Le Livre des bouffonneries de la Mort ou La Tragédie du Fou par Thomas Lovell Beddoes. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
Nous devons à Jean Hautepierre cette première traduction en français d’une œuvre puissante de Thomas Lovell Beddoes (1803-1849), une pièce de théâtre sur laquelle il travailla, peut-être sans conviction, pendant une vingtaine d’année. Elle fut publiée seulement après sa mort.
Poète méconnu de son vivant, Thomas Lovell Beddoes a laissé une œuvre tragique et métaphysique, insolite sans doute. Jean Hautepierre, dans un avant-propos nécessaire, signale « deux aspects essentiels de son œuvre : souvent considéré comme le plus macabre des poètes romantiques anglais, il a élaboré une poésie très sombre et, dans son œuvre théâtrale, mis la poésie sur scène ».
« Le théâtre de Beddoes, poursuit-il, donne l’impression d’une grande œuvre largement restée en germe : de magnifiques fulgurances poétiques, vers et tirades dignes des plus grands auteurs de théâtre en vers anglais, se succèdent en composant des pièces inachevées. »
Thomas Lovell Beddoes n’eut jamais le souci de l’achèvement, pas plus que celui de la publication. C’est à Thomas Kelsall, un ami proche, que nous devons la connaissance de cet auteur et de son œuvre. Après le décès de Beddoes, qui se suicida, il rassembla ses textes et fit publier le Death’s Jest Book.
L’histoire elle-même en est chaotique, déconstruite, ouvrant des espaces au véritable et seul sujet qui préoccupe Thomas Lovell Beddoes, la Mort, son caractère inéluctable et son absurdité, revers de l’absurdité de la vie, à moins que ce ne soit l’inverse. D’où l’idée de la « bouffonnerie », mais la fonction de bouffon est essentielle à la lucidité.
Demeure la beauté des textes qui en elle-même possède une dimension métaphysique et révélatrice. Ce sont moins les personnages, leurs jeux respectifs, qui importent que les mots, véritables personnages d’une pièce qui dépasse largement la scène du théâtre pour envahir la scène où vie et mort ne font qu’un.
« Un rameau de cyprès et une guirlande de roses,
Une robe de mariage et un linceul,
Un lit de noces,
Un lit de mort,
A toi les baisers, jeune fille,
Et les alarmes de l’Amour, si souriantes ;
Et toi, jeune et pâle, repose
Dans les bras glacés du tombeau.
Chacun avec ses propres charmes,
La Mort et l’Hymen sont ici :
Dressez-donc la torche et la faux
Jusqu’au seuil de la vieille église,
Alors que sonneront les cloches cristallines ;
Et rose le lit fleurira,
De terre s’emplira la tombe.
Maintenant sur vos joues les fossettes frémissent ;
Que doux soient le langage et le goût de vos lèvres,
Car il est près de vous, celui qui les embrasse :
C’est la fête du dieu du mariage, près d’elle,
Dans la puissance et la vigueur de la jeunesse ;
Près de lui, dépouillé, les cheveux grisonnants,
Un pâle chevalier sur un pâle coursier
Le courtise pour un cadavre.
La Mort et l’Hymen sont ici :
Dressez donc la torche et la faux
Jusqu’au seuil de la vieille église,
Alors que sonneront les torches cristallines ;
Et rose le lit fleurira,
De terre s’emplira la tombe.

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