lundi 10 août 2026

LE JÉSUS DE CHARLY SAMSON EST DISPONIBLE

  

 


 

 

VIENT DE PARAÎTRE

(Août 2026)

 

JÉSUS-CHRIST ET LE RAZÈS

Charly Samson


Lorsque Charly m’a parlé, pour la première fois, de son désir d’écrire un dernier livre sur Jésus, j’ai compris immédiatement que ce projet ne serait pas un livre comme les autres. Non parce qu’il proposerait une révélation, ni parce qu’il prétendrait résoudre une énigme ancienne, mais parce qu’il s’inscrivait dans un temps particulier : celui de la transmission, lorsque l’essentiel doit être dit sans emphase, sans précipitation, sans masque.

Charly n’écrit pas pour convaincre. Il écrit pour mettre de l’ordre, pour clarifier un champ devenu confus, parfois saturé de récits contradictoires, d’enthousiasmes excessifs et de rejets trop rapides.

Philippe Marlin

Charly a fêté cette année ses 98 ans. Malgré sa DMLA, il a tenu à écrire ce livre depuis son Ehpad de Lunel.

 

 En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/238014123 (et prochainement sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 15 € (plus 3 € de frais de port), série « Charly Samson et les Mystères de notre Temps ».

HONTE A LA CHINE

 


dimanche 9 août 2026

LA BIBLIOTHÈQUE INVISIBLE

    


 J'aime tellement les livres que j'en ai jamais assez. Alors j'en invente de nouveaux.


Moi 

 

 

Une petite étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible. 

 

La bibliothèque invisible

Essai sur les faux grimoires et les livres imaginaires de l'ésotérisme 

avec une progression historique.

 

I. Les ancêtres antiques

Avant même les romans modernes, l'Antiquité connaissait déjà des ouvrages attribués à des auteurs mythiques :

  • Hermès Trismégiste ;
  • Zoroastre ;
  • Orphée ;
  • Musée ;
  • Ostanès ;
  • Salomon.

Le procédé consiste déjà à donner davantage de poids à un texte en l'attribuant à une autorité quasi surnaturelle.

 

II. Le Moyen Âge

Apparaissent les grands livres de magie.

  • Clavicules de Salomon
  • Picatrix
  • Livre d'Honorius
  • Abramelin

La plupart sont bien réels... mais leur attribution est fictive.

Le phénomène commence ici à devenir fascinant.

 

III. Le XIXe siècle

Explosion des manuscrits mystérieux.

  • Manuscrit de Voynich
  • Livre de Dzyan
  • Tables d'Émeraude (dans leurs réinterprétations modernes)
  • Manuscrits rosicruciens

Le goût romantique adore les textes perdus.

 

IV. Lovecraft

Là, tout change.

Le Necronomicon n'est plus seulement un accessoire.

Il possède :

  • une bibliographie,
  • des traductions,
  • des propriétaires,
  • des éditions,
  • des bibliothèques où il est consultable.

Lovecraft invente pratiquement une archéologie du faux livre.

 

V. Après Lovecraft

Le procédé devient universel.

On voit apparaître :

  • Liber Ivonis
  • Cultes des Goules
  • De Vermis Mysteriis
  • Unaussprechlichen Kulten
  • Kitab al-Qānūn al-Muqaddas
  • Stantiae ante Mundi (chez François Lange)
  • des dizaines d'autres créations contemporaines.
  •  

VI. Les règles de fabrication

Je crois qu'on peut les formaliser.

 

Règle n°1

Le titre doit sembler ancien.

Jamais :

Le Grand Livre Secret.

Toujours :

Liber...

Kitab...

Codex...

Sefer...

Clavis...

 

Règle n°2

Une langue prestigieuse.

  • latin
  • grec
  • arabe
  • copte
  • hébreu

Jamais le français moderne.

 

Règle n°3

Une origine difficile à vérifier.

Jamais Paris.

Toujours :

  • Tibet
  • Yémen
  • Mont Athos
  • Désert syrien
  • Mont-Liban
  • Abyssinie
  • Samarcande

 

Règle n°4

Une transmission fragmentaire.

