samedi 28 mai 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : NOTRE PART DE NUIT, Mariana Enriquez

 


Notre Part de Nuit, Mariana Enriquez (Le Seuil, éditions du Sous-Sol 2021).

Il est devenu banal de dire aujourd’hui que la fiction néo-lovecraftienne est très riche et que ce jet continu de créativité nous réserve parfois de belles surprises. Mais cette littérature a du mal à se libérer de ce qu’on peut appeler « les références incontournables », à savoir l’utilisation quasi-systématique des créations de base du Maître comme celles issues de son panthéon (Cthulhu), de sa géographie (Arkham) ou de sa bibliothèque maudite (Necronomicon), sans oublier ses propres personnages... Rares en effet sont les auteurs qui arrivent à transcender ces artefacts pour ne retenir de l’œuvre du Prince Noir que ce qui est sa véritable originalité : l’approche d’une Horreur Absolue avec sa mécanique implacable et sa nature profondément délétère. Thomas Ligotti [1] s’y est essayé, avec un certain succès et peut être aussi plus récemment Joseph Denize [2]  Mais la vraie réussite vient de nous être livrée par Maria Enriquez avec cet énorme pavé qui a pour titre Notre part de nuit. Un ouvrage qui coupe littéralement le souffle et qui a eu droit du reste à une page entière de commentaires élogieux dans Le Monde des Livres du 17 novembre 2021 sous la signature de François Angelier. La radiance noire de Lovecraft sous-tend ce récit avec son horreur vorace, tout comme l’inspirent le caractère glauque des petites villes de province de Richard Matheson ou les terreurs irraisonnées de l’enfance chez Stephen King. La monstruosité n’a rien d’une maléfique divinité nocturne ou d’une quelconque angoisse métaphysique. Elle a pour nom « l’Obscurité », sorte de trou noir vorace qui se nourrit de chair humaine qui lui est offerte lors de cérémonies secrètes organisées par « l’Ordre ». Une organisation présidée par la britannique Florence Mathers (tiens, la Golden Dawn !) et qui est censée permettre à ses dévots d’accéder à l’immortalité. Mais pour faire « jonction » avec la créature, encore faut-il disposer d’un médium expérimenté, capable de canaliser la créature et de limiter les dégâts de sa gourmandise sauvage.

Nous sommes en Argentine sous les années de dictature, et le récit met en scène Juan Paterson, héritier d’une famille d’émigrants. Il a épousé Rosario, riche descendante du clan Reyes-Bradford, fidèles sectateur de l’Obscurité. Il a perdu sa femme dans des circonstances mystérieuses et vit seul avec son fils Gaspar. Il possède les pouvoirs nécessaires et se trouve contraint par la famille Reyes à jouer ce rôle d’intermédiaire. Il est pourtant souffrant et son arythmie cardiaque est décrite avec moultes détails ; ses jours sont comptés. Il s’occupe tant bien que mal de son fils et livre un combat occulte dangereux contre sa belle famille pour que Gaspar ne devienne pas le prochain intermédiaire, alors que le pauvre garçon manifeste tous les symptômes d’une médiumnité en puissance. L’action se déroule dans un climat particulièrement malsain dont sont victimes, outre Juan, Gaspar et ses amis. Il ne fait pas bon mettre sa main dans l’Obscurité, au risque de n’en retirer un moignon ; il est déconseillé de visiter une certaine maison abandonnée dont les étagères son décorées de restes humains et dont une certaine pièce est le repère de l’Obscurité ; il n’est pas indispensable de visiter les sous-sols de la villa Reyes où sont enfermés des débris vivants d’humains mutilés destinés à la consommation courante du monstre. Les scènes « d’Appel du Grand Cthulhu » de Lovecraft sont de gentilles cérémonies pour enfants à côté des rituels d’invocation de la Noirceur.

Un sacré tour de force que ce roman qui nous fait toucher du doigt le mal absolu. Mais aussi un beau roman d’amour entre un père et un fils qui vont se déchirer au nom d’une Horreur qui les dépasse.



