lundi 28 septembre 2026

METAL HURLANT LOVECRAFT

Métal Hurlant nous gâte et nous offre un numéro 18 bis entièrement consacré à Lovecraft. En fait c’est un numéro en deux versions, l’une « classique », l’autre « collector » avec une superbe couverture tirée du Necronomicon de Druillet. Et il ne s’agit de rien d’autre qu’un hommage-souvenir au numéro de légende paru en 1978. Plusieurs contributions de cette primo-version sont reprises (Druillet bien sûr, Nicollet évidemment, Marc Caro et son inquiétant Barzaï, ainsi que les superbes BD de Buscaglia et Breccia sur Dunwich et « le Monstre sur le Seuil »). Mais le tout est considérablement enrichi par une foultitude d’autres talents graphiques (Moebius, Caza, Finlay, Bilal…), avec un petit coup de cœur pour Ian Miller et son approche saisissante de « l’horreur cosmique ». Pour être complet, on relèvera également les nombreuses études qui émaillent ce volume de 280 pages, et notamment plusieurs interviews d’artistes ou de traducteurs. Une mention spéciale à Serge Clerc qui nous parle de la création de jeux vidéo sous les déluges de bombes qui pleuvent sur ses bureaux en Ukraine. Un seul mot pour conclure : BRAVO !

samedi 26 septembre 2026

COMMENT RELOOKER L'ASTROLOGIE ! LE DESIGN HUMAIN.

« Une astrologie new look » n’est pas une mauvaise première approximation, mais le Human Design est en réalité un système beaucoup plus composite — une sorte de syncrétisme New Age qui emprunte à l’astrologie, au Yi Jing, aux chakras, à la Kabbale… en y ajoutant un vocabulaire pseudo-scientifique moderne. Il apparaît assez tardivement, en 1987, avec un Canadien nommé Robert Allan Krakower, qui prend ensuite le nom de Ra Uru Hu. Il raconte avoir reçu le système au cours d’une expérience mystique à Ibiza : pendant huit jours, une entité ou intelligence qu’il appelle simplement « The Voice » lui aurait transmis les fondements du Human Design. On est donc, historiquement, beaucoup plus près d'une révélation ésotérique contemporaine que d'une discipline scientifique. Comment cela fonctionne À partir de la date, heure et lieu de naissance, on calcule une carte appelée BodyGraph. Ça ressemble un peu à ceci
Le système combine plusieurs traditions qui, à l'origine, n'ont pratiquement rien à voir entre elles : • les 64 hexagrammes du Yi Jing, transformés en 64 « portes » ; • les planètes et positions astrologiques ; • l'Arbre de Vie kabbalistique ; • un système de neuf centres, manifestement apparenté aux chakras, mais passé de sept à neuf ; • puis des notions empruntées au vocabulaire de la physique et de la biologie : neutrinos, génétique, ADN, mécanique quantique, etc. C'est ce dernier aspect qui lui donne souvent une apparence beaucoup plus contemporaine que l'astrologie classique. Le pratiquant établit ensuite ton « type ». Il en existe cinq appellations usuelles : Generator, Manifesting Generator, Manifestor, Projector et Reflector. À cela s'ajoutent une « stratégie », une « autorité », un « profil », des « portes », des « canaux », etc. L'ensemble peut devenir extraordinairement sophistiqué.
Attention Le Human Design fait volontiers intervenir les neutrinos. L'idée est, schématiquement, que ces particules traverseraient notre organisme au moment de la naissance et imprimeraient une sorte d'information déterminant notre configuration. Le problème est que les neutrinos existent bel et bien, contrairement à beaucoup d'objets du discours New Age, mais la physique connue ne fournit pas de mécanisme établissant qu'ils encoderaient ainsi une personnalité ou un destin. Le recours à des termes scientifiques réels ne constitue donc pas une validation scientifique du système. Et il n'existe pas, à notre connaissance, de corpus de recherches empiriques robustes établissant que le BodyGraph permette de prédire les traits psychologiques d'une personne avec une fiabilité supérieure au hasard ou à des méthodes psychométriques établies.
Pourquoi cela peut pourtant être très séduisant C'est là que le phénomène devient intéressant pour notre Histoire de l'Invisible. Le Human Design ne dit pas seulement : « Tu es Verseau ascendant Scorpion. » Il propose quelque chose qui ressemble à un mode d'emploi personnel : voici comment ton énergie fonctionne ; voici comment tu dois prendre tes décisions ; voici pourquoi certaines relations t'épuisent ; voici les situations qui correspondent à ta nature. C'est donc à la fois astrologie, typologie psychologique et méthode de développement personnel. Et comme les descriptions comportent de nombreux paramètres, elles peuvent produire une impression très forte de personnalisation. On retrouve ici certains mécanismes bien connus dans l'étude de l'astrologie et des tests de personnalité non validés : effet Barnum/Forer, sélection des éléments qui « tombent juste », interprétation rétrospective, etc. Cela ne signifie d'ailleurs pas nécessairement que celui qui l'utilise n'en retire rien : un système symbolique peut servir de support d'introspection sans que sa cosmologie soit littéralement vraie.
Et surtout : quelle étrange généalogie ! Pour notre regard d'historien de l'ésotérisme, je le placerais volontiers dans une lignée : astrologie + occultisme occidental + New Age → Human Design. Mais avec une particularité très XXIᵉ siècle : l'ésotérisme devient une interface. On entre ses données de naissance, une machine produit un diagramme complexe, et celui-ci donne l'impression d'une cartographie presque technique de l'individu. C'est assez fascinant parce que l'on retrouve exactement un phénomène que nous avons rencontré ailleurs : un très vieux désir humain — connaître sa nature et son destin — revêtu du vocabulaire scientifique de son époque. Paracelse parlait des correspondances entre microcosme et macrocosme. L'astrologue parlait des planètes. Le magnétiseur du XIXᵉ parlait du fluide. Le spirite parlait de vibrations. Le Human Design parle de neutrinos et de génétique. Donc c'est bien une sorte d'astrologie 2.0, mais tellement caractéristique de l'ésotérisme contemporain : « Human Design : quand l'astrologie rencontre les neutrinos ». C’est un excellent exemple de la manière dont l'Invisible renouvelle constamment son vocabulaire sans nécessairement changer ses grandes fonctions symboliques.

