dimanche 4 janvier 2026

ESCHER À PARIS

 

 

 
Pour les Franciliens, si vous avez loupé l’info, ne passez pas à côté de l’expo Maurits Escher, au Musée de la Monnaie. Une rétrospective tres complète et didactique, jusqu’au 1er mars.
Ses œuvres ont largement nourri les illustrateurs de SF, comme par exemple cette planche tiré de Delirium Circus, de notre Philippe Druillet national.

samedi 3 janvier 2026

LA VILLA DE CROWLEY VA RÉOUVRIR SES PORTES

 


ALAIN-JACQUES LACOT alias JACQUES VIALLEBESSET, RIP

 Un grand érudit que nous avons souvent côtoyé à l'IMI pour la préparation des Salons du Livre Maçonnique.

Jacques Viallebesset (de son vrai nom Alain-Jacques Lacot) était un poète et écrivain français né en 1949 en Auvergne. Il est malheureusement , comme l’annonce un hommage récent

.


Parcours et œuvre :

  • Il était , d’où il tirait une grande partie de son inspiration, mais vivait aussi à Paris. Son œuvre poétique est marquée par une exigence fraternelle et une grande attention aux rencontres humaines et à la transmission.
  • Il s’est fait connaître notamment pour son roman "La Conjuration des vengeurs" (Dervy, 2006), co-écrit avec Laurent Ducastell, qui mêle polar et imaginaire maçonnique. Ce livre a même été .
  • , il a aussi publié des recueils de poèmes comme "L’écorce des cœurs" et "Le pollen des jours", et collaboré avec des artistes pour des projets mêlant poésie et peintur
  • Il était également et fasciné par l’œuvre de Jean Giono.

Style et engagement :

  • Jacques Viallebesset et une générosité qui ont marqué ceux qui l’ont connu. Il croyait à la et de transformation du monde

Son œuvre reste une

12:19


RIP AMI PIERRE BORDAGE


 Un grand écrivain français de SF vient de nous quitter. Bon vent parmi les étoiles !

À LA DÉCOUVERTE DE L'OEUVRE DE JEFFERSON BATES

 


 

BATES, JEFFERSON

 

Peintre isolé, lecteur contaminé et victime de la bibliothèque totale

Nom : Jefferson Bates
Période d’activité fictive : milieu du XXᵉ siècle
Profession : peintre
Première apparition : La Maison dans la Vallée
Aire géographique : Nouvelle-Angleterre rurale (vallée isolée, Aleysbury)
Catégorie analytique : artiste exposé sans médiation au savoir interdit


1. Présentation générale

Jefferson Bates est une figure emblématique de l’artiste non savant confronté au Mythe par imprégnation environnementale. À la différence des savants, héritiers ou initiés accompagnés, Bates n’est ni préparé ni guidé. Son entrée en contact avec l’horreur se fait par l’installation dans un lieu saturé de textes et de pratiques antérieures.

Le récit met en scène une exposition cumulative au savoir interdit, sans hiérarchie ni filtre.


2. Le dispositif narratif : retraite artistique et isolement

Bates s’installe dans une maison abandonnée afin d’y travailler en paix. Ce motif — retraite créatrice, silence, isolement — fonctionne comme précondition narrative de la contamination :

  • rupture avec le tissu social,
  • absence de témoins fiables,
  • disponibilité psychique accrue.

L’artiste ne cherche pas le Mythe ; il s’y trouve plongé.


3. La maison comme archive maudite

La demeure est marquée par son ancien occupant :

Seth Bishop, meurtrier et probable officiant cultuel.

Bishop a laissé derrière lui un volume calligraphié — Seth Bishop, son œuvre — qui compile des extraits de textes majeurs :

  • Necronomicon,
  • Cultes des Goules,
  • Texte de R’Lyeh,
  • Manuscrits Pnakotiques,
  • et une copie du Le Septième Livre de Moïse.

Cette accumulation constitue une bibliothèque totale locale, prête à l’usage, sans cadre interprétatif.


4. Lecture et passage à l’acte

La spécificité de Bates tient à ce glissement :

lecture → rêve → vision → action

Le Septième Livre de Moïse joue ici un rôle décisif en introduisant une magie opératoire. Le savoir cesse d’être contemplatif et devient incitatif.

La découverte du tunnel, de l’autel et du gouffre matérialise le passage de la théorie à la pratique.


