps qui commence à se transformer, au faible rythme d’un cœur en passe de se solidifier. Il ne voudra pas terminer comme le « héros » d’Innsmouth et sortira le pistolet qu’il avait enfoui dans sa valise.

 


 

Le Voile d’Ishtar est une petite perle à la gloire du Rêveur de Providence. Nous sommes dans la magnifique cité de Samra, dirigée par le sage roi Thars Ilam. Il est marié à la jolie Actinia dont il a eu un fils adoré, Aydin. La quiétude de cette ville, qui semble n’être faite pour connaître un bonheur paisible, est un jour troublée par l’entrée d’une troupe de saltimbanques, qui viennent faire commerce de produits exotiques et amuser une population ravie par les nombreux spectacles de rue qu’ils proposent. Sur la place centrale s’exhibe une danseuse d’une beauté sulfureuse qui embrase le sang des spectateurs masculins. Le roi contemple la joyeuse animation de sa ville, à la fois enchanté et angoissé. Une terreur sourde l’envahit, à chaque fois que la danseuse tourne son regard vers lui. N’y tenant plus, il demande à ses gardes d’aller chercher l’artiste et la supplie de se produire pour lui seul. Et le drame éclate à la fin de la prestation ensorcelante. Anakha, tel est son nom, lui reproche d’avoir trahi la déesse Ishtar en épousant une fille des hommes, alors qu’il vient d’Ailleurs. La colère de Yog Sothoth sera terrible et il perd connaissance au son des flûtes d’Azathoth.

Il reprend conscience dans la chambre d’un hôpital psychiatrique de Genève, ne comprenant rien à ce qui lui arrive. Le médecin lui explique qu’on l’a retrouvé amnésique, errant dans une forêt, et qu’on ignore tout de son identité. Le FBI mis dans la boucle finira par découvrir que l’inconnu n’est autre que H.P. Lovecraft, et que la saga du royaume de Samra est le cœur de sa dernière nouvelle, La Danse Sacrée, qui rencontre du reste un gros succès auprès des fans du Maître.

 


mardi 28 juillet 2026

LOVECRAFT FACE AU RÉALISME FANTASTIQUE

  

  

 


Quelques notes du Laboratoire Odésien de l'Impossible

 

Parution de la revue Planète n° 1, en octobre 1961 (Denoël). « En 1960, Jacques Bergier et Louis Pauwels, cosignent un ouvrage destiné à connaître un succès fulgurant. Brassant des sujets aussi divers que les dernières avancées de la science, les sociétés secrètes, la sociologie, l’alchimie ou l’occultisme, “Le Matin des magiciens” a pour ambition d’ouvrir la voie à une nouvelle révolution culturelle, sociale et artistique, celle du « réalisme fantastique ». Un an plus tard, en guise d’extension au livre, sera créée la revue Planète avec pour slogan : “Rien de ce qui est étrange ne nous est étranger !”. Le numéro 1 comportera l’article “Lovecraft, ce grand génie venu d’ailleurs”, de Jacques Bergier maintes fois cité, publié et remanié et la nouvelle de Lovecraft « Hypnos», traduite par Jacques Bergier et Louis Pauwels ;

 

🧠 Lovecraft face au Matin des Magiciens et à Planète

 

1. Deux projets radicalement différents

H. P. Lovecraft développe une œuvre fondée sur le cosmicisme :
un univers indifférent, sans sens caché, sans révélation salvatrice, où l’homme est ontologiquement insignifiant.

À l’inverse, Le Matin des Magiciens (1960) et la revue Planète poursuivent un projet de réenchantement du monde :
ils postulent l’existence de savoirs perdus, de traditions occultes, de clefs cachées capables de redonner à l’humanité un rôle central — voire prométhéen.

👉 Là où Lovecraft détruit le sens, Planète le reconstruit.

 

2. L’appropriation paradoxale de Lovecraft

Dans Le Matin des Magiciens et surtout dans Planète, Lovecraft est lu non comme un pessimiste radical, mais comme un visionnaire involontaire :

° ses Grands Anciens deviennent des entités réelles possibles ;

° le Necronomicon est parfois traité comme un livre-limite, quasi documentaire ;

° le Mythe est interprété comme une intuition archaïque de vérités occultes.

