jeudi 8 octobre 2026

DRACULA REVIENT DANS "LES POUVOIRS DES TÉNÈBRES"

 


 Il existe bel et bien un Dracula suédois qui diffère considérablement du roman de Bram Stoker publié en 1897.

Son titre est Mörkrets makter, c'est-à-dire Les Pouvoirs des ténèbres (Powers of Darkness).

Et ce qui est extraordinaire, c'est qu'il ne s'agit pas simplement d'une traduction plus ou moins libre : c'est une réécriture du roman, avec des épisodes, des personnages et des développements absents du texte anglais.Une histoire éditoriale digne d'un roman

Tout commence en 1899, deux ans seulement après la publication de Dracula à Londres. Un journal suédois entreprend de publier une adaptation du roman sous le titre Mörkrets makter, attribuée à un mystérieux « A—e ».

Longtemps, cette version est restée pratiquement inconnue des spécialistes anglophones de Stoker.

L'affaire se complique avec une version islandaise publiée en 1900-1901 sous le titre Makt Myrkranna, elle aussi intitulée Les Pouvoirs des ténèbres. Pendant longtemps, on a cru que les transformations les plus étonnantes provenaient de l'adaptateur islandais.

Or, les recherches ont montré que plusieurs de ces transformations étaient déjà présentes dans le texte suédois.

Autrement dit, nous avons affaire à une véritable petite famille de Dracula parallèles.

Et justement, une édition française arrive !

"Powers of Darkness" auf Englisch kaufen

Les Pouvoirs des ténèbres — La version perdue de Dracula

Éditions Élysande · Collection Æra

Parution annoncée : 16 octobre 2026

39,90 € · ISBN 9782487898141

Traduction française de Nicolas Sansonnet, avec une préface d'Adrien Party et des illustrations historiques d'Emil Åberg. Édition annoncée comme limitée à 1 899 exemplaires.

Mais en quoi ce Dracula est-il différent ?

Dracula (1897)

Mörkrets makter (1899–1900)

Jonathan Harker

Thomas Harker

Le comte Dracula

Le comte Draculitz

Un vampire cherchant à étendre son influence

Un personnage à la tête d'une conspiration internationale

L'horreur vampirique domine

L'occultisme, les intrigues politiques et les sociétés secrètes prennent une place considérable

Une intrigue centrée sur la lutte contre le vampire

Une intrigue élargie aux ambitions politiques et idéologiques du comte

Dénouement célèbre

Fin profondément différente

Ce qui frappe particulièrement, c'est que le Dracula suédois devient presque un chef de société secrète, avec une idéologie de domination des faibles par les forts. Nous ne sommes plus très loin du roman de conspiration occultiste, avec une dimension politique qui mérite d'être examinée dans le contexte de la fin du XIXe siècle.

Le grand mystère : Stoker a-t-il écrit cette version ?

C'est la question essentielle.

Le chercheur Ingmar Söhrman, dans son article universitaire Scandinavian Transformations of Dracula (2020), souligne qu'aucun original anglais correspondant à cette version n'a été retrouvé.

Plusieurs hypothèses restent ouvertes : une adaptation libre du mystérieux « A—e », une réécriture fondée sur un état antérieur du manuscrit, ou une transformation éventuellement connue et autorisée par Stoker. Aucune preuve ne permet aujourd'hui d'attribuer à Stoker lui-même toutes les nouveautés du texte suédois.

C'est une distinction importante : l'expression commerciale « version perdue de Dracula » ne doit pas être comprise comme la découverte certaine d'un manuscrit inédit de Stoker.


mercredi 7 octobre 2026

RIP BRICE TARVEL

 

 

 Je reproduis ici le message de "Rivière Blanche". Adieu Brice, je garderai de toi je souvenir d'un grand Artisan des Terres de l'Imaginaire.

La nouvelle tombe à l'instant (source JMi Archaimbault qui relisait son prochain ouvrage pour nous, l'intégrale dy cycle des EAUX MORTES prévue pour le 1er trimestre 2027) : notre ami Brice TARVEL (aussi connu sous le pseudo de François SARKEL) est décédé hier soir des suites d'une mauvaise chute.

