mardi 12 janvier 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB, LA COULEUR TOMBEE DU CIEL, Lovecraft

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La Couleur tombée du Ciel (1927, in Amazing Stories, 1927) est certainement le texte dans lequel Lovecraft exprime le mieux son talent de peintre de l’horreur. Car rien n’est clairement décrit, tout le développement de l’abomination se fait par petites touches de plus en plus incisives. L’histoire est pourtant très simple. Un jeune architecte de Boston vient à Arkham pour étudier l’installation d’un réservoir dans la région. Il y trouve une lande foudroyée, une ferme détruite et un puits inquiétant. Il se renseigne et découvre qu’un phénomène qui n’est pas d’origine naturelle est responsable de cette désolation. Une étrange météorite serait tombée en 1880 dans le champ de Nahum Gardner. Les savants de l’université de Miskatonic sont incapables d’analyser les fragments d’une roche qui diminue de taille, refuse de refroidir et émet des lueurs qui ne correspondant pas aux canons des couleurs terrestres. Parallèlement, les plantes se rabougrissent, les animaux meurent de terreur et la folie gagne la famille.
Quelle que soit la chose infernale prête à éclore au fond du puits, elle doit être prisonnière d'une façon ou d'une autre, sans quoi elle se propagerait rapidement. Serait-elle attachée aux racines de ces arbres qui griffent l'air de leurs branches ? L'une des histoires d'Arkham relate que de gros chênes brillent et s'agitent la nuit d'une manière surnaturelle...
Dieu seul sait de quoi il s'agit

L’épouse du fermier sera la première victime.
Cela se produisit en juin, environ un an après la chute du météore : la pauvre femme [Mrs Pierce] se mit à crier qu'elle voyait dans l'air des choses impossibles à décrire. Dans son délire, elle n'employait pas un seul nom déterminé, mais uniquement des verbes et des pronoms. Des choses bougeaient, volaient, se transformaient ; ses oreilles tintaient sous l'effet de vibrations qui n'étaient pas exactement des sons. Quelque chose lui était enlevé, ... on lui arrachait quelque chose, ... quelque chose s'attachait à elle, ... quelqu'un devrait bien l'en débarrasser, ... rien n'était immobile dans la nuit, ... les murs et les fenêtres se déplaçaient ... [Son mari] ne l'envoya pas à l'asile ; il la laissa errer à travers la maison tant qu'elle fut inoffensive pour elle-même et pour les autres, même quand l'expression de son visage commença à changer. Mais lorsque les enfants prirent peur, lorsque Thaddeus faillit s'évanouir à la vue des grimaces menaçantes de sa mère, il décida de l'enfermer dans la mansarde. En juillet, elle avait cessé de parler et se traînait à quatre pattes ; avant la fin du mois, Nahum conçut l'idée insensée qu'elle luisait légèrement dans le noir, tout comme la végétation environnante. ... [...]

Puis ce sera le tour des enfants dont deux d’entre eux disparaîtront dans le puits. Un ami du fermier découvrira enfin celui-ci en train d’agoniser, « aspiré » par une créature maligne. L’enquête de la police et de l’université sera incapable d’expliquer ce phénomène.

Selon les lovecraftologues érudits, ce texte marquerait clairement l’entrée de l’auteur dans le domaine de la science-fiction. Selon wiki, Lovecraft a toujours été atterré par la représentation trop anthropomorphique des extraterrestres dans la fiction et il souhaitait avec cette nouvelle présenter une forme de vie qui soit totalement inhumaine. Pour cela il tire son inspiration de nombreuses sources décrivant des couleurs en dehors du spectre visible. S. T. Joshi cite le livre de Hugh Elliott, Modern Science and Materialism (1919), alors que Will Murray cite les pierres décrites par Charles Hoy Fort dans Le Livre des Damnés comme une inspiration possible pour la météorite.

