mardi 2 août 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : POUTINE ET L'UKRAINE, Vladimir Fédorovski

 


 

 

Vladimir Fédorovski cherche lui aussi à coller à l’actualité avec Poutine, L’Ukraine, les faces cachées (Balland 2002). Diplomate, proche de Gorbatchev, écrivain reconnu, cet auteur d’origine russo-ukrainienne hante aussi les plateaux TV en cet été brûlant. Son ouvrage sent, hélas, le « vite fait », la partie strictement réservée à Poutine étant maigrelette. L’essentiel de l’ouvrage est une rétrospective historique (les influences de Poutine) et une analyse géographique (pour éclairer la géopolitique poutinienne), le tout accompagné de nombreuses annexes pour étoffer le volume ! J’ai bien aimé, pour illustrer la partie géographique, la reprise d’un article d’un journaliste, Alain Coulon, qui a fait Pékin – Berlin en train ! Sa conclusion, « entre Pékin er Berlin, la Russie du XXI ème siècle est-elle autre chose qu’une longue parenthèse ? ».


samedi 30 juillet 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : VOLODYMYR ZELENSKY, Gallagher Fenwik


 

L’actualité toujours avec Volodymyr Zelensky, l’Ukraine dans le sang de Gallagher Fenwick (Le Rocher, 2022). Une biographie à chaud qui s’arrête avec le début de la guerre en février 2022. Un travail de journaliste, vite fait, et essentiellement sourcé par des https://. Ce n’est donc pas une vraie réflexion de fond, mais un bon résumé d’une aventure hors du commun que l’on connaît bien par les multiples reportages télévisés qui sont consacrés au personnage. Et Zelensky est attachant, une sorte de Coluche qui devient le Président en vrai après avoir été le Président fictif d’une série télévisée. On est touché par ses hésitations, son optimisme inébranlable face aux menaces les plus sordides de son voisin russe. Et on s’incline devant sa mutation éclair en un chef de guerre redoutable. La suite s’écrit sous nos yeux et l’on souhaite ardemment qu’il ne se transforme pas en martyr.

mardi 26 juillet 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'ECLAIREUR, Serguei Jirnov

 


 

L’actualité en Ukraine incite beaucoup d’anciens participants à « la guerre froide » à raconter leurs souvenirs et à nous faire plonger dans l’infernale machine russe. Tel est le cas de Serguei Jirnov qui, avec L’Éclaireur (Nimrod, 2022), nous retrace avec moultes détails sa carrière au KGB. L’auteur est maintenant réfugié en France et hante avec beaucoup de talent les plateaux de télévision au gré des développements de cette guerre fratricide. Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c’est son approche très autobiographique. Il nous raconte en effet le cheminement d’un jeune garçon fort en thème dans l’univers soviétique où tout se passe comme si l’heureux élu était happé par une machine qui le conduira aux meilleures écoles, aux alcôves du Parti Communiste pour terminer dans le Saint des Saint, le KGB. Jirnov analyse son ascension avec humour, sans être dupe d’un système hypocrite et en voie de décomposition. Notre agent est francophone et francophile, et réussit à intégrer l’ENA par « le tour extérieur réservé aux étrangers ». La description qu’il nous donne de notre école de prestige fait frémir, par son fonctionnement archaïque et son enseignement ultra-light. Sa comparaison avec les grandes écoles soviétiques n’est pas en notre faveur ! Mais cela reste un endroit privilégié pour un « infiltré » pour nouer des contacts utiles avec les futurs dirigeants du pays. On a droit ici à un petit couplet amusant sur Valérie Pécresse qu’il a tenté de « retourner ». Jirnov quittera le KGB en pleine décomposition après la perestroïka et demandera l’asile politique à la France. Il soulignera avec humour ne pas avoir été repéré par la DGSE dont il a une piètre opinion !

