mardi 14 février 2017

LE MOTIF EN VOIE DE DISPARITION

Le Motif, Observatoire du Livre en Ile de France, fait un excellent boulot pour les auteurs, éditeurs, libraires : conseils techniques, assistance, information, gestion de participations groupées à des Salons, etc. L'ODS utilise beaucoup ses services et sa magnifique salle pour nos diverses manifestations.

Culture, tout fout le camp.
 
Je serai là le 16 mars. Et vous ?

Philippe Marlin 


Bonsoir,
Vous le savez peut être , mais peut être ne le savez vous pas encore, mais le MOTif va cesser son activité d’ici la fin de l’année sans autres précisions à ce jour. Un budget régional 2017 à la baisse et non reconduit en 2018.

La Région Ile de France entend « internaliser » les missions qui nous étaient confiées. Ainsi les actions que j’ai pu conduire avec vous seront très certainement poursuivies, avec ou sans moi, mais c’est une volonté affichée de la part de la nouvelle majorité régionale.

Je vous propose un rendez vous au MOTif le 16 mars prochain à partir de 19h pour faire le bilan des ces actions menées ensemble, et de préparer les suites possibles collectivement.

Que vous soyez éditeurs, libraires, revue, association professionnelle ou encore auteur qui nous avez suivi et profité de nos services durant ces 8 dernières (bientôt 9) années, vous êtes les bienvenus !

Comme il se doit, apportez une bouteille, une quiche, une salade, un saucisson ou simplement quelques chips que nous puissions passer un moment convivial ensemble ce qui ne nous empêchera pas de discuter et de réfléchir.

Laissez moi un message par email afin de confirmer votre présence. Je reste a votre disposition pour tous renseignements complémentaires que vous jugeriez utiles

Bien cordialement
Laurent Boudereaux
0660917519

lundi 13 février 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'ILE NOIRE, Derleth





L’Ile Noire (The Black Island, in Weird Tales 1952 ) est un beau spécimen de pastiche commis par August Derleth sur le mode « téléphoné ». On a compris au bout de quelques pages que le brave archéologue Horvarth Blayne va connaître une aventure très sportive après sa rencontre, dans un bar de Singapour, du Professeur Laban Shrewsbury et de ses acolytes. Ceux-ci ont besoin de ses connaissances concernant les civilisations disparues du Pacifique et les ruines de Ponape auxquelles il a consacré une étude remarquée. 




Ils sont en effet à la recherche de l’île Noire, petite portion de terre qui n’apparaît qu’épisodiquement. Elle serait le berceau de cultes maléfiques, et notamment celui de Cthulhu qui est le maître des eaux. Un monstre qui n’hésite pas à à se rapprocher des hommes, donnant naissance à une race mi-humaine, mi-batracienne appelée les Profonds. Les savants expliquent à l’archéologue la théologie des Grands Anciens qui ont régné sur terre avant les hommes, telle qu’on peut la comprendre par la lecture de certains manuscrits maudits, comme le Necronomicon, le Culte des Goules, les Unausprechlichen Kulten, les Manuscrits Pnakotiques ou encore Les Fragments de Celæno. Le but est de monter une expédition et d’éradiquer ces horreurs. L’archéologue est troublé par les propos de ses interlocuteurs et exhume chez lui de vieux papiers laissés par son grand-père Asaph Waine. Ce dernier, ainsi que toute la famille de Blayne, travaillaient dans un petit port chez un armateur, O. Marsh, et ont été décimés dans de mystérieuses circonstances. Il retrouve dans les archives familiales une invocation à Dagon, des allusions à des créatures monstrueuses près d’un Récif du Diable et des investigations de la police de plus en plus fréquentes.


La mission finira par être montée, avec l’assistance de la Marine Militaire. L’Ilot sera repéré. Du Temple qui surplombe une colline surgira…. Cthulhu. Et l’excroissance de terre sera rayée de la carte par un tir… nucléaire. Mais il n’est évidemment par certain que notre Grand Ancien préféré ait été exterminé. Quant à Blayne, il prendra progressivement conscience de sa véritable nature et s’apprêtera à rejoindre le fond de l’océan……

vendredi 10 février 2017

PAUWELS A POLITICA HERMETICA



Damien Karbovnik

« Louis Pauwels et le Réalisme Fantastique (1960-1976) »

 Le samedi 4 mars 2017 à 19 heures

Au couvent de l'Annonciation, 222 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008, Paris, métro Place des Ternes ou Charles de Gaulle-Étoile.