Cette lecture repose sur un contresens fondamental : Lovecraft n’écrit pas pour révéler un savoir caché, mais pour nier la possibilité même d’un savoir consolateur.

3. Lovecraft contre Planète

Lovecraft est :

  • matérialiste,
  • rationaliste,
  • hostile à l’occultisme,
  • moqueur à l’égard des spiritualismes et des sociétés initiatiques.

Planète, au contraire :

  • valorise l’ésotérisme,
  • mêle science, pseudo-science et mystique,
  • cherche des continuités secrètes entre mythes, traditions et modernité.

👉 Planète fait de Lovecraft ce qu’il n’a jamais voulu être : un prophète du secret, là où il était un poète du non-sens cosmique.

4. Une influence réelle… mais déformante

Il serait pourtant injuste de nier l’impact positif de Planète :

  • la revue a contribué à faire connaître Lovecraft en France dès les années 1960 ;
  • elle l’a inscrit dans une culture de l’imaginaire adulte, non infantilisée ;
  • elle a favorisé sa diffusion auprès d’un public curieux, intellectuel, non spécialisé.

Mais ce succès s’est payé d’un prix :

Lovecraft a été ésotérisé, là où il était anti-ésotérique par essence.

5. Conclusion ODS

Le Matin des Magiciens et Planète n’ont pas trahi Lovecraft par ignorance, mais par désir : le désir de trouver du sens là où il n’y en a pas.

Lovecraft a servi de matière première mythique à une époque en quête de secrets, alors que son œuvre est, fondamentalement, une machine de désenchantement.

lundi 27 juillet 2026

LA MAGIE A PARIS DANS LA LETTRE DU CROCODILE

 


La magie à Paris par René Thimmy. Éditions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France. 

www.oeildusphinx.com

L’ouvrage de René Thimmy, La magie à Paris, publié en 1934, témoigne d’une époque particulière, l’entre-deux-guerres, qui voit l’attrait pour l’occultisme et celui pour la vie nocturne parisienne se mêler, parfois de façon surprenante. Le « journalisme jaune », qui recherche le sensationnalisme, aime plonger dans l’imaginaire de l’occultisme, du spiritisme, de la magie et des mancies populaires. L’étrange attire alors d’une manière très différente qu’en notre début de siècle.

René Thimmy conserve une certaine distance apparente avec ses sujets, ce qui favorise l’adhésion du lecteur, facilement pris dans une narration choisie.

Près d’un siècle plus tard, cette réédition bénéfice d’une préface de Fabienne Leloup et d’une postface de Jean-Luc Buard qui lève le voile sur l’identité de René Thimmy, « chroniqueur du mystère ». Maurice Magre (1877-1941) avait été soupçonné par certains de se cacher derrière la signature de René Thimmy mais nous apprenons que le pseudonyme de René Thimmy est en réalité celui de Jean Dorsenne, nom d’auteur d’Etienne Troufléau (1892-1945), depuis 1916, même si ce dernier a collaboré avec Maurice Magre dans le cadre des deux ouvrages, La magie à Paris et La magie aux colonies. Pour Jean-Luc Buard, Jean Dorsenne est bien l’auteur principal.

En avant-propos, l’auteur, quel qu’il soit,  dit en quelques mots tout l’intérêt du livre :

« Il y a des religions inconnues, des sectes bizarres, les unes continuant de très anciennes traditions, les autres révélées par un nouveau prophète ; il y a des sorciers noirs et des mages blancs, il y a des cérémonies terrifiantes et d’autres puériles et même ridicules ; il y a des chercheurs sincères, scientifiques et convaincus, il y a des illuminés et des fous voire des charlatans…

Il y a de tout à Paris. »

Fabienne Leloup remarque :

« Car la magie est partout dans ce guide des nuits parisiennes brassant les cultures, les rituels, mais beaucoup moins les milieux sociaux. Couples, libertins blasés, vierges folles, la magie semble l’alibi pour combler le vide d’existences narcissiques, évitant toute remise en question. Beaucoup s’ennuient dans leurs hôtels particuliers. Ironique, René Thimmy n’est pas dupe du caractère grand-guignolesque de ces incursions dans le « mystère ». »

Est-ce si différent aujourd’hui ? Pas certain. Si le contexte est autre, il y a des glissements de cette époque à la nôtre, dans des formes différentes ou parfois très proches.