Version audio 

jeudi 7 janvier 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA PEUR QUI RÔDE, Lovecraft




La peur qui rôde (1922, in Home Brew 1923) met en scène un narrateur, non identifié, qui part enquêter dans la région des Castkills (déjà rencontrée dans Par delà le mur du sommeil, 1919) où sévirait une cauchemardesque « peur qui rôde ». Le phénomène semble être localisé autour du Mont des Tempêtes et d’une ferme, celle des Martense, dont les habitants furent décimés ; il prend sa véritable dimension lors des nuits d’orages, fréquents dans la région. Ses amis accompagnateurs disparaîtront tous et il prendra la décision de visiter la bâtisse : La maison, vaste et massive, produisait une impression de terreur vague que le jour même ne dissipait pas ; malgré tout je n'hésitai pas, puisque j'étais venu pour vérifier une hypothèse. A mon avis, le tonnerre faisait sortir le démon mortel de sa cachette ; et que ce démon fût un être matériel ou une vapeur pestilentielle, j'avais bien l'intention de le voir.
Ce qu’il rencontre l’amène à fuir. Mais, dans un dernier sursaut de curiosité, il reviendra explorer les souterrains qui partent de cavités creusées sur le mont. Et là, il découvrira la vérité : la Peur qui Rôde n’est rien d’autres que la famille Martense et ses rejetons qui ont connu un affolant processus de dégénérescence.

samedi 2 janvier 2016

LES CHRONIQUES D'EL BIB : THE ILLUMINATED CTHULHU MYTHOS, Luca Oleastri





Que voilà un sympathique album. The Illuminated Cthulhu de Luca Oleastri ( Edizioni Scudo, 2012) porte bien son sous titre : The Illustrated Necronomicon and other grimoires fragments. Il ne s’agit en effet de rien d’autre qu’un magnifique livret illustrant les livres maudit de Lovecraft, mais aussi de « sa bande ». Un véritable catalogue de la section « réservée » de la Bibliothèque de l’Université de Miskatonic. 



LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE TEMPLE, Lovecraft

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Le Temple (1920, in Weird Tales 1925) nous invite dans un U 29, sous-marin allemand, en compagnie de son capitaine, Karl Heinrich, comte d’Altberg-Ehrenstein.  Nous sommes en 1917, en pleine guerre, et l’équipage torpille un cargo britannique, le Victoria. Un marin de ce dernier sera retrouvé agrippé au bastingage, portant une étrange amulette, un morceau d’ivoire sur lequel est gravé la tête d’un jeune homme couvert de lauriers. Le corps du marin sera remis à la mer, mais certains membres de l’équipage ont cru voir ses yeux s’ouvrir, révélant un regard moqueur. Une mutinerie va s’ensuivre, réclamant l’éjection du talisman. Imperturbable, le capitaine matera la révolte, éliminant un à un les récalcitrants jusqu’à se retrouver seul dans un bâtiment tombé en panne et ne cessant de glisser dans des profondeurs abyssales. Et là, ce sera la découverte d’une cité engloutie au centre de laquelle se trouve un immense temple. Atlantis ! Le survivant opérera plusieurs reconnaissances en scaphandre et, alors que les ressources du sous-marin sont pratiquement épuisées, partira visiter le Temple dont les fenêtres venaient de s’éclairer. Il prendra le soin de confier ses notes au bon soin d’une bouteille.
Un texte court, dans lequel on ne rencontre pas directement de créatures et au cours duquel on n’utilise pas de livres maudits ! Mais évidemment, on voit s’esquisser ce qui sera ultérieurement la cité de R’Lyeh. Un texte amusant par la description caricaturale du militaire prussien imbu de sa personne est sûr de lui. Un des marins, alsacien, est qualifié par le capitaine de « porc superstitieux » !



vendredi 1 janvier 2016

ON SE PREPARE POUR LE NOUVEL EON


LES CHRONIQUES D'EL'BIB : MISSION ANTARTIQUE, Jacques Martin.