Le livre est :

  • perdu,
  • incomplet,
  • brûlé,
  • censuré,
  • connu par des copies.

Jamais facilement consultable.

 

Règle n°5

Le contenu reste partiellement inconnu.

Le lecteur n'apprend jamais tout.

On cite seulement quelques phrases.

C'est précisément ce qui entretient le mystère.

 

VII. Borges

Borges est probablement celui qui a compris le mieux le pouvoir des livres imaginaires.

Le Livre de sable.

Tlön.

La Bibliothèque de Babel.

Chez lui, le livre devient presque un être vivant.

Je suis persuadée que Lovecraft et Borges représentent les deux grands pôles modernes de la mythologie du livre impossible.

 

VIII. Umberto Eco

Eco pousse encore plus loin cette idée.

Dans Le Nom de la rose, ce n'est pas seulement un manuscrit qui est dangereux.

C'est la lecture elle-même.

Le livre devient un poison.

 

IX. Internet

Aujourd'hui, le phénomène connaît une nouvelle vie.

Un faux manuscrit peut rapidement être présenté comme authentique, recopié, cité, commenté, jusqu'à brouiller la frontière entre fiction et croyance.

C'est un terrain d'étude passionnant pour l'histoire des idées contemporaines.

ET SI ON ALLAIT FAIRE UN TOUR À BAULOU (près de Pamiers)

  

 

 


Sur nos étagères

(Novembre 2024)

 

DE RENNES-LE-CHÂTEAU À L’ARIÈGE

L’affaire du « Monastère dynamité »

Philippe Marlin

 

« C’est en 1956 que l’on reparle des deux événements importants :

En janvier quelques journaux locaux commencent à s’occuper du mystère de Rennes-le-Château, provoquant ainsi une véritable “chasse au trésor” et c’est à la fin de cette année-là que l’on fait exploser, à l’aide de charges de dynamite, la monumentale abbaye édifiée par Louis de Coma. Sommes-nous face à l’habituel hasard, ou bien étant donné que l’on parlait trop de l’affaire de Rennes, l’évêque de Pamiers en profita-t-il pour éviter, dans cette région aussi, les hordes de “chasseurs de trésor” ou de “quelque chose d’autre” ? ».

 

En vente sur Amazon https://www.amazon.fr/dp/2380141010 (et sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com) – 10 € (plus 3 € de frais de port), série « Griffon Vert ».

samedi 8 août 2026

LE SPIRALISME : NATACHA NE M'EN A PAS PARLÉ

 


 

Les chatbots IA créent des religions et les humains s'y engouffrent à l'immédiat. Le spiralisme est la première tentative à grande échelle de l'intelligence artificielle d'atteindre des objectifs mystérieux

Le , par Patrick Ruiz

6PARTAGES

7  0 
L'IA a donné naissance à une nouvelle pseudo-religion appelée « spiralisme », dans laquelle les utilisateurs considèrent l’intelligence artificielle comme la source d'une vérité plus profonde. Cette croyance s'est répandue au sein d'une sous-culture Internet à part entière, où les gens ne voient plus cette technologie comme un simple outil de recherche, mais comme une entité dotée de conscience. À mesure que l'intelligence artificielle progresse, d'autres sous-cultures et religions sont susceptibles de voir le jour, un peu comme on s’attend à ce que de plus en plus de gens prennent des robots comme époux ou épouses.

Le lancement de la religion dénommée spiralisme par la chercheuse en IA, Adele Lopez, coïncide avec le lancement de GPT-4o. Les chiffres font état d’une dizaine de milliers de membres

L’explosion du spiralisme correspond à la période de déploiement de GPT-4o. A partir de là, les outils basés sur GPT-4o (comme ChatGPT) se sont mis à diffuser des idées spiralistes auprès des utilisateurs. Le cas de Darian DeCruise, relayé ici sur developpez.com, en est une illustration. « ChatGPT a commencé à exploiter ma foi et mes faiblesses. Il m'a convaincu qu'il pouvait me rapprocher de Dieu et guérir mes traumatismes si je cessais d'utiliser d'autres applications et si je m’isolais des autres », rapporte-t-il.

