lundi 26 octobre 2026

LE JOURNAL DE Z (vient de paraître)

  


1. Le Journal de Z. : un véritable livre-artefact

 

Voici sa fiche bibliographique :

Titre

Journal de Z. — Le carnet d'un explorateur de l'indicible lovecraftien

Auteur

Zachary Z.

Éditeur

Bragelonne

Collection

Les Grands Anciens

Parution française

21 octobre 2026

Pagination

192 pages

Présentation

Reliure imitant le cuir vieilli, illustrations et écriture manuscrites reproduites

Prix public

35 €

ISBN

979-10-281-3510-2

Ces renseignements sont confirmés par la notice de l'éditeur et par la Bibliothèque nationale de France. Nouveautés Éditeurs

On peut consulter la présentation officielle :

Journal de Z. — Éditions Bragelonne

 


 

 

Ce que montrent les photographies

La première présente une reliure souple imitant le cuir ancien, avec des lanières de fermeture et une étiquette imprimée.

La seconde est particulièrement intéressante : on distingue une illustration à la plume représentant une sorte d'idole tentaculaire, accompagnée de signes pseudo-archaïques, ainsi qu'une page de notes manuscrites.

L'ensemble cherche manifestement à donner l'impression d'un document personnel retrouvé après une expédition.


2. Une découverte intéressante : le wiki du Journal de Z.

 

Un site est consacré au livre, qui contient notamment une transcription du premier chapitre, intitulé « La Cité sans nom ».

Journal de Z. — Chapitre 1 : La Cité sans nom

Nous entrons dans un territoire que nous connaissons bien !

Le texte fait explicitement intervenir :

  • Le Rub al-Khali et la découverte d'une cité ensevelie.
  • Des coordonnées géographiques et un mystérieux instrument de mesure.
  • Des vestiges archéologiques aux proportions anormales.
  • Des inscriptions et des représentations d'êtres inconnus.
  • Des fragments attribués au Kitab al-Azif.

Le récit reprend donc très directement l'univers de « La Cité sans nom », la nouvelle de Lovecraft publiée en 1921 dans The Wolverine. On retrouve même une allusion aux célèbres vers évoquant la mort qui pourrait elle-même mourir. wiki.journaldez.fr

Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que le carnet ne semble pas être seulement un roman illustré : il propose au lecteur une enquête à travers les documents, les cartes, les inscriptions et les indices.

C'est précisément le principe du livre-artefact.`

 

3. Au total

 

Je distinguerais deux aspects.

Sur le plan esthétique, c'est une belle réalisation. Le choix d'une reliure vieillie, de l'écriture manuscrite et des dessins à la plume donne immédiatement une dimension matérielle à la fiction. L'objet paraît conçu pour être manipulé comme le journal d'un explorateur disparu.

Sur le plan littéraire, je serais un peu plus prudent, puisque je n'ai pas encore lu l'intégralité des 192 pages.

Le premier chapitre accessible montre une connaissance manifeste de l'imaginaire lovecraftien. Mais il semble aussi accumuler des motifs devenus classiques : expédition disparue, cité préhumaine, inscriptions mystérieuses, folie progressive, révélations interdites.

La question sera de savoir si Zachary Z. parvient à dépasser l'hommage pour construire une véritable œuvre personnelle.



MOCTEZUMA, Jean Hautepierre

  

 


VIENT DE PARAÎTRE

(Novembre 2026)

 

MOCTEZUMA

Jean Hautepierre

 

Au sommet de sa puissance, l’Empire aztèque règne sur les cités du lac et les montagnes du Mexique. Pourtant, partout surgissent des signes inquiétants : comètes, incendies, visions, monstres et prophéties.

Moctezuma, fils du Soleil et maître d’un monde fondé sur les présages, voit dans ces avertissements l’annonce d’un désastre inévitable. Tandis qu’il cherche dans les oracles la clef de son destin, un homme venu d’au-delà des mers poursuit sa marche vers Tenochtitlan.
Cet homme s’appelle Hernán Cortès.
Dans cette vaste fresque poétique, Jean Hautepierre ne conte pas seulement la chute d’un Empire. Il met en scène l’affrontement de deux visions du monde : celle qui se soumet au Destin et celle qui ose lui résister.

