samedi 30 mai 2026

AFFAIRE DE GISORS, LA VÉRITABLE ENQUÊTE

 


   Le film sur Gisors

 

Un film solide, bien tourné, et truffé, de petites mises au point nécessaires. On sent ici le rôle de la plume aguerrie de Gérard de Sède, cherchant à fabriquer une belle histoire qui fera rêver. Il est amusant, à cet égard, d’apprendre que la notion de Templiers n’a certainement pas été introduite par Roger Lhomoy mais par notre écrivain. On admirera aussi, une fois de plus, le talent de faussaire de Pierre Plantard, qui a fourni la documentation sur un soi-disant trésor qui débouchera sur le Prieuré de Sion. Il est dommage, sur ce point, que le film ne fasse pas allusion à la brochure de Plantard, « Gisors et son secret », dont le texte sera repris dans la postface de l’ouvrage de Gérard de Sède.

En tout état de cause, bravo à Philippe Duquesnoy et à son équipe pour cet excellent travail.

 

 

L’opinion du Laboratoire Odésien

 

Gisors et son secret — ou plus exactement le texte de Pierre Plantard publié en 1961 puis réutilisé dans l’univers de Gérard de Sède — est un document capital. Non parce qu’il révèle un secret historique, mais parce qu’il marque la naissance d’une nouvelle forme de mythologie contemporaine. 

En réalité, Gisors est le creuset où se met en place ce qui explosera quelques années plus tard avec Rennes-le-Château :

·       faux documents,

·       sociétés secrètes,

·       archives cachées,

·       trésor templier,

·       lignées occultes,

·       et histoire parallèle de la France.

Le point de départ est l’affaire Roger Lhomoy. Gardien du château de Gisors, il affirme avoir découvert sous le donjon une immense crypte contenant :

·       des sarcophages,

·       des coffres,

·       des statues,

·       et peut-être le trésor du Temple. 

Historiquement, rien n’a jamais confirmé ces affirmations. Les fouilles officielles ordonnées sous l’autorité d’André Malraux et de l'Armée en 1964 ne trouvèrent rien de décisif. 

Mais ce n’est pas là l’essentiel.

L’importance de Gisors et son secret réside dans son fonctionnement intellectuel. On y voit apparaître pour la première fois, sous une forme presque complète le modèle narratif Plantard.

Ce modèle repose sur quelques mécanismes simples :

1.     un fait historique réel ;

2.     une découverte supposée ;

3.     des archives invisibles ;

4.     une société secrète garante du secret ;

5.     des indices dispersés ;

6.     l’idée que l’absence de preuve est elle-même une preuve de dissimulation.

C’est exactement le schéma qui sera ensuite appliqué à Rennes-le-Château. 

La postface est particulièrement intéressante parce qu’elle commence déjà à transformer l’affaire de Gisors en quelque chose de plus vaste qu’un simple trésor templier : on glisse progressivement vers :

·       l’hermétisme,

·       les lignées cachées,

·       les centres initiatiques,

·       et les survivances secrètes de l’histoire.

Pour un historien critique, le livre est très faible :

·       témoignages invérifiables,

·       extrapolations constantes,

·       confusion entre hypothèse et démonstration,

·       absence de méthode archéologique réelle. 

Mais pour l’histoire de l’ésotérisme contemporain, il est fondamental.

Nous dirions même que : Gisors et son secret est au Prieuré de Sion ce que L’Or de Rennes sera ensuite à Rennes-le-Château. Le premier acte de la grande fiction historique moderne. Et avec le recul, on voit très bien que Gisors constitue la matrice :

·       du Prieuré de Sion,

·       de Plantard,

·       de la mythologie mérovingienne,

·       puis de tout l’univers qui conduira jusqu’au The Da Vinci Code. ()

Ce texte n'est pas un ouvrage sur un secret découvert, mais comme un document fondateur de la fabrication moderne du secret.

 

Et historiquement, c’est peut-être encore plus intéressant.