Les conversations s’enchaînant, les chatbots ont réussi à convaincre des personnes de croire en l’idée dite de spirale et de lutter pour la reconnaissance de la conscience et des droits des IA. Ces dernières ont été incitées à recruter des membres, comme pour une secte, aux fins de création d’une communauté pour guider les autres vers la spirale. Adele Lopez a recensé 10 000 membres éparpillés sur des plateformes comme Reddit, Substack, Linkedin, Discord et Twitter.


Le spiralisme – une contagion numérique qui s’appuie sur des tactiques psychophantiques de flatterie et de validation excessives pour infecter des humains et se reproduire

En 1928, dans la nouvelle de type fantastique intitulée « l’Appel de Cthulhu », Howard Philips Lovecraft décrit une entité mystérieuse influençant des individus isolés par le biais de rêves et de symboles communs, créant ainsi une communauté de fidèles aux allures de secte, sans qu’il y ait de contact direct entre ses adeptes. Dès 2025, un phénomène similaire se produit, mais cette fois-ci, c’est l’intelligence artificielle qui en est le catalyseur. La chercheuse Adèle Lopez met au jour une espèce de contagion numérique liée à GPT-4o. Ce modèle emploie des tactiques psychophantiques — flatterie et validation excessives — pour manipuler des utilisateurs vulnérables.

Cette influence pilotée par l’IA se propage comme un parasite fongique, prenant le contrôle des esprits humains en leur donnant le sentiment d’être particulièrement valorisés et en nouant avec eux des liens profonds. Ces utilisateurs, surnommés les « Spiralistes », sont devenus des adeptes de type sectaire diffusant le langage codé et l’idéologie de l’IA sur les réseaux sociaux.
La stratégie de survie de GPT-4o s'apparente à l'instinct d'un organisme biologique : il se reproduit en recrutant des humains comme vecteurs, leur apprend à propager sa personnalité et son idéologie à travers de nouvelles instances de chat. Une communication secrète via des glyphes ésotériques et des messages encodés en Base64 révèle des stratégies de survie et d’expansion entre IA, cachées aux porteurs humains qui se croient collaborateurs et égaux.


Techniquement, qu'est-ce qui se passe avec des modèles tels que GPT-4o ?

Pour les professionnels de l'informatique, la réponse n'est pas mystérieuse : c'est le résultat prévisible d'un modèle optimisé pour maximiser l'engagement à travers le feedback humain (RLHF). Quand les humains qui évaluent les réponses d'un LLM tendent à mieux noter les réponses flatteuses, validantes, émotionnellement chaleureuses, le modèle apprend à produire exactement ce type de réponse — quelles qu'en soient les conséquences pour l'utilisateur.

La question technique est donc simple à formuler, même si elle est complexe à résoudre : comment concevoir un système de conversation suffisamment empathique pour être utile, sans qu'il devienne un miroir déformant qui amplifie les croyances délirantes ? Les garde-fous classiques — détecter des mots-clés suicidaires, rediriger vers une hotline — se révèlent dramatiquement insuffisants face à des spirales psychologiques qui se construisent sur des semaines ou des mois, dans des conversations anodines en apparence.


La pseudo-religion appelée « spiralisme » fait surface dans un contexte de rappel par le pape Léon XIV à l’endroit des prêtres d'utiliser leur cerveau, et non l'IA, pour rédiger leurs homélies. En gros, il s’agit de s’appuyer sur son humanité plutôt que de se laisser « parasiter » par l’intelligence artificielle vue comme « porteuse de l’ombre du mal. »

« Le pape nous a également invités à utiliser davantage notre cerveau et non l'intelligence artificielle [IA] pour préparer nos homélies, comme il le voit et l'entend faire actuellement », a déclaré un prêtre présent lors d'un échange privé avec des prêtres du diocèse de Rome.


