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lundi 18 décembre 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : SUR LES TRACES DE LOVECRAFT, anthologie





Sur les traces de Lovecraft T1 (anthologie, Nestiveqnen, 2017).

Les anthologies néo-lovecraftiennes continuent de pleuvoir et, après celle de Bragelonne, c’est à Nestiveqnen de poursuivre le bal. Et il s’agit d’un premier tome.

Arkham

Hélène Duc nous propose, avec La Terreur dans ses Ténèbres une promenade dans les quartiers mal famés dArkham, en compagnie dun policier qui enquête sur les disparitions mystérieuses de 8 prostituées. Le coupable, qui ne cherche pas véritablement à se dissimuler, sera facilement arrêté et expliquera quil cherche « de la chair fraîche » pour nourrir un puissant dieu hyperboréen dont il est devenu lesclave Atlach-Nacha. La police, le considérant comme fou, le fera interner alors que le jeune inspecteur décidera daller au fond des choses. Son expédition dans les sous-sols de la ville lui révélera maintes horreurs et le mettra en contact avec le monstre, qui, usant de son charme hypnotique, le chargera de reprendre son approvisionnement.
On notera qu’Altach-Nacha, immense araignée, est le fils béni du grand Abhoth.

Azathoth

Pierre de Beauvillé sait manier l’humour et nous le prouve avec Le Loch. Tobias est hanté par une tache noire qui ne cesse de s’étendre sur le tapis de son appartement de Münich. Son chat l’évite soigneusement, les objets qu’il y plonge disparaissent sans ressortir en dessous et l’aberration ne cesse de s’étendre. Les investigations menées avec sa fiancée, un vieux savant russe et un prêtre ne donneront aucun résultat tangible, la seule évocation de ce phénomène étant un passage du Necronomicon où il est dit que « le trou est une manifestation du millénaire Azathoth, qui ne cessera de grandir pour engloutir la terre, car telle est la volonté du Chaos ». Tobias déménagera avec ses amis. Le quartier, la ville, la région, l’Allemagne etc disparaitront tour à tour. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies décidera de lâcher quelques bombes atomiques, sans aucun effet. Une petite équipe sera envoyée dans l’espace pour tenter de préserver la race humaine avec de nombreuses archives-témoignages et le Nécronomicon, au cas où

L’ami Serge Rollet nous sert une petite pièce bien sympathique avec Azathoth où nous assistons à la mise au point d’un super accélérateur de particules, aux Etats-Unis, capable de fournir des résultats étonnants, et pourquoi pas de devenir le Maître du Monde. C’est la raison pour laquelle ce projet est soutenu par le Président. Il est mené par un savant fou, Thotep, génie de la physique des particules, mais aussi redoutable occultiste. Une petite équipe, pilotée par le Dr Armitage, avec  Kate, une savante qui a quitté le projet et son ex, Fred Marsh, journaliste à sensation, va chercher à déjouer les plans de Thotep. Kate conduira ses acolytes dans le laboratoire où l’expérience va être tentée, à Innsmouth, où ils tomberont entre les griffes de l’apprenti démiurge. Celui-ci officie avec un exemplaire du Codex DoSoto, du manuscrit Voynich et du Necronomicon, son but étant d’ouvrir la porte qui libérera Azathoth. Cela se terminera en carnage, Kate réussissant finalement au prix de sa vie à repousser Celui du Dehors en brandissant le Necronomicon.

Cthulhu

Les Démons d’Ynis Mon de Paul Marin Gal obéit à un schéma bien rôdé dans la fiction lovecraftienne. Deux jeunes archéologues d’Oxford mènent, pour le compte du musée Pitt River, une mission au Pays de Galles. Une mission prétexte puisque l’un des protagonistes est un cultiste à la recherche d’une pierre noire pour invoquer le Grand Ancien qui sommeille au fond de l’océan. L’expédition se terminera dans un bain de sang, le cultiste y laissant la vie alors que son coéquipier, poursuivi par les Créatures d’Innsmouth, rejoint Oxford en catastrophe pour se réfugier chez son Professeur. Et pourtant, ce texte est très original, l’auteur mettant sa grande culture gallo-celte au service du Mythe de Cthulhu pour lui donner une couleur tout à fait intéressante. Les prêtres du Culte de R’Lyeh savaient décidemment beaucoup de choses à l’ère pré-druidique !

