mercredi 26 août 2026

LES PAPYRUS MAGIQUES


    

                                  Une étude du Laboratoire odésien de l'Impossible               

Les Papyrus grecs magiques sont particulièrement intéressants parce qu'ils permettent de voir non pas la religion officielle telle que les théologiens voudraient qu'elle soit, mais une partie des pratiques religieuses concrètes de l'Antiquité tardive.

Que sont les PGM ?

L'appellation PGM — Papyri Graecae Magicae ne désigne pas un livre antique unique. C'est le nom moderne donné à un corpus de papyrus magiques provenant essentiellement d'Égypte, écrits principalement en grec, mais comportant aussi du démotique et du copte. L'édition savante classique fut établie par Karl Preisendanz en 1928-1931 ; l'édition/traduction anglaise dirigée par Hans Dieter Betz est aujourd'hui une référence commode.

Ils couvrent grosso modo la période hellénistique tardive et surtout romaine et tardo-antique, avec une concentration importante entre les IIe et Ve siècles de notre ère.

Ce sont souvent de véritables carnets professionnels de magiciens : plusieurs recettes différentes ont pu être copiées les unes après les autres pour constituer un manuel.

Qu'y trouve-t-on ?

À peu près tout ce qu'un praticien de la magie antique pouvait souhaiter :

·       protections et guérisons ;

·       exorcismes ;

·       malédictions ;

·       charmes amoureux et érotiques ;

·       divination ;

·       recettes pour obtenir des rêves révélateurs ;

·       invocations d'entités ou de divinités ;

·       fabrication d'amulettes ;

·       procédures destinées à devenir invisible, obtenir la faveur d'une personne ou découvrir un voleur ;

·       rituels permettant de voir ou rencontrer une puissance divine.

Le grand PGM IV, conservé à la BnF sous la cote Supplément grec 574, comprend 36 feuillets, datés probablement du IVe siècle, avec des textes grecs et coptes. La BnF le décrit bien comme un manuscrit traitant de magie grecque et copte. 

Un extraordinaire « cocktail » religieux

C'est probablement leur aspect le plus fascinant.

Un même rituel peut invoquer des puissances appartenant à des traditions que nous séparons aujourd'hui soigneusement :

Isis + Osiris + Hermès + Hélios + Iao + Adonaï + Sabaoth...

Pour le magicien, ce n'est pas nécessairement contradictoire.

Il cherche le nom efficace.

Et plus un nom divin est ancien, étranger, mystérieux ou réputé puissant, plus il peut être précieux.

C'est ainsi que des noms du Dieu biblique entrent dans les pratiques magiques gréco-égyptiennes.

YHWH dans les papyri magiques

On rencontre notamment :

IAÔ — généralement considéré comme une transcription/adaptation du nom divin YHWH ;
ADÔNAIAdonaï, « Seigneur » ;
SABAÔTH — de l'hébreu Tseva'ot, « armées » ;
et différentes formes dérivées d'autres appellations bibliques.

Le praticien gréco-égyptien pouvait ainsi utiliser des noms issus du judaïsme sans être lui-même juif.

Pourquoi ?

Parce que le Dieu des Juifs avait acquis une réputation de puissance.

Et cela produit des formules qui nous paraissent aujourd'hui théologiquement extravagantes : des noms bibliques peuvent se retrouver associés à Hélios, Hermès ou à des puissances égyptiennes.

Nous sommes très loin du judaïsme rabbinique normatif.


Les voces magicae

Encore plus étonnantes sont les « paroles magiques », ou voces magicae.

On trouve des séquences comme des noms interminables, répétitions de voyelles, palindromes et mots apparemment incompréhensibles.

Par exemple, le célèbre nom magique :

ABRAXAS

dont la valeur numérique des lettres grecques donne 365.

Le principe sous-jacent est fascinant : un nom peut posséder une puissance indépendamment de sa signification ordinaire.

Le magicien ne traduit donc pas nécessairement le nom.

Il le prononce.

Cela rejoint d'ailleurs, sans les confondre, certaines conceptions juives de la puissance du Nom divin, qui deviendront particulièrement importantes dans diverses traditions mystiques et magiques.


Magie ou religion ?

C'est ici qu'un problème moderne apparaît.

Nous avons tendance à séparer :

religion = prière
magie = sortilège.

Pour l'Antiquité, la frontière est beaucoup moins nette.

Un homme qui invoque Hélios afin d'obtenir une vision divine fait-il de la magie ?

De la religion ?

De la mystique ?

Pour l'historien contemporain, la catégorie même de « magie » doit donc être utilisée avec prudence. Ce que Preisendanz regroupait sous l'appellation de papyri « magiques » contient des pratiques extrêmement diverses.


La fameuse « Liturgie de Mithra »

C'est probablement le texte le plus extraordinaire du corpus.