Lefranc est un Bob Morane bis dont Jacques Martin, Christophe Alvès & François Corteggiani nous content régulièrement les aventures chez Casterman. Le dernier album, Mission Antartique (2015), nous entraîne sur le terrain tendance de la thuléo-fiction. Non, la mission de l’Amiral Byrd en Nouvelle-Souabe n’a pas été un échec. Et ses découvertes ont été étouffées. Notre reporter est chargé de reprendre l’enquête qui va l’amener au cœur d’une base nazie souterraine, dans laquelle on travaille d’arrache-pied à la vengeance et à la reconquête du monde. Il est vrai que la botte secrète mise au point par les allemands est redoutable, puisqu’il ne s’agit de rien d’autre que l’Haunebu RFZ-5 dont les vols expérimentaux vont débuter. La mission se terminera bien sûr par un sabotage de la base et un débarquement allié particulièrement musclé. Un bon récit, joliment illustré et, ce qui ne gâche rien, truffé de clins d’œil à Lovecraft et à ses Montagnes Hallucinées. 


jeudi 31 décembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA MUSIQUE D'ERICH ZANN, Lovecraft





La Musique d’Erich Zann (1921, in National Amateur 1922 & Weird Tales 1925)
J’ai examiné des plans de la ville avec le plus grand soin, et pourtant, je n’ai jamais pu retrouver la rue d’Auseil. Je n’ai pas seulement parcouru des cartes récentes, car je sais que les noms de rues changent avec le temps. Je me suis au contraire plongé dans l’histoire de ces lieux, et j’ai exploré chaque recoin dont le nom aurait pu rappeler celui de la rue d’Auseil. Malgré tous mes efforts, je garde un souvenir amer de n’avoir pas su retrouver la maison, la rue, ni même le quartier où, sans le sou, j’ai habité pendant mes derniers derniers mois d’études de métaphysique à l’université. C’est dans la rue d’Auseil que j’ai entendu la musique d’Erich Zann. Le narrateur, jeune étudiant en métaphysique, a pourtant passé quelque temps dans cette petite rue imaginaire de Paris, dans une mansarde dont le dernier étage était occupé par Erich Zann. Un musicien muet, employé le jour dans un théâtre-cabaret, et joueur de viole dans son appartement la nuit. Là, dans le petit couloir, devant la porte barrée et le trou de serrure masqué, j’ai entendu souvent ces sons qui me remplissaient d’une terreur indéfinissable – la terreur d’une vague merveille et d’un mystère rêveur. Ce n’était pas que ces sons soient affreux, non, ils ne l’étaient certes pas ; mais ce qu’ils entretenaient de vibrations n’appartenait à rien qu’on puisse relier sur la terre, et à certains intervalles ils atteignaient une qualité symphonique qu’on pouvait difficilement concevoir être produite par un seul interprète.
L’étudiant est fasciné par l’étrange beauté de sa musique, et, avec difficultés, finit par entrer en contact avec l’artiste. La fenêtre de sa pièce de travail est toujours soigneusement fermée et interdiction est faite à son visiteur de tenter de l’ouvrir. Il lui explique que ses mélodies visent à empêcher Ceux du Dehors de pénétrer dans notre monde. Une nuit, et après une symphonie particulièrement terrifiante, l’étudiant monte chez son voisin. La pièce est vide et la fenêtre ouverte. Celle-ci donne sur les étoiles.

Une belle nouvelle, très poétique, que Lovecraft considérait du reste comme son meilleur texte. La critique, notamment celle de S.T. Joshi, sera plus réservée, reprochant à ce texte son manque de cohérence. Bergier, pour sa part enthousiasme, aurait demandé à Lovecraft comment il avait visité Paris. Celui-ci lui aurait répondu « en rêve ». (In Planète no 1). Cette correspondance est sujette à caution !
Le texte a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Marc Thomas, dans le cadre de son cursus universitaire (La Transition d’Ulrich Zann, film noir et blanc de 15 minutes, 1996). 