5. Tentative d’enquête et isolement définitif

Bates tente une enquête locale à Aleysbury auprès d’un commerçant nommé Obed Marsh.
Ce relais échoue : aucune médiation, aucune transmission structurée n’est possible.

L’artiste demeure seul face à un savoir qu’il ne peut ni hiérarchiser ni refuser.


6. Issue et répétition

La fin du récit est conforme au schéma lovecraftien classique :

  • Bates devient meurtrier,
  • reproduit le geste de Seth Bishop,
  • nourrit une entité amorphe et tentaculaire,
  • disparaît comme sujet autonome.

Il ne comprend pas : il répète.


Conclusion

Jefferson Bates n’est ni initié ni élu.

Il est remplaçable.

La maison n’a pas besoin de lui apprendre :
elle le refait.

Il incarne la limite de la bibliothèque totale :
sans maître, elle ne produit pas des savants,
mais des successeurs sacrificiels.



vendredi 2 janvier 2026

LA SCIENCE-FICTION, C'EST AUJOURD'HUI !


 

DEUX BAT À VÉRIFIER POUR BIEN COMMENCER 2026

 


UN LIVRE À NE PAS FEUILLETER !

 


Invocations à Dagon

Un grimoire d’Innsmouth au cœur de la normalisation du Mythe

 

1. Statut de l’ouvrage

Les Invocations à Dagon sont :

  • un ouvrage fictif,
  • interne au récit L’Île Noire de DERLETH
  • attribué à Asaph Waite.

Il ne s’agit ni d’un livre ancien préhumain (type Necronomicon),
ni d’un traité savant moderne,
mais d’un texte rituel local, produit par un humain déjà en cours de transformation.

👉 C’est un point fondamental.

 

2. Asaph Waite : une figure charnière d’Innsmouth

Asaph Waite est présenté comme :

  • originaire d’Innsmouth,
  • marin, puis
  • régisseur au service de la famille Marsh (lignée centrale d’Innsmouth),
  • auteur d’un texte rituel dédié à Dagon.

Son parcours est typique :

  • immersion dans le culte,
  • hybridation progressive,
  • métamorphose assumée en Profond.

Il meurt en 1928, lors de l’intervention fédérale décrite dans The Shadow over Innsmouth.

👉 Contrairement à Lovecraft, Derleth nomme, documente et archive ce moment.

 

3. Nature des Invocations à Dagon

Le texte est décrit implicitement comme :

  • un recueil de formules liturgiques,
  • probablement rédigé en anglais mêlé de termes déformés,
  • destiné à des officiants hybrides,
  • lié à des rites côtiers précis (marées, récifs, ports).

Ce n’est pas un grimoire cosmique, mais un manuel cultuel fonctionnel.

Et c’est là que quelque chose bascule.

 

4. Ce que Derleth fait ici (et que Lovecraft évitait)

Chez H. P. Lovecraft :

  • les Profonds n’écrivent pas,
  • ils chantent, murmurent, transmettent oralement,
  • les textes sont toujours extérieurs à eux.

Chez August Derleth :

  • un Profond écrit,
  • signe un ouvrage,
  • laisse un texte exploitable par des humains.

👉 L’horreur devient documentable de l’intérieur.

 

5. Fonction des Invocations dans L’Île Noire

Le livre joue trois rôles précis :

a) Renforcer la cohérence encyclopédique

Innsmouth → Marsh → Waite → Dagon → Profonds
Tout est relié, nommé, classé.

b) Multiplier les sources écrites

Après :

  • le livre de Blayne sur Ponape,
  • les archives de Waine,

voici un texte cultuel direct, qui comble un vide laissé par Lovecraft.

c) Justifier l’intervention humaine

Si les cultes ont des livres,
ils ont des structures lisibles,
donc des cibles.

 

6. Lecture critique (Encyclopedia Occultae)

Les Invocations à Dagon sont un symptôme clair :

le Mythe n’est plus seulement vécu ou subi,
il est produit par ses propres créatures,
puis récupéré par l’érudition humaine.

Cela entraîne :

  • une perte de l’altérité radicale des Profonds,
  • une transformation du culte en religion structurée,
  • une justification implicite du “nettoyage” de 1928.

Chez Lovecraft, l’opération fédérale est une horreur bureaucratique ambiguë.
Chez Derleth, elle devient presque une nécessité rationnelle.

 

Conclusion

Les Invocations à Dagon ne rendent pas le Mythe plus effrayant.

Elles le rendent lisible.