Participation aux frais : 15 € pour le buffet qui vous sera servi après la conférence ; 5€ pour ceux qui ne pourraient pas prendre part au buffet. Soyez assez aimables pour donner réponse afin de prévoir l'organisation.


Pour tout renseignement : politicahermetica@gmail.com

+33 6 85 73 36 98

mercredi 8 février 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE RETOUR DES Lloigors, Colin Wilson





Le Retour des Lloigors (The return of the Lloigors, Colin Wilson, 1969, in Bouquins T I)  fait figure d’originalité dans une production post-lovecraftienne souvent téléphonée. Il s’agit du récit de Paul Dunbar Lang, universitaire américain originaire d’Angleterre. L’une de ses relations de Moscou lui parle du manuscrit Voynich, document qui l’intrigue et sur lequel il se décide de mener une enquête. Il suivra le parcours classique, passant par les études de Newbold, Manly et les textes de Roger Bacon, pour terminer à l’université de Yale où il commandera des reproductions photographiques. Celles-ci, examinées par un ami photographe, se révéleront être des copies écrites en un mélange de latin et de grec. Si la page de titre manquait, il était indiqué page 14 qu’il s’agissait du Necronomicon. A partir de là commence toute un périple de décryptage, commençant comme il se doit par les œuvres de Lovecraft qui fut le chantre de cet ouvrage. La mise au clair révélera une somme de connaissances scientifiques incroyables et, de façon obscure, une allusion à une créature, Dieu ou Démon, sorte de tourbillon d’étoiles résonnant curieusement avec l’actuelle théorie des quantas. Il est également évoqué d’une langue « kianne » dont Lovecraft parlera brièvement dans son passage sur Arthur Machen dans Epouvante et Surnaturel en Littérature, en liaison avec un culte de sorcellerie. Il est également fait référence dans cet ouvrage aux Dols, Voolas et à des inscriptions Aklos. Le chercheur en arrive à la conclusion que le Voynich est un fragment ou résumé du Necronomicon dont des copies doivent être conservées à l’Eglise du Carmel de Naundorff ou à la Fraternité de Tlön[1].
Persuadé après sa rencontre avec un ecclésiastique spécialiste de Machen que ce dernier était au fait de beaucoup de choses concernant d’anciens cultes païens, il part pour Melincourt dans le Monmouthshire poursuivre son enquête sur les traces de l’écrivain gallois. Il y rencontrera l’érudit local, le Colonel Lionel Urquart, passionné de Mû, continent perdu sur lequel il a écrit plusieurs ouvrages. Il est persuadé que ce continent a laissé de nombreuses traces au pays de Galles, et à Providence (RI). Et de lui montrer une tablette de pierre verte représentant un monstre marin récupéré dans la région. Il lui explique que Mû était dirigé par des créatures qui étaient des forces, plutôt que des êtres, les Lloigors, qui ont créé l’homme pour les servir. Mais les humains se sont révoltés et les Lloigors se sont enfuis, mais attendent pour se venger. Ils sont à l’origine de nombreux « mystères archéologiques », la fin de Mû, de l’Atlantide, des civilisations précolombiennes et de terrifiantes explosions comme celle qui creusera le Grand Canyon.
Au cours de son investigation, Lang rencontrera également un gitan, Ben Chikno, qui après quelques verres de rhum, lui confirmera la saga des Lloigors, expliquant qu’ils veulent reprendre leur monde ; nous, on est une erreur. On retrouvera Ben mort et le camp des gitans, Llandalfen, dévasté comme suite à une explosion atomique. Toutes les populations aux alentours sont terrassées par une étrange fatigue. Urquat expliquera que les Lloigors n’ont pas d’énergie naturelle et « pompent » celle des autres pour se ressourcer.
Le récit se terminera par un combat désespéré de Lang et Urquat pour faire comprendre aux plus hautes autorités l’importance de la menace qui plane sur l’humanité. Sans succès, les deux compères étant vite classés dans la catégorie des illuminés.
Ils disparaîtront tous deux lors d’un vol en Cessna qui devait les conduire à Washington rencontrer un sénateur perturbé par cette affaire. Le ciel était clair et la météo excellente. On ne retrouvera jamais les débris et les corps.