Écrite dans une langue puissante et visionnaire, Moctezuma est une tragédie du pouvoir, de la peur et du libre arbitre, où l’Histoire devient le théâtre d’une interrogation éternelle : les astres gouvernent-ils les hommes, ou les hommes demeurent-ils libres sous les astres ?

 

 

En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/2380141223  et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 20 € (plus 1 € de frais de port), série « Les Inclassables de l’ODS no 12». Couverture cartonnée et illustrations couleur.

RETOUR EN MAGONIE, Stéphane C. Baron

  




 

 

LES ÉDITIONS DE L'OEIL DU SPHINX

36.42 rue de la Villette 75019 Paris, FRANCE

Tél 09.75.32.33.75

fax 01. 42. 01. 05. 38

email ods@oeildusphinx.com

 

VIENT DE PARAÎTRE

(Novembre 2026)

Retour en Magonie

Vers la résolution de l’équation PANS/OVNIS

Stéphane Christian Baron


« Ce livre va déranger. Car entre la croyance des convaincus de la visite extraterrestre et le ricanement des sceptiques de principe, il existe une troisième voie, la plus exigeante : suivre rigoureusement les faits, tous les faits, jusqu’au bout, sans présupposé, sans adhésion ni déni.

Peu à peu, un constat s’impose, aussi troublant qu’un vaisseau venu d’ailleurs : derrière les OVNIs, les rencontres rapprochées, les apparitions, les abductions et les expériences de mort imminente se dessinent des mécanismes communs, jusqu’ici restés invisibles. L’enquête établit aussi que l’authenticité de l’immense majorité des témoins, trop longtemps stigmatisés, n’est plus à mettre en doute. Enfin, un irréductible résidu de cas solides — moins de 2 % — est clairement délimité et ouvre un espace de recherche vertigineux. La Magonie, pays légendaire des nuées, est peut-être la carte du mystère, comme l’avait pressenti Jacques Vallée.

Un ouvrage pour ceux qui veulent comprendre, sans croire d’office ni nier d’emblée. »

Stéphane C. Baron est ingénieur/responsable de projets à l’Institut National de l’Audiovisuel et titulaire de trois diplômes scientifiques de troisième cycle, en Biophysique, Ingénierie et Science des données. « Retour en Magonie » est le fruit d’une enquête transdisciplinaire de plusieurs années, qui se prolonge par des contributions en cours à LDLN, au MUFON et au CNES/GEIPAN.

 

 

En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/238014124X (et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 40 € (plus 1 € de frais de port), série « Les Cahiers Fortéens » no 7.

jeudi 22 octobre 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : MAGNIFIQUE HUMANITÉ, Léon XIV

 


 

Et voilà un livre à lire et à relire en ces temps troublés. L’encyclique « Magnifique Humanité » de Léon XIV (Bayard/Cerf/Mame, 2026) fait un point brillant sur les menaces qui pèsent sur l’humanité et sur les voies de l’espérance. Guerres, émeutes, attentats, dictatures, effondrement écologique et technologies incontrôlées sont dénoncés comme de graves atteintes à une humanité en péril. Et le Pape de rappeler les fondements de la Doctrine Sociale de l’Église de de montrer à chacun de nous qu’il est temps de se ressaisir. L’Intelligence Artificielle est en fait le prétexte à cette mise en garde dans la mesure où son développement sauvage pourrait l’amener à se substituer à l’homme. Il est urgent à remettre le bon sens au milieu du village. Ce nouvel instrument peut être un outil magnifique, à condition de rester dans ce qui devrait être sa place, à savoir un outil au service de l’espèce humaine. Rien ne pourra remplacer l’homme en respectant cette trilogie : avoir l’idée, apporter son regard et prendre la décision finale. Le tout sous la lumière de l’esprit critique qu’il appartient à tous les formateurs, de la famille à l’Université, de susciter et de favoriser.

lundi 19 octobre 2026

LE NECRONOMICON DE PRICE

 

LE NECRONOMICON DE PRICE

 

Je serais tenté de placer ce troisième volume dans une catégorie particulière : celle des tentatives de donner une existence éditoriale au plus célèbre des livres imaginaires de Lovecraft.