vendredi 25 septembre 2026

ON VA GUINCHER À COUIZA !

ROGER FACON SE SOUVIENT !

L’ATTENTAT !… Putain de film du regretté Yves Boisset. Je l’ai revu hier soir. J’ai eu l’occasion d’échanger sur ce film avec son réalisateur, dans mon autre vie, quand j’étais adjoint à la culture, à ANICHE. Boisset était en plein tournage de son documentaire sur l’ORDRE DU TEMPLE SOLAIRE. Il avait lu mon roman LA CRYPTE paru à la Série Noire. Il voulait avoir mon avis sur deux, trois petits trucs qui le chiffonnaient. On avait pas mal échangé. Surtout sur son film l’Attentat, inspiré de l’Affaire Ben Barka. Boisset m’avait raconté les pressions qu’il avait subies lors du tournage et du montage de L’ATTENTAT. Flics en civil qui le suivaient partout. Barbouzes du SAC, agents du SDECE qui « visitaient » ses bureaux et embarquaient des bobines concernant les séquences jugées trop « sensibles » par les connards de droite qui gouvernaient alors la France 🇫🇷 et allaient être remplacés moins d’une décennie plus tard par des connards de gauche. Ouais, on avait pas mal parlé du SAC avec Boisset. Et d’un putain de braquage qui avait eu lieu à Gisors, six ans avant l’Attentat. Ce braquage sera au cœur de mon prochain roman à paraître un de ces jours aux Editions de L'oeil du Sphinx, pour clore la trilogie entamée avec La caverne perdue des Templiers et Le retour du Dragon vert. Il s’intitulera ILS ONT VOLÉ L’OR DES TEMPLIERS. Yves Boisset sera l’un des personnages de ce putain de bouquin. Avec le SAC, bien sûr. J’ai pas pu résister. Comme beaucoup, sous Pétain, une période qui, par certains côtés, nous permet de mieux comprendre la nôtre… Voir moins

mercredi 23 septembre 2026

PAS FACILE A TROUVER !

