Ma Jian est un intellectuel
chinois, vivant en exil à Londres, qui nous a déjà donné plusieurs livres sur
la face obscure de la Chine contemporaine sous la dictature de Xi Jinpin. Un
dirigeant, faut-il le rappeler, qui s’est fait élire récemment Président à vie.
Avec China Dream (Flammarion, 2018),
l’auteur nous entraîne sous forme de roman dans l’univers de la corruption qui
gangrène l’administration à tous les niveaux. Il met en scène Ma Daode, 62 ans,
ancien Garde Rouge et aujourd’hui fonctionnaire dépravé dans une ville
provinciale, Ziyang. Il est de surcroît l’un des dirigeants du « Bureau du
Rêve Chinois », chargé de nettoyer de la mémoire de la population les
souvenirs atroces de la Révolutions Culturelle et de les remplacer la vision
glorieuse de la Grande Chine Maître du Monde de Xi Jinpin. Et cela n’est pas de
la fiction. Là où
l’auteur en rajoute un peu, afin de donner plus de corps au délire ambiant,
c’est quand il nous explique que Ma Daode travaille sur un implant qui serait
greffé sur les glorieux travailleurs pour faciliter le phénomène de l’oubli.
Une mise au point délicate qui n’est pas exclusive de l’utilisation d’un bon
vieux remède de sorcier, la Soupe du Rêve Chinois. Car il est urgent d’oublier.
La vie du fonctionnaire est polluée par la remontée à la surface de souvenirs
atroces, et notamment alors qu’il était Garde Rouge. Il a en effet dénoncé ses
parents comme « droitiers », ce qui les a conduits au suicide.
Car Ma Daode aurait tout pour
être heureux : une collection impressionnante de maîtresses, des
enveloppes de « pots de vin » bien garnies, des primes de fonction
qui lui permettent de mener grande vie et de bénéficier des petits plus
réservés aux cadres supérieurs du parti. Tel ces lupanars de luxes où on peut
s’envoyer en l’air avec de charmantes créatures déguisées en Gardes Rouges tout
en écoutant des champs révolutionnaires et en dégustant les meilleurs crus de
vins français.
Un récit poignant qui a le parfum
de l’authenticité.
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