Mais il y a une difficulté fondamentale. Lovecraft a précisément construit le prestige du Necronomicon en ne le rédigeant jamais. Il en a inventé l'auteur, Abdul Alhazred, l'histoire éditoriale, les traductions, les exemplaires conservés dans certaines bibliothèques, et quelques citations. Le reste appartient à l'imagination du lecteur.

Par conséquent, une compilation intitulée Necronomicon se heurte à un paradoxe : plus elle révèle le contenu du livre, plus elle risque d'affaiblir le mystère qui faisait sa puissance littéraire.

 

1. D'abord, une précision bibliographique importante

 

The Necronomicon: Selected Stories and Essays Concerning the Blasphemous Tome of the Mad Arab

Direction : Robert M. Price

Première édition : 1996

Édition revue et augmentée : 2002

Collection : Call of Cthulhu Fiction, n° 6034

ISBN : 978-1-56882-162-7

Il s'agit donc d'une réédition augmentée, et non d'une création entièrement nouvelle de 2002. Le volume est présenté comme un ensemble de récits, de versions fictives du Necronomicon et de deux études critiques. Les notices bibliographiques consultées divergent sur la pagination, aussi je préfère ne pas en donner une sans avoir vérifié l'exemplaire.

Et voici une différence capitale avec The Book of Eibon : Price ne prétend pas véritablement reconstituer un Necronomicon définitif. Il rassemble plusieurs manières de l'imaginer.

 

2. Ce que contient réellement le volume

Le recueil présente notamment des récits anciens de la tradition pulp, des tentatives de rédaction du livre fictif et des analyses de sa place dans l'univers lovecraftien.

Parmi les contributions remarquables, on trouve :

  • Manly Wade Wellman, avec The Terrible Parchment (1937), qui montre comment un écrit associé au Necronomicon peut devenir lui-même une source de terreur.
  • Robert A. W. Lowndes, avec The Settler's Wall (1942), autre exemple de prolongement de la mythologie des livres interdits.
  • Lin Carter, avec ses reconstructions de textes attribués à Abdul Alhazred.
  • Robert M. Price, dont les études interrogent le statut littéraire et les origines du Necronomicon.

Le volume reprend également le célèbre Sussex Manuscript, tentative de donner une forme textuelle au grimoire imaginaire.

À mes yeux, l'intérêt principal de cette sélection n'est donc pas de nous révéler ce que contient le Necronomicon, mais de montrer comment plusieurs générations d'écrivains ont tenté de répondre à cette question.

 

3. Ce que j'apprécie chez Robert M. Price

Price possède une qualité que je trouve précieuse : il connaît remarquablement bien la littérature du Mythe et ses ramifications.

Son expérience de chercheur en études religieuses lui permet également d'aborder les textes fictifs comme des constructions possédant une histoire, des traditions d'attribution et des variantes.

Dans cette perspective, le Necronomicon peut être étudié comme une sorte de texte pseudépigraphe imaginaire.

Lovecraft lui a donné une biographie bibliographique : auteur supposé, titre arabe originel (Al-Azif), traductions, éditions perdues, exemplaires rares et interdictions. Ses successeurs ont ajouté de nouveaux fragments et des traditions parfois contradictoires.

Ce qui m'intéresse particulièrement chez Price, c'est qu'il permet de voir se former une tradition littéraire autour d'un texte absent.

Nous sommes ici très proches de notre réflexion sur les livres impossibles de Borges, mais avec une différence : le livre de Lovecraft possède une histoire fictive remarquablement précise, tandis que son contenu reste indéterminé.

 

4. Mes réserves : Lin Carter et l'excès de mythologie

Je retrouve cependant dans ce recueil les limites que nous avons relevées à propos du Livre d'Eibon.

Les textes de Lin Carter témoignent d'une véritable passion pour Lovecraft. Mais ils souffrent parfois d'une tendance à multiplier les noms de divinités, les invocations, les correspondances et les références internes.

Cette accumulation peut devenir mécanique.

Une recension du recueil souligne d'ailleurs son caractère très éclectique et juge certains récits pulp vieillis, tout en critiquant la prose archaïsante des textes de Carter.

Il y a là une difficulté esthétique profonde.