Et ce qui devient lisible
devient tôt ou tard
administrable.

jeudi 1 janvier 2026

BONNE ANNÉE LES ZAMIS


Notre première réunion de l'année organisée par les amis Arz.

Nous allons enfin savoir ce que nous réserve 2026 ! Et on laisse les catastrophes au vestiaire. On essaiera plutôt de répondre à ces questions :

- Patrice Allart nous prépare-t-il un nouveau pavé ?
- François Lange a-t-il renouvelé sa provision de lambig ?
- Emeline Lolou a-t-elle réparé son balai de sorcière ?
- Quand Manu va-t-il lancer sa production de tapis volants au Sénégal ?
- Quel sera le prochain gadget pour l'ODS imaginé par Sabrina ?
 - Jean-Christophe Pichon poursuivra-t-il son élevage de poules à Logodec ?

- Lauric Guillaud obtiendra-t-il la nationalité thuléenne ?

- André Savéant est-il prêt pour la galette des rois ?

 - Rémy Lechevalier aura-t-il son train ?

- Fanny Bastien aime-t-elle toujours le jus de laitue ?
- Jean-Luc Buard se connectera-t-il sur Discord ?
- La Louve osera-t-elle de se faire tirer le tarot "Dracula" ?
- Véronique Samson sait-elle toujours faire de la choucroute ?
- Roger Facon voudra-t-il revenir au cabaret du Chat Noir ?

- Marie Maitre sera-t-elle élue "Reine des Trombones" ?

- Jean Hautepierre retrouvera-t-il son monocle ?
- Sabine aura-t-elle toujours aussi soif ?

- Nicdouille retrouvera-t-il son TO7 ?
- Richard D. Nolane entrera-t-il à "la Pléiade" ?
- Marie-Charlotte Delmas adoptera-t-elle un loup-garou ?


Et j'en oublie bien sûr des wagons. Je précise qu'en raison de la sensibilité de certaines questions, il n'y aura pas de compte-rendu !
 

 Philippe 

mercredi 31 décembre 2025

LES BALADES DU BIBLIOTHÉCAIRE : CARCOSA

 


Le Roi en Jaune (1895) est en fait un recueil de 10 nouvelles[1] qui a fait l’objet de nombreuses traductions dont celle de Christophe Thill, à l’origine pour notre fanzine Dragon & Microchips. Un tirage de luxe a été réalisé en 2022 par les éditions Callidor. L’ensemble es précédé par « La Chanson de Cassilda », extrait de la pièce de théâtre le REJ, qui donne la tonalité : une planère (ou une ville) « Carcosa », la constellation des Hyades, des étoiles noires, le lac de Hali, deux soleils.

La première nouvelle, Le Restaurateur de Réputations, est en fait la dernière écrite par Chambers dans la série du REJ. Un texte curieux, qui ressortirait d’une catégorie à créer, « l’horreur psychiatrique ». Dans un Washington rénové, un jeune quidam assiste à l’inauguration de la Chambre Mortuaire, le suicide assisté ayant maintenant droit de cité. Il possède l’ouvrage Le Roi en Jaune et a cru devenir fou en le feuilletant. Car c’est son cousin, un fringuant cavalier, qui est, pense-t-il, le monarque et dont il doit prendre la place. Il projette de liquider aussi sa fiancée et un armurier ami, tout cela sous les conseils d’un être difforme qui a amassé une déritable fortune comme « restaurateur de réputations ». Il sera heureusement arrêté avant de passer à l’acte, par l’intervention de la Garde de la maison mortuaire où il avait donné rendez-vous à ses victimes. Un texte loufoque sauvé de justesse par la qualité de la plume de l’auteur.

« Il évoqua l'installation de la dynastie à Carcosa et les lacs qui reliaient Hastur, Aldébaran, et le mystère des Hyades. Il parla de Cassilda et de Camilla, et sonda les nébuleuses profondeurs de Demhe et le lac de Hali. "Les haillons festonnés du Roi en jaune doivent dissimuler Yhtilli pour toujours", murmura-t-il, mais je ne crois pas que Vance l'entendit. Ensuite il fit suivre à Vance, petit à petit, les ramifications de la famille impériale jusqu'à Uoht et Thale, de Naotalba et du Spectre de la Vérité jusqu'à Aldones, puis repoussant le manuscrit et les notes, il commença à raconter la prodigieuse histoire du Dernier des Rois. »

 

Avec Le Masque, nous faisons connaissance d’un couple d’artistes et de l’un de leurs amis, sculpteur. Le climat est un peu celui d’un ménage à trois, où l’un aime l’autre mais on ne lui dit pas alors qu’il soupire en silence. L’un de ces artistes a mis au point un procédé chimique qui transforme le vivant en un magnifique marbre veiné de bleu. Après les expériences inévitables sur les plantes et les animaux, ce sera à la peintre de goûter aux joies du minéral, échappant de la sorte à une bi-relation amoureuse dont elle ne sait pas se sortir. L’un des deux jeunes hommes se suicide de désespoir alors que l’autre glisse vers la folie après avoir lu le REJ. Mais au fait, les effets de ce produit miracle ne sont-ils pas limités dans le temps ?