C’est avant tout un livre d’ambiances, qui ne manque pas d’une poésie sombre, dans lequel le lecteur ne saurait s’ennuyer. Après tout, il s’apprête à croiser « la secte des vieillards éternels », « le mage des fleurs » ou « les piqueurs du métro » et encore « la papesse noire », à découvrir le Vaudou ou les Polaires… René Thimmy décrit, ne cherche pas à expliquer et ne juge pas.

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE CARNET DE LATCHE, Christian Thibon

    


 

Et que voilà une bonne surprise. Le Carnet de Latche, le second secret de Rennes-le-Château de Christian Thibon (L’Harmattan 2022) est certes un roman. Mais que de richesse documentaire, servie par une plume envoûtante ! Tout commence par la découverte, par François Mitterrand, dans les archives secrètes de l’Élysée, d’un mystérieux petit carnet qui parle de peintures et qui émane des familles de Etienne Dujartdin-Beaumetz et de son épouse, Marie Petiet. Des familles bien connues à Limoux, tant sur le plan politique qu’artistique [1] Le Président égarera ce livret lors d’une de ses balades en forêt, document qui finira par tomber entre les mains d’un jeune journaliste, Rémy, qui voit dans ce recueil matière à un futur scoop. Las, de nombreux passages ont été caviardés par le Président, et Rémy se mettra en chasse pour retrouver une éventuelle copie intégrale. Une quête qui le mènera aux archives nationales, aux archives privées de François de Grosrouvre – gestionnaire des affaires confidentielles de Mitterrand -, aux archives secrètes de l’Élysée avec la complicité du nouveau locataire, François Hollande, ainsi qu’au domaine de la Bézole où réside Marie Petiet, descendante de la peintre. Il sera épaulé par le Nonce, un jésuite baroudeur et par Rosita, arrière-petite-fille d’Emma Calvé, qui vit sous l’étroite surveillance de l’Opus Dei.  Le document tourne autour de la Joconde et de son vol, en 1911, et de la figure emblématique de Marie-Madeleine. Il renvoie aussi à Rennes-le-Château, village qu’appréciait François Mitterrand, dont la dernière visite, juste avant son élection, avait été précédée d’une réception au musée Petiet. On a droit ici à un long développement sur Saunière, fort bien fait, intégrant avec beaucoup de talent les éléments clefs de la « Belle Histoire ». Point de mystagogie à la « Prieuré de Sion », mais d’intéressantes réflexions sur le voyage supposé du curé à Paris, et sur sa découverte du milieu ésotérico-artistique ambiant.

La saga se poursuivra évidemment sur la Colline où Rosita possède une maison ; elle est bien connue des villageois sous le vocable affectueux d’Emma. Les deux complices, devenus couple, se sentent surveillés, leurs recherches sur Marie-Madeleine dérangeant certains milieux qu’ils n’hésitent pas de qualifier de « néo-sapinière ». Rosita présente à son compagnon l’érudit d’Espéraza qui se fait appeler Jésus. Il réside dans une vielle demeure dans laquelle il a entreposé, dans une tour, une immense bibliothèque, celle de Bérenger Saunière qu’il s’est procurée par des moyens détournés. Nos deux enquêteurs vont passer plusieurs jours sur place, se livrant à un véritable travail de libermaléficonautes, pour tenter de traquer le secret du curé. Et d’arriver à la conclusion que le pasteur castelrennais était passionné par l’origine des cultes et le fondement gnostique des religions, devenues « administratives » au fil du temps. Il possédait par exemple l'édition de 1821 de l'Abrégé de l'origine de tous les cultes, version condensée de l'œuvre majeure de Charles-François Dupuis, publiée pour la première fois en 1795 chez l'éditeur parisien L. Tenré. Ce texte fondateur développe la thèse selon laquelle toutes les religions partagent une source commune liée à l'astronomie et au mythe solaire. Le secret de l’abbé Saunière était certainement un savoir intellectuel bien plus qu’un trésor matériel ou des manipulations financières, qui ont peut-être cependant existés par ailleurs.