[1] Clin d’œil bien sûr à Borgès.

mardi 7 février 2017

LA KABBALE DE PICHON DANS LA LETTRE DU CROCODILE

La Kabbale dénouée de et par Jean-Charles Pichon

La Kabbale dénouée de Jean-Charles Pichon, Editions L’œil du Sphinx.
La rencontre de Jean-Charles Pichon, penseur de haut vol, avec la kabbale ne fut pas une évidence comme il le signale dès les premiers mots du livre :
« C’est bien souvent qu’au cours d’un séminaire ou d’une rencontre, l’un de mes auditeurs m’a demandé de lui expliquer la kabbale. Il ne pouvait comprendre que, m’étant attaqué aux Machines les plus hermétiques et les moins connues, de l’Odyssée à Jarry, je pusse négliger le splendide appareil de l’ésotérisme juif. »
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Jean-Charles Pichon avance le manque d’inspiration  ou la peur de l’échec pour reculer cette rencontre qui advint pourtant grâce à la métaphysique de Heidegger qui ne traite pourtant jamais de kabbale. « Le philosophe allemand m’a dénoué la Kabbale » confie-t-il.
Le « dénouement » est une science et un art. Jean-Charles Pichon distingue les solutions apportées à un problème dans un cycle donné, ce qu’il nomme les solutions in, des solutions apportées pour tous les cycles, des méta-solutions, qu’il nomme les solutions ex. Cette distinction, dans le dénouement, est pour lui la clef de l’ésotérisme universel.
Le « dénouement » avec ses deux sens principaux, celui du détachement (défaire le nœud) et celui de l’achèvement induit un dénouement intellectuel (le détachement) et un dénouement spirituel (le terme). Cependant, Jean-Charles Pichon met en garde : « Le double dénouement s’oppose à la fois à la perte et au retour. ».
Pour « ne pas perdre le fil » au cours du dénouement, en étudiant les perles qu’il porte, Jean-Charles Pichon ne perd jamais cette veille, intellectuelle et spirituelle, contre le risque de rupture ou de retour. En analysant les différentes « Machines pensantes » historiques de la Kabbale, depuis le Sepher Yetsira, Jean-Charles Pichon se concentre sur ce qui demeure, laissant de côté l’éphémère, le contextué. C’est là que Heidegger vient en appui avec « les quatre scissions par lesquelles Heidegger formule cela : le rapport du Temps à l’apparence, à la durée, au devoir, et à l’éternel devenir ». Il est remarquable que Jean-Charles Pichon, par Heidegger, rejoigne les grandes métaphysiques traditionnelles non-dualistes comme les travaux très actuels de certains scientifiques comme  Philippe Guillemant.
Pour lui, la Machine de Heidegger et celle du Sepher Yetsira sont une seule machine. C’est dans la traversée sans fin des « apparaître » que « cela qui demeure » se laisse saisir :
« Il a été noté, nous dit Jean-Charles Pichon, que le dénouement-déliement n’est pas une rupture, car le fil demeure, et que le dénouement-terme n’est pas un retour, car une couleur différente succède à celle qui précéda, le Nouveau toujours à l’Ancien. Il faut aller plus loin : contrairement à ce que croit le mauvais cabaliste, le dénouement-terme fait rupture : lorsque l’objet physique finit, il n’est plus là, qu’il s’agisse d’une fleur ou d’un cycle ou du peuple. Mais le dénouement-déliement fait retour, car il n’est qu’une manière de dénouer la faveur qui liait le bouquet. »
Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
www.oeildusphinx.com

lundi 6 février 2017

FAISONS MIAOU AVEC LOVECRAFT




Vient de paraître à La Clef d'Argent :

Lovecraft: Sous le signe du chat, étude de Boris Maynadier.

Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) entretient depuis qu'il est
enfant un lien privilégié avec les chats. Il vit à proximité des
chats, il construit son oeuvre en leur compagnie. À leur sujet, il
philosophe, il débat, il poursuit de vigoureuses controverses
épistolaires. Il leur dédit un essai, des poèmes, des nouvelles. On
peut même avancer qu'il vit comme eux, d'une certaine manière.
Lovecraft est un chat oisif projeté dans un monde hostile et
bouillonnant où il ne trouve pas sa place. On aurait tort de tenir
pour secondaire ou pour superficielle cette relation de Lovecraft aux
chats. Affirmons même qu'il est impossible de comprendre tout à fait
le personnage et ses écrits sans prendre la peine de penser cette
relation: les chats sont au centre de la vie, de la philosophie et de
l'oeuvre littéraire de Lovecraft.

Boris Maynadier est docteur en sciences de gestion et consultant
spécialisé en stratégie de marque. Il enseigne en école de commerce.
Il livre ici une étude originale sur Lovecraft, directement inspirée
des travaux de Gilles Deleuze et Félix Guattari, et notamment de leur
théorie du devenir-animal. Une contribution inattendue et
passionnante à la compréhension de Lovecraft.



La Clef d'Argent


Cordiales salutations,

Philippe Gindre

La Clef d'Argent - littératures de l'imaginaire
http://www.clef-argent.org

vendredi 3 février 2017

LA PORTE DE BRANDEBOURG DE SEDAN, CHEF D'OEUVRE EN PERIL

On connaît tous la Porte de Brandebourg de Berlin ; il en existe une autre, au cimetière de Sedan (Ardennes), édifié en 1915 par l'Allemagne en hommage à ses soldats tombés au début de la guerre. Faute d'être entretenu (la France et l'Allemagne se rejetant la responsabilité), ce monument s'est fortement dégradé. La Fondation du Patrimoine vient de prendre l'initiative de lancer une souscription pour sauvegarder cet étonnant témoignage d'un passé récent.



RABELAIS A LA UNE !


On retrouvera Rabelais dans notre ouvrage :

Le double langage de Rabelais

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : CEUX DES PROFONDEURS, James Wade





Il est évident qu’avec un titre comme Ceux des Profondeurs (The Deep Ones, James Wade, 1969) on va retrouver rapidement l’odeur du marché aux poissons d’Innsmouth. Il s’agit de l’histoire d’un certain Dorn, spécialiste de la perception extra-sensorielle qui va rejoindre, sur la côte californienne, le Dr Frederick Wilhelm pour l’assister dans ses travaux à l’Institut d’études zoologiques. Un institut qui travaille sur les dauphins et sur leur langage, afin de pouvoir communiquer avec eux. Le Docteur est assisté par Joséphine Gilman, une jeune femme qui ne manque pas de charme, malgré ses yeux globuleux et sa peau « rêche ». Elle descend d’une famille d’Innsmouth et a fait ses études à l’université de Miskatonic d’Arkham. L’institut est situé dans un endroit isolé au bord de la mer, mais qui a été squatté par un groupe de hippies dirigé par Alonzo Waite. Ce groupe proteste face aux expériences menées par les chercheurs.
Les expériences vont se succéder dans un grand bassin dans lequel se trouve Flip le dauphin. Dorn est chargé de plonger Joséphine dans une transe télépathique, afin de tenter d’échanger avec l’animal. Lors de ses « voyages mentaux », la jeune femme parle d’une cité sous-marine qu’elle nomme Arlayeh. Puis, après d’une séance prolongée, ils retrouvent Joséphine à moitié déshabillée, en train de hurler et de tenir des propos incohérents, en revenant sur Arlayeh, puis évoquant Leng, Kadath, Cthulhu et Shub-Niggurath.
Profitant d’une absence du Docteur parti faire des courses en ville, le gourou des hippies contacte Dorn. Il lui explique avoir été professeur assistant en psychologie à Miskatonic, et s’en être fait vider suite à des recherches l’ayant amené à utiliser la drogue. Ces recherches avaient en effet entraîné de graves dépressions nerveuses chez ses étudiants. Le but était d’explorer les mythologies évoquées par le Necronomicon, à savoir la colonisation de la terre par les Grands Anciens, leur expulsion par les Anciens Dieux, et leur attente d’un retour lorsque les conditions seraient favorables. Il explique également que Joséphine, une de ses étudiantes, est un pur produit de la dégénérescence d’Innsmouth et qu’elle finira par aller vivre au fond de l’eau.  Les dauphins sont les agents des Grands Anciens.
Joséphine avoue alors à Dorn qu’elle est enceinte et pense que le Professeur a abusé d’elle lors d’une de ses transes léthargiques.
Elle disparaîtra durant la nuit avec Flip dont le bassin a été ouvert, le corps du savant gisant déchiqueté dans le mécanisme d’ouverture des portes donnant sur la mer. Dorn retrouvera une lettre qui lui avait été laissée, dans laquelle Wilhem reconnaît avoir injecté au dauphin un stimulant sexuel pour analyser ses réactions. Sur une bande magnétique, il entendra un étrange cri d’amour, celui de Flip qui va enfin pouvoir partir avec sa bien-aimée rejoindre les merveilles de R’Lyeh.
Un texte « téléphoné », mais bien écrit par un musicien américain passionné par Lovecraft. On notera l’emprunt marqué de la théologie des Grands Anciens développée par Derleth.