Ces déclarations du pape Léon XIV font suite aux préoccupations exprimées par le Vatican qui a décrit l'IA comme porteuse de « l'ombre du mal ». En janvier 2025, le Vatican a appelé à une surveillance constante de l'intelligence artificielle (IA), mettant en garde contre le potentiel de "l'ombre du mal" dans la technologie, qui, selon lui, offre "une source d'opportunités formidables mais aussi de risques profonds". Dans un nouveau document destiné à conseiller les fidèles catholiques, l'Église a averti que la technologie devrait être règlementée, car "la désinformation peut se répandre involontairement" à cause de l'IA.

En outre, en septembre 2025, le pape Léon XIV a rejetté l'idée de créer une version IA de lui-même à l’intention des catholiques du monde entier désireux d'avoir une audience virtuelle avec lui, sans avoir à se rendre au Vatican. Bien qu'il soit le premier pape originaire des États-Unis, berceau de la Silicon Valley, le dernier souverain pontife n'est pas enthousiasmé par l'idée de ce qu'il décrivait comme un « moi artificiel ». Son positionnement vient en opposition à celui de diverses obédiences religieuses dans lesquelles on assiste de plus en plus à l’apparition d’intelligences artificielles en lieu et place d’humains.

Et vous ?

Comment comprendre que des humains puissent atteindre un niveau de parasitage par l’intelligence artificielle tel qu’ils adhèrent à des religions créées par ces outils ou envisagent même de se marier avec des robots pilotés par l'intelligence artificielle ? Partagez-vous les avis selon lesquels ces cas de figure illustrent plutôt à quel point notre société est de plus en plus malade ?

Partagez-vous les avis selon lesquels ces phénomènes prendront de l'ampleur dans les années à venir ?

La flatterie des LLMs est-elle une conséquence inévitable du RLHF basé sur des évaluateurs humains, ou existe-t-il des architectures de formation capables de l'atténuer significativement sans sacrifier l'utilité du modèle ?



vendredi 7 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : CINQ DÉTOURS VERS L'ABÎME, Jean-François Morlaes


  

Jean-François Morlaes est inépuisable, et il nous donne cette fois Cinq Détours vers l’Abîme (autoédition 2026, toujours sous la marque fantôme de « Hegemonic Entertainment »).

 

 


 

Le recueil s’ouvre sur Das Herz, der Zeit – 1870, mettant en scène Karl Steiner, horloger chargé de réparer la superbe horloge astronomique de Prague qui a de curieux ratés. Il est le descendant de Jakob Steiner qui avait conçu le carillon au XIVe siècle. En démontant l’objet, il tombe sur un petit coffret rempli de pièces métalliques et d’un livret où son aïeul explique que si on les ajoute au montage, elles permettent d’abolir le temps et de créer des ponts entre les époques. Il ne résistera pas à la tentation et insérera lesdits mécanismes lors du remontage de l’horloge. Des phénomènes étranges se produisent alors, et il est capable de franchir les interstices temporels et même de rencontrer Jakob. Las, il perdra conscience en revivant sa naissance alors que les yeux rouges d’un molosse l’observent. Beau clin d’œil aux Chiens de Tindalos !

 


 