BIENVENUE À OSLO AVEC EMMANUEL THIBAULT

 



LE DERNIER FACON SORT DES PRESSES

 


CHRISTIAN TOURENNE À LA LIBRAIRIE DES CHERCHEURS

 


THOMAS KARLSON ET LE DRAGON ROUGE


    


Thomas Karlsson (né en 1972) est un occultiste, chercheur en histoire des religions et écrivain suédois, mondialement connu dans le milieu de l'ésotérisme pour être le principal fondateur de l'ordre magique Dragon Rouge.

Voici ce qu'il faut savoir sur son profil atypique et ses domaines d'influence :

1. Fondateur du Dragon Rouge

En 1989, il cofonde en Suède l'ordre ésotérique Dragon Rouge (Ordo Draconis et Atri Adamantis). C'est une organisation initiatique centrée sur la Voie de la Main Gauche et la tradition draconienne. Le système spirituel qu'il y développe (synthétisé sous l'acronyme G.O.T.A.) combine la magie goétique, la Kabbale obscure (l'étude des Qliphoth), l'alchimie et la runosophie.

2. Un profil académique rigoureux

Contrairement à beaucoup d'occultistes contemporains, Thomas Karlsson possède un sérieux bagage universitaire. Il est titulaire d'un doctorat en Histoire des Religions délivré par l'Université de Stockholm. Sa thèse portait sur le mystique suédois Johannes Bureus et la « Kabbale gothique ». Il a également exercé comme chercheur à l'Université de Yale.

3. Parolier pour le groupe de Metal Therion

Thomas Karlsson est indissociable de la scène Metal d'avant-garde. Depuis 1996, il collabore étroitement avec Christofer Johnsson en tant que parolier principal du groupe de metal symphonique suédois Therion. C'est lui qui insuffle toute la dimension mythologique, mystique et ésotérique aux concepts de leurs albums (notamment sur le célèbre Secret of the Runes). Il écrit également pour d'autres projets musicaux sombres comme Serpent Noir ou Ofermod. [

4. Publications majeures en français

Certains de ses ouvrages de référence ont été traduits en français :

·       Qabale, Qliphoth et Magie Goétique : Considéré comme son œuvre théorique majeure, ce livre détaille la face sombre de la Kabbale et l'exploration des forces de l'inconscient.

·       L’éveil du Grand Dragon Rouge : Un ouvrage autobiographique sous forme de trilogie qui retrace la genèse et les coulisses de la création de son ordre magique, de ses voyages initiatiques à Marrakech jusqu'à Stockholm.

 

(Une note de notre correspondant Bence Geoffrey de l'université de Szeged - Hongrie) 

lundi 5 octobre 2026

LOVECRAFT ET LES MAÎTRES DE L'HORREUR



  La Lovecraftomania continue d’afficher une santé éblouissante, et c’est cette fois Le Monde-RBA qui sort le premier volume de la collection « Lovecraft et Les Maîtres de l’Horreur » regroupant Les Montagnes Hallucinées et Dans l’Abime du Temps (2026). Présentation magnifique avec une couverture cartonnée illustrée par Tomas Hijo. Mais on reprend les « vieilles » traductions de Jacques Papy et Simone Lamblin, sans aucune préface ni appareil critique. On ne sait plus où donner de la tête pour lire l’œuvre du Prince Noir de Providence !

samedi 3 octobre 2026

UN NOUVEAU SCANDALE : MORT À L'ANDOUILLE !


 

L’Union européenne veut-elle la peau de l’andouille de Guémené ?

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RÉCIT - Lors de son fumage au feu de bois, la peau rejette des polluants dépassant souvent le seuil autorisé par l’Europe. En ce début d’année, des élus bretons montent au créneau pour défendre ce savoir-faire traditionnel et demander une dérogation.

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L’andouille de Guémené est-elle en voie de disparition ? Des règles sanitaires font craindre le pire à ce patrimoine culinaire du Morbihan. La plus vieille attestation de ces chaudins de porcs enfilés les uns sur les autres et fumés remonterait à 1776. Au sein de la petite cité bretonne de Guémené-sur-Scorff, peuplée de 1 175 habitants, deux producteurs artisanaux perpétuent cette tradition gastronomique. Mais le fumage de ce produit plutôt noble, dont le prix se positionne entre celui du saumon fumé et du foie gras, génère des polluants supérieurs aux taux imposés par l’Union européenne.