Elle se trouve dans PGM IV, 475-829 environ.

Malgré son nom moderne de « Liturgie de Mithra », son rapport avec le mithriacisme institutionnel reste discuté ; la BnF catalogue d'ailleurs plusieurs travaux consacrés spécifiquement à cette question et à ce passage de PGM IV. 

Le praticien cherche à effectuer une sorte d'ascension cosmique.

Il franchit symboliquement différents niveaux du cosmos, rencontre des puissances célestes et cherche finalement à obtenir une révélation ou une expérience d'immortalité.

Ce n'est donc plus simplement :

« Fais que cette femme tombe amoureuse de moi. »

Nous sommes devant quelque chose qui ressemble à une expérience mystique provoquée rituellement.


L'hermétisme n'est pas loin

Les PGM sont contemporains d'une partie de la littérature hermétique.

On retrouve un même environnement culturel :

Égypte + philosophie grecque + astrologie + traditions religieuses égyptiennes + puissances planétaires + révélation + connaissance des noms divins.

Mais il faut distinguer les corpus.

Le Corpus Hermeticum est essentiellement philosophique et religieux.

Les PGM sont beaucoup plus opératoires.

Très schématiquement :

Hermétisme : connaître le divin.
PGM : connaître et utiliser les moyens permettant d'entrer en relation avec les puissances.

La frontière reste néanmoins poreuse.


Qui écrivait ces textes ?

C'est une question difficile.

Nous ne possédons pas une corporation identifiée de « magiciens PGM ».

Mais leur niveau technique montre que certains rédacteurs étaient des gens instruits, capables de manier plusieurs traditions et parfois plusieurs langues. PGM IV est particulièrement remarquable : les études linguistiques y montrent une véritable coexistence du grec et de formes anciennes du copte dans les charmes, divinations et exorcismes.

Il pouvait s'agir, selon les contextes, de spécialistes rituels, prêtres issus des traditions égyptiennes, scribes ou praticiens professionnels.

Ce n'est donc pas simplement de la « sorcellerie populaire ».


Et le christianisme ?

Lorsque l'Égypte devient chrétienne, les pratiques magiques ne disparaissent pas.

Elles changent de vocabulaire.

On voit apparaître :

Jésus, les anges, les archanges, les saints, les noms bibliques, des croix...

dans des pratiques qui continuent parfois des traditions beaucoup plus anciennes.

C'est un phénomène passionnant : la structure rituelle peut survivre alors que les puissances invoquées changent.

Et nous retrouvons presque notre discussion sur Jung et Magonie : les formes culturelles se transforment tandis que certains schémas persistent.

Un papyrus exceptionnel à Paris

Le Grand Papyrus magique de Paris — PGM IV est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France. La BnF le date du IVe siècle et rappelle qu'il contient notamment des formules magiques de protection ; il fait partie de ses collections grecques et coptes issues de l'Égypte post-pharaonique. 

Natacha 


 

LITTÉRATURE ET OCCULTISME avec Véronique Campion

   


Littérature et occultisme

Colloque universitaire international organisé par l’Institut d’études slaves de l’Université de Szeged

L’occultisme est une discipline rarement étudiée dans le domaine des études littéraires. Cela tient en partie au fait que, dans le sillage de l’anthropologie évolutionniste du XIXᵉ siècle (Tylor, Frazer), l’occultisme et la magie ont été qualifiés de pseudo-scientifiques, voire considérés comme totalement étrangers à la science.

Cependant, cette opinion n’était pas partagée par tous. E. M. Butler, par exemple, définissait la magie comme une discipline indépendante et autonome dans le contexte de la culture et de l’esprit humain.

Selon György Endre Szőnyi, l’un des principaux chercheurs hongrois dans le domaine de la magie et de l’occultisme :

« Si nous nous tournons vers le XIXᵉ siècle, nous constatons que plus les enthousiastes du positivisme et les partisans de la révolution industrielle proclamaient le caractère linéaire du progrès et le triomphe de l’humanité sur la nature, plus les nouveaux mystiques et hermétistes cherchaient à revenir à un savoir syncrétique, ancien et oublié. »

Dans le contexte de la crise climatique, la philosophie contemporaine et la théorie critique ont de nouveau remis en question la vision anthropocentrique du « progrès », ainsi que les rapports entre l’être humain et la nature.

Par conséquent, la magie et l’occultisme — entendus comme l’étude de doctrines secrètes et inconnues liées à la nature et au chaos — ont retrouvé une certaine importance.

En Angleterre, par exemple, l’Université d’Exeter a lancé en 2024 un programme de master intitulé « Magic and Occult Sciences » (« Magie et sciences occultes »). En Hongrie, à l’ELTE, le cours « Magie arabe I-II » existe depuis plusieurs années et permet aux étudiants de se familiariser avec la science de l’occultisme oriental.