COLLOQUE STELLA INCOGNITA

Colloque Stella Incognita – Lyon – 7-8-9 avril 2027 Sciences & Science-fiction. Faits, fake news, dissimulations et vérité Société savante Stella Incognita — Études de la Science-fiction Lyon 1 — Culture Humaniste, Artistique et Scientifique (CHAS) Laboratoire S2HEP (UR 4148) — Appel à communications Par son nom et ses réalisations, la science-fiction entretient un rapport fort avec les sciences et les technologies. On ne compte plus les images de fusées, de cyborgs, d’expériences scientifiques, d’ordinateurs et de machines informatiques... Parfois, ces images font sourire les scientifiques et les ingénieurs — qui ne croient pas un instant aux génies solitaires et aux objets techniques conçus et fabriqués en un clin d’œil. Le récit a souvent une exigence de rapidité qui peut agacer. Mais au-delà de cela, la science-fiction présente un intérêt majeur qui lui fait pardonner ses pirouettes : elle parle de science et de technologie. Elle en parle, et, ce faisant, elle distille des perles de savoirs dans le corps social ; elle interroge le pouvoir que ces savoirs apportent ; elle infuse quelques bribes de la démarche scientifique et de ses aléas ; et elle questionne la politique dans son rapport à la connaissance et à la vérité. Comme médiatrice de savoirs, on peut mentionner Le Voyage fantastique (1966), film de Richard Fleischer qui, par bien des aspects, illustre la vision physiologique de Claude Bernard et fait écho à son interrogation de chercheur : « si nous pouvions être un globule de sang… » [1]. Autre exemple : Vingt Mille Lieues sous les mers (1889) de Jules Verne, fait découvrir une vie marine avant la création du Musée océanographique de Monaco (1910) et les documentaires du commandant Cousteau. Plus près de nous, Neuromancien, de William Gibson, parle de monde virtuel avant même qu’il n’existe ; etc. Comme interrogatrice des pouvoirs conférés par les savoirs, elle ne cessent, la plupart du temps, de souligner l’absence de neutralité de ces pouvoirs, et leur ambivalence. Les savoirs ont un effet dans le monde réel, un pouvoir, et ce pouvoir a des effets à la fois positifs et négatifs. La science-fiction est ainsi une sorte d’école de l’usage, une école d’exploration des conséquences pour parvenir au bon usage. Par exemple, L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de mister Hyde (1886), de Robert Louis Stevenson, n’est pas seulement une illustration du syndrome de dédoublement de personnalité — identifié la même année — mais aussi une interrogation sur l’aléa de la recherche, sur la dépendance et sur l’impureté chimique dans un produit pharmaceutique. Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), de Mary Shelley, n’est pas seulement une histoire de monstre et une illustration du mythe de l’apprenti sorcier. Il est aussi une interrogation sur la responsabilité du chercheur. Le Docteur Lerne (1908) de Maurice Renard n’est pas seulement une histoire de greffe, mais aussi une réflexion sur l’hybridité corporelle, sur l’intimité psychologique et somatique. Comme questionnement du politique dans son rapport au savoir, à la vérité et à la contrevérité, les œuvres classiques abondent. Nous autres (1920), d’Evgueni Zamiatine, est un questionnement de la dictature panoptique et une réfléxion sur notre appartenance à la nature. Le Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley, pose la tension bonheur vs vérité. Swastika Night (1937) de Katharine Burdekin, expose la dévalorisation des femmes par un régime masculiniste inspiré du nazisme. 1984 (1949), de George Orwell, souligne la manipulation des esprits et la dissolution du rapport à la vérité. Le cycle Fondation (1951-1953) d’Isaac Asimov reprend l’idée d’une science de prédictions sociales, déjà présente chez Nicolas de Condorcet, pionnier des statistiques et des probabilités. Le même esprit d’interrogation socio-culturelle ne s’est jamais tari, et, parmi bien des œuvres, on peut citer Le Ministère du Futur (2020) de Kim Stanley Robinson sur le réchauffement climatique, et le cycle récent Terra Ignota (2016-2021) d’Ada Palmer, où histoire, science, technologie et politique entrent en écho. Ce ne sont pas seulement la physique, la biologie et l’ingénierie qui sont sur la sellette, mais aussi la sociologie, la