Notre « ex illégal » a bien connu Poutine qu’il décrit comme un raté à l’esprit obtus, qui a végété à l’ombre du KGB dans un poste mineur à Dresde en RDA. Il a su cependant profiter de la débâcle du système soviétique et se tailler une belle fortune au parfum oligarchique prononcé. Il sera repéré par Eltsine, et on connaît la suite….


vendredi 22 juillet 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : J'ETAIS UN AUTRE, Olivier Mas

 


 

Le Bureau des Légendes de Canal Plus a connu un succès bien mérité et a remis le roman d’espionnage à la mode. Olivier Mas nous livre avec J’étais un autre et vous ne le saviez pas (L’Observatoire, 2022) un documentaire sur les fameuses « légendes », basé sur sa propre expérience « d’illégal ». Mais il s’appuie surtout, pour illustrer son propos, sur quelques cas célèbres d’agents infiltrés, comme Rémy (France Libre), le Colonel Abel (espion russe aux USA), Wolfgang Lotz (espion israélien en Égypte), Robert Mazur (espion américain dans le cartel de la drogue) et Jeanne Bohec (France Libre). L’auteur lui-même est en effet assez pudique sur son « aventure » sous le pseudo de Beryl 614. La mécanique de la « légende » est bien décortiquée, de sa préparation à sa dislocation, mais le récit présente un caractère un peu scolaire. Ceux qui comme moi ont suivi avec passion la série télévisée précitée connaissent pratiquement tous les éléments évoqués et pourraient aisément écrire ce type d’ouvrage !


lundi 11 juillet 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : ÂMES ANIMALES, J.R. Dos Santos

 


 

 

Si comme moi vous aimez la viande rouge, ne lisez pas ce livre ; vous risqueriez de devenir végétalien ! Avec Âmes Animales, J.R. Dos Santos (H.C. éditions 2022) nous fait plonger dans un univers où on ne l’attendait pas, celui de l’écologie. Bien sûr le réchauffement climatique, bien sûr les gaz à effet de serre. Mais le cœur du problème est ailleurs, celui de l’élevage intensif et du massacre des animaux. Nous allons faire connaissance d’un sympathique éthologue qui porte bien son prénom, Noé ! Il a créé dans la région de Lisbonne une ferme modèle, Le Jardin des Âmes Animales, pour étudier le comportement de ses amis : on y rencontre une vache qui joue à cache-cache, un cochon farceur, une guenon qui parle en langage des signes, un perroquet qui s’exprime avec intelligence…  Et on arrive très vite à la conclusion que les animaux ont une véritable personnalité et éprouvent de réels sentiments. Noé est rosicrucien et s’appuie dans ses convictions sur l’unité de la création, l’homme n’en étant que l’une des expressions. Les travaux de Noé coûtent cher, et ses prises de position contre le massacre des animaux dérangent ses sponsors, financiers mais aussi écologiques. Les intérêts en jeu sont colossaux. Les vivres lui seront coupés brutalement et on retrouvera le savant noyé dans le bassin des orques de l’aquarium de Lisbonne. Tomàs Noronha, dont l’épouse travaillait au Jardin, va plonger dans une enquête d’autant plus délicate que sa femme est soupçonnée par la police d’être l’auteur du crime. On a retrouvé en effet sur le cadavre une lettre chiffrée qui lui était destinée. Les investigations nous ferons pénétrer dans le milieu des rosicruciens portugais et de leur riche symbolique. Ils nous vaudront aussi la visite – insoutenable – d’un abattoir industriel.

Je ne spolierai pas la chute, précisant simplement que l’un des animaux de Noé permettra de confondre le coupable. Un bouquin perturbant et s’appuyant sur une documentation étourdissante.

 


 


samedi 9 juillet 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : MON VILLAGE A L'HEURE ALLEMANDE, J.L. Bory

 


Mon village à l’heure allemande, Jean-Louis Bory (1945, J’ai Lu 2010). Cet ouvrage a été écrit à la fin de la guerre dans le village de l’auteur, Méréville, transformé en Jumainville pour les besoins du roman. Il a obtenu le prix Goncourt en 1945. Et c’est vrai qu’il s’agit d’une véritable petite perle. Le village n’a pas connu directement la guerre, mais il est occupé, d’autant plus qu’il possède un petit aérodrome bien utile aux allemands. Bory nous dresse une collection de portraits, tous plus vrais que nature, avec l’instituteur, le Maire, le curé, le paysan, la bistrotière, le pâtissier, la vieille fille, les jeunes amoureux etc… L’ambiance est glauque, chacun suspectant l’autre. On zappe en effet sans surprise entre une résistance, plus ou moins avouée et une collaboration qui ne se cache pas. On se planque pour écouter la BBC, on se dissimule pour faire du marché noir. Le boucher est du reste surpris par la quantité de lard que les occupants peuvent consommer !