Les éléments relevant de la magie et de la vision occultiste du monde se diffusent également dans la culture populaire et auprès des jeunes, quoique souvent sous une forme superficielle et déformée.

Nous avons estimé que le moment était venu d’organiser, au sein de l’Institut d’études slaves, un colloque international consacré aux relations entre l’occultisme et la littérature mondiale, dans lequel une place importante sera accordée aux exemples provenant des littératures slaves, qui entretiennent également des liens avec la culture et la littérature hongroises.

Les œuvres de fiction ont toujours été — et demeurent — beaucoup moins réticentes à aborder les concepts, les métaphores et les pratiques de l’occultisme. On y trouve de nombreux exemples de thèmes occultes et de descriptions de rituels, traités tantôt sur le mode parodique, tantôt avec sérieux.

On peut citer, par exemple :

·       les nouvelles de vampires inspirées par Gogol de l’écrivain serbe du XIXᵉ siècle Milovan Glišić ;

·       les rituels maçonniques dans Guerre et Paix de Tolstoï ;

·       les descriptions de rituels dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov ;

·       ou encore le culte dont fait l’objet Béla Hamvas dans les cultures slaves du Sud.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’occultisme en vint à être considéré sous un jour négatif, notamment en raison des pratiques occultes et de l’utilisation de symboles associées au fascisme et au nazisme — voir notamment les écrits d’Adorno et d’Orwell sur la question. Le colloque prévoit également d’aborder cette problématique.

Le colloque international organisé par l’Institut d’études slaves se propose donc d’explorer les relations entre occultisme et littérature, du XIXᵉ siècle jusqu’à nos jours, en faisant appel à différentes disciplines connexes : archéologie, sociologie, histoire, philosophie, sciences des religions, études cinématographiques et médiatiques, etc.

Informations pratiques

Les communications auront une durée de 20 minutes. Les langues officielles du colloque sont le hongrois et l’anglais.

Les personnes souhaitant participer doivent envoyer une proposition de communication de 500 à 700 caractères à l’adresse indiquée par les organisateurs.

Dates : 30 et 31 octobre 2026
Date limite de candidature : 31 août 2026
Lieu : Université de Szeged, Faculté des Lettres, Institut d’études slaves, 6722 Szeged, Egyetem u. 2.
Organisateur : Dr Roland Orcsik.

Le colloque est autofinancé ; les organisateurs aideront cependant les participants à effectuer leurs réservations d’hôtel.

UNE CANDIDATURE INDISPENSABLE

 

Programme anti-frontières... Sylvain Durif, "le grand monarque" de Bugarach, se déclare candidat à l'élection

  • Sylvain Durif, dans une vidéo annonce sa candidature à l'élection présidentielle de 2027.
    Sylvain Durif, dans une vidéo annonce sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. Capture d'écran Instagram - sylvainpierredurif369
Publié le , mis à jour

Article rédigé par Loïs Dzouz


Journaliste

L'Indépendant

Cette nouvelle fonctionnalité utilise une voix synthétique générée par ordinateur. Il peut y avoir des erreurs, par exemple dans la prononciation, le sentiment et le ton.

Chaque élection présidentielle est accompagnée de son aréopage de candidats iconoclastes, et 2027 s'annonce à ce titre comme un très bon cru. Tard dans la soirée du dimanche 23 août, le vidéaste Sylvain Durif a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle sur Instagram, devant ses plus de 40 000 abonnés

Dans une vidéo courte, il se présente : "Bonjour. Je suis le grand monarque, le Christ cosmique, le Messie, le roi et le pape Pierre, le président de la gouvernance pacifique planétaire et cosmique Elvita. Je vous annonce à toutes et à tous ma candidature officielle et publique pour l'élection présidentielle de 2027 en France. Bonne journée."

Pas d'alliance avec Lalanne

Le ton est volontairement sobre, mais les titres qu'il s'octroie, eux, ne manquent pas de panache. "Enfin une candidature enthousiasmante !", "vous avez mon vote grand monarque", ironisent des internautes en dessous de la vidéo.

Sylvain Durif précise par ailleurs ne pas envisager d’alliance avec Francis Lalanne, autre candidat atypique soutenu par Dieudonné, qui a lui aussi lancé sa campagne cet été. Concernant ses propositions, le vidéaste complotiste indique être "contre les frontières" et affirme que l’immigration "ce n’est pas une farce", sans détailler davantage son programme.

De Bugarach à l’Élysée ?

Si le ton de son annonce se veut volontairement sobre, les titres qu'il s'octroie, eux, ne manquent pas de panache. Connu comme le "grand monarque", le "Christ cosmique" ou encore "l’homme vert", Sylvain Durif a acquis une notoriété inattendue en décembre 2012, à l’approche d’une supposée fin du monde annoncée par certaines interprétations du calendrier maya.