Voir aussi : La musique d'Erich Zann

dimanche 27 décembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : CELUI QUI HANTE LES TÉNÈBRES, Lovecraft

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Celui qui hante les ténèbres (1935, in Weird Tales 1936). Dans cette nouvelle, Lovecraft met en scène son ami Robert Bloch sous les traits de Robert Drake, artiste, écrivain et peintre qui vient de s’installer à Providence, dans College Street, à proximité de la Brown University et de sa bibliothèque John Hay. Il est connu pour ses œuvres fantastiques comme Celui qui creuse sous la terre, l’Escalier de la Crypte, Shaggaï, dans la vallée de Pnath et le Dévoreur venu des Étoiles. Il est fasciné par le paysage de la ville qu’il observe de sa fenêtre et notamment par la colline de Federal Hill au faîte de laquelle il remarque une église qui semble déserte. Il finit par se décider, traverse la ville et arrive dans un quartier où les habitants ont des visages exotiques et le peau mate. Avec difficultés, un quidam se décide de répondre à ses questions et lui explique que l’église abandonnée a été le siège d’un culte maléfique qui appelait des êtres atroces à sortir d’un gouffre noir inconnu. Une opération d’exorcisme a du reste dû y être menée. 


Blake pénètre dans les lieux par un soupirail. La nef colossale était un espace maintenant dévasté, avec des amoncellements et montagnes de poussière sur ses bancs à caissons, autel, chaires et chœur, et des enchevêtrements titanesques de toiles d’araignées tendues sous les ogives de la galerie et s’entrelaçant sous les colonnes gothiques du cloître. Sur toute cette désolation silencieuse jouait une lumière sans source visible tandis que le soleil de fin d’après-midi lançait ses rayons déclinant à travers les étranges panneaux mi- obturés des grandes baies de l'abside. Il découvre dans la sacristie une bibliothèque de livres maudits et un petit carnet rempli de signes incompréhensibles. 



Dans le clocher, il met la main sur un petit coffret dans lequel est entreposé un « Trapézoèdre Luisant » et le cadavre d’un journaliste, Edwin M. Lillibridge dont le journal parle de la secte « la Sagesse des Etoiles » et d’invocations à « Celui qui Hante les Ténèbres » par le biais du trapézoèdre. La contemplation de cette pierre a sur lui d’étranges effets : Il se sentait enchevêtré dans quelque chose – quelque chose qui n’était pas dans la pierre, mais qui à travers elle l’avait regardé –, quelque chose qui pourrait le suivre désormais sans cesse avec une connaissance qui débordait la vue physique.
Il s’enfuit, rentre chez lui, mais reste obnubilé par son aventure. Il apprend par la presse que les bruits qui agitent le quartier de l’église redoublent d’intensité lors des nuits d’orage, lorsque le courant « saute ». Et de plonger dans des cauchemars terrifiants au cours desquels il se retrouve dans l’église en proie au Chaos Ultime. On le retrouvera mort à sa fenêtre, les traits tordus par une horreur indicible.

° Le tueur stellaire : Le Tueur stellaire (1935). Cette nouvelle est la revanche concoctée par Robert Bloch qui a son tour va tuer Lovecraft….
Un écrivain oisif en manque d’inspiration met la main sur un exemplaire du De Vermis Mysteriis. Il se rend chez un ami et lui met ce livre entre les mains. L’ami imprudent récite alors une formule en latin et attire sur lui la fureur d’un vampire stellaire qui le vide de son sang. L’écrivain qui a acheté le livre repart en brûlant la maison.