Une « comédie humaine » sans surprise mais qui montre bien les ressorts ultimes de l’homme dans une situation dramatique.

 

vendredi 1 juillet 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : 669 de Giacometti et Ravenne

 


669, Giacometti et Ravenne (JC Lattès, 2022). Tristan Marcas aura décidemment bien du mal à profiter de sa retraite comme antiquaire à Genève. Son amie, Laure d’Estignac, membre de la résistance gaulliste, vient le relancer pour coincer un riche trafiquant d’art, faisant fortune sur des œuvres volées par des collaborateurs de tout poil. Ce qui l’intéresse à priori, c’est de récupérer son carnet d’adresse pour faire tomber ses complices peu scrupuleux. Mais Marcas va vite se retrouver dans une autre aventure, sur ordre de Himmler qui lui envoie Otto Skorzeny comme baby-sitter. Le haut responsable de la SS à Paris a été retrouvé horriblement mutilé, le signe 669 figurant, écrit dans le sang, à côté de son corps ; même sort a été réservé à une diva parisienne, fournissant aux dignitaires de l’occupation des filles de joie. Et Marcas, supposé être un expert en ésotérisme, n’a d’autre choix que de mener l’enquête. Il croisera régulièrement le commissaire Montalivet, chargé du dossier pour le compte de la Police Française. Une sorte de Maigret bourru, mais qui cache bien son jeu. Il rencontrera également un ancien libraire, qui tenait une échoppe au nom des « Pommes Bleues » et qui s’appelle bien sûr Saunières (avec un S !). On fera connaissance de l’inénarrable voyante-collaborationniste, Geneviève Zaepffel, dont le mari, René, a des relations plus que douteuses. Comme cet excellent Docteur Petiot. Nous sommes en effet en présence d’un cercle sataniste, qui consomme sa dose de chair fraîche et qui a besoin de faire disparaître les restes de ses victimes. Un cercle en liaison avec un « Lebensborn » qui peut ainsi se débarrasser des jeunes mères après avoir accouché d’un beau bébé aryen. Mais alors qui est 669 dans ce marigot écœurant ? Je ne spolierai pas la chute, tout à fait surprenante, et qui n’a rien à voir avec l’ésotérisme. Je préciserai seulement que cette aventure se déroule à un point crucial de la guerre, celle de la préparation du débarquement. J’ai du reste beaucoup souri à la lecture des messages codés de la BBC, truffés d’allusions à Plantard et à Bérenger Saunière !

Cette chute reste très ouverte, certainement pour préparer la suite des aventures de Marcas qui ne pourra abandonner sa compagne, Laure, en stage de reproduction dans un Lebensborn !

 

MARIE MAITRE COMMUNIQUE

 


Je vous invite le mardi 05 juillet de 18h à 20h à l agence immobilière GAY au 24 place du général Leclerc 21200 BEAUNE pour une séance de dédicace de mon livre « Francesca de la douleur à l’ envol ». Possibilité de changer les dates et heures selon vos disponibilités 😉. Au plaisir de vous y retrouver.

MYRIAM PHILIBERT DANS LA LETTRE DU CROCODILE

 

 


Esprits et âmes de la nature
de Myriam Philibert. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Myriam Philibert est archéologue et docteur en Préhistoire mais, avec ce livre, elle nous conduit sur les chemins de l’imaginaire de notre enfance pour mieux retrouver cette alliance avec la nature que nous avons perdue.

Voici comment elle nous introduit au retour à la nature ou/et à la Nature :

« Etablir le contact avec la Nature. Par où commencer ? Est-elle peuplée d’êtres fantastiques ou est-ce la perception erronée d’une imagination fertile, bercée par une fallacieuse verve ou les contes de vieilles femmes ? Tout bruit vibre sous la canopée. D’invisibles présences se dissimulent, tout en cherchant à retenir l’attention de celui qui y est sensible. Des sensations énergétiques parcourent l’épiderme. On se sent presque tremblant devant tant de beauté, de grandeur, de profondeur. Partout s’insinue une sacralité qui atteint la démesure. Qui saurait décrire la forêt ? Terrifiante ? Protectrice ? Dévoreuse et maléfique. Amène pour le Petit Poucet, car il en connaît les dangers et sait (peut-être) l’apprivoiser. Refuge tentaculaire pour l’être humain, exilé de l’obscure caverne qui lui servait d’abri, par le réchauffement postglaciaire… »

Myriam Philibert nous incite à nous initier au langage des arbres, à renouer avec le peuple invisible de la forêt, à nous rappeler que les peuples natifs indo-européens perpétuaient des cultes dans les enclos sacrés des forêts. L’arbre est premier dans ces cultures qui le reconnaissent comme axe, colonne ou échelle entre terre et ciel.