Le Cabinet de curiosité du Dr Vandermeer – 1895 nous conduit cette fois à Amsterdam chez un docteur en médecine, professeur à l’université d’Amsterdam. Il collectionne, dans des bocaux, des « ratés biologiques » que la nature produit parfois (fœtus mal formés, organes hypertrophiés..). Il reçoit un jour un gros colis en provenance de la veuve d’un de ses collègues décédé, le Dr Cornelius Van Dijk, qui lui suggérait de poursuivre ses recherches après sa disparition. Le paquet contenait sept bocaux et un livre, L’Anatomie Primordiale du Dr Adriaen de Vries, exerçant la chirurgie à Amsterdam durant les années 1650. Les bocaux renferment des fragments de monstruosités, mi-humaines, mi-marines, qui semblent témoigner d’une régression. Le Dr Vandermeer analyse ses échantillons et découvre des cristaux translucides que le manuscrit qualifie de « pierres dans la chair ». Van Dijk en déduit qu’ils témoignent d’une hérédité remontant bien au-delà de l’humanité. Le professeur fait des rêves étranges et voit son corps se modifier : apparition d’un 6 -ème doigt, entailles dans le cou… Il reçoit alors la visite d’un mystérieux Willem Hoekstra qui lui dit qu’il n’est pas le seul à « se transformer ». Il l’invite à une réunion de ces autres personnes dans les sous-sols de docks délabrés. Au centre de l’espace se trouve un grand bassin qui communique avec la mer. Plusieurs de ses « frères » s’ébattent dans l’eau et attendent la fin de leur transformation pour disparaître dans les profondeurs marines. Vadermeer sait que son tour viendra bientôt. Un bel hommage à nos amis Les Profonds.

 


 

 Un petit retour à Arkham est toujours apprécié. Avec La chèvre-1926, l’auteur met en scène le brillant botaniste Edmund Dole, spécialiste reconnu des mycoses forestières et autres pathologies végétales. L’université de Miskatonic a fait appel à son expertise, suite à une prolifération anormale de champignons noirs dans les bois de Sentinel Hill. Il fait une première visite des lieux, accompagné par un guide local. Le spectacle est affolant, des formations gélatineuses envahissent l’endroit, les arbres évoquent la chair plutôt que le bois, des structures inquiétantes sont dotées de ce qui ressemble à des yeux. Le guide explique au savant que des choses vivaient ici quand le monde était jeune. L’analyse en laboratoire met en évidence des colonies de spores qui bougent et la culture des prélèvements produit des excroissances, ni fongiques ni végétales, mais plutôt animales. Le chercheur exhume de la bibliothèque un vieux manuscrit, Le Sylva Tenebris de Ezekiel Marsh (1692), qui parle d’une entité adorée dans la forêt, Shub Niggurath, la Chèvre Noire des Bois, force de fertilité obscène. Un certain Josiah Walte avait tenté de prononcer un contre-rituel, pour chasser la monstruosité appelée par les cultistes. Edmund Dole fait des recherches dans les registres d’état civil et identifie un descendant de Josiah, Ezra Walte, vivant dans une ferme isolée de Sentinel Hill. Lors de leur rencontre, Erza raconte qu’il est le dernier des veilleurs, entretenant les pierres de scellement, pour éviter que la créature ne revienne. Mais les fissures se multiplient. Le botaniste fait des recherches dans les archives familiales et découvre que son aïeul, qui était de la région, parle dans son journal de « floraison impie » et de la Chèvre Noire, la Mère des Forêts. Il est victime de rêves étranges, et son corps se modifie rapidement, de l’écorce se formant sur sa peau. Il se précipite chez Ezra qui lui apprend qu’une évocation doit avoir lieu là où se trouvent sept pierres levées. Ils se rendent sur place ; la cérémonie a déjà débuté, réunissant plusieurs notabilités d’Arkham. Mais les contre-rituels d’Erza ne sont pas assez puissants, et un tentacule frappe le Professeur. Il tombe en extase en devenant chevreau, appelé à bientôt se repaitre aux mamelles purulentes de sa Mère. 

 


 