Jésus d’Espéraza sera retrouvé affreusement assassiné après cette visite. Rosita, qui était sa légataire universelle, se rendra avec Rémy dans la résidence secondaire du défunt, à Jocou, dans la vallée du Rébenty. Et ils découvriront, dans une vieille armoire, un magnifique tableau de Marie Petiet, La Madone, une Marie-Madeleine sensuelle, à moitié dénudée, qui devait se trouver dans la Tour Magdala (Photo). Les pièces du puzzle s’emboîtent alors rapidement et on découvre un complot violent, organisé par la « néo sapinière », qui s’oppose à l’évolution libérale de l’Église et à la diffusion insidieuse du « Féminin Sacré ». Et si le vol de la Joconde n’avait pas eu pour but que de faire disparaître une figure ambigüe ? Avec l’aide discrète de François Hollande, le Vatican sera informé et le Pape François mettra rapidement de l’ordre chez ces brebis égarées, organisées en une pseudo association « de défense du patrimoine des pierres sèches de Haute-Provence » à Forcalquier.

Bon, je sais, ma note est un peu longue. Mais il n’est pas facile de rendre un hommage synthétique à un ouvrage aussi riche !

 


 



[1] Il existe un musée Petiet à Limoux.

mercredi 22 juillet 2026

CLAUDE HERMIER, IN MEMORIAM

  


 

J’apprends, au détour d’une recherche sur Internet, le décès de mon ami Claude Hermier, survenu le 20/04/25, à l’âge de 89 ans. Claude était un archéo-odésien, natif de Pont-sur-Yonne près de notre maison de campagne. Il avait fait carrière comme professeur outre-mer et venait se ressourcer au pays durant les vacances. Nous nous retrouvions le dimanche au village et nous refaisions le monde au bistrot, sur la place du marché. C’était un fondu de littérature populaire et il écrivait des montagnes de notules sur ses lectures, à l’intention de revues spécialisées dans le genre. Nous en avons repris un grand nombre dans notre série fanique, « L’Archéologue du Merveilleux », supplément au légendaire « Dragon & Microchips ». Le site Noosphere a du reste recensé l’essentiel de son œuvre.

 

Noosphere 

 

 Il avait une jolie maison dans le village, mais elle était tellement bourrée de livres qu’il était obligé de s’installer chez son frère, résidant également Pont-sur-Yonne, le temps des vacances. Nous lui avons fait connaître Maurice Limat, et il était fou de joie de rencontrer l’écrivain « en vrai. ». Nous l’avons associé à la réalisation de notre livre sur cet auteur, Maurice Limat, l’entreprise du rêve.

 

(Claude, au centre, avec Maurice Limat à droite et votre serviteur)

 

Puis l’âge de la retraite a sonné et il attendait avec impatience ce moment pour se consacrer à ses collections. Mais son épouse, réunionnaise, supportait mal le climat icaunais et il lui fallut partir à la Réunion pour ses vieux jours, un retour sans conviction sur les terres de sa femme. Il avait mal supporté cet arrachement, et dans son dernier courrier, il m’avait dit tout abandonner et partir aux Indes avec sa canne et un dollar par jour en poche. Il pourrait ainsi vivre merveilleusement un rêve qu’il avait profondément enfoui au fond de lui-même. Il m’avait confié avant de partir son exemplaire du Culte des Sorcières de Margaret Murray, avec comme instruction de surtout lui restituer. Ce livre est toujours dans ma bibliothèque.

Bon vent Claude, je te sais heureux sur les chemins de Bouddha ! Toutes mes condoléances à ta femme et à tes charmantes filles.