Cette forêt sacrée est habitée de peuples mystérieux. Il y a les fées bien sûr, gardiennes et initiatrices qui hantent nos mythes, nos contes, traditionnels ou contemporains. Chaque siècle se laisse traverser par ces mythèmes qui font rêver ou enseignent.

Nombreux sont les esprits de la Nature : dryades, muses, Dame verte, Homme vert, nymphes, génies, élémentaux divers… Le voyage continue par la lecture des lignes de force de la Terre, les cultes à la Nature, notamment à la Déesse-Mère, les divinités égyptiennes de la Nature… jusqu’aux références traditionnelles aux boissons d’immortalité ou de longévité, voie lactée, soma, sang, vin, bière et autres alcools sacrés.

L’exploration des mythes populaires, ou plus réservés, est une opportunité de restaurer le regard, de rétablir l’accord perdu avec ce qui anime la Nature.

« Il est temps, nous dit Myriam Philibert, d’aller au-delà du visible et du matériel. Où se niche l’âme du monde ? Toute âme est une monade ? Celle du monde est-elle féminine comme les divinités affriolantes que citent les textes gnostiques ? Est-elle masculine comme voudraient le faire croire les Grecs et les Indo-européens, plus généralement ? A un moment donné de l’histoire humaine, au cours du néolithique, le cours des croyances et des valeurs s’est inversé. La grande Déesse n’avait plus la préséance et son alter ego prenait le pas. A l’Âme du monde succédait un Esprit ; au cœur succédait le cerveau ! Au début, les deux polarités proposaient un équilibre. Puis, évolution des mentalités, chacun voulut gérer l’univers. Une force centripète (la Mère divine) et une force centrifuge (son parèdre divin) génèrent l’illusion de la dualité. En vérité, l’homme oublia que tout est Un, la création, l’être humain, la Vie. »

 

dimanche 19 juin 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : THANATOS, LES RECIFS, Yann Minh

 


 

Les hasards d’une déambulation dans ma PAL m’ont mis sous la dent Thanatos, les Récifs, de Yann Minh (Florent Massot, 1997). J‘ai lu ce livre juste après avoir terminé Notre Part de Nuit de Mariana Enriquez (cf 2021) et j’ai été frappé par leur point commun, le Mal, le Mal Absolu. Mais ce point commun prend la forme de deux droites parallèles, qui ne se recoupent pas. Chez Enriquez, le Mal est extérieur à l’Homme, et gare à celui qui le rencontre. Chez Minh, le Mal n’a rien de métaphysique, c’est une création de l’Homme, et pour son propre plaisir. L’auteur nous fait plonger dans un monde hallucinant, celui du cyber-sexe, du sado-masochisme et de la Jouissance Suprême sur fond de science-fiction et de techno-drogues. Le grand jeu dans cet univers est de trucider sa victime (souvent consentante) et la faisant jouir comme une bête, de filmer la scène et d’en tirer un implant que l’on s’injecte pour partager ses émotions. Un trafic très lucratif de surcroît. Le récit est mené en compagnie de deux jeunes gens, Tristan et Dyl, qui cherchent à échapper aux horreurs de la Cité dirigée par le sadique Gillian Retz et rejoindre un monde magique, celui des Récifs, où « dragons, magie et vaisseaux empruntent d’impressionnants couloirs basaltiques flottants ». Il faut avoir le cœur bien accroché pour participer à cette aventure, mais la plume est alerte, non dépourvue d’humour et parfois de poésie. Quant à l’imagination de l’auteur, sur le plan des inventions technologiques, elle est ahurissante !

A noter que la chute du roman est très ouverte et appelait certainement une suite.


vendredi 17 juin 2022

MARIE MAITRE RECYCLE A SAINT-RAPHAEL


 

A MIDI POMMES BLEUES


 Il ne manquait plus que les "Pommes Bleues" pour engrosser notre "Bibliothèque de Bérenger". Voilà qui est fait avec ce petit fascicule auto-édité (2022). Une synthèse sympathique du phénomène et de belles photos.