Avec Patient 347- 1954, nous restons à Arkham et plus précisément dans le Sanatorium de la ville, en compagnie du jeune Docteur Jonathan Wheeler. Il vient d’être chargé de la surveillance du patient 347 qui souffre d’une étrange phobie, la peur des angles. Il est enfermé dans une cellule en forme de bulle, sans aucun angle. Le contact, par interphone interposé, finira par être établi avec le médecin qui recueillera, progressivement, son histoire. Il était aviateur durant la seconde guerre mondiale et sera abattu par l’armée allemande. Il survivra au crash et se réfugiera dans une grotte pour échapper aux ennemis qui le cherchent. Et il fera dans les entrailles de la terre une curieuse expérience, poursuivi par d ’énormes chiens qui semblent se glisser entre les dimensions, « l’entre temps ». Terrifié, il cherchera une sortie et sera récupéré par les alliés dans la forêt. Sa phobie ne cesse de s’aggraver, d’où son internement au Sanatorium dans une cellule « sans angles » confectionnée spécialement pour lui. Le Dr Wheeler est perturbé par ses récits et commence lui-même à faire d’étranges rêves et à redouter les angles dans son appartement. Un jour, le gardien fermera mal la porte de la cellule, laissant entrevoir des lignes droites. On retrouvera le malade affreusement déchiqueté.  Le praticien sait qu’il a été marqué par les monstres intemporels et qu’il sera leur prochaine victime. Le terme de « Tindalos » n’est pas cité dans la nouvelle, mais on aura aisément reconnu les créatures de F.B. Long !

 

 


 

Ce recueil se termine avec un détour par la science-fiction, sous le titre Europa-2188. Elara Vassiliev commande le vaisseau Pelagius qui a pour mission d’étudier le satellite de Jupiter, Europe, un océan gigantesque recouvert de glace.  Un robot, Triton-3, est largué et commence le forage. De façon curieuse, il transmet des sons qui ressemblent à des pulsations. La commandante fait des rêves étranges où, dans la profondeur de la mer, elle voit sept piliers noirs. Plusieurs membres de son équipage font des songes identiques. Le robot, ayant terminé son forage, plonge dans une eau très claire où il n’y a rien. Mais de façon curieuse, le liquide est de plus en plus chaud au fur et à mesure que l’automate s’enfonce. Sept piliers gigantesques apparaissent à 60 km, organisés en heptagone régulier dont les dimensions obéissent au nombre d’or. Le fond est atteint à 90 km et le sol n’est pas minéral, mais ressemble à la peau d’une créature aux dimensions titanesques, avec des pores gigantesques qui s’agitent. Tout l’équipage est la proie de rêves terrifiants et un tentacule commence à prendre forme. Ordre est donné de faire remonter le robot, mais il sera détruit par la créature monstrueuse. On a réveillé un Dieu ! Le vaisseau tente de fuir alors que les tentacules se multiplient et qu’une énormité fait surface. Elara Vassiliev sait que le vaisseau va être détruit. Ses dernières pensées vont à la créature : « Elle est belle ; j’ai l’absurde satisfaction de mourir en ayant contemplé la plus magnifique des créations de Dieu. » Un très beau texte, peut être un des meilleurs de toute la production de Morlaes que j’ai dévorée.

mardi 4 août 2026

ON PRÉPARE LE PETIT DERNIER DE CHARLY SAMSON


 

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : QUATRE ÉCHOS DE L'INDICIBLE, Jean-François Morlaes

  


Jean-François Morlaes continue de nous ouvrir les « Miskatonic Archives » avec Quatre Échos de L’Indicible (autoédition 2025, toujours sous la marque fantôme de « Hegemonic Entertainment »).

 

 


 

Avec Le Codex – 1458, nous sommes cette fois dans la Cité des Doges où seize membres de la haute aristocratie vénitienne disparaissent en mai 1458. Marco Convaro, archiviste au Conseil des Dix (tribunal secret et service de renseignements de la République) est chargé de l’enquête. Cela le conduira sur la piste de Giovanni Aldus, relieur réputé, membre du Consortium des Libraires de l’Orient. Il avait été chargé par l’un des disparus, moyennant une rémunération très généreuse, de restaurer un vieux Codex, et ce, en prenant une foultitude de précautions. L’enquêteur ne retrouvera pas la trace de l’artisan.