jeudi 2 février 2017

CHASSONS DE FANTÔME AVEC EMILE TIZANÉ









































Ceci est le travail d'un fou comme nous les aimons, un passionné du nom de Philippe Baudouin. Ayant eu accès aux archives du gendarme chasseur de fantômes, il nous avait déjà proposé une intéressante exposition à Paris. Il récidive pour notre plus grand plaisir en publiant un livre, non un énorme pavé, reprenant la carrière et les enquêtes d'un gendarme traqueur de phénomènes paranormaux, Emile Tizané (1901-1982). J'avais déjà entendu parler de ce personnage dans la revue Planète. Je le redécouvre avec ce travail touchant, bourré de documents tous plus intéressants les uns que les autres. C'est aux Éditions Le Murmure et ne coûte que 39 €.



mercredi 1 février 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE REMPART DE BÉTON, Brian Lumley





Avec Le Rempart de Béton (1969, Cement Surroundings, Bouquins T II), Brian Lumley nous offre une nouvelle très classique, mettant en scène l’archéologue Amery Wendy-Smith de retour d’une expédition en Afrique qui l’a manifestement beaucoup marquée. Il invite son neveu dans sa maison isolée dans les marais du Yorkshire pour partager avec lui son aventure et ses inquiétudes. La mission visait à retrouver une cité soi-disant légendaire dont il est fait état dans les Fragments de G’harne, ouvrage dont il avait fait la traduction. Il en est rentré avec une nouvelle passion, la sismographie, se dotant de l’appareillage nécessaire pour traquer le moindre mouvement affectant le sous-sol ; il a ramené également deux magnifiques sphères nacrée recouvertes d’inscriptions étranges.  Ses coéquipiers ont tous disparus, et, interrogé sur le sujet, il murmure des propos incompréhensibles, faisant allusion à Shudde-M’ell et à Cthulhu. Il évoque des sacrifices monstrueux qui sont cités dans les Fragments, mais aussi dans les Manuscrits Pnakotiques. Le neveu découvre du reste dans sa bibliothèque une importante collection de livres inquiétants, comme le Cthaat Aquadingen, le Culte des Goules et les Notes sur le Necronomicon de Feery. Et il entend régulièrement venant de la chambre de son oncle une mélopée bizarre :
Ce’haiie, ep-ngh, fl’hur G’harnr fhtagn
Ce’haiie fhtagnngh ShuddlM’ell
Hai G’harne orr’e ep fl’hur,
Shuddle-M’ell incan-icanicas jl’hur orr’e G’harne

L’agitation du sismographe sème la panique chez sir Amery qui avoue qu’il s’est passé des choses horribles dans la Cité de G’harne et que des créatures sans nom ont décimé l’expédition. Depuis son retour, il se sent traqué par des choses ensevelies qui le recherchent. De retour d’une expédition en ville, le neveu retrouve le manoir complètement écroulé. Mais dans ce qui fut sa chambre, il remarque un trou, avec le sentiment que la maison a été aspirée de l’intérieur par cet orifice. La police lui remettra une lettre de sir Amery dans laquelle il explique être traqué par Shuddle-M’ell. Les deux globes qu’il a ramenés étaient des couveuses renfermant les rejetons de ce Grand Anciens, rejetons qu’il a grillés sous son cigare….
On est loin de l’horreur cosmique lovecraftienne et on flirte plutôt avec le gros gag !