LES CHRONIQUES D'EL BIB : LA MYTHOLOGIE DE LOVECRAFT

 


 

On peut trouver sur YouTube un document assez exceptionnel (et en français), signé Kevin MacLeod, La Mythologie de Lovecraft, Cosmogonie et Bestiaire (Mythoscopia, 2020). 

 

Mythologie HPL 

 

Présentation :

Howard Phillips LOVECRAFT, auteur de récits horrifiques, fantastiques et de science-fiction, est le créateur d'une riche mythologie nourrie par les textes d'Hésiode et les mythologies antiques. Ses entités extra-terrestres fictives sont considérées par les faibles humains de ses nouvelles comme des dieux qu'il faut vénérer et surtout craindre. Étudions la cosmogonie et le bestiaire constitutifs de cet univers cosmique et matérialiste. Que ce soit Azathoth, Yog Sothoth, Nyarlathotep, Shub Niggurat ou Cthulhu, ces créatures titanesques sont l'écho de concepts récurrents dans les mythologies et l'approche du monstre dans sa globalité. Subjectivité, pouvoir d'évocation et usage de la science sont les outils utilisés par Lovecraft pour ainsi bâtir ce que l'on nomme le Mythe de Cthulhu.

Ce type d’étude a été effectuée des centaines de fois, mais ces travaux sont en général pollués par le besoin de trouver une architecture cohérente et par la volonté de donner une explication manichéenne à la construction lovecraftienne. Ici, on revient aux écrits-sources, balayant d’un revers de manche toutes les interprétations derlethiennes (et post). L’auteur montre bien que la notion de Panthéon n’existe pas dans l’œuvre et que Lovecraft a suscité au gré de sa fantaisie toute une série de créatures sans chercher à l’origine de liaisons entre elles. Il met aussi en évidence une confusion facilement faite, celle qui reviendrait à assimiler systématiquement les créatures à des divinités. Il est amusant de noter, que par jeu avec l’un de ses correspondants (J.F. Norton), Lovecraft a essayé de dresser une typologie de ses créations. Ce document, qui date de 1933, montre bien la « confusion » qui régnait dans l’esprit du Prince Noir de Providence. Il y mélange joyeusement des créatures extra-terrestres et des Anciens Dieux, il y injecte des clins d’œil à ses amis (Hyppolite le Sorcier, ancêtre de C.A. Smith) et se réfère à l’Ein-Soph de la Kabbale (l’Obscurité, la Brume sans Nom).

L’auteur de la vidéo reprend l’exégèse en se basant sur ce dernier Néant Absolu dont toutes choses procèdent. Mais il n’est pas facile de garder un fil logique dans la démonstration. Les créatures de Lovecraft, connues sous le terme de Grands Anciens, sont d’origine extraterrestre (mais qui les a créées ?). Elles ont colonisé la terre et engendré les hommes, pour les nourrir ou les servir. Mais elles ont abusé de magie noire et ont été exilées, au fond de l’espace ou des océans (on suppose par Les Anciens Dieux ou Elder Ones[1]). Elles attendent qu’un poète, un rêveur, un sorcier tente de les réveiller. Le plus célèbre est bien évidemment Cthulhu qui réside dans sa cité marine de R’Lyeh. Il est adoré par les Profonds, créatures mi-humaines, mi-poissons.  On trouve également Dagon, monstre marin à l’origine des écrits lovecraftiens avant de devenir un Grand Ancien. Même si ce n’est pas un Dieu, il est adoré par la secte dite de l’Ordre Ésotérique de Dagon sis à Innsmouth. L’enquêteur, au sujet de la notion de Dieu, insiste sur le fait que ce sont les hommes qui leur ont conféré le statut divin, faute d’avoir une vraie compréhension de leur nature. Dagon est le père des Profonds et a pour compagne mère Hydra.