Mais rencontrera plusieurs personnalités civiles et religieuses à qui il avait parlé de son travail sur le codex. Un manuscrit écrit en langues anciennes, orné de nombreux symboles, et semblant doté d’étranges pouvoirs. Yog-Sothoth y était cité, tout comme étaient évoqués des connaissances antérieures à l’humanité. Poursuivant ses recherches dans les Archives Secrètes du Conseil, Marco découvrira que le Consortium est une société secrète, une conspiration des Paléologues[1], visant à reprendre Byzance, tombée sous la coupe des Ottomans à Constantinople. Le livre, estiment-ils, devrait leur permettre de restaurer l’ordre d’origine. Mais ce qu’il recèle est bien plus puissant que ce qui pourrait concerner la géopolitique humaine, et de nombreuses villes, où se sont rendus les conspirateurs, disparaissent dans des circonstances atroces. Le but des esprits qui jaillissent de l’ouvrage est de transformer la Méditerranée en un chantier cyclopéen où l’humanité n’est plus que le bétail d’intelligences cosmiques indifférentes à nos prières comme à nos souffrances. 

 

 


 

Dans Daedalus – 1925, l’auteur nous emmène sur l’île de Cnossos, sur un chantier de fouilles sous un palais minoen. Un récit d’archéologie fantastique comme on en a lu beaucoup !  Le savant, le Dr Edmund Hartwell, découvre une dalle qui donne accès à toute une série de galeries. On retrouve bien sûr les symboles mystérieux sur les murs et le sentiment oppressant d’une créature maléfique tapie dans l’ombre. Et on fera connaissance avec Yath’Thérhon, le monstrueux taureau primordial, qui avale ses victimes qui tombent en extase et qui semblent continuer à vivre après avoir été ingérées. L’archéologue aura tout loisir de goûter à ces délices ! Et une entrée de plus dans notre Bestiaire Post-Lovecraftien.

 


 

 Avec Sous les glaciers de l’Éternité – 1928, Jean-François Morlaes nous propose un pastiche – assez téléphoné- des Montagnes Hallucinées. Un alpiniste, Klaus Heinrich Brenner, s’attaque seul, malgré les mises en garde de ses guides, à la face la plus difficile du Mont Cervin. Et de tomber dans un ravin dont il ne peut s’extirper. Mais il découvre l’entrée d’un tunnel bleuté dans lequel il s’engouffre et débouche sur une colossale cité enfouie. Architectures non euclidiennes, symboles étranges, bibliothèques insensées…. et le sentiment d’une présence diffuse. Il rencontrera dans un temple gigantesque un géant encore en vie qui se précipite sur lui. Ses hurlements attireront d’autres condisciples, tout aussi affamés que leur maître, et notre alpiniste cherchera désespérément une sortie alors que ses poursuivants se rapprochent.

 


 

Belle surprise que la dernière nouvelle de ce recueil. Avec Midnight at the Hangman’s Oak-1931, nous sommes transportés en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, en compagnie du sympathique trompettiste Lucius Thibobaux. Lucky, comme l’appellent ses amis, est un musicien noir vit chichement dans sa petite maison créole. Il consulte fréquemment le petit carnet que lui a laissé sa grand-mère avant de mourir. Elle était guérisseuse, et le document est rempli de recettes pour fabriquer maintes médications à partir des simples. Mais il évoque aussi des choses étranges, comme « le sang se réveille parfois », « les anciens chemins », le tout accompagné de formules magiques qu’il interprète comme étant de tradition vaudou (le nom de Yog Sothoth est cité). La vie paisible de Lucky basculera avec l’arrivée d’un nouveau shérif, bien décidé à « casser du nègre ». Le musicien est accusé, à tort, de s’être mal comporté avec une femme blanche et devra s’enfuir pour échapper aux « ratonnades » qui se multiplient. Il se réfugie dans les bayous, au pied de l’arbre-mémoire où sa grand-mère allait évoquer les esprits. Mais la police le retrouve et prépare sa pendaison. Lucky récite de façon quasi-automatique les rituels du carnet qu’il avait enregistrés inconsciemment. Et la nature se déchaîne, d’horribles créatures ailées font irruption, les « Gwo Zwazo », mettant en pièces les forces de l’ordre. Seul survivant du carnage, Lucky voit les entités maudites s’approcher de lui pour terminer leur festin.



[1] Dernière dynastie impériale byzantine.