 


 

mardi 21 juillet 2026

RIP GUY TARADE

 

(photo avec Jimmy Guieu à sa gauche)

 Guy vient de nous quitter à 96 ans pour rejoindre ses Anciens Astronautes. Toutes nos condoléances à sa famille et à Guette Maria, son épouse. Je garderai de lui le souvenir de balades extraordinaires dans le vieux Nice Ésotérique et à la découverte de la chapelle de Lucéram, dans l'arrière-pays, où flottait l'ombre de Saunière. Va en paix, vieux frère.

LES "AILLEURS"

 


 

💡 La série-documentaire "Les Ailleurs", en 6 épisodes, est diffusée gratuitement et en intégralité sur cette chaîne Youtube. Cette démarche naît d'une volonté du réalisateur, Sébastien Duijndam, de partager des informations qualitatives au plus grand nombre sur ce phénomène mystérieux qui affecte des milliers de personnes à travers le monde. À ce jour, aucune preuve physique n’existe sur la réalité des contacts extraterrestres. Seuls la parole et le récit des victimes nous donnent un aperçu du phénomène.

🎬 Synopsis de la série Dan, Denise, Jérôme, Jean-Louis et Bérangère ne se connaissent pas et pourtant, ils ont vécu la même expérience : ils ont été en contact avec des formes extraterrestres. Ces personnes au quotidien ordinaire, côtoient l’extraordinaire. Disent-ils la vérité ? Souffrent-ils de maladie mentale ? Est-il possible que des humains soient réellement enlevés par des êtres venus d’ailleurs ? Cette série documentaire explore ces questions.

🔹 Réalisation : Sébastien Duijndam 🔹 Musique : Julien Pérez 🛸 L'intégralité de cette série-documentaire est également diffusée sur Inexploré TV : https://tv.inexplore.com/video/les-ailleurs-recits-contacts-extraterrestres-abductions-france-temoignage-appel-ovnis

 

Les "Ailleurs" 

 

Les images sont magnifiques et l’accompagnement musical, lancinant. On ressort de ce visionnage perturbé. Manifestement, ce ne sont pas des fous et les témoignages, pour l’essentiel, concordent. Ils gravitent autour de prélèvements, de sperme ou d’ovaires. Il y même eu des cas de fécondation. Ils ont créé une association, le CERO, avec des psychologues, pour échanger sur leurs expériences.

 

L’association a été créée en 2014 par Myriame Belmyr. Suite à ses expériences personnelles, Myriame Belmyr se rapproche de l’INREES.

C’est dans ce contexte que Stéphane Allix lui présente Nicolas Dumont, premier psychologue clinicien hypnothérapeute à intégrer l’association.
Le phénomène des abductions nécessite une approche particulière.

Cette intrication riche et complexe de phénomènes paranormaux et d’ufologie a donc poussé Myriame à créer une structure spécifique qui ne comporte que des personnes dites « approchées » et des psychologues.

 

dimanche 19 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L’AUBERGE, "les journaux de l’étrange", Emilie Douessin

  


