Les éditions Arma Artis font un beau travail de reprint dans le domaine des livres rares ayant trait au domaine de l’ésotérisme religieux. L’ouvrage de Félix de Rosnay, Le Hiéron du Val d’Or (1900 ; reprint de 2002) mérite certainement de figurer dans la Bibliothèque de Bérenger, dans la mesure où il est fondamental pour bien comprendre certains traits du contexte catholique à l’époque de Saunière. Les deux fameux vitraux de la villa Béthanie représentant le Sacré-Cœur sont du reste une indication de la sensibilité du curé de Rennes-le-Château à l’idéologie particulière développée par ce mouvement. Je parle sciemment de mouvement et non pas de société secrète catholique, même si le doute plane quant à l’organisation réelle du Hiéron.
Félix de Rosnay, secrétaire général de l’institution, nous en dresse un portrait très complet. Ce mouvement fut créé à Paray-le-Monial en 1877 par un espagnol, le Baron Sarachaga et un prêtre français, le père Drevon, avec la bénédiction du Pape Léon XIII et de la Compagnie de Jésus. Il s’agissait, à l’origine, d’édifier un temple-palais à la gloire du Sacré-Cœur et du Christ Roi. Le sanctuaire fut édifié sous le pilotage de la Société des Fastes Eucharistiques et organisé autour de salles d’exposition et de bibliothèques, toutes dédiées à l’illustration du rôle primordial du règne du Christ Roi dans la religion, l’histoire, l’art, le symbolisme et les sciences. Il nous est par exemple démontré que le Christ était déjà présent dans le celtisme et que la tradition adamique avait toute sa pureté primitive dans la religion des druides. C’est à une sorte « d’évolutionnisme chrétien » auquel nous assistons, avec ses tâtonnements et ses erreurs jusqu’à l’arrivée du Sauveur. Une telle doctrine, au sens politique, est d’une nature clairement théocratique (et de monarchie de droit divin), la démocratie qui consiste à faire procéder le pouvoir de la multitude ne pouvant être qu’une hérésie. On retrouve ici, en lointain écho, les prêches de Saunière contre la république ! Sur le plan scientifique, cette doctrine s’oppose formellement aux théories de Darwin et du transformisme qui essaye d’expliquer le développement des espèces en dehors de toute intervention divine. Quand une société en est là, elle est bientôt mûre pour le satanisme…….
Ces thèses seront reprises et développées par le père Félix-Marie Anizan dans sa revue Regnabit (1921-1929), en compagnie de Louis Charbonneau-Lassay. A noter que l’oblat Emile Hoffet faisait partie des contributeurs, ainsi du reste que le traditionaliste René Guénon. Cette revue publiera de nombreux articles sur l’iconographie chrétienne et une grande étude sur les graffitis templiers du donjon de Chinon.
Cette idéologie sera encore récupérée par Paul Le Cour dans sa revue Atlantis, voyant en elle une confirmation de l’existence d’une tradition primitive dont le berceau fut l’Atlantide. Récupération aussi et enfin dans les fameux Documents Secrets d’Henri Lobineau qui, entre les généalogies mérovingiennes douteuses et la nécrologie de l’abbé de Cayron, reproduisent un article complet sur le Hiéron, sous la signature du Poulpe. Certains ont du reste vu dans le Hiéron l’inspiration de la pensée ésotérique de Pierre Plantard……………………………
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Ce guide n’a pas la prétention érudite de l’ouvrage de référence de Félix de Rosnay, Le Hiéron du Val d’Or (1900). Mais les éditions Pégase ont eu raison de rééditer (juillet 2008) Le Guide du Val d’Or (Jean Lépine-Authelain, 1900), dans la mesure où il constitue une première approche à la compréhension de ce que recèle le site de Paray-le-Monial. Le résumé de la doctrine est fort bien fait, montrant comment le christianisme n’est en fait que l’expression la plus aboutie des anciennes religions et notamment du celtisme. Et avec de belles « visions historiques » comme celles où les druides tombent dans les bras des prêtres et s’empressent d’adopter l’iconographie chrétienne…… La seconde partie du guide est plus classique, décrivant les monuments du site avec cependant une étude symbolique fouillée de la façade de l’Hôtel de Ville.






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