 

Dans La Cour du Dragon, le narrateur est poursuivi par un mystérieux homme en noir. On comprend que c’est la mort qui veut le punir de méfaits qu’il aurait commis à Carcosa !

Le Signe Jaune est un sympathique petit texte mettant en scène un jeune artiste-peintre et son joli modèle. Le quartier isolé dans lequel se situe son atelier est régulièrement perturbé par le passage d’une charrette noire qui contient une caisse. On comprendra que cette caisse est un cercueil qui attend de recueillir l’artiste alors que le modèle finit par lui crier son amour après avoir feuilleté le REJ.

« La nuit tomba et les heures continuaient à s'écouler, mais nous parlions toujours du Roi et du Masque blême, et minuit sonna aux clochers de la ville noyée de brume. Nous parlions de Hastur et de Cassilda, alors qu'au-dehors le brouillard tourbillonnait aux fenêtres, tout comme les vagues nébuleuses du lac de Hali roulent et se brisent sur ses rivages. »

 

Quand un jeune américain se perd dans les marécages du. Sud de la France et est récupéré par une jolie jeune femme en tenue de fauconnière. C’est ainsi que débute La Demoiselle d’Ys, charmante créature qui ne manquera pas de tomber amoureuse du beau yankee. Une ydille qui se terminera mal suite à une morsure de vipère qui mettra fin aux jours de la jeune femme. Le randonneur reprendra conscience en plein marécage, près de la pierre tombale d’une certaine comtesse d’YS décédée en1573. Le Paradis du Prophète est une suite de petits textes (poèmes en prose) qu’on lira rapidement. La rue des Quatre-Vents nous présente (encore) un jeune artiste dont la solitude n’est troublée que par le chat de l’immeuble. Un jour, particulièrement agité, l’animal le conduit chez une voisine qui gît, morte. La voisine dont le sculpteur était évidemment amoureux.

La rue du premier obus porte parfaitement son nom. Nous sommes avec un jeune artiste améticain alors que les premiers obus prussiens se mettent à pleuvoir sur Paris. Il rejoint l’armée française dans une boucherie dont il ne sortira que par miracle. Et retrouvera sa fiancée qui l’attend terrorisée. Le récit est particulièrement cru, mais ne nous délivre aucun signe jaune ! On ne trouvera pas plus ce signe dans les deux nouvelles qui suivent, rue Notre-Dame de Champs et Rue Barrée qui nous content les émois d’un jeune américain venu à Paris pour étudier les Arts et découvrir l’Amour. Du véritable concentré « d’eau de rose ».

 


 

La version Callidor est complétée par

° Un habitant de Carcosa, nouvelle d’Ambrose Bierce (1886) qui a manifestement inspiré Chambers. Il s’agit du récit d’un voyageur égaré dans un paysage de désolation alors que brillent dans le ciel Aldébaran et les Hyades. Il est à la recherche de l’antique cité de Carcosa. Il rencontre une sorte de prophète, Hali, qui l’ignore et finit par découvrir une plaque de pierre qui est sa propre tombe.

°Une courte notice sur Chambers de S.T. Joshi qui avait été publiée dans Crypt of Cthulhu no 22 (1982). L’essayiste américain montre bien que Chambers n’a écrit que peu de textes fantastiques, étant avant tout un auteur de romances, aimant mettre en scène de jeunes artistes qui se cherchent et de jolies jeunes filles en fleur !

° Une brève présentation de Samuel Araya, illustrateur de talent qui donne à l’ouvrage un look particulièrement attrayant.