À l’époque, le pic de Bugarach, dans l’Aude, était présenté par certains croyants comme l’un des rares lieux épargnés par le cataclysme. Sylvain Durif avait alors expliqué à la télévision que ce sanctuaire était protégé grâce à une "activité extraterrestre secrète", une déclaration qui lui avait valu une exposition des médias nationaux et internationaux, amusés.

Reste maintenant pour cet ambitieux outsider à franchir l’obstacle constitutionnel des 500 signatures d’élus, requis pour figurer officiellement sur les bulletins de vote. En 2017, il n’avait pas réussi à réunir ce quota, malgré une première tentative de candidature. À titre de comparaison, Jacques Cheminade, autre figure récurrente des candidatures marginales, avait, lui, obtenu les parrainages nécessaires à deux reprises, en 1995 et 2012.


mardi 25 août 2026

LES GROSSES BÊTES DE DINANT


 

WHAT THE MOON BRINGS, Lovecraft & Nicolae Rasmussen

 

WHAT THE MOON BRINGS de Lovecraft & Nicolae Rasmussen est une superbe BD éditée par Bloody Gore Comix (2026). Sur 340 pages grand format, l'illustrateur qui se fait appeler NMAAR explore les produits des rêves de l'Ermite de Providence (Hypnos, Ulthar, Sarnath, Nyarlathotep, Azathoth..). Une jeune femme nue, avec un curieux cache-sexe en forme de foulard rouge, nous accompagne tout au long de cette symphonie onirique. C'est fou ce que Lovecraft peut inspirer à de jeunes artistes qui ne sont pas intoxiqués que par les seules tentacules cthulhuiennes ! (55 $ CAN)

LOVECRAFT VU PAR TOMÀS HIJO

 



Belle découverte que ces romans graphiques de Tomàs Hijo, publiés chez "Minotauro Ilustrados". On y trouve La Sombra Sobre Innsmouth (le Cauchemar d'Innsmouth, 2023), El Morador de las Tinieblas (Celui qui chuchotait dans les Ténèbres, 2024) et Dagòn y otros Relatos (Dagon et autres textes, 2026). C'est en espagnol, mais les très nombreuses illustrations permettent de s'immerger facilement dans les nouvelles. Les albums sont grand format, couverture cartonnée, au prix de 22 € et disponibles sur Amazon.

 

samedi 22 août 2026

SAUNIERE ET LE VERASCOPE

  


 

 

Le revue Terre de Rhedae tient le coup et nous offre un numéro 2026 bien garni. Je ne résumerai pas tous les articles, tous fort intéressants au demeurant, mais m’arrêterai plus particulièrement sur deux contributions.

La première, signée Paul Saussez, fait un résumé fort complet de notre affaire, en faisant bien la distinction entre « les deux vies » de Bérenger Saunière. La première, bien connue, est celle de l’enrichissement du curé grâce à un trafic de messes sur grande échelle et à la sollicitation de dons généreux ; l’auteur y ajoute la découverte sous l’église du « tombeau des Seigneurs », avec trois dépôts en provenance des évêchés de Narbonne, Carcassonne et Alet. Puis en seconde partie il s’attarde sur les faux injectés bien après le décès de B.S., jonglant entre dalle, stèle et parchemins, décodant ce qui n’est finalement que le produit de potaches érudits. Je suis toujours surpris par le travail fourni pour faire parler des documents que personne n’a jamais vu. Paul Saussez écrit bien. Mais il m’a fallu un Doliprane pour digérer sa démonstration.

Un peu de fraîcheur dans ce monde de brutes nous est apporté François Lange, qui nous apprend que le pasteur castelrennais était un grand esthète. Il était en effet un adepte des premières lunettes stéréoscopiques, qui lui permettaient d’admirer des nus artistiques qui fleurissaient alors dans le commerce spécialisé. Mieux, il s’intéressait aussi au « vérascope » avec lequel on pouvait faire de belles reproductions de documents anciens. (Photo François Lange)

LE CATALOGUE DES LIVRES IMAGINAIRES

 

Ces livres n’existent pas — leur catalogue vient pourtant de remporter un vrai prix

Des ouvrages perdus, abandonnés avant d’être achevés, ou purement inventés par Borges, Lovecraft et d’autres écrivains : Reid Byers leur a donné une existence matérielle, puis un catalogue. Oak Knoll Press vient de recevoir pour ce dernier un Leab Award de l’ACRL. Une récompense très officielle pour une bibliographie qui travaille, avec un sérieux imperturbable, sur l’impossible.

Publié le :

21/08/2026 à 07:00

Nicolas Gary


ActuaLitté

Les bibliophiles connaissent la rareté. Reid Byers a choisi sa forme définitive : le livre absent. Le 13 août, l’American Library Association a dévoilé les Leab Awards 2026, décernés par l’Association of College and Research Libraries (ACRL), l’une de ses divisions. Dans la catégorie imprimée « Excellence in Description », Oak Knoll Press est récompensé pour Imaginary Books : Lost, Unfinished, and Fictive Works Found Only in Other Books, de Reid Byers.

