Une note de Bence Geoffrey, correspondant de l'ODS à l'université de Szeged (Hongrie)
The
Book of Dzyan, de Tim Maroney, publié par Chaosium en 2000 dans la collection
Miskatonic University Archives, présente un intérêt particulier : il fait se
rencontrer deux traditions qu'il faut soigneusement distinguer.
D'une
part, le Livre de Dzyan de la théosophie d'Helena Blavatsky, présenté comme une
source de sagesse archaïque et inaccessible ; d'autre part, l'univers
lovecraftien, où les livres interdits, à commencer par le Necronomicon, jouent
un rôle essentiel dans la construction du Mythe.
Pour
l'ODS, la question est donc passionnante : Maroney propose-t-il une véritable
création littéraire, un pastiche érudit ou une réinterprétation occultiste du
Mythe ?
1.
Un ouvrage bien plus intéressant qu'un simple pastiche lovecraftien
Fiche
bibliographique
Titre
: The Book of Dzyan
Éditeur
scientifique : Tim Maroney (1961–2003)
Éditeur
: Chaosium, 2000
Collection
: Miskatonic University Archives, n° 6027
Pagination
: 270 pages
ISBN
: 978-1-56882-114-6
Première
découverte importante : ce livre n'est pas un faux grimoire rédigé pour les
amateurs de Cthulhu. C'est essentiellement une anthologie documentaire
consacrée à Blavatsky et à son mystérieux Livre de Dzyan, accompagnée d'une
étude historique et critique de Maroney.
Le
contenu comprend notamment :
- Une
importante introduction biographique et historique consacrée à Helena
Blavatsky.
- Les
Stances de Dzyan reproduites à partir des textes publiés par Blavatsky.
- De
larges extraits de La Doctrine secrète (1888).
- Des
documents complémentaires sur la théosophie.
- Une
version abrégée du rapport Hodgson de 1885, consacré aux phénomènes
prétendument paranormaux entourant Blavatsky.
Ce
dernier document est particulièrement intéressant : il introduit un regard
contradictoire dans un ensemble qui aurait pu se limiter à une présentation
admirative.
2.
Ce que vaut le travail de Maroney
À
mon sens, la principale qualité du volume est son travail de contextualisation.
Maroney
replace Blavatsky dans l'histoire intellectuelle et religieuse du XIXe siècle,
sans réduire son œuvre à une simple supercherie. Il s'intéresse également à ses
successeurs et aux relations entre théosophie et littérature fantastique.
Une
recension publiée en mars 2002 dans The Scarlet Letter souligne
particulièrement la richesse de son essai introductif, qui concentre beaucoup
d'informations en moins de soixante pages.
Il
faut cependant distinguer deux questions.
La
valeur historique du livre de Maroney est réelle : il rassemble des sources
permettant d'étudier la construction du discours théosophique.
L'authenticité
du prétendu manuscrit archaïque de Dzyan est une autre affaire. Aucun original
ancien du texte présenté par Blavatsky n'a été authentifié. Les stances
publiées restent des documents essentiels pour l'histoire de la théosophie,
mais non des preuves d'une révélation tibétaine immémoriale.
La
présence du rapport Hodgson est donc utile, même si ce rapport lui-même doit
être replacé dans l'histoire controversée des enquêtes psychiques de l'époque.
3.
Pourquoi Chaosium a-t-il publié ce livre ?
C'est
probablement l'aspect le plus passionnant pour nos recherches.
Lovecraft
connaissait l'existence du Livre de Dzyan et l'a intégré à son univers de
références occultes, aux côtés d'ouvrages imaginaires comme le Necronomicon.
Le
texte théosophique fournit ainsi un exemple remarquable de document ésotérique
réel, mais d'origine ancienne non démontrée, incorporé à un univers fantastique
fictif.
Maroney
s'intéresse précisément à cette rencontre entre Lovecraft et la théosophie.
Il
faut rappeler que Lovecraft ne partageait pas les convictions théosophiques. Il
pouvait exploiter leurs constructions mythologiques comme matériaux littéraires
tout en demeurant personnellement matérialiste.
C'est
ici que l'édition Chaosium devient particulièrement pertinente : elle permet au
lecteur de retrouver l'une des sources culturelles ayant alimenté l'imaginaire
lovecraftien, sans faire passer ce document pour une invention de Lovecraft.
4.
Les limites de l'ouvrage
J'en
retiendrais trois.
Une
compilation plutôt qu'une édition critique exhaustive. Maroney sélectionne des
documents importants, mais son volume ne remplace pas une étude philologique
complète de la genèse des Stances de Dzyan.
Un
matériau théosophique difficile. Les développements cosmologiques de Blavatsky
sont complexes, répétitifs et parfois extrêmement spéculatifs. Le lecteur qui
recherche un récit fantastique risque d'être déconcerté.
Une
perspective critique à compléter. L'intérêt de Maroney pour la personnalité et
les intuitions de Blavatsky ne résout pas la question de la provenance de ses
textes. Il faudrait confronter son travail à des recherches universitaires plus
récentes sur la théosophie.
5.
Mon évaluation
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Critère
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Appréciation
|
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Intérêt
documentaire
|
Excellent
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Intérêt
pour les études lovecraftiennes
|
Très
bon
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Qualité
de l'appareil critique
|
Bon,
à compléter
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Accessibilité
|
Moyenne
|
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Intérêt
pour Encyclopaedia Occultae
|
Excellent
|
Je
considère donc ce volume comme une publication sérieuse et originale, davantage
destinée aux chercheurs et aux amateurs d'histoire de l'occultisme qu'aux
lecteurs de fiction fantastique.
Il
ne faut surtout pas le confondre avec les nombreux Necronomicon commerciaux qui
exploitent artificiellement l'autorité de Lovecraft.