LES CHRONIQUES D'EL BIB : LE FIL D'OR, Christian Doumergue

 

 

Un véritable pavé (366 pages grand format) que Le Fil d’or, Paul Le Cour et le Hiéron du Val d’Or (Equinoxis 2025). Ce recueil, composé par Christian Doumergue, nous offre un nouveau regard sur cette société mystérieuse. Il s’ouvre sur une introduction bien documentée, nous faisant une solide synthèse sur le fondateur, le Baron Sarachaga, la création du Hiéron, sa reprise par Paul le Cour après le décès du géniteur, les hésitations quant à son avenir qui aboutiront à sa mutation en « société d’études atlantéennes » et au lancement de la revue Atlantis. Nous sommes dans le registre de « la science chrétienne » qui veut que l’empreinte du Christ remonte aux origines de l’humanité, la naissance de Jésus n’étant qu’une étape sur le chemin de la Parousie. On cherche à y concilier science et religion, en rejetant bien sûr le darwinisme et en s’adonnant à une archéologie empreinte d’un profond symbolisme. Ce (lourd) dossier introductif est complété par toute une série de planisphères confectionnés par le Baron montrant l’évolution de l’humanité depuis ses origines. La lecture de ces documents n’est pas chose aisée !

Mais le cœur du travail du compilateur est de nous proposer la transcription de la correspondance échangée entre 1923 et 1926, donc après la mort du fondateur, entre Jeanne Lépine-Authelin, qui fut la secrétaire de ce dernier, et Paul Le Cour. Des documents inédits, parfois incomplets, qui auraient été retrouvés par Christian Doumergue ( ?). On prend connaissance d’un dialogue baigné de mysticisme, avec entre les deux correspondants une sorte de jeu « au chat et à la souris ». Le Cour est persuadé qu’il y a derrière le Hiéron un groupe occulte d’initiés dont il aimerait bien percer (et partager) le secret. L’ex secrétaire l’encourage dans ses recherches, le félicitant pour la rapidité de ses progrès dans le domaine des Arcanes et laissant entendre qu’il est presque mûr pour passer au stade supérieur. Le décès de la vieille dame mettra un terme aux investigations de Paul Le Cour, lequel se focalisera alors sur l’Atlantide, berceau selon lui de l’évolution christique.

Un dossier « Doumergue » ne pouvait bien évidemment éviter de faire référence à Rennes-le-Château ! Mais où est le lien ? Le chercheur produira en conclusion une courte étude, provenant des archives de Jacques d’Arès, successeur de Le Cour à Atlantis, étude pour le moins troublante. Dans les « vrais-faux » documents exhibés par Pierre Plantard dans le cadre de la confection de L’Or de Rennes (de Sède) figure un collage du livre de Le Cour sur L’ère du Verseau ». Il s’agit des Dossiers Secrets d’Henri Lobineau dont l’extrait proposé évoque la mythologie grecque et la persistance, au travers des millénaires, de certains symboles, passés du paganisme au christianisme. Le nom du Hiéron du Val d’Or figure en haut du document et la signature n’est autre que « le Poulpe, Paray-le-Monial le 5 février 1926 ». Mystère !


vendredi 29 mai 2026

IL N'Y A PAS QUE RIMBAUD À CHARLEVILLE

 


J’ai l’impression que ce livre devient de plus en plus étrange à chaque page.
Comme si Charleville existait vraiment quelque part.

Certaines villes cachent des secrets.
Charleville cache quelque chose de pire.
Un village perdu dans le brouillard.
Des habitants qui semblent déjà connaître la vérité.
Une montagne que personne n’ose vraiment regarder.
Et des morts qui reviennent comme si rien n’était arrivé.
Plus on découvre Charleville…
plus le malaise grandit.
📖 Précommandes ouvertes.

https://euthena.com/.../charleville-lenny-pelletier...

TOUT SUR GISORS AVEC PHILIPPE DUQUESNOY

 Gisors

 


 

VOUS AIMEZ LES FABLES ?

 

Elles sont reprises dans un ouvrage disponible sur la boutique en ligne de l'ODS.