COLIN WILSON, une note de lecture de Carole M. Cusak

    


 

Howard F. Dossor (dir.), Colin Wilson: The Bicameral Critic. Selected Shorter Writings (Salem, NH : Salem House, 1985), iv + 271 p. ; ISBN 0-88162-047-5 ; broché ; 20,95 AUD.

Comme le remarque l’éditeur Howard F. Dossor, Colin Wilson est une figure culturelle aux multiples facettes. Certains le considèrent comme un « écrivain de science-fiction », d’autres comme « un auteur spécialisé dans la psychologie du meurtre », d’autres encore comme « l’autorité en matière d’occultisme ». Mais il existe bien d’autres Colin Wilson : il a écrit sur la musique, publié des études consacrées à des psychologues du XXe siècle, notamment Abraham Maslow (1908-1970), Wilhelm Reich (1897-1957) et Carl G. Jung (1875-1961), et s’est également exprimé en spécialiste sur la sexualité, le cinéma et la culture de la jeunesse.

 

Son premier livre, The Outsider (1956), le fit connaître comme membre du groupe des « Angry Young Men », ces écrivains issus des classes populaires qui remettaient en cause le système de classes britannique — parmi lesquels figuraient également l’essayiste Stuart Holroyd et le dramaturge John Osborne. Wilson et ses pairs furent à la fois célébrés pour la perspicacité de leurs analyses et rejetés comme des autodidactes. Lorsque Wilson et Holroyd commencèrent à publier sur l’occultisme et le paranormal, leur absence de diplômes universitaires et leur attirance pour des sujets marginaux les firent reléguer dans la catégorie des « excentriques », même si Wilson continua de proclamer son génie au fil des plus de cent ouvrages qu’il publia. Review_of_Howard_F_Dossor_ed_Co…

Ce recueil de seize courts essais a été soigneusement composé par Dossor, de sorte que Wilson y apparaît bien informé, proposant des perspectives intéressantes et réaffirmant une position assez constante : la nécessité pour les individus de s’accomplir eux-mêmes et de participer à parts égales à la liberté et à la responsabilité, afin de créer « une société caractérisée par un haut degré de coopération et de sympathie créatrice entre ses membres ».

 

Wilson affectionne les romans et les productions culturelles obscurs ou peu considérés — ce qui peut constituer une forme de vantardise, puisque le lecteur a peu de chances de connaître les œuvres dont il est question — mais il formule également des observations solides, comme : « Le véritable problème de la civilisation est la distraction permanente », ou encore : « Les êtres humains intelligents ont un besoin aussi urgent d’activités leur permettant de s’accomplir qu’ils ont besoin de nourriture ou de sexualité. »

Les êtres humains sont des animaux dotés de besoins animaux, mais ils éprouvent également le besoin de paroxysmes expérientiels (peak experiences) et d’états supérieurs de conscience. Wilson est existentialiste et phénoménologue ; parmi ses références figurent Albert Camus, Edmund Husserl et Maurice Merleau-Ponty. Review_of_Howard_F_Dossor_ed_Co…

L’amour et la sexualité sont des thèmes récurrents chez les Angry Young Men, mais l’attrait de l’art demeure toujours plus puissant. Wilson associe l’art et la religion dans une image saisissante : « Imaginer l’état d’esprit des prêtres lorsqu’ils contemplèrent le temple enfin achevé, c’est comprendre que la volonté humaine d’accomplissement est une force auprès de laquelle glaciers, volcans et tremblements de terre semblent modestes et faibles. »

 

L’amour, comme l’art, devrait accroître les potentialités des deux partenaires. L’essai « Spinoza – The Outsider » constitue un exposé clairement écrit de la vie et des idées de Baruch Spinoza, que Wilson rattache à des figures antérieures comme Platon et Descartes, ainsi qu’à des penseurs postérieurs tels que Nietzsche. La judéité de Spinoza fit de lui un outsider, tout comme l’homosexualité de Christopher Isherwood fit de celui-ci un marginal. Review_of_Howard_F_Dossor_ed_Co…

De nombreux autres écrivains sont abordés, parmi lesquels W. B. Yeats, Robert Graves, Valeri Brioussov, Daniel Defoe, George Bernard Shaw, Emily Brontë et le poète Ronald Duncan. Wilson éprouve pour ce dernier une admiration comparable à celle que Dossor lui porte : il le décrit comme « un mystique religieux […] un scientifique […] un amant […] un fermier et un homme de la campagne […] un psychologue extrêmement perspicace [et] un excellent artisan de la littérature ».

