
Belle
surprise que le numéro 1 de cette nouvelle revue, « Cosmos », entièrement
consacré à L’Occultisme Nazi, histoire d’un fantasme et réalité d’une
croyance (éditions du Doggerland, 2025). Enfin une publication « scientifique »
sur l’aberration dans l’aberration. De belles pointures (comme Stéphane
François ou Loïc Le Quellec par exemple) au sommaire d’un travail pratiquement
universitaire (sommaire et présentation institutionnelle en infra). Les auteurs
insistent bien sur le fait que cette « dérive » du nazisme était fortement
minoritaire dans la société allemande, soutenue essentiellement par Himmler
malgré les critiques répétées du Führer himself. C’est bien sûr Le Matin des
Magiciens (1960) qui portera cette douteuse dérive à la connaissance du
grand public et suscitera des études frelatées et générera une véritable « pop
culture » brunâtre. Un ensemble de belles contributions nous est proposé,
mettant en exergue des mythes bien connus (Thulé, le Graal, les ovnis nazis,
Otto Rahn et Indiana Jones, la survie de Hitler…) et une belle brochette d’esprits
dérangés (Karl Maria Wiligut, Savitra Devi, Miguel Serrano ou l’invraisemblable
Johann Lancz von Liebenfels avec sa Théozoologie).

Sommaire :
Introduction
Comité éditorial
Occultisme et nazisme : genèse d’un lien imaginaire
Ludovic Richer
Un fantasme historique : l’occultisme nazi
Stéphane François
Par-delà les souffles du froid Borée:
notice sur les notions d’Hyberborée et de Thulé
Comité éditorial
Le « Centre du Monde »: des origines du Soleil noir à sa banalisation
Ricardo Parreira
Le nazi, les Cathares et le Graal : la naissance du mythe Otto Rahn
Cédric Lévêque
Karl Maria Wiligut : un aliéné à l’état-major d’Heinrich Himmler
Christian Bouchet
Carl Gustav Jung, Jakob Wilhelm Hauer et le kuṇḍalinī yoga :
une rencontre en boucle
Jean-Loïc Le Quellec
Hitler est la neuvième incarnation de Vishnu : la cyclologienazifiante et nazifiée de Savitri Devi
Thibault Brice
Les ovnis Nazis, avatars d ´un mythe complotiste
Antonio Dominguez Leiva
Paganisme, occultisme et néonazisme dans une subculture contemporaine
: La scène Black Metal
Alexander Samuel
Doctrine secrète : Johann Lancz von Liebenfels et la Théozoologie
Comité éditorial, Stéphane François & Alexander Samuel
L'extrême droite est
plurielle, composée d'éléments contradictoires, de projets politiques
divers, de considérations philosophiques et métaphysiques multiples, et parfois antagonistes.
Si, en actes, ses acteurs
peuvent produire des coalitions de faits, portées par des alliances objectives
dans une réelle volonté de prise de pouvoir, que cette dernière fusse par les
armes ou par les urnes, la variété des idéologies portées par les extrêmes
droites nous empêche de les classer en un seul bloc unifié. Néanmoins,
certaines d'entre elles, minoritaires, se composent d'éléments
idéologiques hérités de cette nébuleuse aux contours flous que nous
nommons « occultismes nazis ». S'il est évident que l'analyse des
idées portées par des considérations ésotériques, occultes et parfois
complotistes ne peut expliquer, dans sa globalité, le phénomène social que
représente la montée en puissance des extrêmes droites occidentales, nous
considérons que cette analyse est pertinente dans l'appréhension de la
constitution individuelle ou collective de cosmogonies favorables, justement,
aux idées d'extrêmes droites.
Nous soutenons ainsi que
certaines formes d'ésotérisme, d'occultisme et de complotisme participent de la
fabrique de sous-cultures dont la radicalité politique est fortement marquée
à droite. Ces sous-cultures, comme formes d'organisations collectives de
combat politique, jouent un rôle significatif d'unification des individus dans
des trajectoires identitaires communes.
Au-delà, certains imaginaires,
portés par des considérations magico-religieuses, issus des nouvelles
spiritualités, composées de syncrétismes multiples empruntant à des traditions
mythiques variées, peuvent parfois servir de portes d'entrée vers des groupuscules
sectaires et/ou politiques. Si la culture d'extrême droite, favorisée par le
travail « métapolitique » tel que le conçoit la Nouvelle Droite, arpente des
chemins divers, de la défense identitaire à la valorisation des formes les plus
dures de virilité – et donc du rejet du féminisme et de l'homosexualité – en
passant par un racisme à peine voilé, elle emprunte parfois des éléments
ésotériques, occultistes et complotistes qu'il nous faut documenter. En effet,
laisser ce sujet à l'abandon, c'est ignorer toute la force de la croyance dans
la fabrique des imaginaires politiques. Si nous ne pouvons pas nous prononcer,
ici, sur qui, de l'idéel ou du matériel, joue le rôle le plus signifiant dans
le changement social et politique, nous prenons le parti d'analyser les
idéologies dans leurs formes les plus singulières que sont l'ésotérisme,
l'occultisme ou le complotisme. Pour ce faire, nous avons donc choisi de
retracer, dans ce premier numéro de Cosmos et par un recours à
l'histoire et à l'histoire des idées, les liens entre ésotérisme, occultisme,
complotisme et national-socialisme, considérant que les façons d'appréhender le
monde véhiculées par ces idéologies irriguent encore aujourd'hui des mouvances
extrême-droitières, façonnant des imaginaires politiques et participant à
l'argumentation de projets identitaires particuliers.
Comité scientifique :
Stéphane François, historien des idées.
Damien Karbovnik, sociologue.
Jean-Loïc Le Quellec, préhistorien et anthropologue.