psychologie, l’économie et l’histoire. Ainsi, le rapport de la science-fiction à la vérité et à la connaissance est plus complexe qu’il n’y paraît. En tant que littérature de l’imaginaire, la distance semble évidente, et pourtant la science-fiction repose sur deux règles encadrant cet imaginaire — du moins la plupart du temps. La première est l’exigence de vraisemblance et le refus du surnaturel, ce qui la distingue du merveilleux et de la fantasy. La seconde est la construction du récit sur une structure hypothético-déductive, « si… alors... », mise en évidence dès 1909 par Maurice Renard [2]. On introduit ce que Darko Suvin appelle un novum [3] et on en tire les conséquences. Cela induit dans la science-fiction une attention particulière à la cohérence. Par ailleurs, cela la rapproche à la fois des expériences de pensée des philosophes, et des hypothèses théoriques des scientifiques. De ce fait, dans une bonne partie des œuvres de science-fiction, le rapport à la vérité et à la vraisemblance est manifeste. Même si la science-fiction s’affranchit allégrement de toute expérimentation, il n’en demeure pas mois que dans sa structure-même elle entretient une certaine connivence avec la démarche scientifique. Cette proximité est d’autant plus notable que bien des auteurs et autrices ont une formation scientifique : Evgueni Zamiatine (ingénieur naval), Aldous Huxley (petit-fils et frères de théoriciens de l’évolution), Isaac Asimov (biochimiste), Stanislas Lem (études de médecine), Le Guin (fille d’anthropologues), Greg Bear (biologiste), Ada Palmer (historienne), etc. Cette culture ne les empêche pas de se glisser dans les règles de la littérature, mais elle les rend particulièrement sensibles à la recherche de cohérence, au respect de l’exigence de vérité. Beaucoup se nourrissent d’une très solide documentation. Le mensonge, la distorsion, la manipulation, le mépris des faits : tout ceci leur répugne. Beaucoup ont ainsi exploré la dynamique des contrevérités, bien avant notre âge de fake news, de vérités « alternatives » et d’« influenceurs » par réseau sociaux. Ce colloque souhaite ainsi explorer à la fois comment la science-fiction parle de la recherche et de la construction des savoirs et des techniques, mais aussi comment ce savoir circule ou circule mal, ou dans la distorsion. Il souhaite aborder la question des effets de la science dans la société (ou de leur défaut d’effet), et celle des effets de la société dans la science. Les propositions de communication pourront concerner toutes les modalités de la science-fiction : romans, films, séries, bandes dessinées, animation, peinture, sculpture, jeux vidéo, jeux de rôle… Ces propositions pourront utiliser des champs disciplinaires variés : analyses littéraires, approches culturelles, anthropologie, philosophie, sociologie, histoire, approche par les sciences et les technologies, ingénierie, design, histoire de l’art, etc. Elles pourront concerner toutes les aires culturelles et aborder tous les temps historiques, y compris le monde contemporain. [1] Grmek (Mirko) : Le legs de Cl. Bernard, pp. 139, citant un cahier de recherche de Claude Bernard [2] Renard (Maurice) : « Du roman merveilleux-scientifique et de son action sur l’intelligence du progrès », Le Spectateur, n°6, oct. 1909, repris dans Maurice Renard : Romans et contes fantastiques, Paris, Robert Laffont, 1990, pp. 1205-1213 [3] Suvin (Darko) : Metamorphoses of ScienceFiction — On the Poetics and History of a Literary Genre, New Haven, 1979, Yale Univ. Press. Pour une poétique de la science-fiction, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 1977. — Modalités pratiques Les propositions de communication devront contenir : — un titre — un résumé de 300 à 500 mots — une courte présentation de l’auteur/autrice de la proposition (2 à 5 lignes) Elles sont à envoyer à l’adresse suivante : jerome.goffette@univ-lyon1.fr — Calendrier — Date limite de soumission : 31 octobre 2026 — Date de réponse : décembre 2026 — Dates du colloque : 7-8-9 avril 2027, à Lyon / Villeurbanne. — Colloque Les communications auront une durée de 20 minutes. Elles seront suivies d’un temps de discussion. L’inscription au colloque est gratuite. Le colloque aura lieu au Campus de La Doua, bien connecté par Tram à Lyon et Villeurbanne.