On passe ensuite aux Autres Dieux, créatures originelles. A l’origine de tout figure Azathoth, qui nous est présenté comme « non interventionniste et dépourvu de conscience ». C’est aussi le « chaos nucléaire », à l’origine du Big Bang. Il est accompagné par Yog Sothoth qui serait son fils, et qui, lui, est omniscient. On trouve également Nyarlathotep, serviteur et messager des deux premiers. Il est également l’intermédiaire avec les humains. Shub-Niggurath est le bouc des sorcières, une autre forme de Pan. Soulignons que le chercheur, et ce n’est pas le moins intéressant de son travail, essaie toujours de trouver un lien entre les créatures lovecraftiennes et les divinités de l’antiquité. On citera encore Nodens, le seigneur du grand abîme. Il est, à l’instar d’Hypnos, celui qui protège l’homme des Grands Anciens dont il est l’ennemi. Il est aussi le maître des maigres bêtes de la nuit. Il fait immanquablement penser à Zeus ou à Yavhé.

L’étude revient ensuite sur les Elder Ones ou Choses Très Anciennes, créatures hybrides animal/végétal en forme de tonneaux. Ce sont les premiers occupants de la terre arrivés il y a environ 1 milliard d’années.[2]. Ils ont créé les shoggoths, pour les nourrir et les servir, puis l’homme. Les shoggoths se sont rebellés contre eux. On rencontre aussi La Grande Race de de Yith, des extraterrestres qui se projettes dans l’esprit des créatures intelligentes pour prendre leurs connaissances, les étudier et les consigner. Ils sont rentrés en conflit avec les Polypes Volants, apparus sur Terre il y a 600 millions d’années. Ils on pris la place de leurs prédécesseurs.

Lovecraft évoque également les Dieux de la Terre, créatures faibles et délaissées par les hommes. Ils se sont exilés dans les montagnes et notamment près de Kaddath dans les Contrées du Rêne. On les entend parfois pleurer la nuit. On retiendra notamment les noms de Oukranos, Zo-Kalar et Tamash.

 

Terminons ici notre tour d’horizon, et admettons encore une fois qu’il est difficile de mettre un fil logique dans cet ensemble. Le déroulement de l’étude suscite en effet plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Mais c’est peut-être ça la force de notre écrivain fétiche : celle de laisser suffisamment de place au lecteur pour qu’il puisse continuer de rêver avec lui !

 

A titre anecdotique, on trouve dans la typologie de Lovecraft l’Obscurité. Cette entité redoutable est au cœur du roman de Mariana Henriquez, Notre part de nuit 2021, cf infra). Je n’ai pas trouvé dans la fiction lovecraftienne de référence à cette entité. Pas plus du reste qu’à la Brume sans nom.



[1] Ce que Lovecraft n’a jamais clairement dit.

[2] Si on reprend les « fondamentaux », le Big Bang remonterait à 15 M d’années, la création de la terre à 4,6 M et l’apparition des premiers organismes unicellulaires à 1,39.


LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE GENIE DU RAZES, Christian Attard

 


C’est vrai que je me suis un peu épuisé dans la lecture de la littérature castelrennaise et en relisant les 350 pages de ma biographie (Le Bibliothécaire du Razès), je me rends compte que toute cette affaire tourne joyeusement en rond depuis ses origines. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de craquer en recevant en SP (merci à l’expéditeur) Le génie du Razès, mission Rennes-le-Château, roman de Christian Attard aux éditions Philomène Alchimie (2022). Un récit dans lequel l’auteur se met lui-même en scène sans complexe pour nous entraîner dans une incroyable enquête pour percer le mystère du Razès. Incroyable, car elle est commanditée par un mystérieux milliardaire féru d’alchimie au bras plus que long. Il adjoindra au chercheur une célèbre présentatrice du JT, Anne-Julie Mapix (sic, on l’a reconnue !), au corps défendant de cette dernière qui n’est guère enchantée de devoir quitter (provisoirement) son journal du soir. La queste sera bien sûr le prétexte pour l’auteur à nous livrer l’état de ses recherches et chercher à nous faire partager ses convictions. Mais il n’y a rien de pesant dans tout cela et nous nous baladons avec plaisir sur les points principaux du mythe, les deux Rennes évidemment, mais aussi Alet-les-Bains, Galamus, Le Clat, Notre Dame du Cros, etc… Je ne spoilerai pas la chute, d’autant qu’elle correspond à la découverte du Grand Secret, mais je recommanderai chaudement cette lecture très rafraîchissante !

samedi 28 mai 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : NOTRE PART DE NUIT, Mariana Enriquez

 


Notre Part de Nuit, Mariana Enriquez (Le Seuil, éditions du Sous-Sol 2021).