mardi 31 janvier 2017

Le GHORL NIGRAL (Mülder)





Le Ghorl Nigral de Mülder (lettre du 14 août 1936 à Willis Conover Jr, in Bouquins tome II). Lovecraft évoque un rêve dans lequel il est question de l’infâme Ghorl Nigral de Mülder. Un manuscrit maudit qu’il a vu une fois entre les mains d’un lecteur à la bibliothèque de l’Université de Miskatonic. Un terrible éclair frappa le bâtiment et on retrouvera le lecteur mort, son corps tombant en poussière. Lovecraft n’aura hélas pas le loisir d’exploiter cet ouvrage. Mais sa « descendance » saura le mettre à profit. L’Encyclopedia Cthulhiana de Daniel Harms lui consacre une entrée. Les développements sont basés sur deux textes de Lin Carter (The Thing in the Pit et Zoth Ommog) ainsi que sur le Lovecraft at last de Conover. On y apprend que cet ouvrage, également connu sous le nom de Book of Night, a été découvert par le sorcier Zbauka dont il est fait état dans Le Livre d’Eibon. Il provient de toute vraisemblance de Yaddith. Il a été récupéré par les prêtres de Mû qui y ont ajouté certaines parties, dénaturant l’original. Il fut ensuite déposé dans le monastère de Yian-Hô puis retrouvé par Gottfried Müller, un ami de Von Juntz, qui publia en 1847 The Secret Mysteries of Asia, with a commentary of the « Ghorl Nigral ».
Il semblerait qu’un exemplaire soit conservé à la bibliothèque de l’Université de Miskatonic.

dimanche 29 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE COMTE MAGNUS, M.R. James





Robert M. Price (in introduction à Le Cycle de Cthulhu, Oriflam 1988) voit dans Le Comte Magnus de M. R. James une « influence » importante sur la fiction lovecraftienne (nouvelle reprise dans l’ouvrage cité ; première publication dans Ghost Stories of an Antiquary, 1904). Lovecraft, dans Épouvante et Surnaturel en Littérature (cf 1927) relèvera l’originalité du style de l’écrivain anglais, Les trois grandes règles utilisées par ce dernier seront du reste reprises par notre auteur (cf Notes sur l’écriture de la fiction surnaturelle, 1932) :
-       L’histoire doit toujours se dérouler dans un cadre familier, situé dans une époque moderne,
-       L’histoire doit atteindre le plus près possible l’expérience et l’univers ressenti par le lecteur,
-       Tout patois technique, style « occultisme savant ou pseudo-scientifique », sera à tout prix évité.
-        
L’histoire met en scène un certain Wraxall, voyageur curieux et adepte de la rédaction de journaux de voyage, dans l’esprit du Journal d’un Séjour au Jutland et dans les îles danoises d’Horave Marryat. Des récits vivants, collectant de nombreux témoignages et cherchant à plonger dans l’histoire de quelques familles représentatives de la région étudiée. Sa nouvelle expédition le conduit en Scandinavie où il est accueilli par les propriétaires de l’ancien manoir de Rabäck dans le Vesterdothland qui acceptent de lui ouvrir leurs archives. Et de plonger dans une saga familiale marqué par son patriarche, le Comte Magnus de la Gardie. Un personnage qui a laissé un mauvais souvenir dans la région. L’aubergiste où réside le voyageur laisse entendre que le Comte avait effectué un Pèlerinage Noir dont il avait ramené quelque chose. Wraxall continue d’enquêter, visitant l’église proche du domaine et son mausolée où sont enterrés les membres de la famille.
Dans les archives, il met la main sur un manuscrit d’alchimie du XVI ème siècle, rédigé par le comte, et intitulé Liber Negrae Peregrinatis. Il est fait allusion à une visite au Prince Noir du village de Chorazin. L’aubergiste raconte alors à son client l’histoire de deux chasseurs, à l’époque de son grand père, qui étaient allés de nuit sur les terres du comte et qui rencontrèrent des êtres qui ne devraient pas se trouver là. Des êtres qui devraient se reposer et ne pas marcher la nuit. On les retrouvera affreusement mutilés.
Wraxall fréquente de plus en plus souvent le mausolée et remarque que les cadenas de la tombe du Comte sont usés. Le couvercle cédera et le voyageur, paniqué, prendra les jambes à son coup et rentrera en Angleterre. Il se sent poursuivi par deux silhouettes portant un manteau noir. Il part se mettre au vert à Belchamp-Saint-Paul (Essex) dans une pension où on le retrouvera mort le lendemain de son arrivée.