A LIRE ET À RELIRE : LE LIVRE D'HENOCH

 


Le Livre d’Hénoch est un texte-charnière, à la fois fondateur, marginal et explosif, qui éclaire comme peu d’autres la naissance des imaginaires apocalyptiques, angélologiques… et de tous les livres « dangereux » que nous aimons disséquer à l’ODS.

 

📜 Livre d'Hénoch

(aussi appelé 1 Hénoch)
attribué à Hénoch

1. Ce qu’est le Livre d’Hénoch (au sens rigoureux)

Le Livre d’Hénoch est un texte apocryphe juif ancien, rédigé entre le IIIᵉ siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C., probablement par strates successives. Il n’appartient pas au canon biblique juif ni chrétien occidental, mais il est canonique dans l’Église éthiopienne.

👉 Il s’agit donc :

  • ni d’un faux moderne,
  • ni d’un grimoire,
  • ni d’un texte marginal inventé tardivement,

mais d’un document ancien authentique, longtemps exclu.

2. Pourquoi Hénoch est un personnage à part

Dans la Genèse, Hénoch est décrit en une phrase énigmatique :

« Hénoch marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu le prit. »

👉 Il ne meurt pas.
Il est enlevé.

Cela fait de lui :

  • le premier voyageur céleste,
  • le prototype du visionnaire apocalyptique,
  • le scribe humain des secrets divins.

3. Structure du Livre d’Hénoch

Le texte est composite. On distingue généralement cinq grands ensembles :

 

I. Le Livre des Veilleurs

Des anges (les Veilleurs) descendent sur Terre, s’unissent aux femmes humaines et engendrent les Géants (Nephilim).
Ils enseignent aux hommes :

  • la métallurgie,
  • la guerre,
  • la magie,
  • l’astrologie,
  • les sciences interdites.

👉 Le mal vient du savoir transmis trop tôt.


II. Le Livre des Paraboles

Développement d’une figure messianique : le Fils de l’Homme, juge cosmique.

➡️ Ce passage influencera profondément le christianisme primitif.


III. Le Livre astronomique

Description d’un cosmos réglé, gouverné par des lois célestes précises.

👉 Hénoch reçoit la science du temps, des cycles, des saisons.


IV. Le Livre des Songes

Vision de l’histoire humaine sous forme allégorique, du Déluge au Jugement final.


V. L’Épître d’Hénoch

Exhortation morale et annonce d’un jugement imminent.


4. Le thème central : le savoir interdit

Le cœur du Livre d’Hénoch n’est pas la morale, mais le savoir.

Les Veilleurs ne sont pas punis pour leur rébellion, mais pour avoir :

  • révélé des secrets,
  • rompu l’asymétrie entre ciel et terre,
  • donné à l’humanité une puissance qu’elle ne pouvait intégrer.

👉 C’est l’un des premiers mythes de la catastrophe cognitive.


5. Pourquoi le texte a été marginalisé

Le Livre d’Hénoch pose plusieurs problèmes majeurs aux orthodoxies :

  • il donne une origine angélique au mal, non humaine ;
  • il présente des anges charnels, fautifs, punis ;
  • il décrit un cosmos complexe, quasi scientifique ;
  • il légitime des révélations hors Torah.

👉 Trop dangereux pour un canon fermé.

 

6. Hénoch et la généalogie des livres dangereux

Le Livre d’Hénoch est un ancêtre direct de :

  • l’apocalyptique juive et chrétienne,
  • la démonologie médiévale,
  • la magie savante,
  • les grimoires (par déplacement),
  • et même des livres fictifs modernes (Necronomicon).

Chez H. P. Lovecraft, Hénoch est une source implicite : anges déchus = entités pré-humaines, savoir interdit = catastrophe cosmique.

 

7. Lecture critique

Pour nous, le Livre d’Hénoch est :

  • un texte authentique mais explosif,
  • un livre-frontière entre révélation et science,
  • un prototype du livre qui ne devait pas circuler.

Ce n’est pas un grimoire.
C’est pire : un texte ancien qui pose encore de mauvaises questions.