Il est devenu banal de dire aujourd’hui que la fiction néo-lovecraftienne est très riche et que ce jet continu de créativité nous réserve parfois de belles surprises. Mais cette littérature a du mal à se libérer de ce qu’on peut appeler « les références incontournables », à savoir l’utilisation quasi-systématique des créations de base du Maître comme celles issues de son panthéon (Cthulhu), de sa géographie (Arkham) ou de sa bibliothèque maudite (Necronomicon), sans oublier ses propres personnages... Rares en effet sont les auteurs qui arrivent à transcender ces artefacts pour ne retenir de l’œuvre du Prince Noir que ce qui est sa véritable originalité : l’approche d’une Horreur Absolue avec sa mécanique implacable et sa nature profondément délétère. Thomas Ligotti [1] s’y est essayé, avec un certain succès et peut être aussi plus récemment Joseph Denize [2]  Mais la vraie réussite vient de nous être livrée par Maria Enriquez avec cet énorme pavé qui a pour titre Notre part de nuit. Un ouvrage qui coupe littéralement le souffle et qui a eu droit du reste à une page entière de commentaires élogieux dans Le Monde des Livres du 17 novembre 2021 sous la signature de François Angelier. La radiance noire de Lovecraft sous-tend ce récit avec son horreur vorace, tout comme l’inspirent le caractère glauque des petites villes de province de Richard Matheson ou les terreurs irraisonnées de l’enfance chez Stephen King. La monstruosité n’a rien d’une maléfique divinité nocturne ou d’une quelconque angoisse métaphysique. Elle a pour nom « l’Obscurité », sorte de trou noir vorace qui se nourrit de chair humaine qui lui est offerte lors de cérémonies secrètes organisées par « l’Ordre ». Une organisation présidée par la britannique Florence Mathers (tiens, la Golden Dawn !) et qui est censée permettre à ses dévots d’accéder à l’immortalité. Mais pour faire « jonction » avec la créature, encore faut-il disposer d’un médium expérimenté, capable de canaliser la créature et de limiter les dégâts de sa gourmandise sauvage.

Nous sommes en Argentine sous les années de dictature, et le récit met en scène Juan Paterson, héritier d’une famille d’émigrants. Il a épousé Rosario, riche descendante du clan Reyes-Bradford, fidèles sectateur de l’Obscurité. Il a perdu sa femme dans des circonstances mystérieuses et vit seul avec son fils Gaspar. Il possède les pouvoirs nécessaires et se trouve contraint par la famille Reyes à jouer ce rôle d’intermédiaire. Il est pourtant souffrant et son arythmie cardiaque est décrite avec moultes détails ; ses jours sont comptés. Il s’occupe tant bien que mal de son fils et livre un combat occulte dangereux contre sa belle famille pour que Gaspar ne devienne pas le prochain intermédiaire, alors que le pauvre garçon manifeste tous les symptômes d’une médiumnité en puissance. L’action se déroule dans un climat particulièrement malsain dont sont victimes, outre Juan, Gaspar et ses amis. Il ne fait pas bon mettre sa main dans l’Obscurité, au risque de n’en retirer un moignon ; il est déconseillé de visiter une certaine maison abandonnée dont les étagères son décorées de restes humains et dont une certaine pièce est le repère de l’Obscurité ; il n’est pas indispensable de visiter les sous-sols de la villa Reyes où sont enfermés des débris vivants d’humains mutilés destinés à la consommation courante du monstre. Les scènes « d’Appel du Grand Cthulhu » de Lovecraft sont de gentilles cérémonies pour enfants à côté des rituels d’invocation de la Noirceur.

Un sacré tour de force que ce roman qui nous fait toucher du doigt le mal absolu. Mais aussi un beau roman d’amour entre un père et un fils qui vont se déchirer au nom d’une Horreur qui les dépasse.



[1] Cf Chants du cauchemar et de la nuit chez Dystopia, 2017

[2] Cf Je suis les ténèbres, Julliard 2022

jeudi 19 mai 2022

AGENDA CONTRE-CULTUREL 2022 (mai)

 


 

 

16 mai 2022

 

 

 

Évènements récurrents

 

(Classés par date de fin de l’événement)

 

Du 16 novembre 2021 au 7 août 2022, festival de la Gastronomie, Banquets, à la Cité des Sciences et de l’Industrie (Paris)

 

Créatures

du 9 avril au 6 novembre 2022 à Calais (Pas-de-Calais), Musée des beaux-arts
Bestiaires fantastiques de la BD
Site officiel : https://actualitte.com/article/104750/expos/les-creatures-fantastiques-de-la-bande-dessinee-s-exhibent-dans-une-exposition

 

Du 6 février 2022 au 8 Janvier 2023, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose « Transformations » une exposition sur l’évolution de comic books de super-héros depuis sa création jusqu’à la fin des années 30.