Un bon texte qui s’articule sur les notes du voyageur, retrouvées par les propriétaires de la pension. Robert M. Price fera une longue liste des fictions de Lovecraft influencées par cette nouvelle. Notre auteur utilisera par exemple la ville de Chorazin[1] où il situera la demeure hantée des van der Heyl dans Le Journal d’Alonso Tyler (1935).



[1] Chorazeïn, avec Bethsaïde et Capharnaüm sont trois villes (ou gros villages) mentionnées dans le même paragraphe de malédictions prononcées par Jésus dans les évangiles de Matthieu (Mt 11 :23) et Luc (Lc 10 :13), car les miracles que Jésus y a accomplis n’ont pas entrainé de conversions. D'ailleurs ces miracles ne sont mentionnés nulle part dans les évangiles. Si Bethsaïde et Capharnaüm, toutes deux au bord du lac de Tibériade, sont connues car mentionnées à différentes occasions dans les évangiles, Chorazeïn reste mystérieuse : elle n’apparait dans les évangiles qu’en ces deux paragraphes cités ci-dessus.
En raison de la malédiction de Jésus, quelques auteurs médiévaux affirmaient que l’Antéchrist naîtrait à Chorazeïn.
Lovecraft, dans la nouvelle citée, localise Chorazin à New York. D’après Szymanski dans Dreams, Dark and Deadly, il s’agit d’une localité privilégiée pour invoquer Cthulhu. Abdul Alhazred et Ludwig Prinn sont cesés avoir également effuecué la « Pèlerinage Noir » (The Lord of the Worms, Brian Lumley ; The Transition of Abdul Alhazred, R.E. Price).

samedi 28 janvier 2017

LOVECRAFT, DUNSANY ET LA FORME VIDE

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1919, la lecture de La Boutique de la Rue du Passage de Dunsany influencera profondément la propre vision mythologique de Lovecraft, et notamment celle de la forme vide. Robert M. Price (in introduction à Le Cycle de Cthulhu, Oriflam 1988) voit dans ce texte une source de L’Appel de Cthulhu. Cette nouvelle figure dans le recueil cité. Elle fut publiée pour la première fois dans Tales of the Three Hemispheres (Boston, John W. Luce and Company, 1919)

Mais si l’endroit était sombre et lugubre, il y avait à l’autre extrémité une lueur azurée ; en son cœur scintillait une multitude d’étoiles.
-       C’est ici le paradis des dieux en sommeil, fit le gros homme.
Je lui demandai de quels dieux il s’agissait, et il me fournit toute une liste de noms, dont certains que je n’avais jamais entendu auparavant.
-       Et tous ceux qui ne sont pas vénérés de nos jours dorment d’un profond sommeil.
-       Mais alors, le temps ne les tue pas ? m’enquis-je.
-       Non. Mais pendant trois ou quatre mille ans, un dieu est vénéré. Puis, sur une période aussi longue, il entre en léthargie. Seul le temps ne dort jamais.
-       Mais tout ce que l’on nous apprend sur les nouveaux dieux…. Ne seraient-ils donc pas si nouveaux que ça ?
-       Une nouvelle aube se lève et les prêtres poussent de grands cris de joie, car ils ont entendu les anciens dieux qui bougent dans leur sommeil, en préparation de leur éveil. Mais ces prophètes-là sont les bienheureux, car d’autres entendent un ancien dieu leur parler alors qu’il dormira encore longtemps, et ils peuvent prédire tout ce qu’ils veulent, l’aube ne viendra pas.

