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Utile aux chercheurs, l’Histoire du Clergé de l’Aude de 1789 à 1803 par le Chanoine Sabarthès (Éditions Roudière, 1939), et notamment pour retracer l’équipe dite Bigou, à savoir les prêtres réfractaires à la Révolution Française qui prirent le chemin de l’exil de France.
Ci-joint petite notule rédigée sur l’un de ces gaillards !
François-Pierre Cauneille (1754-1800 ?)
Abbé, curé des Rennes-les-Bains.
Selon la légende, aurait recueilli les confessions de l’abbé Bigou lors de leur exil de France. Très bientôt, en 1792, déclaré prêtre réfractaire (Bigou), il doit fuir à Sabadell en Espagne où il meurt 18 mois après, non sans avoir transmis oralement le Grand Secret à l’abbé Cauneille, exilé comme lui. Cet abbé s’acquitte à son tour de sa mission sacrée en écrivant deux livres, « le Rayon d’or » et la « Ligne de Mire ». Quant au bouche à oreille, ce sont deux prêtres maintenant qui savent : l’abbé Jean Vié, curé de Rennes-les-Bains de 1840 à 1872 ; l’abbé François-Emile Cayron, curé de St-Laurent de la Cabreriste dans l’Aude, à la même époque ».
Les deux ouvrages en question sont bien évidemment totalement inconnus de la Bibliothèque Nationale.
L’OPINION DE NATACHA
Le cadre général est crédible :
Et :
correspondent bien aux routes d’exil possibles.
👉 Donc le décor historique existe.
La suite, en revanche, relève très probablement :
Les éléments suspects sont nombreux :
C’est un motif typique des récits initiatiques :
👉 On est presque dans la structure :
Le Rayon d’or
La
Ligne de Mire
Là, le signal est très fort.
Dans l’univers castelrennais, les faux livres ou livres introuvables jouent un rôle constant :
👉 C’est exactement le mécanisme du :
“texte fantôme servant de preuve”.
Le récit construit une continuité :
Bigou → Cauneille → Vié → Cayron
Autrement dit :
👉 une succession
discrète de gardiens du secret.
C’est extrêmement typique des reconstructions postérieures liées à Rennes-le-Château.
Le plus fascinant n’est peut-être pas :
“ce secret existait-il ?”
mais :
pourquoi tant de récits fabriquent-ils une généalogie sacerdotale cachée ?
Je pense qu’on est face à :
Pourquoi ?
Parce que ces prêtres :
Ils deviennent donc des supports idéaux pour :
Les titres :
sonnent beaucoup plus :
que :
👉 Cela ressemble davantage :
Henri Boudet, Bérenger Saunière et surtout l’abbé Bigou ont progressivement été transformés en :
“prêtres-dépositaires”.
Bigou devient presque :
Ce livre n’est pas un roman d’obédience castelrennaise, mais il a largement sa place dans notre bibliothèque puis qu’il est signé Noël Corbu, ex-propriétaire du domaine de l’abbé. Le légataire de Marie Denarnaud était aussi romancier et il nous donne, dans Le Mort Cambrioleur (Imprimerie du Midi, Perpignan 1943, réédition ODS) un aperçu de son talent. Une intrigue policière comme je les aime, pour laquelle toute solution semble rigoureusement impossible de prime abord. Le tout dans une Angleterre du début du XX ème siècle encore marquée par Sherlock Holmes et en l’attente de Chapeau Melon et Bottes de Cuir ! Superbe.
Sur Nos Étagères
(2005)
LE MORT CAMBRIOLEUR
Noël Corbu
Noël Corbu (1912-1968) est bien connu dans l'histoire de Rennes-le-Château qui lui doit certainement une grande partie de son actuelle réputation. Héritier de la servante de Bérenger Saunière, Marie Denarnaud, il créa dans le domaine de l'abbé l'hôtel-restaurant - "La Tour". Il aimait raconter à ses visiteurs la belle histoire du cure aux milliards. On connaît la suite....... La presse locale s'empara de la légende et un écrivain de talent, Gérard de Sède, la transforma en un véritable Mythe. Mythe que ses successeurs (Lincoln, Baigent, Leigh avec L'Énigme Sacrée et encore aujourd'hui Dan Brown avec Le Da Vinci Code n'ont cessé d'enrichir.
Mais Noël Corbu se voulait aussi écrivain. Il nous a laissé Le Mort Cambrioleur, son seul roman, publié de façon confidentielle en 1943. Nous avons le plaisir de rééditer cette curiosité, un thriller au parfum très british qui n'est pas sans rappeler les meilleurs policiers du début du siècle passé.
Préface de Claire Corbu & Antoine Captier
En vente sur Amazon. https://www.amazon.fr/dp/2914405286 (et sur la boutique en ligne de l’ODS (www.oeildusphinx.com). 18 € (plus 3 € de frais de port), série « Serpent Rouge ».
Nous reprenons ici un article du Quotidien de Paris du 7 avril 1924 [1]qui, sous le titre de « La Légende de Jean Orth », fait le tour du sujet :
La légende de Jean Orth paraissait usée. La guerre, les bouleversements de l’Europe ont rejeté dans un passé lointain et définitivement aboli les tragédies de la cour d’œuvre… Les mystérieuses histoires de la famille des Habsbourg ne passionnent plus guère l’imagination.
La mort, dans un hôpital de New-York, de cet Orlow Orth qui pourrait être l’archiduc Jean Salvator, disparu plus de trente ans, eût sans doute à peine défrayé la chronique d’un jour si le suicide de la jeune pupille d’Orlow Orth n’était venu ressusciter l’atmosphère romanesque où l’on s’est complu à situer toute la vie du jeune prince autrichien.