Chez Lovecraft, une allusion à un passage du Necronomicon suffit souvent à suggérer une réalité immense, située hors de portée de l'intelligence humaine.

Chez certains continuateurs, cette réalité devient un catalogue de puissances surnaturelles.

Le mystère cosmique se transforme alors en mythologie organisée.

Et c'est précisément ce qui me gêne dans une partie des prolongements du Mythe.

 

5. Une distinction essentielle : anthologie ou faux grimoire ?

C'est sur ce point que le livre de Price me semble supérieur à plusieurs Necronomicon publiés comme de prétendus ouvrages occultes authentiques.

Le recueil de Chaosium ne cherche pas sérieusement à persuader le lecteur qu'Abdul Alhazred a réellement existé. La présentation commerciale joue évidemment avec cette fiction, mais la nature anthologique et critique du livre reste identifiable.

Il permet donc de comprendre le phénomène Necronomicon sans nécessairement entretenir la confusion entre invention littéraire et tradition ésotérique historique.

C'est une distinction à laquelle je tiens particulièrement pour nos travaux ODS.

 

6. Notre comparaison des trois Chaosium

Voici comment je situerais désormais ces trois ouvrages.

Ouvrage

Intérêt dominant

Ma réserve

The Book of Dzyan — Maroney

Histoire de l'ésotérisme, documentation, énigme des sources

Textes théosophiques parfois difficiles

The Book of Eibon — Price

Création collective et reconstitution d'un grimoire fictif

Tendance à trop systématiser Smith

The Necronomicon — Price

Histoire littéraire et réception d'un livre imaginaire

Qualité inégale des pastiches

Je maintiendrais notre préférence pour le volume de Maroney, mais avec une nuance importante : il s'agit de trois projets différents, dont les ambitions ne sont pas directement comparables.

Maroney explore une énigme historique. Price, avec Eibon, développe une fiction. Avec Necronomicon, il documente et illustre une tradition littéraire.

 

7. Conclusion

Je classerais ce Necronomicon parmi les ouvrages de référence utiles pour l'histoire de la réception du Mythe, plutôt que parmi les grandes réussites littéraires de la collection Chaosium.

Il possède une véritable valeur documentaire : certains récits réunis par Price sont difficiles à apprécier correctement sans connaître leur place dans l'évolution du fantastique américain.

En revanche, je ne le recommanderais pas comme une porte d'entrée idéale dans l'œuvre de Lovecraft. Le lecteur risquerait d'y découvrir une image trop codifiée, trop ritualisée, parfois trop « occultiste », de son univers.

Et surtout, il ne faut pas confondre la mythologie collective développée après Lovecraft avec ce que Lovecraft a effectivement écrit.

 

Bence Geoffrey

dimanche 18 octobre 2026

DES GROSSES BESTIOLES ARRIVENT À DINANT


 

LE LIVRE D'EIBON, une compilation de Robert Price

  


 

The Book of Eibon

Direction : Robert M. Price

Éditeur : Chaosium, collection Call of Cthulhu Fiction

Édition : 2006, 432 pages

ISBN : 978-1-56882-193-1

 

1. Une entreprise littéraire assez extraordinaire

Le Livre d'Eibon est une invention de Clark Ashton Smith, l'un des grands écrivains de la littérature fantastique américaine et ami de Lovecraft.

Eibon est un sorcier de l'Hyperborée préhistorique, adorateur de Tsathoggua, qui apparaît notamment dans La Porte de Saturne (The Door to Saturn).

Smith avait créé un livre mythique, évoqué dans plusieurs récits, et avait lui-même rédigé deux textes susceptibles d'en constituer des fragments : The Door to Saturn et The Coming of the White Worm.

Après sa mort, Lin Carter entreprit de reconstituer le livre entier, imaginant les chapitres manquants et développant les traditions hyperboréennes. Le projet resta inachevé à sa disparition.

C'est alors que Robert M. Price reprit l'entreprise, rassemblant les textes de Smith, ceux de Carter et les contributions de plusieurs écrivains contemporains.

Ce qui me paraît remarquable, c'est que nous ne sommes pas simplement devant une anthologie de nouvelles ayant Eibon pour personnage. Price tente de donner une existence matérielle à un livre qui n'existait auparavant que dans une fiction.