[1] Cf Chants du cauchemar et de la nuit chez Dystopia, 2017

[2] Cf Je suis les ténèbres, Julliard 2022

jeudi 19 mai 2022

AGENDA CONTRE-CULTUREL 2022 (mai)

 


 

 

16 mai 2022

 

 

 

Évènements récurrents

 

(Classés par date de fin de l’événement)

 

Du 16 novembre 2021 au 7 août 2022, festival de la Gastronomie, Banquets, à la Cité des Sciences et de l’Industrie (Paris)

 

Créatures

du 9 avril au 6 novembre 2022 à Calais (Pas-de-Calais), Musée des beaux-arts
Bestiaires fantastiques de la BD
Site officiel : https://actualitte.com/article/104750/expos/les-creatures-fantastiques-de-la-bande-dessinee-s-exhibent-dans-une-exposition

 

Du 6 février 2022 au 8 Janvier 2023, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose « Transformations » une exposition sur l’évolution de comic books de super-héros depuis sa création jusqu’à la fin des années 30.

 

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Évènements ponctuels

 

 

2022

 

 

Du 19 au 22 mai, Imaginales à Épinal.

 

26 mai 2022 : On this day, the 26th of May 1897, Bram Stoker's Dracula was first published. This event is now celebrated worldwide as World Dracula Day

 

Les Uchronies du Val

Du vendredi 27 au dimanche 29 mai 2022 à Marmande (Lot-et-Garonne), Centre-ville.
Premier Festival de l'Imaginaire  Festival de rue, avec 12 auteur.e.s et 3 dessinateurs/trices de SF, fantasy et anticipation.

 

Mystériales

Les samedi 28 & dimanche 29 mai 2022 à Redon (Ille-et-Vilaine),
Site officiel : https://www.mysteriales.fr/

 

Geek Faëries

du vendredi 3 au dimanche 5 juin 2022 à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher),
Site officiel :
https://www.geekfaeries.fr/

Nice Fictions

du vendredi 3 au dimanche 5 juin 2022 à Nice (Alpes Maritimes),
Site officiel : http://nice-fictions.fr/

 

4 juin, fin de l’exposition sur Les Tarots de Jean-Michel Nicollet à la galerie Barbier (rue Choron, Paris)-

 

11 et 12 juin 2022, exposition Marie Maître à Saint Raphaël.

 


 

 

Du 24 au 26 Juin, Rencontres de Berder à Vannes.

 

22 juillet, Nuit des Légendes à Pleuven (20h30)

 

29 & 30 juillet, conférences sur Rennes-le-Château et son église (Salle de la Capitelle, RLC)

 

5 août 1922, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose une « nuit des étoiles » sous le signe de Jules Verne.

 

49e Convention nationale de SF

le jeudi 18 août 2022 à Bergerac (Dordogne), Lycée Maine de Biran et Quai Cyrano
Site officiel : https://tribune.vagabondsdureve.fr/49e-convention-nationale-de-sf-cyrano-2022/

 

Du 26 au 28 août 1922, La Maison d’Ailleurs à Yverdon organise un « Numerik Game Festival » à la découverte du numérique le plus incroyable.

 

Chicon 8

du jeudi 1 au lundi 5 septembre 2022 à Chicago (USA),
The 80th World Science Fiction Convention
Site officiel : https://chicon.org/

 

9 septembre, balade contée par l’association Nuit des Légendes à Pleuven (départ 18h à la Mairie)

 

10 et 11 septembre, Salon des Littératures Maudites, « le Fantastique Belge », Médiathèque Voyelles à Charleville-Mézières.

 


 

 

Le 23 septembre, La Maison d’Ailleurs à Yverdon vous invite à découvrir le trésor de ses collections.

 

Les Aventuriales

les samedi 24 & dimanche 25 septembre 2022 à Menetrol (Puy-de-Dôme), ) Salle Polyvalente, 1 rue des Anciens Combattants
8e édition
Site officiel : https://www.aventuriales.fr/

 

15 et 16 octobre, Salon du Livre Maçonnique à Nantes.

 

Le 20 octobre 2022, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose de vous transformer en « Avengers ».