Avec L’Île Hallucinée de Barnett Chevin nous restons dans la néo-lovecrafterie dobédience classique ; on croirait lire du Derleth ! Un jeune homme amoureux de la mer décide de sembarquer en 1872 pour une traversée qui lui permettra de réunir un petit pécule afin d’épouser sa fiancée et de fonder une famille à son retour. Une cargaison mystérieuse, faite d’énormes fûts - officiellement de l’alcool de contrebande - est embarquée sur le navire, sous la surveillance d’un personnage bizarre qui va participer au voyage. Il s’appelle Wilbur Whateley ; son corps est dissimulé sous le lourds vêtements et son visage caché par un turban. Après quelques jours de traversée sans histoire, des gargouillis étranges émanent des cales et plusieurs marins, bravant l’interdiction de visiter ces lieux, sont retrouvés affreusement déchiquetés. Whateley ne sortant que la nuit, le jeune matelot profite d’une de ses absences pour visiter sa cabine. Il y découvre de piles de livres bizarres, dont un certain Necronomicon. Je n ‘y ai recensé qu’un fatras d’inepties à propos des choses de l’au-delà, de divinités cosmiques appelées les « Grands Anciens » qui régissent notre monde ou qui dorment loin de notre civilisation en attendant le moment opportun pour nous asservir. Un grand tableau représentant un paysage malsain est accroché au mur, ainsi qu’une gravure consacrée à « l’île sans nom ». Cette dernière est en fait le véritable but de l’expédition que nos aventuriers finiront par découvrir et explorer. Elle abrite une cité cyclopéenne dont les murs sont ornés d’odieuses gravures. Les tonneaux sont débarqués du navire, libérant des créatures putrescentes qui se répandront dans la cité. En son centre se dresse un Temple recouvrant un abîme dont on ne peut localiser le fond. Whateley, manifestement familier des lieux, se mettra à invoquer Yog-Sothoth, Shub-Niggurath, Nyarlathotep et Cthulhu. Sensible à l’appel, la créature tentaculaire surgira de sa grotte et le jeune matelot aura tout juste le temps de se sauver en se précipitant dans la chaloupe du navire.

