Avec Trois Portes vers l’Innommable, J.F Morlaes nous livre le premier tome des « Miskatonic Archives. C’est une autoédition (2025) mais qui porte le label de « Hegemonic Entertainement » qui serait un gage de qualité pour l’édition indépendante. Je ne connais pas personnellement (cf note).
La première nouvelle, Le parfumeur – 1809, met en scène Théophile Guérin, un ex anatomiste qui s’est mis en tête de distiller le rêve. Et de mettre au point un parfum, « l’émanation 13 », avec comme matière première des cervelets prélevés de façon douteuse. Le succès est au rendez-vous et ses cobayes relatent des visions effrayantes, répétant comme en leit-motif « ouvrir la porte ». Il cherche dans des livres sulfureux comme le Kitab -al-Nawm ou le Liver Ivonis le sens à donner à ces rapports incompréhensibles, guidé par un mystérieux Comte de Saint-Germier. Il testera sur lui-même le produit et découvrira que le poison permet d’ouvrir la Porte et de libérer Yog-Sothoth. Le Comte est rejoint par la Comtesse Elisabetha d’Erlette, tous deux membres d’une secte qui cherche désespérément à faire revenir la créature maudite. Les notes du savant fou seront retrouvées en 1928 par le Dr Wilmarth, à l’université de Miskatonic. Celui-ci effectuait en effet des recherches sur la neurologie du sommeil. Le Dr Armitage le mettra sévèrement en garde et lui reprendra le dossier pour l’enfermer dans le fonds spécial de la bibliothèque.
Dans Le Théâtre des Abîmes-1857, l’auteur met en scène Ezekiel Thorne, directeur d’un théâtre bas de gamme dans le quartier de Whitechapel à Londres. La salle est en décrépitude, les spectacles flirtent avec le romantisme noir de la décadence, joués par des artistes miséreux, mais appréciés par un public clairsemé. L’entreprise croûle sous les dettes et les créanciers se font menaçants. Dans le cadre de la succession de son grand-oncle, Augustus Thorne, conservateur à la section des manuscrits interdits au British Museum, il hérite d’une vieille malle dans laquelle se trouve un manuscrit écrit en langues anciennes et illustré de symboles déroutants. Il se rend compte qu’il s’agit d’une pièce de théâtre, mettant en scène de curieux rituels. Pour relancer son affaire, il décide de monter le spectacle, aidé par un certain Alistair Winthrop, antiquaire et occultiste, ami de son feu parent. Il est d’autant plus sensible à cette aide qu’elle s’accompagne d’un financement substantiel, à titre de mécénat. Ce bienfaiteur avait du reste accompagné grand-oncle dans les déserts d’Arabie, à la recherche de la cité d’Irem, et découvert des tablettes d’argile mentionnant le Naâb-Kléros. Des phénomènes étranges se dérouleront pendant le montage du spectacle, alors que le Directeur fait des rêves inquiétants. La représentation finale fera salle comble et les créatures du dehors exigeront son sang avant le tomber de rideaux.
Avec Le Tisseur de R’lyeh – 1920 nous sommes à Glascow, à l’atelier des tisserands Mac Leod. Une profession inscrite dans une longue tradition familiale qui produit, à côté des tissus traditionnels, des étoffes contenant des fils mystérieux, aux étranges propriétés. Ces pièces sont particulièrement recherchées par des occultistes, poètes et autres romantiques. Elles suscitent des rêves extraordinaires, où il est question d’une porte donnant sur des mondes fascinants. Le grand père a disparu et il est déconseillé d’en parler en famille. Le père, quant à lui, partira un soir et on ne le reverra plus. Le jeune Alasdair prend la succession et poursuit les fabrications familiales, sous l’œil soupçonneux du voisinage. Il trouve les fibres étranges, le matin, sous son oreiller. Il sera contacté par un certain Roderick Mc Tavish qui possède un manoir sur une île déserte des Hébrides. Il l’invite et lui présente un extraordinaire métier à tisser, capable de fabriquer la Porte entre les Mondes et de libérer le grand Cthulhu qui rêve dans la cité de R’lyeh. Méfiant, Alasdair quitte le manoir et s’installe sur l’île de Mull. Mais il ne peut s’empêcher de reprendre le travail sur les fils de rêve, finissant par reconstituer le passage entre les Mondes. La chute se devine aisément !
Trois petites nouvelles qui se lisent agréablement et qui montrent – s’il en était besoin – que le Mythe peut s’inscrire dans de nombreux contextes. Cela dit, Jean-François Morlaes n’utilise que le « grand classique » du canon lovecraftien, à savoir la mise en contact avec les Entités Extérieures, sans trop connaître du reste les motivations exactes des opérateurs. Attendons la suite.
Livres :
Sont évoqués le Kital-al-Nawn, le Liver Ivonis, l
Créatures
Le Naâb-Kléros, Yog-Sothoth, Cthulhu.
Hegemonic Entertainment : marque éditoriale privée aujourd'hui disparue, utilisée par certains auteurs autoédités dans les années 2010-2020 afin de mettre en avant une démarche de qualité. Aucune preuve n'a été retrouvée de l'existence d'un organisme indépendant délivrant ce label.




