 

Le 27 octobre, La Maison d’Ailleurs à Yverdon vous invite à participer à un jeu sur les Loups-Garous

 

29 octobre au 1er novembre 2022, Utopiales à Nantes

 

30 octobre 2020, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose une « Halloween Party ».

 

Rendez-vous du jeudi 3 novembre au samedi 5 novembre 2022 pour le Campus Miskatonic 2022. Le thème de cette édition sera Robert E. Howard, de Cthulhu à Conan

 

12 novembre 2022, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose une visite gourmande de son exposition « Transformations » avec les grands chefs de la ville

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Le 3 décembre 2022, La Maison d’Ailleurs à Yverdon propose de découvrir le jeu vidéo Pop Invaders.

 

Le 10 décembre, Salin du Livre de Pleuven.


dimanche 15 mai 2022

LE TEMPS (presque) CIRCULAIRE, une publication Portes de Thélème & ODS

 


 
Le numéro 18, consacré au « Temps [presque ] circulaire ».
 
Au sommaire :
- De Michel-Ange à Jean-Charles Pichon, par Jean-Christophe Pichon
« Le plafond de la Chapelle Sixtine fut réalisé entre 1508 et 1512 par Michel-Ange. Y apparaît une machine à fabriquer des Dieux et à prédire l’avenir. Elle révèle ce qu’était le début du 16e siècle, sorti du Moyen-âge, qui s’inscrit dans le temps de la Renaissance, un phonème qui évoque les grands cycles ésotériques, tels que les a théorisés le métaphysicien Jean-Charles Pichon. »
-La vague du Temps : une brève introduction à l’ésotérisme dans l’œuvre de Philip K. Dick, par Emmanuel Licht
Cet essai traite de la vague du temps et de son lien avec le Yi-King, le livre des transformations, mais pas seulement, car la vague du temps s’insère dans un système beaucoup plus complexe : la théorie cyclique du temps.
[…] Nous avons souhaité comparer les textes de Philip K. Dick aux travaux de Jean-Charles Pichon, historien des religions et mythologue, car leurs conceptions des cycles de l’univers ne sont pas si différentes.
« Je pense que nous entrons dans la troisième et peut-être dernière séquence de notre histoire... »
Philip K.Dick, « Si ce monde vous déplaît ».

 

vendredi 13 mai 2022

THOMAS OWEN, UN ARDENNAIS FANTASTIQUE !

 


MYRIAM PHILIBERT CHEZ l'ODS : ESPRITS ET ÂME DE LA NATURE

  


 

Nous aurions pu évoquer le roi des Aulnes, non pas le terrifiant personnage de Goethe, mais l’être discret, caché dans son ample cape et son feutre à larges bords. Ou le dragon, haut comme une montagne, posant sa patte vengeresse sur la chapelle Saint-Michel de Fuveau pour annoncer une catastrophe. Pourquoi pas, plus irréel et plus mystérieux, le Verdoyant retiré dans une île verte au sein de l’écumeux Atlantique ?
Retrouvons, en nous, la fraîcheur de notre enfance, l’imaginaire, le rêve, la féerie dès que nous fermons les yeux ou que nous nous immergeons au sein de la Nature. Propice forêt ! Les interfaces sont partout, il suffit de les franchir… Et nous nous retrouvons dans « l’ailleurs ». Égaré, mais émerveillé.
Dès lors, les éléments parlent à travers la fluidité aqueuse des fées, l’ancrage terrestre d’arbres qui abritent cependant des êtres de lumière, l’aspect vaporeux d’esprits si aériens et si subtils que l’on n’est plus certain de sa vision, le caractère igné de la Terre, susceptible de tentaculaires colères.
Peut-être convient-il de se montrer humble et de toujours quérir l’assentiment des forces qui veillent et animent l’Âme du monde ? Peut-être convient-il de manifester du respect et d’honorer ce que dame Nature nous a généreusement donné et que nous gaspillons sans vergogne, en enfants terribles et irrespectueux ? Hélas ! Comment avons-nous pu oublier la sacralité de ce qui nous donne la vie ? Il est temps de nous laisser guider par un farfadet et de le suivre dans le creux d’un arbre, qu’importe où ? Osons, sans retenue, rendre grâce aux nymphes et dévis sylvestres oubliées…

dimanche 8 mai 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA SEPARATION, Christopher Priest