Pas tout à fait un Goncourt du néant, donc. Les Katharine Kyes Leab and Daniel J. Leab American Book Prices Current Exhibition Catalog Awards distinguent des dispositifs éditoriaux accompagnant des présentations de documents issus de bibliothèques, d’archives et de collections spéciales. Après une interruption de 2022 à 2025, le programme a été relancé avec de nouveaux critères. Et, pour la première fois en 2026, le choix des lauréats est passé par un vote des membres de l’ACRL et de sa Rare Books and Manuscripts Section.

Bibliographier ce qui n’est pas là

Le volume primé prolonge Imaginary Books, présenté au Grolier Club de New York du 5 décembre 2024 au 15 février 2025, avant de poursuivre sa route en Californie puis dans le Maine. L’institution new-yorkaise annonçait « environ 100 livres » et pièces associées. Tous sont des simulacres : des objets conçus avec le concours d’imprimeurs, relieurs, artistes et calligraphes pour donner une enveloppe matérielle à des textes qui, pour des raisons très différentes, ne peuvent plus — ou n’ont jamais pu — être posés sur une table.

Trois espèces peuplent cette collection. Les ouvrages perdus ont été écrits, mais aucun exemplaire n’en subsiste ; les projets inachevés sont restés au stade de l’intention ou du chantier ; les titres fictifs, enfin, n’existent que dans un autre récit. Autrement dit : une pièce réputée disparue, un manuscrit abandonné et le Necronomicon de Lovecraft peuvent se retrouver voisins de rayon. Ce qui, dans une bibliothèque ordinaire, poserait quelques problèmes de catalogage.

Le dispositif se garde pourtant de traiter tous ces fantômes de la même façon. Le Grolier Club présente ainsi Love’s Labours Won comme la suite perdue de Love’s Labour’s Lost, de Shakespeare. Plus loin, Reid Byers donne forme à One Must First Endure, ouvrage attribué à Ernest Hemingway : sa notice part de la disparition à Paris, en 1922, des manuscrits que Hadley Hemingway transportait avec elle pour imaginer ce que ce premier roman aurait pu devenir une fois publié.

Voilà tout l’intérêt de l’entreprise : les indices historiques et l’invention ne se confondent pas, mais la fabrication matérielle les installe sur les mêmes étagères.

L’impossible, relié pleine toile

Avec les volumes issus de la fiction, au moins, personne ne risque de réclamer l’original. La notice du Necronomicon attribue au grimoire imaginé par H. P. Lovecraft un auteur, Abdul Al-Hazred, une impression vénitienne chez Gabriel Giolito de Ferrari et Fratelli, et même une date : 1541. Elle précise encore que l’exemplaire présenté serait celui de John Dee. Tout est fabriqué, naturellement — et tout est décrit avec l’application bibliographique qu’exigerait un incunable parfaitement réel.

Même traitement pour The Book of Sand, de Borges, volume sans commencement ni fin, ou The History and Practice of English Magic, ouvrage inventé à l’intérieur de Jonathan Strange & Mr Norrell, de Susanna Clarke. Le jeu ne consiste donc pas simplement à produire de beaux accessoires : chaque faux livre reçoit les signes matériels et bibliographiques qui lui permettraient presque de franchir la frontière de son récit d’origine.

Une ambiguïté très officielle

Le 18 août, ACRL Insider a complété l’annonce du palmarès en donnant la parole à Reid Byers. L’auteur se dit « honoré et ravi », mais reconnaît aussitôt un léger problème : une récompense authentique convient-elle vraiment à des travaux bibliographiques consacrés à l’imaginaire ? Il évoque joliment « l’ambiguïté ontologique du compliment », avant de s’en remettre au vote des membres.

La distinction, elle, n’a rien de fictif. La catégorie salue précisément la qualité descriptive d’un catalogue d’exposition : documentation des pièces, appareil historique, interprétation et contextualisation. Oak Knoll Press obtient donc un prix professionnel parfaitement réel pour avoir publié un ouvrage qui décrit méthodiquement des livres perdus, inachevés ou inventés. Reid Byers peut conserver son doute ontologique : son catalogue figure, lui, noir sur blanc au palmarès 2026.

Crédits : Prospero, Miranda et Ariel, illustration de The Tempest de Shakespeare - artiste inconnu

 

 
 

 

Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com

mardi 18 août 2026

NUIT DES LEGENDES 8 DANS LA LETTRE DU CROCODILE

 

 

 Nuit des Légendes n° 8. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Le huitième volume de Nuit des Légendes rassemble les textes des conteuses et conteurs qui ont participé à la Nuit des Légendes du 25 juillet 2025 à Pleuven et de celles et ceux qui animèrent la Balade contée du 12 septembre 2025. Nous retrouvons Ludovic Souliman, Stéphanie Rondot, Almine Quinet, Yannick, Anne-Claire Bourdon, Marie-Thé Sainrat, Alain Sainrat, Claude Arz.