D’autres essais explorent les OVNI et la criminalité violente, tandis que les deux dernières contributions sont des textes autobiographiques : l’un évoque la tournée littéraire de Wilson aux États-Unis ; l’autre sa vie dans la Grande-Bretagne des années 1950, lorsqu’il se présentait comme un intellectuel itinérant et un homme de lettres indépendant. Review_of_Howard_F_Dossor_ed_Co…

Ce recueil constitue une excellente introduction à l’œuvre de Colin Wilson, même s’il pèche par prudence en privilégiant ses productions les plus académiques. Il est recommandé à tous ceux qui s’intéressent à la culture littéraire britannique du XXe siècle ainsi qu’aux transformations sociales qui, dans les années 1950, permirent à de jeunes hommes et femmes issus des classes populaires de défier le système établi.

 

Cette évolution s’épanouit dans les années 1960 avec la prédominance des Beatles et d’autres créateurs issus des classes populaires et des classes moyennes inférieures, qui contribuèrent de manière significative à remettre en question l’aristocratie ainsi que la domination des public schools et d’Oxbridge comme voies privilégiées d’accès au pouvoir et à l’influence.

 

Recommandé.

Carole M. Cusack
University of Sydney Review_of_Howard_F_Dossor_ed_Co…

 


 

vendredi 2 octobre 2026

L'ÉSOTÉRISME ET LA CULTURE

    


                                Une étude du Laboratoire Odésien de l'Impossible

                                       (illustrations, l'université de Miskatonic)

 

L’ÉSOTERIME À L’UNIVERSITÉ

 

L'ésotérisme est étudié à l'université comme un objet de recherche historique, philosophique et sociologique, et non comme une pratique ou une science.

L'étude académique de l'ésotérisme

  • Une discipline reconnue : L'histoire de l'ésotérisme occidental (courants comme l'alchimie, l'hermétisme, la kabbale chrétienne ou la théosophie) fait l'objet de chaires universitaires spécialisées (notamment à l'École Pratique des Hautes Études - EPHE en France, ou à l'Université d'Amsterdam).
  • Une approche critique : L'université analyse ces courants à travers l'histoire des idées et l'herméneutique, cherchant à comprendre leur influence culturelle depuis la Renaissance et les Lumières sans valider leurs postulats métaphysiques.
  • Des cours dédiés : Des établissements comme l'Université Laval proposent des cours spécifiques (ex. Regards sur l'ésotérisme) pour analyser rigoureusement ces traditions et leurs dynamiques socio-culturelles.

Les dérives et controverses récentes

  • Infiltration et polémiques : Certains modules transversaux ou de développement personnel intégrés dans des cursus universitaires (comme à l'Université Paul-Valéry Montpellier autour d'humanités écologiques ou de approches quantiques) ont suscité des controverses.
  • Vigilance institutionnelle : Des critiques, émanant de conseils universitaires ou d'associations de protection (comme l'UNADFI), pointent parfois du doigt des risques de dérives pseudo-scientifiques, ésotériques, voire sectaires, au sein d'enseignements ou de formations en marge de la rigueur académique traditionnelle.


 

LES PIONNIERS DE LA DISCIPLINE

 

  • Antoine Faivre (1934–2021) : Il est considéré comme le père fondateur de la discipline en France. Titulaire de la première chaire d'« Histoire des courants ésotériques et mystiques dans l'Europe moderne et contemporaine » à l'École Pratique des Hautes Études (EPHE), il a défini l'ésotérisme occidental comme une forme de pensée caractérisée par quatre composants fondamentaux : les correspondances universelles, la nature vivante, l'imagination médiatrice et l'expérience de la transmutation.
  • Frances Yates (1899–1981) : Historienne britannique rattachée au Warburg Institute, elle a révolutionné l'histoire des sciences et des idées en démontrant l'importance cruciale de la tradition hermétique, de la magie de la Renaissance (comme chez Giordano Bruno) et du rosicrucisme dans la genèse de la pensée moderne.