 


La Séparation, Christopher Priest (Folio SF, 2016 ; VO 2002).) Un livre pour le moins déroutant, à la fois récit historique et dérapage uchronique, thriller psychologique et roman de guerre. Un écrivain britannique, à vrai dire un peu prétexte, cherche le thème de son prochain ouvrage et s’arrête sur un certain Sawyer, cité par Winston Churchill dans ses Mémoires comme « à la fois objecteur de conscience et pilote d’un bombardier ». Un cocktail explosif dont la nature sera pourtant très rapidement élucidée. Il s’agit en fait de deux frères jumeaux, Joe et Jack, qui, avant de s’engager dans la guerre chacun selon sa sensibilité, participeront aux Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, dans la discipline canoë-kayak. Ils recevront la médaille de bronze des mains de Rudolf Hess dont ils croiseront par la suite, à différentes reprises, le chemin. Jack participera aux interrogatoires de l’adjoint du Führer, après sa fuite rocambolesque en Angleterre. Quant à Joe, cadre à la Croix Rouge, il jouera un rôle déterminant dans les négociations de paix pilotées par Hess en 1941.  On est très vite perdu entre réalité et fiction, d’autant que Jack avoue souffrir d’une sorte de schizophrénie (l’illusion lucide) qui l’amène à mélanger les deux univers et ne plus savoir où est la vérité. Situation d’autant plus délicate que Joe a épousé une allemande, Birgit, dont il attend un enfant sans être persuadé d’en être réellement le père !

 

NOUVEAUTE ODS : GUY BOOTHBY

Best-seller de la littérature populaire anglaise autour des années 1900 et créateur d'un de ses plus fameux "méchants", le Dr Nikola, Guy Boothby (1867-1905) fut publié à plusieurs reprises de son vivant en France, notamment avec le roman fantastique Pharos l’Égyptien, ou encore le récit policier Mon cas le plus étrange.
Longtemps oublié, il fut redécouvert dans les années 1980 grâce à Richard D. Nolane, qui a réuni ici, pour la première fois, pays anglo-saxons compris, toutes ses nouvelles fantastiques, dont cinq restées inédites en français.

 

NICOLLET ET DRUILLET A LA GALERIE BARBIER


 

GALERIE BARBIER, 10 rue Choron, Paris 9 ème

dimanche 20 mars 2022

LES IMAGINAIRES DU NOUVEAU MONDE, Lauric Guillaud et Georges Bertin

 Tout chaud sorti des Presses de l'ODS

 

« Le « Nouveau Monde » est une création de l’Ancien », explique Lauric Guillaud. Cet ouvrage collectif explore la notion de « nouveau monde », principalement autour des imaginaires américains et à propos des Amériques. Mais il explore surtout comment les perspectives actuelles sur le rôle de l’imaginaire dans les désirs d’exploration viennent l’éclairer – qu’ils soient ou non mis en actes, qu’ils ouvrent, ou moins, sur des rencontres fécondes. Le rapport de l’imaginaire au mythe est omniprésent dans cet essai. Plusieurs américanistes apportent leur regard à cette réflexion : un retour historique sur le basculement entre exaltation exploratoire, rencontres et violence du choc des cultures (L. Guillaud) ; une évocation de
l’influence des mythologies de l’Antiquité occidentale sur l’exploration du Nouveau Monde (J.-P. Sanchez) ; une riche analyse de l’œuvre théâtrale de Lope de Vega sur Christophe Colomb (M. Aranda) ; la notion de Paradis comme moteur imaginaire du Nouveau Monde (R. Tejada) ; un article sur l’art mural mexicain (A.C. Hornedo Marín) ; un rappel du rôle majeur d’Evita Perón dans l’imaginaire argentin contemporain (C. Marchand) ; un bref comparatif avec l’Orient chinois (G. Susong).
Le contexte historique, qui nourrit l’imaginaire, est déterminant pour tout projet d’exploration ; comme le souligne Maria Aranda : « La reconquête de Grenade et la découverte du Nouveau Monde sont les deux moitiés d’un seul avènement, celui du Christ en terre infidèle. » On aborde aussi dans ce livre, avec G. Bertin, un imaginaire en retour émanant d’Amérique au cours du XXe siècle, qui se diffuse et se diffracte comme dans une vision kaléidoscopique : celui d’un « Nouvel Âge » – comme quoi espace et temps restent intimement mêlés… Et on montre combien l’idéal de « nouveau monde » se reflète dans la nostalgie pour le, ou les, mondes anciens, et comment contemporanéité et traditions se répondent à chaque fois qu’on les évoque –une leçon à toujours garder à l’esprit.
« Qu’en est-il aujourd’hui du Nouveau Monde et des « nouveaux mondes » ? » interrogent Lauric Guillaud et Georges Bertin, une question qui ne doit pas être considérée anodine à l’heure d’un nécessaire réenchantement du monde et de l’effritement des ethnocentrismes, et à laquelle j’invite à réfléchir dans la dernière intervention.