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : DAGON À VENISE, Philippe Ward & François Darnaudet

C’est avec émotion que je dévore Dagon à Venise (Inanna éditions, 2026), pratiquement un an après la disparition de son coauteur et ami, Philippe Ward (décédé en septembre 2025). Heureusement, grâce à son compère François Darnaudet, son projet lovecraftien a pu être mené à terme. Car Philippe était un disciple fidèle du Maître. Ne lui doit-on pas une première bibliographie en français de Lovecraft, à une époque où le fanzine était notre mode d’expression incontournable et où le minitel représentait le must en matière de nouvelles technologies ? On se souviendra de son légendaire 3615 MISKA ! Ce petit roman se lit pratiquement d’une traite, tant l’action ne cesse de rebondir en de courts chapitres très nerveux. Nous y ferons la connaissance d’un groupe redoutable, « Les Exterminateurs », voués à une lutte implacable contre les vampires. Ils utilisent un matériel High Tech hautement sophistiqué et un arsenal d’armes particulièrement meurtrières. Une alerte est donnée à Venise où Casanova, devenu mort-vivant suite à la morsure d’une de ses amantes de la nuit, sème la terreur. La chasse s’ouvrira dans une certaine confusion, car un autre prédateur va vite prendre le devant de la scène, Dagon. Les combats sont d’une violence inouïe, la Cité des Doges en fera les frais et retournera à sa patrie d’origine, la mer. Mais Dagon sera vaincu, malgré sa garde de Profonds, prouvant par-là aux spécialistes de la théologie lovecraftienne que les Grands Anciens ne sont pas des Dieux, mais des créatures mortelles. La terreur connaîtra un sursaut inattendu avec l’arrivée de mère Hydra, venue venger son époux. Elle sera également éliminée, au prix de massacres qui feraient pâlir d’envie les auteurs des crimes de guerre dont l’actualité nous abreuve ! Ce qui nous vaut un final où Cthulhu se réveille dans sa Cité de R’Lyeh, inquiet de ne plus sentir dans ses rêves la présence de Dagon et Hydra. Souhaitons que François Darnaudet reprenne la balle au bond et nous livre de nouvelles aventures de leurs extraordinaires Exterminateurs. Ce serait un bel hommage à la mémoire de celui qui portait des chaussons en forme de pieds d’ours !

jeudi 3 septembre 2026

JEAN-MICHEL NICOLLET EXPOSE

La galerie Barbier a le plaisir d'accueillir Jean-Michel Nicollet pour une exposition consacrée à ses œuvres autour de la figure du robot. Fasciné très jeune par le film Metropolis de Fritz Lang, l’artiste n’a cessé d’explorer au fil de son œuvre ces figures anthropomorphes, à la frontière entre mécanique et imaginaire. L'exposition réunit des œuvres (dessins, peintures et illustrations) allant de la période Métal Hurlant à nos jours. À cette occasion, la galerie dévoile un nouveau bronze de Jean-Michel Nicollet, réalisé par la fonderie Rosini et édité à seulement 8 exemplaires. Les éditions Barbier publient également Mekanopolis en édition de luxe limitée à 280 exemplaires, chaque ouvrage est accompagné d’une sérigraphie numérotée et signée par l’artiste. Vernissage (entrée libre) le jeudi 10 septembre 2026 de 19h à 21h, en présence de l’artiste. SÉANCE DE DÉDICACES Jean-Michel Nicollet viendra dédicacer Mekanopolis au sein de son exposition le samedi 12 septembre 2026 de 15h à 18h à la galerie Barbier Inscriptions : mayla@bdartiste.com

mercredi 2 septembre 2026

BOUDET, LE LINGUISTE DE L'IMPOSSIBLE

Sur le site de Patrick Mensior, un excellent papier de François Lange sur un supposé livre codé. Notre abbé cherchait plutôt l'origine des langues de l'humanité ! https://www.rennes-le-chateau-doc.fr/lespersonnages/boudet/images/H_Boudet_et_L_Figuier_par_F_Lange%20.pdf

LE DOSSIER SECRET DE MONSIEUR L'ABBÉ

Une mise au point de Michel Vallet qui se passe de commentaires ! https://tresor-rennes-le-chateau.net/rennes-le-chateau-les-800-nuances-de-gris

