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vendredi 8 mars 2013

L'ECONOMIE DES VAMPIRES Sciences et Avenir

L'économie des vampires

Créé le 07-03-2013 à 11h04 - Mis à jour à 18h35

Un chercheur néo-zélandais a simulé sur ordinateur les relations proies-prédateurs entre humains et vampires. Son modèle illustre la façon dont les hommes peuvent "vampiriser" un stock limité de ressources naturelles.

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Klaus Kinski s'en prend à Isabelle Adjani dans la version signée Werner Herzog de Nosferatu, sortie en 1979. Archives du 7eme Art / Photo12
Klaus Kinski s'en prend à Isabelle Adjani dans la version signée Werner Herzog de Nosferatu, sortie en 1979. Archives du 7eme Art / Photo12

MONDE VIRTUEL. À première vue, le sujet de l'étude paraît saugrenu. Pourtant, Daniel Farhat, un chercheur du département d'économie de l'université d'Otago, en Nouvelle-Zélande, en est persuadé : son modèle informatique permet d'éclairer de vraies situations économiques du monde réel. « Même si les vampires n’existent pas, la relation de type proie-prédateur qu'ils entretiennent avec les humains constituent une métaphore très pertinente pour un grand nombre de relations économiques » explique le néo-zélandais dans sa publication.
D'ailleurs Farhat n'est pas le premier à aller titiller Dracula pour expliquer l'économie: une dizaine d'études du même acabit ont déjà été publiées sur le sujet (si, si !). Mais aucune ne satisfaisait pleinement Daniel Farhat.
Ainsi, dans certaines d'entre elles, les humains et les vampires disposaient de trop d'informations (comme par exemple l'état du "stock" : combien de bipèdes encore vivants - si l'on peut dire parlant des vampires - à chaque instant). Dans d'autres, la mortalité des humains n'était pas prise en compte... Aussi, Daniel Farhat a-t-il décidé de créer son propre modèle, bien plus "réaliste".

Un monde virtuel où les humains se nourrissent de pain, et les vampires, du sang des hommes


Le chercheur a donc programmé un monde virtuel composé d'un quadrillage dans lequel les humains sont représentés par des points - eh oui, ça se passe comme ça dans un labo d'économie moderne !
Dans ce monde-logiciel, les hommes numériques produisent des ressources (du pain) qu'ils consomment pour survivre et se multiplier. Le chercheur a également programmé sa simulation afin que les humains se regroupent petit à petit dans des villes. En l'absence de vampires, voici ce qui se passe :


La première courbe représente l'évolution de la population d'humains qui croît régulièrement en l'absence de vampires. La seconde courbe montre la production d'une ressource alimentaire, ici du pain (bread), indispensable au maintien et à la croissance des humains. La troisième case montre la répartition aléatoire des humains (les points bleus) au tout début de la simulation, puis regroupés dans des "villes" (dernière case) à l'issue de la simulation. 
 
De leur côté, les vampires, fidèles à leurs bonnes vieilles habitudes alimentaires, ne se nourrissent que de sang humain. Lorsqu'ils mordent, il peuvent parfois transformer un humain en l'un des leurs. Mais en l'absence d'hémoglobine à se mettre sous les crocs, les vampires finissent par mourir de faim. Voici donc ce qui se passe dans un monde virtuel où les humains ne peuvent pas repérer (et donc combattre) les vampires :


La courbe bleue représente l'évolution de la population d'humains et la rouge celle des vampires. La simulation montre que malgré la prédation des vampires sur les humains, le ratio entre les deux espèces reste constant.
ÉQUILIBRE. Comme on peut le constater, les vampires et les humains trouvent alors une situation d'équilibre leur permettant de coexister. Les deux populations évoluent en parallèle, les vampires tentant de gérer leur stock limité de proies tandis que les humains eux, doivent produire les ressources qui leur permettent de survivre tout en résistant à la pression des buveurs de sang.
Mais que se passe-t-il si les vampires deviennent trop voraces ? Pour le savoir Daniel Farhat a augmenté la quantité de sang virtuel que prélèvent les vampires (toujours invisibles aux humains). Et le résultat est surprenant : une gourmandise trop importante des prédateurs les conduit à... leur extinction.

La courbe de population des vampires (en rouge) croît rapidement et, chez les humains, c'est un massacre. La population humaine (courbe bleue) s'effondre jusqu'à ce que les vampires soient à court de nourriture. Ces derniers meurent alors de faim jusqu'au dernier. Les quelques humain survivants repeuplent alors le monde virtuel.

Les humains contre-attaquent, les pieux à la main


RÉVOLTE. Ensuite Daniel Farhat introduit un nouveau paramètre. Cette fois, les humains peuvent détecter les vampires. Et les hommes laissent alors tomber la production de pain pour, à la place, fabriquer des pieux - comme moyen de défense contre les suceurs de sang, on a rien fait de mieux depuis Bram Stoker.
Le chercheur teste alors deux situations. Dans la première, les vampires sont de faibles créatures que les humains éliminent sans difficulté lorsqu'ils sont repérés. Dans la seconde, les prédateurs sont invincibles. Et de manière surprenante, l'étude montre que les vampires sont exterminés... lorsqu'ils sont invincibles.

 
Le graphique de gauche montre qu'en présence de vampires "faibles", la population humaine croît régulièrement tandis que celle des vampires est soumise à de fortes fluctuations en fonction de "cycles de peurs" entraînant des campagnes d'éradication. La courbe de droite montre que si les vampires sont invincibles, les humains s'épuisent à fabriquer des pieux inefficaces au lieu de produire leurs ressources vitales... La population humaine s'effondre et les vampires "invincibles" au corps à corps finissent par mourir de faim faute de proies.

EXTRAPOLATIONS. Et le chercheur d'expliquer que l'on peut appliquer ce modèle à la manière dont les humains « vampirisent » un stock limité de ressources naturelles qui, si elles viennent à manquer, pourraient conduire à l'extinction des prédateurs que nous sommes.

"C'est une métaphore très pertinente pour un grand nombre de relations économiques" - l'économiste Daniel Farhat.

De même, l'économiste fait le parallèle avec la manière dont un agent infectieux se propage lors d'une épidémie (les personnes infectées étant les « vampires ») au milieu d'une population d’humains "saine". Ainsi, un pathogène trop virulent aura plus de chances de disparaître qu'une maladie moins incapacitante.

« Des relations similaires existent entre les gouvernements (qui prélèvent des impôts) sur leurs citoyens ou entre les grandes entreprises et leurs salariés (les premiers font du profit sur les seconds), avance le chercheur. Ainsi, ce modèle suggère que des révolutions sociales peuvent survenir si ceux qui se nourrissent des efforts des autres "consomment" un peu trop (ex : un gouvernement corrompu ou une entreprise ne payant pas assez ses salariés) »
Au bout de cette étude crépusculaire, luit heureusement une bonne nouvelle. « La voici: le modèle prédit que les vampires trop affamés (un gouvernement corrompu ou un employeur abusif) sont inévitablement éliminés lorsque leurs actions sont découvertes » conclut le chercheur. N'oublions pas toutefois que ces conclusions ne reposent que sur un modèle mathématique qui ne prend en compte qu'un nombre très limité de facteurs.
Erwan Lecomte, Sciences et Avenir le 7/03/13
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