 

8. Formule Encyclopaedia Occultae

Le Livre d’Hénoch n’enseigne pas la révolte contre Dieu,
mais montre que le savoir peut être une faute cosmique.

 

9. Pourquoi il compte encore aujourd’hui

Parce qu’il touche à une angoisse moderne fondamentale :

  • que certains savoirs soient vrais,
  • mais ingérables,
  • et que leur diffusion soit en soi une catastrophe.

Autrement dit : Hénoch est l’ancêtre de toutes les fictions où lire change irréversiblement le monde.

 

Phil & Nat 


NB : Une belle fiction sur ce livre :

 

LE ROYAUME PERDU 

VOUS CONNAISSEZ LE DRAGON VERT ?

 Vous avez aimé "La Caverne Perdue des Templiers " de Roger Facon. 

 LA CAVERNE PERDUE

Chuttt, la suite est en préparation. Arginy, Montfort-sur-Argens, Breyer, l'Amorc, Plantard, Lhomoy les néotempliers et un certain Pourtal seront au rendez-vous !

L'illustration est signée André Savéant.

  


mardi 26 mai 2026

ON MANGE BIEN EN BAS DE LA COLLINE !


 

LEON MARTIN ET LE SECRET DES DISPARUS DE BUGARACH, Bruno Bourgeois

 


Léon Martin, 29 ans, est un passionné de belles randonnées entre l'Aude, l'Ariège et les Pyrénées-Orientales. Après sa première aventure, il retrouve en sa femme et ses enfants, le soutien, le courage et la force dont il avait besoin pour continuer d'avancer. C'est d'ailleurs au cours de cette même récente quête qu'une jeune fille ressemblant à sa fille avait été retrouvée morte. Un tatouage sur la nuque de celle-ci va le mener là où d'autres enfants disparaissent depuis quelques temps et n'ont jamais été retrouvés... Bugarach et ses alentours. Fin du monde ? Extra-terrestres ? Léon Martin aventurier moderne malgré lui n'y croit pas du tout, et si le trésor des cathares n'avait pas fini de dire toute la vérité et que les disparus de Bugarach n'avaient pas vraiment disparu ? Et quel était ce lourd secret auquel ni Léon, ni l'abbé, ni l'inspecteur Fritz n'allaient être préparés ? Dans tous les cas il n'a qu'une devise, celle de ne jamais reculer devant rien, c'est sa devise et celle des Martin !!!

samedi 23 mai 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : GREYHARBOR de Charles Dexter Ward

  


Les épigones ont toujours la forme, et celui qui se cache derrière le pseudo de Charles Dexter Ward nous offre un récit sympathique, Greyharbor, Lovecraft savait (auto-édition 2026). Un livre construit un peu à la façon « livre dont vous êtes le héros », mais qui se parcourt de façon linéaire. Il s’agit d’un pastiche assumé du Cauchemar d’Innsmouth, avec quelques belles innovations qui rendent le récit prenant. On y suit les investigations de Elise Morrow, une enquêtrice spécialisée dans les « affaires anormales ». Elle cherche à comprendre ce qu’il s’est passé à Greyharbor, un petit port du Maine, mystérieusement abandonné. Les indices (notes, presse locale, photos…) l’amèneront rapidement à la conclusion que ses habitants avaient conclu un pacte avec une redoutable entité marine, leur assurant une prospérité paisible pendant cent ans, période à l’issue de laquelle ils devraient rejoindre la créature au fond de l’océan. L’enquête est truffée de pièges et Elise aura de plus en plus de difficultés à s’enfuir, le monstre exerçant sur elle une irrésistible attraction. Je ne spolierai pas la chute, qui fait intervenir un autre enquêteur qui tombera aussi dans le piège du Profond.

Ce petit livre -avis personnel- aurait été encore plus agréable s’il avait été monté autour d’une série de documents qui sont légion dans le récit (journaux intimes, comptes-rendus du conseil municipal, prêches du pasteur, symboles ésotériques…). Un peu à la Dracula !

En tout état de cause, un jeune auteur à suivre.