samedi 19 mars 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : JE SUIS LES TÉNÈBRES, Joseph Denize


 


 

La fiction néo-lovecraftienne nous réserve une belle surprise avec Je suis les ténèbres de Joseph Denize (Julliard, 2022). Nous allons partager l’aventure d’un jeune dilettante belge, Kurtz, envoyé en mission « familiale » au Congo, afin -officiellement- de rédiger un mémoire sur la dimension « philanthropique » de la colonisation, mais aussi pour participer au commerce lucratif de l’ivoire. Il est vrai que la première moitié de l’ouvrage, au demeurant fort bien écrit, se traîne en longueur. On se lasse un peu de descendre le fleuve ! Mais c’est en arrivant au camp de base que l’aventure va se mettre en branle, notamment avec la rencontre d’un étrange explorateur dynamique, Moreau, à la recherche d’une peuplade inconnue. Alors que Moreau s’enfonce dans la jungle, Kurtz sympathise avec les habitants d’un village qui le considèrent comme un « vombi » (divinité) et en font leur roi, ce qui nous donne quelques pages truculentes.  Puis sur les traces de Moreau, il découvre un nouveau village fort bien tenu, dont les habitants ne sont pas totalement humains, possédant en effet certaines caractéristiques « batraciennes ». De surcroît, le village est recouvert d’une sorte de toile d’araignée blanche, qui semble être une plante, la « virgo », laquelle unit tous les indigènes dans un curieux vortex. Kurtz succombe aux charmes de la beauté de la communauté, Akkâ, avant de retrouver Moreau qui occupe une grande case dans la jungle. Il a baptisé cette race non-humaine les « Profonds » et prépare une communication qui devrait révolutionner nos connaissances en matière d’évolution.

Les choses se termineront mal entre les deux amis, mais ne spolions pas une chute surprenante !


lundi 14 mars 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB, Arkham Mysteries T1, Nolane & Garcia

 


Arkham Mysteries, I Le ciel des Grands Anciens, Nolane & Garcia (Soleil 2022). Une belle réalisation qui nous plonge à nouveau dans le Arkham des années 20. Le Pr Armitage, en poste à Harvard, abandonne ses fonctions malgré le veto de sa hiérarchie, pour partir au secours d’un ami disparu en Mongolie, le Pr Tanner. Ce dernier était sur la trace de civilisations non-humaines. Il le retrouvera agonisant dans un temple dédié à une monstruosité, vraisemblablement Lloigor, adorée par le peuple Tcho-Tcho. Jurant de le venger et de poursuivre la recherche de son ami, il plongera dans les méandres des bouges de China Town. La chasse aux indices sera violente ; il risquera sa vie lors d’une cérémonie occulte er découvrira qu’on lui a tatoué dans le dos d’étranges symboles. Ayant perdu son poste à Harvard, il trouvera une chaire à l’Université de Miskatonic à Arkham, prenant la responsabilité du département des « religions et cultes disparus ». Grâce aux livres maudits qu’il peut facilement consulter, mais aussi grâce à l’aide de Skylark, la patronne de « L’Arkham Sentinel » - dont le correspondant à Providence est un certain Lovecraft-, il va se lancer dans une quête ésotérique sanglante, « quelque chose semblant d’être sur le point de … » Il est vrai que les Coldies, créatures mi-humaines, mi-batraciennes, qui hantent la cité de nuit ont de quoi refroidir l’entrain de nos investigateurs.