L’équipe des prolongateurs de l’œuvre de Lovecraft ne cesse de d’enrichir, pour notre plus grand plaisir. L’Auberge, les journaux de l’étrange, Emilie Douessin (auto-édition 2026, illustrations de l’auteur), fait partie de ces belles surprises qui montrent, s’il en était besoin, que l’esprit du Maître de Providence s’adapte facilement aux thématiques les plus variées. Une jeune journaliste, Alice, découvre sur Reddit une étrange histoire, se déroulant dans un gîte perdu dans la forêt de Bernack, l’Auberge de Pont Callec, dans le Morbihan. Bruits étranges la nuit, clients qui disparaissent, traces de griffes dans les chambres et pour couronner le tout, un propriétaire qu’on ne voit jamais, même si la maison est bien entretenue et les repas assurés. Elle arrive à convaincre, difficilement, son ami Bob, qu’il y a quelque chose d’anormal et qu’elle aimerait aller enquêter sur place pour faire un papier. Bob est un ancien policier, reconverti en détective privé et doté d’un esprit très rationnel. Nos deux comparses trouveront difficilement le gîte, les habitants de Bernak se montrant peu loquaces. Les clefs des chambres et le repas sont posés sur la table de la salle à manger, avec un petit mot d’excuse du propriétaire pour son absence. Ils seront réveillés au milieu de la nuit par une impression d’étouffement, puis par des bruits qui semblent provenir d’une bête sauvage. Un bruit assourdissant les interpelle, venant d’une chambre inoccupée qui a été entièrement saccagée alors qu’ils remarquent la présence d’une voiture inconnue sur le parking Ils descendent dans la pièce principale, vide, pendant que la créature s’agite au-dessus d’eux. Ils pénètrent dans une bibliothèque, attenante au séjour, et Alice remarque un rayonnage de livres occultes, dont un vieux manuscrit, écrit en arabe, et qui semble relié en peau humaine. Et partout, dans la maison, gravés sur les murs, les portes et les tiroirs, un étrange symbole occulte. C’est le repaire d’une secte, pense Alice ! La créature, au-dessus d’eux, s’agite et commence à descendre les marches. Nos deux investigateurs barricadent les portes et se réfugient dans un petit bureau attenant, manifestement celui du propriétaire. Il ne bouge pas, et sa calotte crânienne a été ouverte, il n’a plus de cerveau mais des fils sortent de sa tête.

 


 

Je ne spoilerai pas la suite, mais Alice et Bob arriveront à s’enfuir Ils contacteront la police et auront du mal à convaincre les autorités, les photos prises par Alice sur son téléphone portable étant toutes ratées. Ils retourneront sur les lieux pour découvrir une auberge en ruines, mangée par le temps.

Un petit livre qui se lit d’une traite ! Je regrette seulement de n’avoir pas appris à quelle lignée de Grands Anciens appartenait la créature ! Mais attendons un nouvel opus de ces « Journaux de l’Étrange ». 

 

(Inspi Celui qui chuchotait dans les Ténèbres, 1930)

 


 

samedi 18 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : PROTOCOLE CHAOS, J.R. Dos Santos

 


 

Lorsque Dos Santos plonge dans la géopolitique, on n’en sort jamais tout à fait indemne. On l’avait compris avec Furie Divine (l’Islam radical) et La Femme au Dragon Rouge (l’impérialisme inhumain de la Chine). Avec Protocole Chaos (Pocket, 2026), il nous entraîne sur des chemins d’autant plus glauques que nous les empruntons tous les jours, sans en percevoir les détails inquiétants. Le roman repose sur deux piliers :

 

° La guerre silencieuse, menée discrètement par le biais d’internet, d’une Russie qui s’est donnée comme objectif de détruire l’Occident. La politique de Poutine repose sur la pensée réactionnaire d’Alexander Douguine, le « Raspoutine du Maître du Kremlin ». Chantre de l’eurasisme, il prône la construction d’un empire allant de Brest à Vladivostok, imprégné d’un christianisme traditionnaliste qui fait battre le cœur de la Sainte Russie. Tous les coups sont permis pour y parvenir, et Poutine utilisera l’ensemble des données offertes par les réseaux  pour fomenter des guerres destinées à assoir son pouvoir (Tchétchénie) et truquer les élections de ses concurrents : fakes et appel à des révoltes contre les pouvoirs établis sont au rendez-vous. La description de ses usines de « trolls » fait frémir.

 

° La mythomanie de Trump, sensible aux manœuvres du Kremlin, pour assurer son élection en divisant le pays. On en est du reste à se demander si le Président des USA ne serait pas un agent du FSB ! Les manipulations portent leurs fruits et la première démocratie du monde se divise entre les libéraux (les profiteurs) et la populace (les sans dents), ces derniers voulant mettre un terme aux abus supposés des premiers, abus alimentés par les réseaux sociaux qui voient en Hillary Clinton la responsable d’un réseau de pédophiles ! Le populisme, sous le regard bienveillant de Trump, enfle et conduit à des manifestations sauvages comme la marche sur le Capitole. Un groupe d’agitateurs connu sous le nom de Qanon se constitue et fait des ravages auprès des petites gens, las des scandales des libéraux qui imposent la théorie du genre et favorisent l’accès aux postes de responsabilité des immigrés et des LGBT… à leur place ! Une forme de condamnation claire du « wokisme »