 

vendredi 27 janvier 2017

LA CHASSE AUX CHIMÈRES EST OUVERTE (in Le Monde)


SIDÉRANT CE DRUILLET ! (in Le Monde)


LA SORCIERE MARIE-CHARLOTTE DELMAS DANS LIBÉ


LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA CITE SOEUR de Brian Lumley





La Cité Sœur de Brian Lumley (The Sister City, 1969) fait partie de ces nouvelles sans grande saveur. Le jeune Robert Krug se retrouve orphelin suite au bombardement de la demeure familiale à Londres. Il passe de longs mois à l’hôpital où il dévore toute la littérature qu’il peut trouver sur les Mondes Perdus. Son corps subit de curieuses transformations comme ses doigts et ses pieds, qui deviennent palmés. Il parcourt le monde à la recherche de la Cité Sans Nom évoquée par le poète Abdul Alhazred, mais revient s’établir près des marais du Yorkshire, dans le domaine familial, où il se sent vraiment « chez lui ». Il aime y plonger, d’autant plus facilement que ses poumons sont aussi des branchies. Il en remonte une pierre gravée, y découvre les cités de Ib et Sarnath. Il finit par y retrouver ses parents qui avaient mit feu à leur maison de Londres pour faire croire à une destruction par bombardement, afin de retourner dans leur monde aquatique.
La thématique des créatures d’Innsmouth est particulièrement galvaudée, quant à notre brave Abdul, on se demande ce qu’il vient faire ici !

jeudi 26 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : SUEURS FROIDES, J. Ramsey Campbell





Avec Sueurs Froides (Cold Print, 1969, in Cold Print, 1985), J. Ramsey Campbell nous livre une nouvelle amusante qui change de la thématique habituelle des « pastiches ». Il nous conte l’histoire de Sam Strutt, collectionneur libidineux toujours à l’affût de la perle rare dans les bouquineries spécialisées. Il croise un jour, chez Good Books, un clochard qui lui propose de l’emmener dans une officine très spécialisée. Malgré sa répugnance vis à vis du bonhomme, il accepte de le suivre dans une échoppe improbable. Il y fait l’acquisition de La Vie Secrète de Wackford Squeers, laissant la monnaie sur le comptoir, le libraire, dont on aperçoit une ombre sans tête, étant manifestement très occupé à l’arrière-boutique. Ravi de son acquisition, il retourne quelques jours plus tard chez le celui qu’il pense être le commerçant, en train de fermer boutique, mais qui accepte de le laisser entrer. Il l’appâte sur le thème « comment réaliser vos fantasmes » en lui montrant le 12 ème tome, introuvable, des Révélations de Glaaki. Il y est notamment fait allusion du retour sur terre de Y’golonac. Strutt, effrayé essaie de s’enfuir, mais la porte est fermée. Il chercha alors à brûler le livre, provoquant l’apparition d’une forme inquiétante. La porte du fond s’ouvre et apparaît l’ex libraire, sans tête, qui se précipite sur lui avec des mains dont les paumes s’ouvrent sur des gueules rouges et humides.

mercredi 25 janvier 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : ON RODE DANS LE CIMETIERE, J. Vernon Shea





On doit à J. Vernon Shea un excellent texte sur le Necronomicon (cf 1936). Il restera toujours fidèle à Lovecraft, comme dans On Rôde dans le Cimetière (The Haunter of the Graveyard in Tales of the Cthulhu Mythos, Arkham House, 1936). Un texte qui met en scène le prestidigitateur, Elmer Harrod, qui habite sans une impasse contiguë à un cimetière désaffecté. Il découvre dans le sous-sol de sa maison un large tunnel qui se termine par un mur nu. Il aime flâner dans le cimetière, y lire des textes de Lovecraft et y préparer ses émissions de TV dans lesquels il commente des films d’horreur. Il y tournera même avec quelques étudiants de l’université de Miskatonic un court métrage qui sera remarqué. Dans ce film en effet, les arbres s’agitent de façon curiese alors que des bruits étranges se font entendre. Une nuit, alors qu’il bouquine sur la tombe d’un vieux sorcier, il s’évanouit et se retrouve dans sa cave illuminée dont le mur s’est effondré. Dans une vaste grotte dans laquelle se trouve un lac, il assiste à une effrayante cérémonie, les participants psalmodiant : Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn ! Iä Iä, Cthulhu fhtagn ! Appel auquel répondra un être gigantesque doté de tentacules. Il se réveille terrorisé, d’autant que le ciel semble se couvrir de l’ombre de visages immenses et inhumains. Suite à son agitation, la dalle de la tombe glissera, dévoilant un escalier. Elmer l’empruntera en entendant : descends, Harrods, descends. On retrouvera son corps horriblement mutilé.