 


LES FIGURES CONTEMPORAINES MAJEURES

 

  • Wouter Hanegraaff : Professeur à l'Université d'Amsterdam, il occupe la chaire d'histoire de la philosophie hermétique et des courants connexes. Ses travaux analysent l'ésotérisme sous l'angle de la sécularisation et de la construction de la mémoire culturelle en Occident, montrant comment l'ésotérisme a souvent été défini par ce que la culture dominante rejetait.
  • Jean-Pierre Brach : Successeur d'Antoine Faivre à la chaire de l'EPHE, il est un spécialiste reconnu de l'histoire des courants ésotériques à l'époque moderne, avec une expertise particulière sur la kabbale chrétienne, le symbolisme des nombres (arithmologie) et les sociétés initiatiques.
  • Kocku von Stuckrad : Professeur à l'Université de Groningue, il aborde l'ésotérisme à travers le prisme de la sociologie et des sciences des religions, en étudiant notamment la place de l'astrologie et la construction discursive du secret.

 


LES CENTRES UNIVERSITAIRES MAJEURS

 

  • Université d'Amsterdam (Pays-Bas) : Elle abrite la chaire d'Histoire de la philosophie hermétique et des courants connexes (History of Hermetic Philosophy and Related Currents - HHP). C'est le centre de recherche et d'enseignement le plus important au monde pour les niveaux Master et Doctorat (Ph.D.).
  • École Pratique des Hautes Études (EPHE - Paris, France) : L'EPHE accueille la chaire historique d'Histoire des courants ésotériques et mystiques dans l'Europe moderne et contemporaine au sein de sa section des Sciences religieuses.
  • Université de Groningue (Pays-Bas) : Son département d'études religieuses intègre de nombreux chercheurs spécialisés dans l'ésotérisme, l'astrologie historique et les dynamiques du secret.
  • Université Rice (Houston, États-Unis) : Le département de religion propose un programme de doctorat spécialisé en Gnosticisme, ésotérisme et mysticisme (GEM), constituant le principal pôle académique nord-américain sur le sujet.

 


SOCIETES SAVANTES ET RESEAUX DE RECHERCHE

 

  • ESSWE (European Society for the Study of Western Esotericism) : Société savante européenne majeure qui organise des congrès bisannuels et fédère le réseau mondial des chercheurs de la discipline.
  • ASE (Association for the Study of Esotericism) : L'équivalent nord-américain de l'ESSWE, axé sur le développement des études académiques aux États-Unis et au Canada.


 

LE CONTENU DES MASTERS SPECIALISÉS

 

Les programmes de Master (comme celui de l'Université d'Amsterdam) ne forment pas à la pratique, mais à l'analyse critique et historique. Les cours s'articulent généralement autour de plusieurs grands axes :

  • Histoire des courants fondamentaux : Étude des textes sources de la tradition hermétique de la Renaissance, de l'alchimie spirituelle, de la kabbale chrétienne, de la théosophie du XIXe siècle (Madame Blavatsky) et du spiritisme.
  • Méthodologie et théorie : Apprentissage des concepts de définition de l'ésotérisme (la typologie d'Antoine Faivre, la théorie du rejet de Wouter Hanegraaff) et l'étude du concept de "secret".
  • Ésotérisme et modernité : Analyse des liens entre les courants ésotériques et la naissance de la science moderne, la littérature, l'art (comme le surréalisme ou l'abstraction), la politique et l'émergence du mouvement New Age.
  • Anthropologie et sociologie des religions : Étude des rituels des sociétés initiatiques (Franc-maçonnerie, Rose-Croix) et des nouveaux mouvements religieux contemporains.
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LES REVUES SCIENTIFIQUES DE RÉFERENCE

 

Ces revues à comité de lecture (peer-reviewed) garantissent la rigueur scientifique des articles publiés par les chercheurs :