 

Lovecraft découvrira Chambers au moment de boucler Épouvante et Surnaturel en Littérature et ne tarira pas d’éloges sur la nouvelle Le Signe Jaune. Les « créations » de l’auteur américain (Aldébaran, Carcosa, Hali, Hastur, Hyades…) seront fréquemment reprises, et dès 1927 où Lovecraft suggère sous forme de clin d’œil que le REJ pourrait être une des sources l’inspiration du Necronomicon. August Derleth intégrera Hastur au panthéon lovecraftien, voyant en lui un Grand Ancien maitre des airs.

 

Comme pour le Necronomicon, certains se sont essayés à donner du « corps » à ce livre qui n’existe pas. Citons notamment Le Roi en Jaune de Jean Hautepierre (EODS 2015) qui n’hésite pas à rédiger les deux parties de la pièce de théâtre. « Le Prince de Carcosa » annonce la catastrophe finale, qui sera l’objet de la seconde partie, « le Roi en Jaune » à proprement parler. Cette dernière s’inscrit clairement dans le mythe de l’auteur de Providence, l’apocalypse n’étant rien d’autre que le réveil de Cthulhu.



[1] Nombre variable selon les éditions.

mardi 30 décembre 2025

LES ALIENS À PEROLS

 


Les CHRONIQUES D'EL'BIB : WEIRD REALISM CHEZ LOVECRAFT, Graham Harman

 


"Weird Realism: Lovecraft and Philosophy" de Graham Harman (2012) est un essai philosophique qui explore les liens entre l’œuvre de H.P. Lovecraft et la pensée contemporaine, notamment à travers le prisme de l’ et du mouvement du , dont Harman est l’un des principaux représentants.

Thèse centrale : Harman y défend l’idée que Lovecraft, souvent méprisé par la critique littéraire pour son style ou ses idées réactionnaires, est en réalité un penseur majeur de la "weird realism" (). Selon lui, Lovecraft met en scène une vision du monde où les objets et les entités (comme Cthulhu ou les montagnes de la folie antarctique) existent indépendamment de la perception humaine, et où la réalité est fondamentalement étrange, insondable et résistante à toute réduction à la pensée ou au langage. Cette approche s’oppose au "" (l’idée que nous ne pouvons connaître le monde qu’à travers notre relation à lui), dominant en philosophie continentale depuis Kant. Pour Harman, Lovecraft illustre une ontologie où , échappant à toute pleine compréhension — une idée clé de l’OOO

Structure et méthode :

  • Le livre s’ouvre sur une défense de Lovecraft contre ses détracteurs, comme le critique Edmund Wilson, et propose une lecture philosophique de ses récits, en extraisant des concepts comme l’"objet" (les entités lovecraftiennes), la "qualité" (leurs attributs), et la tension entre ce qui est accessible et ce qui reste caché.
  • Harman analyse des passages clés de Lovecraft pour montrer comment son œuvre explore la distance entre les choses et leur apparence, entre le réel et le sensible. Il remplace les références traditionnelles de Heidegger (comme Hölderlin ou les Grecs) par des figures lovecraftiennes (Cthulhu, Wilbur Whateley, Brown Jenkin), transformant la
  • L’auteur insiste sur le fait que Lovecraft, bien que non philosophe, est "anti-idéaliste" et "anti-huméen" : il refuse de réduire le monde à ce que l’esprit humain peut en saisir, et met en scène un univers où les lois de la raison et de la science sont constamment menacées par l’irruption de l’inconnu.

Réception et critiques :

  • Certains lecteurs et critiques saluent la façon dont Harman réhabilite Lovecraft comme un auteur philosophiquement profond, capable de renouveler la pensée contemporaine. Son approche est vue comme une tentative audacieuse de sortir la philosophie continentale de ses impasses, en utilisant la fiction pour repenser le réel
  • D’autres soulignent que Harman minimise ou excuse les , allant jusqu’à suggérer que ses vues réactionnaires pourraient, dans de rares cas, renforcer la puissance de son imagination — une position qui a suscité des débats et des critiques, notamment sur le plan éthique
  • Le ("brillant", "maîtrisé"), peut aussi déconcerter : certains trouvent qu’il surévalue Lovecraft en tant qu’artiste littéraire, malgré des défauts évidents (dialogues maladroits, prose rigide), pour mieux servir sa propre thèse philosophique

Impact :

  • "Weird Realism" a contribué à populariser Lovecraft dans les cercles philosophiques, notamment parmi les tenants du Réalisme Spéculatif. Il a aussi , et sur les face à .

En résumé, ce livre est une lecture stimulante pour quiconque s’intéresse à la philosophie contemporaine, à Lovecraft, ou à la façon dont la littérature peut interroger les fondements de la réalité.