 Les pastiches lovecraftiens sont souvent « téléphonés », mais Nolane a su trouver une accroche originale. Quant au trait de Garcia, il est magnifique. La double page qui représente Arkham sous la neige m’a fait pousser un « ouaou » !

 


 

vendredi 11 mars 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : HORREUR A ARKHAM, le dernier Rituel, S.A. Sidor

 


J’ai pris beaucoup de plaisir à lire Horreur à Arkham, Le dernier rituel, S.A. Sidor (404 éditions, 2021). Une fiction néo-lovecraftienne, bien écrite et qui ravira tous ceux qui adorent se balader à Arkham. Alden Oaks, peintre maudit et dilettante devant l’éternel, rentre dans sa bonne ville natale d’Arkham pour assister au mariage de son ami Preston avec son ex, Minnie. Il a découvert, au cours de son périple en Europe d’étranges symboles, et participé à une cérémonie impie en Espagne où il crut reconnaitre le plus grand artiste surréaliste de l’époque, un certain Balthazar. Il finira par s’installer à la « Colonie » d’Arkham, ancien hôtel particulier devenu une sorte de maison des artistes ». Il y retrouvera Nina, ex de Preston, qui mène une enquête pour écrire un livre sur les crimes odieux qui ont défrayé récemment la petite ville. Alden se joint à elle et, ensemble, ils découvriront autour de ces meurtres des éléments laissant penser à des crimes rituels. Je ne spolierai pas la chute, sinon pour dire qu’à l’occasion d’un bal masqué organisé par Balthazar de passage dans la cité, nos deux investigateurs découvriront « d’autres dimensions ».

mercredi 2 mars 2022

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA SEPTIEME EXTINCTION, Alain Delbe

 


Belle surprise que La Septième Extinction (autoédition 2021) d’Alain Delbe. Ce dernier nous livre en effet un véritable traité d’apocalypse joyeuse sur fond de collapsologie bienveillante. La trame est hélas bien connue : réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, pollutions en tout genre, capitalisme débridé et sans scrupules…. Bref, l’humanité court à sa perte et elle en est la seule responsable. L’auteur nous invite à réfléchir à cette catastrophe inévitable en compagnie d’un petit garçon du Nord de la France et de sa famille. Et quelle famille, puisqu’elle a trouvé le remède définitif aux maux de l’humanité.

L’inspiration vient du grand-père paternel, Simon, psychanalyste de terrain, mais aussi touche-à-tout, toujours plongé dans ses livres, que ce soient des ouvrages de fiction ou des traités de philosophie. Il développera du reste une vision métaphysique sulfureuse qui fera ultérieurement de lui un théologien réputé : Dieu est bon et il ne peut pas avoir créé une espèce humaine fondamentalement destructrice ; il est à l’origine de l’univers, de la terre et de ses merveilles naturelles ; mais c’est Satan qui a créé l’homme afin de saccager l’œuvre de la Divinité. Simon aimait bien taquiner la plume à l’occasion et rédigea une nouvelle devenue célèbre, Décréation, dans laquelle on voit une humanité mettre fin volontairement à son existence. Publié à l’origine dans une revue confidentielle d’amateurs de science-fiction, ce texte suscita les commentaires amusés de plusieurs lecteurs. C’est ainsi qu’un certain Emmanuel Thibault laissa entendre que les hommes ainsi décréés se retrouvaient dans un monde parallèle dans lequel ils pouvaient poursuivre leurs saccages.

Le grand-père maternel, de son côté, garagiste en son temps, était un passionné de paléontologie et sa philosophie pouvait se résumer ainsi : … n’était-il pas plus heureux quand il n’avait qu’à assommer le bison, cueillir les fraises des bois, s’extasier devant les paysages et convoiter celles de la tribu d’à côté ?