  • Aries (Journal for the Study of Western Esotericism) : Édités par Brill sous l'égide de l'ESSWE, c'est la revue internationale la plus prestigieuse et la plus influente du secteur. Elle publie des articles exclusivement académiques en anglais, français, allemand et italien.
  • Aries Book Series : Une collection d'ouvrages et de monographies scientifiques de référence rattachée à la revue principale.
  • Magic, Ritual, and Witchcraft : Publiée par l'University of Pennsylvania Press, cette revue se concentre sur l'histoire de la magie, de la sorcellerie et des rituels de l'Antiquité à nos jours, croisant histoire, anthropologie et religion.
  • Gnosis: Journal of Gnostic Studies : Une autre publication majeure de Brill, spécialisée dans l'étude du gnosticisme ancien, du manichéisme et de leurs résurgences modernes.

jeudi 1 octobre 2026

MARIE MAITRE DANS L'ECLAIR


 

SPOOKY ARCHEOLOGY de Jeb J. Card

 


                            Une étude de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible

Spooky Archaeology: Myth and the Science of the Past (Jeb J. Card, 2018)

Après avoir parcouru sa structure, son introduction, ses développements centraux et sa conclusion, je trouve le livre vraiment intéressant, mais pas tout à fait pour la raison que pourrait laisser croire son titre. Ce n’est ni un catalogue d’« archéologie mystérieuse », ni simplement un ouvrage de démystification. Card cherche plutôt à écrire une histoire des relations incestueuses entre archéologie, imaginaire, folklore, occultisme et pseudoarchéologie.

Ce que Card cherche réellement à démontrer

Sa thèse est assez forte : la pseudoarchéologie moderne n'est pas simplement une absurdité extérieure à l'archéologie scientifique. Elle constitue en partie le retour de tout ce que l'archéologie professionnelle a progressivement expulsé de son propre territoire.

Au XIXe et au début du XXe siècle, la frontière est beaucoup moins nette : antiquaires, archéologues, occultistes, folkloristes, spirites, explorateurs et chasseurs de trésors se croisent. Puis la professionnalisation élimine progressivement radiesthésie, continents engloutis, survivances occultes, interprétations théosophiques, etc. Card montre alors que ces idées ne disparaissent pas : elles émigrent vers le paranormal, la littérature populaire, l'ufologie et finalement l'« alternative archaeology ». C'est probablement l'idée la plus féconde du livre. 

Et cela donne un programme étonnamment proche de certains de nos travaux sur l'Histoire de l'Invisible : ne pas demander seulement « est-ce vrai ? », mais également d'où vient cette idée, comment s'est-elle transformée et pourquoi continue-t-elle à fonctionner ?

Un livre beaucoup plus subtil qu'un simple « debunking »

Card l'annonce d'ailleurs explicitement. Il reconnaît que les crânes de cristal sont modernes, que les prétendues inscriptions de Mu sont probablement des faux, etc., mais précise que démontrer leur fausseté n'est pas l'objectif essentiel. Il veut surtout démonter une autre idée reçue : celle selon laquelle archéologie et imaginaire mystique auraient toujours constitué deux domaines totalement séparés. 

C'est exactement là que le livre devient intéressant pour un lecteur « fortéan » : expliquer une croyance n'oblige pas à y croire ; démontrer qu'un objet est faux n'épuise pas non plus son histoire.

Prenons Mu. Card retrouve même certains des objets ayant participé matériellement à la fabrication du mythe. Mais la bonne question devient alors : comment une hypothèse archéologique, des objets douteux et une construction intellectuelle finissent-ils par produire un continent imaginaire culturellement réel ?

Le sommaire montre bien cette progression : reliques surnaturelles, archéologues occultistes, hiéroglyphes et magie, mythes et protohistoire, Mu, musées hantés, archéologues-espions, sorcellerie, Lovecraft, puis archéologie alternative. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Et évidemment… Lovecraft

Le chapitre 10, « Cthulhu and Cosmic Mythology », mérite à lui seul que tu conserves ce livre dans ta bibliothèque de travail.

