Le film sur Gisors
Un film solide, bien tourné, et truffé, de petites mises au point nécessaires. On sent ici le rôle de la plume aguerrie de Gérard de Sède, cherchant à fabriquer une belle histoire qui fera rêver. Il est amusant, à cet égard, d’apprendre que la notion de Templiers n’a certainement pas été introduite par Roger Lhomoy mais par notre écrivain. On admirera aussi, une fois de plus, le talent de faussaire de Pierre Plantard, qui a fourni la documentation sur un soi-disant trésor qui débouchera sur le Prieuré de Sion. Il est dommage, sur ce point, que le film ne fasse pas allusion à la brochure de Plantard, « Gisors et son secret », dont le texte sera repris dans la postface de l’ouvrage de Gérard de Sède.
En tout état de cause, bravo à Philippe Duquesnoy et à son équipe pour cet excellent travail.
L’opinion du Laboratoire Odésien
Gisors et son secret — ou plus exactement le texte de Pierre Plantard publié en 1961 puis réutilisé dans l’univers de Gérard de Sède — est un document capital. Non parce qu’il révèle un secret historique, mais parce qu’il marque la naissance d’une nouvelle forme de mythologie contemporaine.
En réalité, Gisors est le creuset où se met en place ce qui explosera quelques années plus tard avec Rennes-le-Château :
· faux documents,
· sociétés secrètes,
· archives cachées,
· trésor templier,
· lignées occultes,
· et histoire parallèle de la France.
Le point de départ est l’affaire Roger Lhomoy. Gardien du château de Gisors, il affirme avoir découvert sous le donjon une immense crypte contenant :
· des sarcophages,
· des coffres,
· des statues,
· et peut-être le trésor du Temple.
Historiquement, rien n’a jamais confirmé ces affirmations. Les fouilles officielles ordonnées sous l’autorité d’André Malraux et de l'Armée en 1964 ne trouvèrent rien de décisif.
Mais ce n’est pas là l’essentiel.
L’importance de Gisors et son secret réside dans son fonctionnement intellectuel. On y voit apparaître pour la première fois, sous une forme presque complète le modèle narratif Plantard.
Ce modèle repose sur quelques mécanismes simples :
1. un fait historique réel ;
2. une découverte supposée ;
3. des archives invisibles ;
4. une société secrète garante du secret ;
5. des indices dispersés ;
6. l’idée que l’absence de preuve est elle-même une preuve de dissimulation.
C’est exactement le schéma qui sera ensuite appliqué à Rennes-le-Château.
La postface est particulièrement intéressante parce qu’elle commence déjà à transformer l’affaire de Gisors en quelque chose de plus vaste qu’un simple trésor templier : on glisse progressivement vers :
· l’hermétisme,
· les lignées cachées,
· les centres initiatiques,
· et les survivances secrètes de l’histoire.
Pour un historien critique, le livre est très faible :
· témoignages invérifiables,
· extrapolations constantes,
· confusion entre hypothèse et démonstration,
· absence de méthode archéologique réelle.
Mais pour l’histoire de l’ésotérisme contemporain, il est fondamental.
Nous dirions même que : Gisors et son secret est au Prieuré de Sion ce que L’Or de Rennes sera ensuite à Rennes-le-Château. Le premier acte de la grande fiction historique moderne. Et avec le recul, on voit très bien que Gisors constitue la matrice :
· du Prieuré de Sion,
· de Plantard,
· de la mythologie mérovingienne,
· puis de tout l’univers qui conduira jusqu’au The Da Vinci Code. ()
Ce texte n'est pas un ouvrage sur un secret découvert, mais comme un document fondateur de la fabrication moderne du secret.
Et historiquement, c’est peut-être encore plus intéressant.