 

***

 

Évènements ponctuels

 

 

2022

 

 

Du 19 au 22 mai, Imaginales à Épinal.

 

26 mai 2022 : On this day, the 26th of May 1897, Bram Stoker's Dracula was first published. This event is now celebrated worldwide as World Dracula Day

 

Les Uchronies du Val

Du vendredi 27 au dimanche 29 mai 2022 à Marmande (Lot-et-Garonne), Centre-ville.
Premier Festival de l'Imaginaire  Festival de rue, avec 12 auteur.e.s et 3 dessinateurs/trices de SF, fantasy et anticipation.

 

Mystériales

Les samedi 28 & dimanche 29 mai 2022 à Redon (Ille-et-Vilaine),
Site officiel : https://www.mysteriales.fr/

 

Geek Faëries

du vendredi 3 au dimanche 5 juin 2022 à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher),
Site officiel :
https://www.geekfaeries.fr/

Nice Fictions

du vendredi 3 au dimanche 5 juin 2022 à Nice (Alpes Maritimes),
Site officiel : http://nice-fictions.fr/

 

4 juin, fin de l’exposition sur Les Tarots de Jean-Michel Nicollet à la galerie Barbier (rue Choron, Paris)-

 

11 et 12 juin 2022, exposition Marie Maître à Saint Raphaël.

 


 

 

Du 24 au 26 Juin, Rencontres de Berder à Vannes.

 

22 juillet, Nuit des Légendes à Pleuven (20h30)

 

29 & 30 juillet, conférences sur Rennes-le-Château et son église (Salle de la Capitelle, RLC)

 

5 août 1922, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose une « nuit des étoiles » sous le signe de Jules Verne.

 

49e Convention nationale de SF

le jeudi 18 août 2022 à Bergerac (Dordogne), Lycée Maine de Biran et Quai Cyrano
Site officiel : https://tribune.vagabondsdureve.fr/49e-convention-nationale-de-sf-cyrano-2022/

 

Du 26 au 28 août 1922, La Maison d’Ailleurs à Yverdon organise un « Numerik Game Festival » à la découverte du numérique le plus incroyable.

 

Chicon 8

du jeudi 1 au lundi 5 septembre 2022 à Chicago (USA),
The 80th World Science Fiction Convention
Site officiel : https://chicon.org/

 

9 septembre, balade contée par l’association Nuit des Légendes à Pleuven (départ 18h à la Mairie)

 

10 et 11 septembre, Salon des Littératures Maudites, « le Fantastique Belge », Médiathèque Voyelles à Charleville-Mézières.

 


 

 

Le 23 septembre, La Maison d’Ailleurs à Yverdon vous invite à découvrir le trésor de ses collections.

 

Les Aventuriales

les samedi 24 & dimanche 25 septembre 2022 à Menetrol (Puy-de-Dôme), ) Salle Polyvalente, 1 rue des Anciens Combattants
8e édition
Site officiel : https://www.aventuriales.fr/

 

15 et 16 octobre, Salon du Livre Maçonnique à Nantes.

 

Le 20 octobre 2022, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose de vous transformer en « Avengers ».

 

Le 27 octobre, La Maison d’Ailleurs à Yverdon vous invite à participer à un jeu sur les Loups-Garous

 

29 octobre au 1er novembre 2022, Utopiales à Nantes

 

30 octobre 2020, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose une « Halloween Party ».

 

Rendez-vous du jeudi 3 novembre au samedi 5 novembre 2022 pour le Campus Miskatonic 2022. Le thème de cette édition sera Robert E. Howard, de Cthulhu à Conan

 

12 novembre 2022, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose une visite gourmande de son exposition « Transformations » avec les grands chefs de la ville

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Le 3 décembre 2022, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose de découvrir le jeu vidéo Pop Invaders.

 

Le 10 décembre, Salin du Livre de Pleuven.