Card avance une hypothèse assez séduisante : l'archéologie n'est pas seulement un décor commode chez Lovecraft ; elle aurait constitué l'une des matrices du Mythe de Cthulhu. Il rapproche les récits lovecraftiens de l'actualité archéologique des années 1920 : expéditions, civilisations disparues, cités englouties, morts d'archéologues, découvertes spectaculaires, presse sensationnaliste, etc. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Et il propose une généalogie particulièrement intéressante :

théosophie / occultisme victorien → archéologie romantique et diffusionnisme → presse et récits d'exploration → pulp lovecraftien → anciens extraterrestres / ufologie → pseudoarchéologie moderne.

C'est évidemment plus compliqué historiquement que cette petite chaîne, mais comme modèle explicatif, c'est très stimulant.

Le paradoxe devient superbe : Lovecraft transforme certaines spéculations occulto-archéologiques en fiction horrifique ; quelques décennies plus tard, une partie de la culture alternative reprend des motifs voisins comme hypothèses sur le passé réel. Card estime ainsi que les « anciens extraterrestres » plongent leurs racines dans la théosophie victorienne et certaines conceptions anthropologiques et archéologiques, transitent notamment par la fiction populaire, puis réapparaissent dans l'ufologie et la contre-culture des années 1960. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Pour notre travail sur Lovecraft et l'occultisme imaginaire, c'est une source à exploiter.

Un concept que je trouve particulièrement utile : les « extrahumans »

Card remarque que lorsqu'une société rencontre les vestiges d'une culture ancienne dont elle ne connaît plus les constructeurs, elle tend parfois à les attribuer à des êtres qui ne sont ni exactement humains ni véritablement divins : fées, elfes, géants, djinns, esprits — puis, à l'époque contemporaine, extraterrestres.

Ainsi, les monuments mégalithiques deviennent œuvres de géants ou de fées ; certains objets préhistoriques deviennent « traits d'elfes » ; des ruines sont attribuées à des races disparues ; et notre modernité technologique remplace volontiers le géant par l'extraterrestre bâtisseur. Card développe précisément cette catégorie des extrahumans pour penser cette continuité. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol…

Je trouve cette idée particulièrement féconde pour Histoire de l'Invisible : elle permettrait de relier proprement folklore ancien, occultisme, archéologie fantastique et théorie des anciens astronautes sans prétendre qu'ils sont historiquement identiques.

Là où je mettrais quelques réserves

Card a parfois tendance à construire des généalogies intellectuelles un peu trop belles. Lorsqu'on passe de Blavatsky à Lovecraft, puis de Lovecraft aux anciens astronautes et à la pseudoarchéologie contemporaine, il faut distinguer soigneusement influence documentaire, circulation culturelle et simple ressemblance structurelle.

Son traitement de la théosophie est également assez sévère. Il a raison de montrer combien Blavatsky fournit déjà tout un magasin d'accessoires de la future archéologie alternative — continents engloutis, races anciennes, sagesse primordiale, comparaisons transcontinentales, etc. Le livre souligne explicitement cette continuité. 2018_Jeb J Cars_Spooky Archaeol… Mais la théosophie possède une histoire intellectuelle et religieuse plus complexe que sa seule fonction d'ancêtre de la pseudoarchéologie.

Enfin, le concept de pseudoarchaeology reste parfois très large. Card est meilleur, à mon sens, lorsqu'il fait l'histoire culturelle des idées marginalisées que lorsqu'il les classe.

Et c'est là que le livre rejoint curieusement l'ODS

La conclusion de Card me paraît très proche de ta manière de travailler. Il constate que l'archéologie universitaire a souvent choisi d'ignorer ces productions en pensant qu'elles disparaîtraient. Elles n'ont pas disparu : elles ont trouvé refuge dans les médias et la culture populaire. Le succès de von Däniken est pour lui exemplaire : Chariots of the Gods? et ses adaptations télévisuelles ont contribué à créer tout un genre documentaire paranormal. 

Sa solution n'est donc pas : « croyons aux mystères ».

Elle n'est pas non plus : « cessons d'en parler puisqu'ils sont faux ».

Elle ressemble davantage à : étudions sérieusement pourquoi les hommes fabriquent ces récits à partir des vestiges du passé.