lundi 31 août 2026

LE BANQUIER DES ÉDITEURS ? À méditer

Le Banquier des Éditeurs L’étrange pacte qui unit éditeurs et libraires (Partie IV). HANS BOUSQUET-LAFOND AND THE NEW BOOK COMPANY AUG 31 Image Image READ IN APP Au fil de mes recherches sur les liens construits entre les éditeurs et les libraires depuis le milieu du 19e siècle, je réalise que l’office et le droit de retour ne sont pas les seuls dispositifs encore utilisés au 21e siècle. Il existe en effet un troisième mécanisme. Un autre dispositif – moins officiel cette fois – largement utilisé dans l’industrie du livre française, qui n’est autre que la conséquence de l’office et du droit de retour. On l’appelle la “cavalerie”. Et cette Partie IV vous dévoile d’où elle vient, comment elle fonctionne, et quel danger elle représente pour les éditeurs (et particulièrement les éditeurs indépendants). Il n’est pas absolument nécessaire d’avoir lu les parties précédentes pour découvrir cet essai, mais elles sont utiles pour comprendre le contexte autour de la cavalerie. Voici donc les liens : Partie I, Partie II, Partie III. Et bien sûr, si la moindre question vous vient à l’esprit lors de votre lecture, écrivez-moi. Je réponds à tous les e-mails que je reçois. Bonne lecture ! Une autre cavalerie, celle de 1807, Friedland, peinte par Ernest Meissonier et actuellement accrochée au MET. La Cavalerie À l’aube du 19e siècle, la France est un pays ruiné. La décennie révolutionnaire a laissé l’économie exsangue, paralysée par une inflation démesurée, des taux d’intérêt stratosphériques et une activité commerciale mollassonne. En 1800, Napoléon Bonaparte fonde alors la Banque de France. L’idée est principalement de restaurer la confiance envers la monnaie, relancer l’économie par des crédits aux taux raisonnables, financer l’État et sa politique – et par la même occasion, consolider le régime qu’il vient d’instaurer. Avec la Banque de France, deux phénomènes font leur apparition. Il y a d’abord l’utilisation grandissante des “lettres de change”. Les lettres de change sont des promesses de paiement ; une lettre par laquelle une personne donne l’ordre à une autre de payer une somme déterminée, à une date donnée. Par exemple, un fournisseur vend des marchandises à un commerçant. La facture peut être payée à 90 jours ; le fournisseur émet alors une lettre de change ordonnant au commerçant de payer, 90 jours plus tard, le montant de cette facture. Le commerçant accepte la lettre et la signe, s’engageant ainsi à payer à l’échéance. Avec cette lettre de change, le fournisseur peut alors se rendre auprès de sa banque pour obtenir les fonds immédiatement – moyennant quelques frais. Au 19e siècle, l’usage de ces lettres de change devient massif. Après tout, elles permettent aux fournisseurs d’obtenir des liquidités sans attendre le paiement du commerçant ; et aux commerçants de financer leur activité par un petit crédit à court terme. Faut-il encore que cette lettre de change puisse être honorée. Car avec les lettres de change, la Banque de France voit un autre mécanisme faire son apparition : la “cavalerie”. Cette cavalerie s’observe lorsqu’un marchand émet une lettre de change pour rembourser une autre lettre de change ; une lettre de change fictive, sans contrepartie commerciale réelle. Le mécanisme consiste à créer une apparence de commerce là où il n’y en a pas. La lettre de change est signée par un commerçant complaisant, puis présentée à la banque afin de recouvrer les fonds ; à l’échéance, au lieu de payer cette lettre de change, une nouvelle lettre de change est émise pour rembourser la première, perpétuant indéfiniment la ronde. Avec la cavalerie, une poignée de marchands complices peuvent ainsi financer leur activité sans qu’aucune marchandise ne soit vendue ni qu’aucun service ne soit rendu. “Faire de la cavalerie”, cela revient donc à emprunter pour payer ses dettes, puis recommencer. C’est une course permanente, une galopade incessante pour combler les trous, rembourser les uns avec de nouveaux emprunts contractés auprès des autres. C’est pour cela que la cavalerie s’observe souvent dans des industries gourmandes en trésorerie. L’industrie du livre fait partie de ces industries gloutonnes. La librairie romantique du 19e siècle était, par exemple, une grande utilisatrice de la cavalerie – c’était évidemment une pratique illégale, à l’époque. L’industrie du livre du 21e siècle, par ailleurs, est toujours une grande utilisatrice de la cavalerie. Ou plutôt, un nouveau genre de cavalerie qui, cette fois, n’a rien d’illégal. Cette cavalerie est tout simplement une conséquence regrettable des mécanismes de l’office et du droit de retour – et du pacte qui unit éditeurs et libraires depuis fort longtemps. Le Banquier des Éditeurs La logique est la suivante : Historiquement, un éditeur avance les coûts associés à un nouveau livre. Il finance l’acquisition des droits, l’édition, la correction, le maquettage, l’impression, ainsi que la mise en place chez son diffuseur-distributeur, tout cela en piochant dans la trésorerie de sa maison d’édition. Pour commercialiser ce nouveau livre, cet éditeur dispose d’un mécanisme bien pratique – l’office – inventé dans les années 1830 par le Dépôt Central de Librairie. Grâce à cet office, ce nouveau livre est largement diffusé auprès des libraires de France, et distribué en bien plus grande quantité. Chaque libraire curieux de cette nouveauté reçoit donc une certaine quantité de cet ouvrage, définie à l’avance. Et après un certain délai (autour de 80 jours en moyenne), ces libraires paient ces nouveaux livres à l’éditeur. Grâce à cette facture honorée, la trésorerie de l’éditeur est renouvelée. Il peut donc avancer les coûts associés au prochain ouvrage. Pendant ce temps, les libraires s’occupent de défendre, partager et vendre le précédent livre. Chaque maillon de la chaîne continue donc sa mission. Quelques mois plus tard (entre 3 et 12 mois, généralement), il est temps pour le libraire de faire les comptes. Une partie des livres envoyés par l’éditeur (environ 22 % en moyenne) n’a pas été achetée ; le libraire utilise alors le droit de retour démocratisé par Louis Hachette pour renvoyer les titres invendus, et