 

Mais cet ouvrage doit rester un thriller, et Tomàs Noronha, après maintes péripéties, est chargé de récupérer un portable, égaré par un agent du FSB lors de la prise du Capitole, et dans lequel est chargé « le Protocole Chaos », plan secret de la Russie pour détruire l’Occident. Une quête qui conduira notre ami en Thaïlande, en proie à une guerre violente alimentée par des fakes russes : les musulmans (Rohingyas) auraient décidé d’éliminer les bouddhistes ! On y rencontrera aussi Kurt Weilmann, responsable d’une agence américaine sur les hautes technologies qui ne survivra pas au prochain roman de Dos Santos, Sixième sens.

L’ouvrage se terminera par un ensemble de réflexions intéressantes sur nos Démocraties Occidentales et sur leur faiblesse ontologique : la Liberté, qui veut que les pires ennemis de nos systèmes aient droit à la parole et à l’accès à la représentation nationale.

 


 

 

Alexander Douguine et l’ésotérisme politique

 

L’avis du Laboratoire Odésien de l’Impossible

 

Définition

L’“ésotérisme politique” désigne l’intégration de systèmes symboliques, mythologiques ou métaphysiques dans l’élaboration d’une pensée politique structurée.

L’œuvre d’Alexander Douguine constitue un cas emblématique de cette articulation, où :

le mythe n’est pas étudié — il est mobilisé comme instrument de pensée et d’action.

Cadre intellectuel

Douguine s’inscrit dans une constellation de références comprenant :

  • René Guénon
  • Julius Evola
  • Martin Heidegger

Ces influences sont réinterprétées dans une perspective propre, combinant :

  • critique de la modernité
  • pensée civilisationnelle
  • vision géopolitique globale

Principe central

Dans ce cadre, les éléments ésotériques (symboles, archétypes, traditions) ne sont pas abordés comme objets d’étude, mais comme :

  • matrices de lecture du réel
  • outils de structuration du monde
  • supports d’une vision politique

👉 Le passage décisif est le suivant : du symbolique interprété au symbolique opérant.

Géographie symbolique

L’un des aspects caractéristiques de cette pensée est l’usage de correspondances symboliques entre territoires :

  • centres spirituels
  • axes civilisationnels
  • oppositions géopolitiques

Ces constructions relèvent d’une forme de “géographie sacrée”, où les lieux sont investis d’une fonction idéologique.

Fonction du mythe

Dans cette perspective, le mythe remplit plusieurs fonctions :

  • légitimer une vision du monde
  • inscrire le politique dans une profondeur historique
  • produire une cohérence globale
  • mobiliser des imaginaires collectifs

👉 Le mythe devient ainsi un vecteur d’engagement.

Statut épistémologique

Ce type de discours ne relève ni :

  • de la recherche historique (absence de méthode critique stricte),
  • ni de la mythologie comparée (absence de contextualisation),

mais d’une catégorie spécifique : construction idéologique à base symbolique.

Enjeux et risques

L’ésotérisme politique présente plusieurs caractéristiques sensibles :

🔻 Confusion des registres

Mélange entre :

  • symbolique
  • historique
  • politique

🔻 Effet de profondeur

Production d’un sentiment de vérité par accumulation de références.

🔻 Mobilisation identitaire

Usage des mythes comme outils de structuration collective.

Lecture critique

Une approche rigoureuse implique de distinguer :

Élément

Fonction

Mythe

structure symbolique

Idéologie

projet politique

Ésotérisme

système de sens

Discours étudié

articulation des trois

Conclusion

L’œuvre de Douguine illustre un phénomène contemporain : le retour du mythe non comme récit, mais comme opérateur du politique.

🕯️ Note éditoriale ODS

L’ésotérisme politique ne doit pas être évalué en termes de vérité, mais en termes de :

  • fonction
  • structure
  • effet

 

“Le mythe ne disparaît pas dans la politique — il change simplement de rôle.”