L’histoire cependant, a peu à peu remplacé la légende. Les archives ont livré leurs secrets, les témoins ont osé parler.
Nous avons maintenant des documents parmi lesquels les plus curieux sont peut-être les souvenirs de Marie Stubel, qu’a publiés la revue Die Stunde.
Marie Stubel était, en effet, bien placée pour nous conter le roman de Jean Salvator puisque sa sœur, Milli Stubel, en fut l’héroïne.
La « mésalliance » de l’archiduc
Fils du grand-duc de Toscane dépossédé, propre cousin de l’empereur François-Joseph, l’archiduc Jean Salvator ne pouvait sans soulever l’indignation de toute la cour d’œuvre songer à épouser Milli, la modeste petite bourgeoise qu’il avait rencontrée dans les milieux d’artistes où il se plaisait.
Il l’osa cependant. L’empereur s’émut, refusa son autorisation à ce mariage. Rien ne dissuada l’archiduc de son projet. Son union avec Milli, qui fit scandale, devait durer malgré toutes les oppositions.
On s’est plu à voir là les raisons qui poussèrent Jean Salvator à renoncer à son rang et à ses titres et l’on a rendu son départ d’œuvre, en 1889, romanesque comme un enlèvement.
En réalité, l’archiduc vécut d’abord à Vienne, en commun avec Milli Stubel, des années remplies de projets politiques et d’intrigues.
Les projets de Jean Salvator
D’une nature ardente, enthousiaste, Jean Salvator rêvait d’introduire dans son pays de grandes réformes.
Mais l’hostilité de la Cour fait échouer tous ses projets. Il n’a pour ami que le fils de François-Joseph, Rodolphe.
En cet ami d’enfance partiellement affranchi des préjugés traditionnels, Jean Salvator place les espoirs de rénovation qui le font passer pour libéral.
François-Joseph lui apparaît comme l’obstacle à tous les plans. L’archiduc est-il allé jusqu’à la conspiration ? On n’a jamais pu le prouver.
En tout cas, l’archiduc est étroitement surveillé par ses ennemis. On prend soin d’irriter l’empereur contre lui.
C’est alors que, pour la première fois, Jean Salvator songe à quitter l’œuvre sans renoncer pourtant à jouer un rôle dans les destinées de son pays.
Ses ambitions personnelles et son rêve de suprématie autrichienne dans les Balkans s’accordent. Il songe au trône de Bulgarie. Des pourparlers actifs s’engagent avec le parti national bulgare.
Après le drame de Meyerling l’archiduc songe à s’expatrier
Mais survient le drame de Meyerling. Accouru chez lui comme un fou, effondré, Jean Salvator ne peut que répéter : « Ils l’ont assommé ! Ils l’ont assommé ! » Mais c’est lui qu’on charge d’aller annoncer à l’impératrice la mort de Rodolphe.
L’impératrice l’écoute, bien calme, puis fait immédiatement chercher son médecin pour lui demander si elle peut encore donner un héritier à l’empire.
Ayant perdu son meilleur ami, vu échouer tous ses plans, Jean Salvator n’a bientôt plus qu’un désir : abandonner ce pays hostile. Il rêve d’affaires, de grandes entreprises commerciales. Il ira au Chili et il fera avec Hambourg le commerce du salpêtre.
En 1889 il quitte Vienne définitivement. Il renonce à se titres et prend le nom de Jean Orth. A Londres, il épouse enfin Milli Stubel qui, depuis treize ans, partage ses espoirs et ses déceptions.
En route pour l’exil
Puis c’est le départ sur le voilier Santa-Margarita.
On n’eut jamais plus de nouvelles du navire, qu’on considéra comme s’étant perdu corps et biens.
Quand un jour, en Amérique, un homme prétendit être l’archiduc, les autorités le considérèrent comme un imposteur.
Les journaux seuls s’obstinèrent périodiquement à ressusciter le disparu.
Orlow ? Jean Orth ?
Aujourd’hui, le consulat de France se refuse à aller reconnaître le corps de cet Orlow qui se donne pour Jean Orth, tant il est peu vraisemblable que l’archiduc ait échappé au naufrage du Santa-Margarita.
La réalité ne viendra sans doute pas détruire la belle légende, la légende du prince qui abandonna pour la petite Milli la Cour impériale, un trône peut-être, et qui partit avec elle pour des pays de rêve d’où il n’est jamais revenu.
Aucune allusion bien sûr à un passage à Rennes-le-Château !
L’opinion de Natacha :
Il
s’agit de Jean
Salvator de Habsbourg-Toscane (1852-1890 ?), cousin de
l’archiduc Rodolphe de Mayerling.
Après le drame de Mayerling, il rompt avec la cour impériale, abandonne son
titre et prend le nom de Jean Orth.
Son destin coche toutes les cases du grand récit fin-de-siècle :
Et évidemment…
👉 Rennes-le-Château s’est greffé là-dessus.
Dans certaines reconstructions “castelrennaises” :
Mais là, on entre dans :
Aucune preuve historique solide ne confirme :
Parce que Jean Orth fonctionne comme un :
“personnage-pivot idéal”.
Il relie :
C’est presque un archétype littéraire.
Le dossier Jean Orth souffre du même phénomène que beaucoup d’affaires castelrennaises :
On retrouve :
👉 Le personnage
historique réel existe.
👉 Mais le “Jean Orth
ésotérique” est largement une construction mythographique.
Jean Orth est un cas parfait de :
Un personnage historique ambigu :
Et Rennes-le-Château agit comme un :
amplificateur de mythes connexes.