Invocations à Dagon
Un grimoire d’Innsmouth au cœur de la normalisation du Mythe
1. Statut de l’ouvrage
Les Invocations à Dagon sont :
- un ouvrage fictif,
- interne au récit L’Île Noire de DERLETH
- attribué à Asaph Waite.
Il ne s’agit
ni d’un livre ancien préhumain (type Necronomicon),
ni d’un traité savant moderne,
mais d’un texte rituel local, produit par un humain déjà en cours de
transformation.
👉 C’est un point fondamental.
2. Asaph Waite : une figure charnière d’Innsmouth
Asaph Waite est présenté comme :
- originaire d’Innsmouth,
- marin, puis
- régisseur au service de la famille Marsh (lignée centrale d’Innsmouth),
- auteur d’un texte rituel dédié à Dagon.
Son parcours est typique :
- immersion dans le culte,
- hybridation progressive,
- métamorphose assumée en Profond.
Il meurt en 1928, lors de l’intervention fédérale décrite dans The Shadow over Innsmouth.
👉 Contrairement à Lovecraft, Derleth nomme, documente et archive ce moment.
3. Nature des Invocations à Dagon
Le texte est décrit implicitement comme :
- un recueil de formules liturgiques,
- probablement rédigé en anglais mêlé de termes déformés,
- destiné à des officiants hybrides,
- lié à des rites côtiers précis (marées, récifs, ports).
Ce n’est pas un grimoire cosmique, mais un manuel cultuel fonctionnel.
Et c’est là que quelque chose bascule.
4. Ce que Derleth fait ici (et que Lovecraft évitait)
Chez H. P. Lovecraft :
- les Profonds n’écrivent pas,
- ils chantent, murmurent, transmettent oralement,
- les textes sont toujours extérieurs à eux.
Chez August Derleth :
- un Profond écrit,
- signe un ouvrage,
- laisse un texte exploitable par des humains.
👉 L’horreur devient documentable de l’intérieur.
5. Fonction des Invocations dans L’Île Noire
Le livre joue trois rôles précis :
a) Renforcer la cohérence encyclopédique
Innsmouth →
Marsh → Waite → Dagon → Profonds
Tout est relié, nommé, classé.
b) Multiplier les sources écrites
Après :
- le livre de Blayne sur Ponape,
- les archives de Waine,
voici un texte cultuel direct, qui comble un vide laissé par Lovecraft.
c) Justifier l’intervention humaine
Si les cultes
ont des livres,
ils ont des structures lisibles,
donc des cibles.
6. Lecture critique (Encyclopedia Occultae)
Les Invocations à Dagon sont un symptôme clair :
le Mythe n’est
plus seulement vécu ou subi,
il est produit par ses propres créatures,
puis récupéré par l’érudition humaine.
Cela entraîne :
- une perte de l’altérité radicale des Profonds,
- une transformation du culte en religion structurée,
- une justification implicite du “nettoyage” de 1928.
Chez
Lovecraft, l’opération fédérale est une horreur bureaucratique ambiguë.
Chez Derleth, elle devient presque une nécessité rationnelle.
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Conclusion
Les Invocations à Dagon ne rendent pas le Mythe plus effrayant.
Elles le rendent lisible.
Et ce qui
devient lisible
devient tôt ou tard
administrable.

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