laisser la place à de nouveaux ouvrages qui, eux, trouveront peut-être leur public. Comme le stipule le droit de retour, tout livre retourné à son éditeur permet au libraire d’obtenir un remboursement. Le problème, c’est que l’éditeur a souvent déjà utilisé les revenus associés à la vente initiale des livres. Après tout, il semble bien difficile d’anticiper un volume de retour précis ; surtout, l’éditeur doit investir cet argent dans la création de futurs ouvrages, sans quoi sa maison ne peut pas tourner. L’éditeur émet alors un avoir. Le libraire ne récupère certes pas son argent immédiatement, mais il peut déduire cet avoir de la facture d’une future commande, associée à une prochaine parution. C’est une bonne affaire pour tout le monde : le libraire fait de la place pour de nouveaux ouvrages au potentiel commercial plus élevé et réduit la note de ses prochains achats, tandis que l’éditeur ne voit pas sa trésorerie tomber dans le rouge à cause d’un retour difficile à prévoir. Sauf que ce même éditeur n’a plus le choix : il est désormais contraint de publier un nouvel ouvrage. Et si cet ouvrage ne convainc pas le libraire qui détient un avoir, il se retrouve dans l’obligation d’en publier un autre – et ainsi de suite, jusqu’à rembourser sa dette. Ainsi va la cavalerie. Et ainsi le libraire se transforme en banquier des éditeurs. Via l’office, il avance à l’éditeur les futurs gains associés à la vente des livres. L’éditeur, grâce à ce “prêt”, finance sa trésorerie, et son prochain ouvrage. Via le droit de retour, ce même libraire récupère une partie de cette avance. Mais l’éditeur, ayant déjà investi cet argent, émet alors une lettre de change moderne – un avoir – pour rembourser cette dette. Cette série de mésaventures place l’éditeur dans une situation particulièrement inconfortable – celle d’une galopade contrainte, sans fin, vers le prochain ouvrage. Elle place l’industrie du livre dans une situation tout aussi délicate à gérer – celle de centaines de maisons d’édition embarquées malgré elles par la cavalerie, et des dizaines de milliers de livres supplémentaires publiés chaque année, pour rembourser cette dette aux libraires. Mais ne vous détrompez pas, elle place aussi le libraire dans une position qui n’est pas plus agréable – celle d’un banquier qui ne peut fléchir ni disparaître, sans quoi la galopade s’arrêterait net, emportant avec elle les éditeurs les plus fragiles. Le Troisième Mécanisme En 1995, plusieurs grands éditeurs anglo-saxons – HarperCollins, Random House et Pearson – se retirent du Net Book Agreement, l’équivalent britannique du prix unique du livre, lors d’un coup d’État organisé par le libraire WH Smith. Lors des 15 années qui suivent, l’industrie du livre britannique voit disparaître plus de 1 000 librairies – presque la moitié des commerçants du livre du pays. Si un tel scénario devait se produire dans l’industrie du livre française, c’est l’entièreté de la cavalerie décrite quelques lignes plus haut qui trébucherait, et s’effondrerait. Car avec la disparition du banquier des éditeurs, la ligne de crédit implicite des éditeurs serait clôturée. Quand une librairie est placée en redressement judiciaire, les distributeurs mettent en pause l’ensemble des offices. L’éditeur, censé renouveler sa trésorerie avec l’avance des libraires, ne pourrait donc plus investir dans son prochain ouvrage. Puis, ce même éditeur devrait s’acquitter de la dette accumulée. Avant de fermer, une librairie est contrainte de reconstituer un maximum de liquidités ; les stocks sont donc retournés pour être remboursés, et les avoirs réclamés. Pour l’éditeur, cela signifie une avalanche de livres à reprendre, des coûts de stockage qui gonflent – mais surtout, une dette envers le libraire à solder quasi-immédiatement. Autrement dit, les revenus disparaissent et la trésorerie se contracte brutalement. Rares sont les éditeurs capables d’encaisser un tel choc. Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore là. Grâce à la ténacité d’un éditeur têtu, le prix unique du livre existe toujours en France ; et les libraires qu’il protège sont toujours là, eux aussi. Prudence néanmoins, il suffit d’un caillou sur le chemin pour qu’une cavalerie s’écroule – les difficultés récentes de certaines librairies bien connues, ou même de certains distributeurs, en sont de vifs rappels. Nul doute, donc, que cette cavalerie représente un danger réel pour l’industrie du livre. Elle n’est, néanmoins, que la conséquence des effets cumulés de l’office et du droit de retour. Elle est, en quelque sorte, le troisième mécanisme qui constitue le pacte entre éditeurs et libraires. Un mécanisme qui fonctionne, tant que le réseau de librairies reste dense et que les flux de retours restent stables. Il suffirait que l’une de ces conditions frémisse (à cause d’une fermeture massive des librairies comme Outre-Manche, d’un pic de retours, ou d’une crise macro-économique), la cavalerie chancèle. Quoi que nous en pensions, la cavalerie continuera certainement de galoper encore un certain temps. Et les libraires continueront certainement d’être les banquiers des éditeurs encore un moment. Car il existe un acteur de l’industrie du livre qui bénéficie grandement de cette cavalerie – et de ce pacte qui unit éditeurs et libraires. Et qui n’a aucun intérêt à voir s’effacer des mécanismes gravés dans les contrats et les coutumes depuis près de 2 siècles. C’est le programme de la Partie V. On se retrouve de l’autre côté, Hans. 3 choses à faire après votre lecture : Si vous souhaitez approfondir les idées et les histoires de ce thème, indiquez-le en cliquant sur le petit cœur 🩷 juste en-dessous. Les thèmes qui récolteront le plus de cœurs sont ceux sur lesquels je passerai le plus de temps à l’avenir. Posez vos questions en répondant simplement à cet e-mail, ou en cliquant sur l’icône 💬 en-dessous. Je réponds à tous les messages que je reçois. Échangeons. Mon agenda est ouvert, et tous les lecteurs de cette newsletter peuvent réserver un créneau pour discuter ensemble d’édition, de marketing, de l’industrie du livre et de ses changements. Il suffit de cliquer sur ce lien. LIKE COMMENT RESTACK © 2026 The New Book Company France Unsubscribe