Par-delà la mer sans sommeil de Yan Quero relève également de l’orthodoxie lovecraftienne la plus stricte. Un jeune étudiant en archéologie, James Flaherty, s’inscrit à l’Université de Miskatonic pour obtenir sa dernière UV. Il est le seul élève du professeur Gladstone, personnage fantasque qui possède, soigneusement enveloppée dans un coffret en bois une statue dotée d’étranges pouvoirs. Il ne fera que l’entrouvrir, plongeant l’étudiant dans une immense cité dans laquelle il rencontrera une jeune fille ravissante avant qu’elle ne se transforme en monstre. Le professeur lui explique qu’il a eu une vision de Kadath, la cité mythique des Grands Anciens, décrite notamment par Lovecraft dans son œuvre. Il lui parle des temples construits près de Damas à la gloire des Grands Anciens, informations qu’il a recueillies dans Le Necronomicon d’Abdul Alhazred. C’est le vestige d’une collection de mythes, de récits et de prières dédiées à des divinités archaïques dont les noms malgré de multiples variantes, correspondaient pour sa trinité principale à Cthulhu, Azathoth (dont il ne fallait jamais prononcer le nom à voix haute) et Yog-Sothoth.
Gladstone possède également un autre texte, Par-delà le mur sans sommeil, dont il na pu effectuer une traduction cohérente. L’étudiant se met à la tâche et y découvre d’histoire du poète dément avant la rédaction de son fameux ouvrage. Il sest rendu en Chine avec son père, commerçant, plus particulièrement dans la région de X’ian. Lempereur a été assassiné par sa femme, Wu Zetian, qui organise une expédition vers les îles de lEst, refuge des Grands Anciens, qui possè
 qui possèderaient le remède lui permettant de se transformer en homme et dasseoir son pouvoir. Cest Nyarlathotep lui-même qui apportera la précieuse potion avant, pour remerciement, d’être enfermé dans une pyramide scellée dans la cité aux soldats enterrés. Alhazred passera pour sa part plusieurs années en prison avant de repartir en Arabie dont il rapportera la mystérieuse statuette.
Gladstone confie ensuite à son disciple une liasse de feuillets anciens qu’il a trouvé dissimulés sous la couverture du Necronomicon. Il sagit du récit du père jésuite Alexandro de Cominado, parti en expédition pour découvrir la fabuleuse île de California et évangéliser la Reine des Amazones. Arrivé sur place après de nombreuses péripéties, le prêtre et ses compagnons découvrent une cité cyclopéenne dont ils franchissent les portes de bronze. Ils seront faits prisonniers par une équipe de cultistes et s’enfuieront péniblement, poursuivis par les tentacules du monstre marin.
Avec laide dun généreux sponsor, Glastone montera une expédition pour retrouver les ruines de la cité quil suppose être Kadath. Opération couronnée de succès, si ce n’est que les membre de l’équipe seront possédés par des « minions » dont ils pomperont l’esprit et possèderont le corps. James, le temps de la possession, saisira la problèmatique de ces êtres :
Les fragments du Necronomicon et des Manuscrits Pnachotiques prenaient sens, bien au-delà des laborieuses et pitoyables interprétations quen faisaient leurs lecteurs humains. Je me rappelais, où Cthulhu lavait rayé sur notre planète natale, autour de la première étoile créée après le big-bang. Je voyais Kadath, la rayonnante cité construite par l’oppression sans pitié de foules esclaves : Kadath laNoire ; Kadath que des millénaires de corruption spirituelle avait mué en temple de la cruauté, cernés de taudis infinis.
Je   me souvenais de notre soleil moribond quil avait fallu quitter lorsquaprès 10 milliards d’années d’ardeur, ses feux s’étaient éteints. Les Grands Anciens ne disposaient pas de vaisseaux pour traverser l’espace, mais ils étaient capables de léviter et de s’enkyster pour franchir le vide sidéral. Nous avions dérivé entre les amas de galaxies, jusqu’à finir sur cette planète bleue, voilà des dizaines de millions d’années. Des êtres aux dents acérées contestèrent notre venue et notre suprématie. Nous étions cependant plus forts et surtout plus puissants qu’eux. Cthulhu attira vers notre planète d’accueil un astéroïde qui les extermina. Son erreur ne lui apparut que dans un deuxième temps. En se fracassant au sol, le météore qui détruisit nos adversaires envoya une quantité phénoménale de poussière dans l’atmosphère, plongeant la planète dans un hiver semblant de ne jamais y devoir finir. Nous avions cru revivre. Le froid nous obligea à nous enkyster de nouveau, sans que nous ayons recouvré suffisamment de force pour repartir.
Seul James parviendra pourtant à s’échapper après avoir détruit les « enveloppes corporelles » de ses compagnons et rejoindra Arkham où il ira fouiller dans le bureau de Gladstone, exhibant la statuette soigneusement enveloppée. Il sera à nouveau projeté à Kadath et une nouvelle fois fait prisonnier par Cthulhu. Il ne devra son salut que grâce à une incantation magique prononcée par Abdul Alhazred.
Laborieux, tout cela…

Quelque chose en pierre de Jean Pascal Martin nous fait partager une expédition géologique en Sibérie où un trou noir vient de faire son apparition dans le permafrost. Igor, le chef de la mission, découvrira au fond du gouffre une pierre taillée recouverte d’étranges inscriptions qu’il emportera sans en parler à son équipe. De retour à Moscou, il étudiera l’objet et sera la proie de rêves terrifiants. Ses collègues et notamment son assistante Anna finiront par s’inquiéter de ne plus le voir au laboratoire et se rendra à son domicile. Un appartement totalement dévasté mais sans aucune trace d’Igor. Elle  trouvera cependant la pierre enveloppée d’un papier sur lequel il est écrit : NOUS L’AVONS RÉVÉILLÉ. Elle prendra l’objet et plongera à son tour dans un univers onirique dans lequel elle rejoindra Cthulhu.

Sur la mer des ténèbres de Sylwen Norden est une véritable petite perle qui développe une atmosphère glauque particulièrement prenante. Nous sommes dans un univers « post » où l’homme a détruit la planète par la pollution et le crime. Un navire de survivants accoste sur la côte d’une petite île de Nouvelle-Angleterre, repoussant difficilement à l’aide de petites étoiles à cinq branches une population de créatures marines repoussantes. Sur cette île -un ancien bagne- réside un vieil original, Markham, qui mène inlassablement la guerre contre les Profonds qui ne cessent de gagner du terrain. Avec l’aide de quelques rescapés et avec son hydravion, il se décide de frapper la source du mal, le Pic du Diable, îlot rocheux au large d’Innsmouth. Il s’agit de la partie émergée de R’Lyeh où le Grand Cthulhu se prépare à régner sur son nouvel empire du mal.

