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lundi 18 juillet 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'INDICIBLE, Lovecraft





L’Indicible (1923, The Unnable in Weird Tales 1925) est une nouvelle importante du fait de son caractère autobiographique. Elle met en scène Carter, jeune écrivain d’horreur qui a défrayé la chronique avec sa nouvelle « la fenêtre d’en-haut », publiée dans le numéro de janvier 1922 de Whispers (revue imaginaire). Il s’agit de Randolph Carter bien sûr, même si son prénom n’est pas cité, car le dit Randolph fera référence à cet incident dans La Clef d’Argent. Il discute souvent de littérature avec son ami, Joël Manton, docteur de l’East High School à Boston. De dernier est un rationaliste qui ne comprend pas la fascination de son ami pour l’indicible. Pour lui, tout a une cause et une explication logique. Ils vont passer une nuit tous les deux dans un cimetière, assis sur une tombe fissurée, près d’un vieux manoir.  Il s’agit de la demeure mise en scène dans la nouvelle de l’écrivain, dans laquelle se sont déroulés des faits horribles, selon un vieux journal intime du début du XVII ème siècle retrouvé par l’auteur. Y résidait un vieil homme solitaire, persécuté par une créature à l’œil douteux, laissant sur son passage des marques mélangées de de sabots fourchus et de pattes vaguement humaines. Le vieil homme succombera de frayeur et sera enterré dans le cimetière attenant. Mais la légende raconte que le monstre continue à rôder dans les parages. Manton commence à réaliser qu’il est sur le théâtre de l’affaire, alors que les vitres du manoir craquent. Une entité invisible terrassera les deux amis qui se retrouveront à l’hôpital, le dos de Manton étant zébré de coupures et de griffures.
En évoquant les légendes noires, Carter fera de nombreuses allusions à Cotton Mather :
Tout d’abord, avait-on dit, la chose était biologiquement impossible ; ce n’était qu’un de ces contes de vieilles femmes qu’on se chuchote dans les campagnes et que Cotton Mather avait été assez crédule pour inclure dans ses Magnalia Christi Americana, ouvrage grotesque d’ailleurs ; du reste, les preuves étayant ce récit étaient si faibles et si douteuses que même Mather n’avait pas osé désigner clairement la localité où était censée s’être passée cette histoire à donner le frisson. Quant à la suite que j’avais donnée à ce récit, elle était parfaitement invraisemblable ; elle trahissait tout simplement l’écrivaillon travaillé par une imagination surchauffée et hanté par la spéculation systématique. Mather avait seulement dit que cette chose était née, mais il fallait vraiment n’être qu’un méprisable amateur de sensationnel pour avoir songé à la faire grandir et regarder, la nuit, par les fenêtres des gens, et se cacher dans la mansarde d’une maison, en chair et en os, pour que finalement, des siècles plus tard, un être humain la distingue à une fenêtre, et soit par- dessus le marché incapable de décrire ce qui a fait soudain blanchir ses cheveux. Cotton Mather ( 1663, Boston, Massachusetts, États-Unis - 1728, Boston, Massachusetts, États-Unis) était un ministre du culte puritain, auteur prolifique et pamphlétaire, fils du révérend Increase Mather. L’ouvrage que Lovecraft cite était sous-titré The Ecclesiastical History of New England from Its First Planting in 1620, until the Year of Our Lord 1698. (1702). Il est constitué de 7 livres réunis en deux volumes. Il traite du développement de la religion dans les colonies de Nouvelle Angleterre et critique les méthodes utilisées par les juges lors des procès de Salem.


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