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lundi 4 juillet 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : FURIE DIVINE, Dos Santos





Furie Divine de Rodriguez Dos Santos a été publié au Portugal en 2009, mais il nous faudra attendre 2016 pour que l’éditeur français (HC) de l’auteur se décide à le traduire. Or Dos Santos est un fabriquant de best-sellers bien connus comme La Formule de Dieu ou L’Ultime secret du Christ.  Il y a certainement derrière ce délai une petite touche de « politiquement correct », afin de ne pas heurter la sensibilité de nos amis musulmans ! Et c’est vrai que l’écrivain-journaliste fait une nouvelle fois très fort, en nous plongeant dans les méandres de l’islamisme radical, avec son art habituel : une intrigue, certes puisqu’il s’agit d’un thriller, mais surtout une enquête incroyablement documentée sur le sujet qu’il a choisi de disséquer. Nous sommes après les attentats du 11 septembre, et Ben Laden prépare la suite. Une attaque nucléaire contre les États-Unis à l’aide de micro-bombes fabriquées avec du matériel récupéré dans les centrales-passoires de l’ex Union Soviétique.
L’auteur nous met dans la peau d’un jeune musulman du Caire, Ahmed, qui va suivre un circuit au demeurant très classique, entre son école coranique et la mosquée. Et il tombe dans un fondamentalisme terrifiant. Il n’y a pas de gentils ou de méchants musulmans, mais il n’y a que la parole d’Allah, exprimée dans le Coran, la Sunna (jurisprudence du Prophète) et les Hadiths (autres jurisprudences), une parole qui doit être respectée à la lettre. Tout écart fait de vous un infidèle. Ses entretiens avec son professeur de théologie font frémir, dans la mesure où on se retrouve rapidement dans une dialectique totalitaire dont on ne peut s’échapper. Ahmed aura droit de passer quelque temps en prison, pour avoir injurié et caillassé des touristes américains, sanction qu’il ne comprendra du reste jamais, estimant n’avoir fait que son devoir de lutte contre ces « porcs d’infidèles ». Sa grande foi et sa bonne conduite lui vaudront une libération rapide, à l’instigation d’un mouvement radical qui n’avait pas manqué de le repérer. Il sera envoyé comme agent « dormant » au Portugal, afin de suivre des études d’ingénieur dans le nucléaire. Au bout de quelques années, son heure sonnera et il sera transféré en Afghanistan pour faire de lui un combattant spécialisé dans le domaine des explosifs les plus sophistiqués. Au cours de cette dernière, il aura l’insigne honneur de rencontrer Ben Laden himself. Il acceptera avec joie de devenir djihadiste et se retrouvera à New-York au moment où va s’ouvrir une session aux Nations-Unies sous la présidence du chef de l’État américain. On devine la suite !
Ce qui est bien brossé dans ce roman, c’est la psychologie profonde des terroristes. Les explications socio-économiques (jeunes issus de milieux défavorisés) ou culturelles (absence d’éducation) ne tiennent guère la route. Nous sommes en présence d’individus que l’on qualifierait volontiers de « tout à fait normaux ». Sauf qu’ils sont rentrés, généralement avec enthousiasme et en pleine conscience, dans un système qui ne peut que se terminer que dans un bain de sang. Car il n’y a pas de demi-mesure dans le fondamentalisme : les infidèles doivent périr (y compris les musulmans ayant cédé aux sirènes de la société moderne) pour rétablir le Califat perdu.

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