Extrêmement motivé pour mettre fin aux malheurs de l’homme, le père, brillant scientifique, mettra au point le produit miracle : un virus particulièrement contagieux qui empêche toute fécondité. Mais avec des dégâts collatéraux : le mal être des femmes qui aspirent toutes peu ou prou à la maternité. D’où l’intervention de la mère, autre scientifique émérite, qui développera un virus complémentaire : un produit légèrement euphorisant qui met fin au mal être et qui permet de voir la vie toujours du bon côté. La contagion se répandra à une vitesse fulgurante, la terre entière reconnaissant l’aspect positif de ce qui sera appelé « Le Bienfait ». Les deux inventeurs seront du reste nobélisé.

Alain Delbe réussit l’exploit de faire balancer en permanence le lecteur entre une réflexion douloureuse (le saccage de la planète est bien croqué) et un immense éclat de rire. L’humour de l’auteur atteint des sommets lorsqu’on apprend que Mélenchon, après un nouvel échec aux présidentielles de 2027, s’est retiré dans les ordres au monastère de la Grande Chartreuse !

Un ouvrage qui ravira les disciples de l’essayiste Cioran dont le pessimisme métaphysique, évoqué au fil des pages, est à l’évidence la colonne vertébrale du récit.


mardi 1 mars 2022

ADIEU, HENRY LINCOLN

Henry Lincoln (Henry Soskin pour l’état civil) vient de nous quitter alors qu’il allait rentrer dans sa 92e année. Personnage incontournable de « l’affaire de Rennes-le-Château », il s’était épris de la région du Haut Razès au point d’abandonner son Angleterre natale pour s’installer avec l’un de ses deux fils à Montferrand (Rennes-les-Bains).
Comédien et scénariste, Henry Lincoln s’est illustré dans des séries télévisées comme Chapeau Melon et Bottes de Cuir ou Doctor Who dont il a co-écrit trois épisodes. Mais c’est surtout par ses enquêtes historiques qu’il se fera connaître. Lors de vacances dans les Cévennes en 1969, il découvrira L’Or de Rennes de Gérard de Sède, une lecture qui le marquera profondément, au point de proposer à la BBC de mener une enquête sur le « mystère » de l’abbé Saunière. Le prêtre du Razès aurait-il trouvé un trésor ? Il en résultera trois documentaires, le premier diffusé en 1972 (The Lost Treasure of Jerusalem). Le succès de ces reportages conduira le scénariste, avec la collaboration de deux de ses amis (Richard Leigh et Michael Baigent), à publier en 1982 un ouvrage qui fera l’effet d’une « bombe » : The Holy Blood and the Holy Grail (L’Énigme Sacrée) : Bérenger Saunière aurait découvert des documents faisant état d’une descendance du Christ, passant par la dynastie mérovingienne et aboutissant à Rennes-le-Château. Une ligne sacrée protégée par une mystérieuse société secrète, le Prieuré de Sion. Cette thèse développe une « belle histoire » qui aura beaucoup de succès et qui sera reprise par le romancier américain, Dan Brown, avec the Da Vinci Code (2003).
Cela dit, Lincoln découvrira progressivement que les sources qu’il avait utilisées pour ses recherches n’étaient pas très fiables et qu’il avait été, tout comme Gérard de Sède du reste, la victime d’une petite équipe de mystificateurs pilotés par un personnage douteux appelé Pierre Plantard. Il continuera pourtant à chercher la clef du secret du « curé aux milliards », orientant par la suite ses travaux sur la géométrie sacrée.
Henry Lincoln était unanimement apprécié dans notre région. Toujours disponible pour partager avec ses interlocuteurs le résultat de ses recherches, il était souvent à « La Table de l’Abbé » (aujourd’hui « Le Jardin de Marie ») à Rennes-le-Château, avec ses cartes et ses documents. Il organisait régulièrement des visites guidées du village et, en tant que Président de la très sélecte « Sauniere ‘Society », pilotait chaque année des groupes de chercheurs anglo-saxons dans les endroits les plus insolites du Haut Razès.
Nous venons de perdre un érudit passionné et un ami fidèle de la « Colline ». Bon voyage, Henry. 



(Publié dans "L'Indépendant du 1er mars 2022)