samedi 29 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE CERCLE DES AUTEURS LOVECRAFTIENS II

Le Cercle des Auteurs Lovecraftiens se porte manifestement bien puisqu’il sort son second tome (autoédition, 2026), un pavé de plus de 500 pages sous cover rigide. 12 auteurs sont au programme pour une ou plusieurs nouvelles. Évidemment, comme dans toute anthologie collective, les textes sont d’intérêt inégal, mais l’initiative est à encourager. Relevons quelques bonnes pièces. Dans No Man’s Land, David Carlier nous entraîne dans les tranchées de la première guerre mondiale où l’horreur n’est pas allemande mais prend la forme d’un mal indicible venu du fond des temps. La sorcière du Lac Katrine de Laurent Boegler est un récit tout mignon où un jeune veuf épouse une vilaine sorcière qui se transforme en une belle jeune fille. Ils partiront tous les deux couler des jours heureux aux USA où ils rencontreront HPL ! La rivière de Stéphane Lemaire nous présente un jeune garçon qui est seul dans une maison isolée en Alaska et dont les parents ont été happés par une mystérieuse entité cachée dans la rivière. L’autre moi du même auteur nous montre une photo dont le personnage principal, sur la place d’un village, ne cesse de se rapprocher à chaque visualisation, jusqu’à devenir l’auteur d’un carnage épouvantable. Et ce n’est pas agréable de se reconnaître dans le personnage principal de la photo ! Citons aussi Pachi-Ban de Kisijuu où il ne fait pas bon d’être prisonnier d’un jeu vidéo rétro. Les écueils de l’Eire est un excellent texte de Stéphane Desroches qui met en scène un archéologue recherchant dans un coin perdu de la côte d’Irlande du Nord une cité sous-marine antédiluvienne. Inutile de préciser que le Mal est dans les parages. Et puis un coup de cœur à Il y a quelque chose de Denis Cazalas qui nous entraîne sur les pistes sulfureuses du mystère de Rennes-le-Château. L’examen du livre maudit conduira un chercheur à explorer un réseau souterrain où se terre une entité qu’il vaudrait mieux éviter ! C’est du reste le second récit de fiction que je lis, assurant la jonction entre Lovecraft et l’affaire castelrennaise (cf L’Intrus de Jean-Christophe Maquet, éd Henri, 2003).