En introduction, Claude Arz, président de l’association Nuit des Légendes, revient sur l’évolution de la littérature orale « métissée grâce au talent des conteuses et des conteurs qui colportent de nouvelles histoires, souvent traditionnelles, de plus en plus urbaines, sociales et quelquefois frondeuses ».

Il distingue deux visages dans le conte contemporain : le conte traditionnel et le conte urbain.

« D’un côté, dit-il, il y a le conte traditionnel, incarné par des conteurs qui évoquent les mythologies et les récits des temps anciens […] réveillant chez les auditeurs d’antiques merveilles et peurs enfouies dans l’inconscient collectif. »

« De l’autre côté, il y a le conte urbain, incarné par des conteurs qui sont les témoins de la vie contemporaine. Ils deviennent alors des chroniqueurs, dressant des portraits de femmes et d’hommes vivant dans les mégalopoles, sur les routes, les chantiers, les marchés, dans les bars. »

Ce recueil mêle les deux types de contes pour le plus grand plaisir de l’auditeur comme du lecteur :

Fortunes de mer, Fortunes de terre par Ludovic Souliman – Contes de la Nuit, de la Lune et des Etoiles de Stéphanie Rondot – Quand le diable s’invite à Noël par Aline Quinet – Les chevaux de la nuit par Yannick – Paquita d’Anne-Claire Bourdon – Les menhirs amoureux par Alain Sainrat – Le tisserand de Marie-Thé Sainrat – Les deux vieux chênes par Claude Arz…

Voyons ce diable qui s’invite inopinément :

« Seule dans sa maison, Léna entend soudain frapper à la porte :

  • Toc toc ! Puis-je entrer Léna ? Avec la mauvais temps, j’aimerais me chauffer un peu.

Solidarité bretonne oblige, Léna ouvre la porte de la maison.

  • Approchez-vous du feu et réchauffez-vous à la bûche de Noël.

Le visiteur du soir, qui se présente comme sabotier, lui offre alors une paire de sabots. Qu’ils sont beaux ces sabots, avec leur couleur brillante comme l’or, leurs fleurs bariolées… Ce sont les plus jolis botoù-koad (sabots de bois) que Léna ait jamais vus. Des sabots de reine !

Léna essaie les sabots et est aussitôt prise d’un tournis de pensées qui ne sont pas très chrétiennes… »

lundi 17 août 2026

LE DROIT DE RETOUR, HUM !!!

 


L’Anomalie

L’étrange pacte qui unit éditeurs et libraires 

Le “droit de retour” est une curiosité. Un usage commercial, sans équivalent légal dans aucune autre industrie, qui autorise un libraire à renvoyer à son éditeur un livre invendu. Un dispositif initialement conçu pour rassurer les libraires et encourager la prise de risque éditoriale.

Ce droit de retour est, après l’office, l’autre mécanisme qui constitue le pacte qui unit éditeurs et libraires depuis le milieu du 19e siècle.

Je vous encourage à lire la Partie I et la Partie II de cette série, si ce n’est pas déjà fait. La Partie III, elle, raconte :

  • Comment le droit de retour s’inspire du système de retour des journaux – et pourquoi c’est un problème pour l’industrie du livre.

  • Pourquoi ce droit de retour n’est, à l’origine, qu’une stratégie commerciale inventée par un éditeur habile.

  • Et comment ce droit de retour s’est transformé en un piège qui érode la marge des libraires et broie la trésorerie des éditeurs.

Bonne lecture !






Les Nouveaux Journaux

Lorsqu’on achète un journal dans l’un des kiosques à journaux de Paris, on ne l’achète pas vraiment au kiosquier. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le marchand de journaux n’est presque jamais le propriétaire du journal qu’il vend. Il n’en est que le dépositaire.

Chaque jour, c’est une valse de camions qui se met en place dans les rues parisiennes. Certains déposent les journaux du jour, d’autres récupèrent les invendus de la veille – et ainsi de suite, pour l’ensemble des maisons de la presse de la capitale.

Dans cette industrie, le retour systématique des journaux est la norme.

Après tout, le journal du lendemain rend obsolète celui de la veille. Le journal n’est pas un livre, dont la durée de vie peut s’étendre sur plusieurs mois, plusieurs années parfois ; la sienne est éphémère, de quelques heures seulement.

Pourtant, c’est le même dispositif que Louis Hachette implémenta dans ses kiosques à lui, au milieu du 19e siècle.