Horreur

Howard de Kéti Touche nous entraîne sur les pas de William, jeune photographe américain, venu faire ses armes dans un manoir anglais situé près d’une falaise et tenu par la charmante et mystérieuse Armelle Clogwyn. Une créature fantasque, toujours revêtue d’un châle, et qui a perdu son mari, Howard, lors d’une terrible tempête. William se gorge des paysages sublimes du domaine et se laisse chouchouter par la maîtresse de maison qui se révèle de surcroît être une excellente cuisinière. Howard découvre dans la bibliothèque de sa chambre-donjon les carnets de voyage de son mari et devine qu’il était sous l’empreinte maligne de son épouse. Lors d’une nuit d’orage, il aperçoit de sa fenêtre une femme nue dotée d’une flamboyante chevelure rousse qui semble psalmodier face aux éléments déchaînés. Une de ses dernières expéditions photos, à la recherche d’un œil flamboyant qui semble briller entre les rochers – se terminera de façon dramatique : il sera lui-même surpris par une tempête d’une violence inouïe. Il sera sauvé par la créature mystérieuse hurlant « Yorr’e ! Hai Fhtagn ! ». De retour aux USA, il enverra à Armelle Clogwyn la photo qui a été retenue pour le premier prix d’un concours : celle d’une femme minuscule qui déambulait sur la côte, nue !
Un texte très agréable à lire.

Le Sieur de Cauquemont que nous présente Franck Stevens est une curieuse momie, entreposée dans un musée improbable, sur laquelle il est demandé au narrateur d’effectuer des analyses afin d’en déterminer l’origine. Le chercheur opérera les batteries de test d’usage, dans aucun résultat. La momie semble défier les lois les plus élémentaires de la physique et se refuse à toute analyse.  Il sent de surcroît, à force de côtoyer le cadavre, d’étranges modifications corporelles se produire sur lui. Il se rendra dans la chapelle où a été découverte la créature et sera pris de visions terrifiantes dans la crypte où celle-ci reposait. Il la ramènera sur place et l’incendiera avec du pétrole.

Innsmouth

Etrange disparition que celle que nous relate Marie Thuillien dans La Disparition de James R. Nixon. Il s’agit d’un avocat de renom dont on perd la trace après qu’il ait acquis à prix d’or, lors d’une vente aux enchères, un coffret de documents ayant appartenu à un obscur écrivain du Rhode Island. Les témoignages de ses proches et son propre journal nous apprennent que l’avocat, hanté par des rêves atroces, plongeait progressivement dans la folie. Il finira par retourner chez les siens, sa mère et sa tante, à Innsmouth et disparaîtra définitivement. Les policiers, aux yeux globuleux et avec des traces de branchies sur le cou retrouveront son petit coffret rempli de feuillets couverts d’une écriture illisible !

Nazisme

Retour au Wewelburg de Cyril Durr fait figure d’originalité dans un ensemble plutôt convenu. L’étude du jeune Werner Hartmann, Ce qui se reflète dans les flasques molles a retenu l’attention du Reichsfüher Heinrich Himmler, dans la mesure où il évoque la survivance d’Ancien Dieux qui pourraient, pense le dignitaire nazi, être utilisés à des fins stratégiques. Il envoie le jeune chercheur à Providence prélever dans l’église de Federal Hill la pierre à laquelle Lovecraft et Robert Blake ont fait allusion dans leurs écrits. Un larcin qui le remplit de malaise, le polyèdre voir le laissant deviner une entité gigantesque et malfaisante dans un décor de ruines cyclopéennes. Il ramènera la pierre au Wewelsburg, mettant en garde Himmler contre son pouvoir néfaste. Sans tenir compte de son avis, Himmler ira la faire déposer sur le site sacré des Externsteine dans le cœur mystique de la Germanie. Mais au lieu de protéger le Reich, la gemme ne fera qu’accélérer sa chute !




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