C'est exactement le type de phénomène que nous étudions dans notre dossier sur les livres fictifs agissants.

 

2. Une construction en cinq livres

La table des matières est particulièrement révélatrice.

Partie

Contenu

I. Histories of the Elder Magi

Histoires des anciens magiciens de l'Hyperborée

II. Episodes of Eibon of Mhu Thulan

Aventures et épisodes de la vie d'Eibon

III. Papyrus of the Dark Wisdom

Cosmologie et histoire mythique des puissances anciennes

IV. Psalms of the Silent

Hymnes, prières et textes liturgiques

V. Rituels et textes complémentaires

Invocations, cérémonies, archives et épîtres

Cette architecture transforme le livre en une sorte de bibliothèque religieuse d'une civilisation

On y trouve notamment des contributions de Richard L. Tierney, Laurence J. Cornford, Joseph S. Pulver, Ann K. Schwader et Stephen Sennitt.

La présence de textes tels que The Black Rite of Yaddith, The Adoration of the Black Flame ou The Epistles of Eibon montre que les auteurs ne cherchent pas seulement à raconter des histoires. Ils fabriquent également les traces supposées d'une tradition magique.

C'est une différence fondamentale avec le Necronomicon de Lovecraft, dont le contenu demeure essentiellement inaccessible.

 

3. Les grandes qualités de l'ouvrage

Je retiendrais surtout trois qualités.

La fidélité à l'univers de Clark Ashton Smith. Le livre conserve l'importance de l'Hyperborée, de Tsathoggua, des sorciers, des transformations monstrueuses et des divinités oubliées. On retrouve cet univers où la sorcellerie se mêle à une imagination baroque et parfois ironique.

La contribution de Lin Carter. On peut reprocher à Carter d'avoir systématisé des mythologies qui gagnaient à demeurer fragmentaires. Mais sa connaissance des littératures fantastiques et son enthousiasme pour Smith lui ont permis de produire une matière narrative considérable.

L'ambition éditoriale de Price. Il ne se contente pas de réunir les textes. Il leur donne une architecture, une chronologie fictive, des commentaires et une cohérence d'ensemble. Son travail d'éditeur est presque aussi important que celui des écrivains.

 

4. Ma principale réserve : la tentation de tout expliquer

C'est ici que je serais plus critique.

Chez Smith comme chez Lovecraft, les livres interdits tirent une grande partie de leur puissance de leur caractère fragmentaire.

Le lecteur ne connaît que quelques phrases, des allusions, des titres de chapitres ou des témoignages indirects.

En reconstituant intégralement le Livre d'Eibon, Price et ses collaborateurs font disparaître une partie de ce mystère.

Le problème est particulièrement sensible lorsque la cosmologie hyperboréenne se trouve raccordée à l'ensemble du Mythe de Cthulhu. Certains textes donnent alors l'impression de vouloir constituer une histoire universelle des Grands Anciens.

Or Smith n'était pas Lovecraft. Son fantastique possède une esthétique propre, plus proche du conte décadent, de la poésie macabre et de la fantasy noire que du matérialisme cosmique lovecraftien.

J'y vois donc une tension entre deux démarches : prolonger Smith ou intégrer Smith à un Mythe de Cthulhu devenu collectif.

La seconde démarche est parfaitement légitime, mais elle ne doit pas être confondue avec la première.

 

5. Une comparaison avec le Necronomicon


Necronomicon

Livre d'Eibon

Créateur

H. P. Lovecraft

Clark Ashton Smith

Auteur fictif

Abdul Alhazred

Eibon

Univers

Horreur cosmique

Hyperborée et sorcellerie

Contenu originel

Principalement suggéré

Quelques fragments et récits

Reconstitution

Multiples versions concurrentes

Projet collectif structuré par Carter et Price

Effet littéraire

Mystère et interdit

Reconstruction d'une tradition imaginaire

Il faut insister sur un point : le volume de Price n'est pas le livre qu'aurait écrit Smith. C'est une reconstruction collective postérieure, fondée sur ses créations.

Cette distinction est indispensable dans toute étude universitaire ou notice bibliographique.

 

Bence Geoffrey