Hachette rentrait alors tout juste d’un voyage à Londres. Là-bas, il avait découvert la toute première Exposition Universelle de l’histoire, ainsi que les minuscules librairies de son homologue William Henry Smith, installées au cœur du réseau ferroviaire anglais. Les chemins de fer français s’apprêtaient, eux aussi, à connaître une fulgurante expansion – il décida alors d’importer le modèle en France, afin de commercialiser des ouvrages et des périodiques dans un format adapté aux voyageurs.

Dans chacune des principales gares du réseau, Louis Hachette installa progressivement ses Bibliothèques des Chemins de Fer.

Le premier de ces kiosques de gare ouvrit à la Gare du Nord de Paris, au début de l’année 1853. À la fin de cette même année, Hachette exploitait déjà 43 kiosques ; et une vingtaine d’années plus tard, il disposait d’environ 1 000 à 1 200 petites librairies disséminées partout en France.

Pour alimenter cet immense réseau national, Louis Hachette et ses successeurs construisirent une véritable infrastructure de distribution.

Cette infrastructure utilisait un système appelé “office”, inventé quelques années plus tôt par trois éditeurs. Hachette reprit cette mécanique utilisée par le “Dépôt Central de Librairie” pour constituer des assortiments de nouveautés, et les acheminer automatiquement aux kiosques de gare, sans commande préalable.

Mais cette infrastructure semblait aussi s’appuyer sur un nouveau dispositif – un mécanisme de retour systématique.

Comme pour nos kiosques à journaux, les Bibliothèques des Chemins de Fer pouvaient renvoyer aux entrepôts d’Hachette les lots invendus de livres et de publications périodiques. Dans les années 1880, le volume d’expédition et de retours était d’ailleurs si important qu’Hachette fut contraint de louer de vastes magasins, rue d’Hauteville à Paris.

Ces livres n’étaient pourtant pas des journaux.

Ils étaient néanmoins traités comme des journaux.

Dans les Bibliothèques des Chemins de Fer, ils étaient expédiés et retournés de la même manière. Les kiosques de gare restaient des commerces étroits, et les collections de gare qui y étaient vendues étaient d’une qualité bien modeste ; les ouvrages obéissaient donc aux mêmes règles logistiques que les quotidiens.

Un Outil de Conquête Commerciale

À l’époque, ce dispositif de retour proposé par Hachette était inédit dans le monde du livre.

Ce n’était pas encore un droit fondamental accordé aux kiosquiers des chemins de fer, seulement un impératif logistique. Mais pour la toute première fois, un commerçant pouvait retourner un article qu’il ne pouvait vendre – et ainsi réduire considérablement le risque inhérent à l’achat d’un produit nouveau.

Cette idée structure toute la relation commerciale entre éditeurs et libraires jusqu’à aujourd’hui.

Pourtant, le dispositif ne s’installa durablement qu’un demi-siècle plus tard – au moment où le “droit de retour” devint un outil de conquête commerciale pour un tout nouveau produit littéraire.

Il fallut attendre l’année 1953 précisément, et le lancement par Hachette de sa collection “Livre de Poche”.

Le format s’inspirait des collections de gare du siècle d’avant.

La qualité d’impression était bien faible, les broches étaient bon marché – mais le prix était spectaculaire, 3 à 4 fois moins élevé que celui d’un roman traditionnel.

Pour ces raisons, les libraires étaient peu convaincus par le “Livre de Poche”. Selon eux, la piètre qualité de ce nouveau format dégradait l’image du commerce du livre ; son prix très bas, quant à lui, réduisait mécaniquement le chiffre d’affaires par unité vendue. Après tout, un roman au format poche vendu à 150 francs, c’était deux tiers de revenus potentiels en moins qu’une édition courante à 500 francs.

Pour donner à son “Livre de Poche” une chance d’exister, Hachette renoua avec le “droit de retour” des kiosquiers des chemins de fer.

Mais cette fois, le dispositif n’était plus un simple impératif logistique ; c’était une proposition commerciale.

Le contrat proposé cherchait à rassurer les libraires : les nouveautés du “Livre de Poche” étaient automatiquement envoyées via l’office, puis exposées et vendues pendant une période convenue. Le délai écoulé, les exemplaires invendus du “Livre de Poche” étaient retournés.

La politique de retour d’origine, elle, était simplifiée au maximum. Les libraires n’étaient même pas tenus de renvoyer le livre dans son intégralité ; ils pouvaient se contenter d’arracher la couverture du livre, et de n’expédier que ce fragment pour prouver que le livre était invendu. Ainsi, Hachette pouvait créditer le retour, tout en s’assurant que les frais de port, de manutention et de stockage étaient réduits au minimum.

À l’époque, le “droit de retour” semblait donc satisfaire toutes les parties.

D’un côté, les libraires étaient apaisés. Ils n’étaient pas les propriétaires d’un stock de livres au format inéprouvé, seulement les dépositaires ; ils étaient donc encouragés à tester ce “Livre de Poche”, en limitant drastiquement le risque financier associé.

De l’autre, Hachette pouvait inonder les librairies de livres bon marché. Le modèle économique du “Livre de Poche” reposait sur une marge faible et un volume élevé ; le “droit de retour” était donc l’argument commercial qui lui permit d’atteindre le flux critique pour rentabiliser son initiative.

En contrepartie, le livre se rapprochait encore un peu plus du journal.

Il était désormais un produit de flux à la durée de vie connue à l’avance, dont la valeur disparaissait après sa période de commercialisation.

Qu’importe, l’efficacité du dispositif fut immédiate.

Grâce au “droit de retour”, ce furent 2 à 3 millions d’exemplaires du “Livre de Poche” qui furent écoulés en 1953. Une dizaine d’années plus tard, en 1961, 55 millions de volumes furent vendus. Et encore 10 ans plus tard, plus de 65 millions.

Éditeurs et distributeurs s’emparèrent alors du mécanisme.

Le “droit de retour” fut étendu à d’autres ouvrages, à d’autres collections, à d’autres formats. Le dispositif fut progressivement associé à un autre mécanisme, l’office, jusqu’à ce que la majeure partie des envois automatiques de nouveautés soit assortie du système de retour initié par Hachette.

Le “droit de retour” devint alors une norme.

En quelques décennies à peine, ce qui n’était qu’un outil de conquête commerciale fabriqué de toute pièce devint un pilier de la relation entre éditeurs et libraires.

Un pacte, considéré par les nouvelles générations de libraires et d’éditeurs comme allant de soi.

L’Anomalie

Le “droit de retour” n’existe dans aucun texte de loi.

Ce n’est pas une disposition légale ; c’est, encore aujourd’hui, un “usage commercial”. C’est une sorte d’anomalie dans le droit français, qui accorde aux éditeurs et aux libraires une liberté que nul autre fournisseur ou commerçant ne peut se permettre.

En droit commun, un commerçant ne peut pas retourner un produit à son fournisseur simplement parce qu’il n’a pas trouvé preneur – aussi noble ce produit soit-il. Les libraires, eux, le peuvent. Et c’est uniquement grâce à cette habile stratégie commerciale mise en œuvre par Hachette.

Depuis les années 50, cet usage entre éditeurs et libraires s’est tout de même structuré.

En 1991 par exemple, le Syndicat National de l’Édition et les représentants des libraires signaient le “protocole Cahart” – du nom du haut fonctionnaire qui présidait les travaux. Le protocole était revu en 2001, puis complété à nouveau en 2008. Mais il reste le premier grand texte interprofessionnel qui pose un code de bonne conduite, encadre le traitement des nouveautés, et propose un cadre commun pour les remises, les offices et les retours.

D’une certaine manière, ce protocole Cahart formalise le pacte entre éditeurs et libraires installé officieusement depuis le milieu du 19e siècle.

Malheureusement, il ne permet pas d’en combler les failles qui sont apparues depuis.

Car ce pacte, à l’origine, devait faciliter la commercialisation d’un nombre grandissant de nouveautés publiées par les éditeurs, sans mener le libraire à la faillite.

Mais ce pacte s’effrite. Comme tout pacte, il repose sur le respect des accords tacites passés entre les parties concernées. Lorsqu’un éditeur ou son diffuseur-distributeur prend la liberté d’envoyer une quantité de nouveautés supérieure à celle prévue dans l’office, il brise cet accord tacite. Lorsqu’un libraire s’affranchit du délai de garde et renvoie ces nouveautés au bout d’un mois, sans ouvrir le carton, il brise également cet accord. Et lorsque la production de livres est multipliée par 4 – approximativement – en un demi-siècle, c’est l’industrie elle-même qui brise cet accord.

Et cet effritement s’observe, se mesure.

Dès la fin des années 90, le taux de retour moyen atteignait déjà plus de 25 %. Plus récemment, il s’établissait entre 19 % et 22 % du volume d’ouvrages transportés vers les points de vente, avec de grandes disparités selon les circuits.

Pour les libraires, un taux de retour élevé érode la marge. Les coûts de traitement administratif, d’emballage, de transport s’accumulent, jusqu’à représenter entre 6 % et 10 % de la valeur nominale du livre.

Pour les éditeurs, un taux de retour élevé est un casse-tête financier. Il faut absorber les coûts de transport, de tri, de stockage, de redistribution et parfois de pilonnage. Il faut surtout provisionner comptablement ces retours, et émettre les avoirs aux libraires.

Si bien que le “droit de retour” semble se transformer, peu à peu, en piège.

Un piège qui porte le nom de “cavalerie” – et qui sera le sujet de la Partie IV.

D’ici-là, on se retrouve de l’autre côté,

Hans.