° Livres : Dans la sacristie, il découvrit un bureau mangé des vers et plusieurs rayonnages montant jusqu’au plafond, surchargés de livres moisis dont les titres lui inspirèrent une horreur sans nom, car ces volumes renfermaient les secrets et les formules redoutables des temps fabuleux antérieurs à l’existence de l’homme. Blake lui-même en avait déjà lu plusieurs : une traduction latine du Necronomicon, le sinistre Liber Ivonis, l’infâme Culte des Goules du comte d’Erlette, l’Unaussprechlichen Kulten de von Juntz, et le De Vermis Mysteriis de Ludvig Prinn. En outre, il y en avait d’autres qu’il ne connaissait que de réputation (tels que les Manuscrits pnakotiques et le Livre de Dzyan), et un ouvrage rédigé en caractères indéchiffrables, mais contenant certains symboles et diagrammes parfaitement clairs pour un étudiant ès sciences occultes.
Apparaissent dans cette nouvelle :

* De Vermis Mysteriis, créé par Robert Bloch dans Le Tueur Stellaire. Il est censé avoir été écrit en prison par un certain Ludvig Prinn, brûlé vif à Bruxelles par l'Inquisition au XVe siècle ou XVIe siècle ; d'après ses propres dires, Prinn était un survivant de la neuvième croisade (1271-1272).

* Le Livre de Dzyan supposé être un ancien texte, d'origine tibétaine, et possiblement relié à une branche ésotérique du Lamaïsme. Il a été la base de la Théosophie, le mouvement spiritualiste ésotérique fondé par Helena Blavatsky en 1875 et diffusé par la Société théosophique. L'œuvre majeure de cette dernière, La Doctrine Secrète (1888), se propose de faire l'étude de certaines stances (voir Wikisource) tirées de cet ouvrage légendaire, identifié depuis plusieurs années par des chercheurs anglo-saxons avec le livre de Kiu-Te.
° Les créatures : le panthéon habituel est au rendez-vous avec Yog Sothoth, Nyarlathotep le Pharaon Noir, Azathoth, le Chaos Ultime…

LES CHRONIQUES D'EL'BIB :CTHULHU LE MYTHE T1, Lovecraft





Cthulhu le Mythe T1 (Bragelone, 2012). Une réédition d’autant plus remarquable que les nouvelles ont été retraduites de façon tout à fait convaincante. On soulignera encore une solide et pertinente introduction de Jérôme Bouscaut. On se régalera enfin avec le portfolio photo inséré au milieu de l’ouvrages sur « Les Terres de Lovecraft ». sommaire de ce premier tome :

1 - Jérôme BOUSCAUT, Introduction, pages 7 à 52, Introduction
2 - La Cité sans nom (The Nameless City), pages 57 à 72, trad. Maxime LE DAIN
3 - Le Festival (The Festival), pages 73 à 84, trad. Sonia QUÉMENER
4 - L'Appel de Cthulhu (The Call of Cthulhu), pages 85 à 120, trad. Maxime LE DAIN
5 - L'Horreur à Dunwich (The Dunwich Horror), pages 121 à 169, trad. Sonia QUÉMENER
6 - Celui qui chuchotait dans le noir (The Whisperer in Darkness), pages 171 à 247, trad. Sonia QUÉMENER
7 - Le Cauchemar d'Innsmouth (The Shadow Over Innsmouth), pages 249 à 322, trad. Maxime LE DAIN
8 - La Maison de la sorcière (The Dreams in the Witch-House), pages 325 à 366, trad. Maxime LE DAIN
9 - Le Monstre sur le seuil (The Thing on the Doorstep), pages 369 à 401, trad. Maxime LE DAIN
10 - Celui qui hante les ténèbres (The Haunter of the Dark), pages 403 à 431, trad. Sonia QUÉMENER
11 - Christian GRUSSI, Les Terres de Lovecraft en images, pages 431 à 447, Portfolio

vendredi 25 décembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE MONSTRE SUR LE SEUIL, Lovecraft





Le Monstre sur le seuil (1933, in Weird Tales 1937).
Il est vrai que j’ai logé six balles dans la tête de mon meilleur ami, et pourtant j’espère montrer par le présent récit que je ne suis pas son meurtrier. Voilà une nouvelle qui commence de façon tonique ! Il s’agit du récit de Daniel Upton, architecte à Arkham, et ami de Edward Derby, un jeune homme introverti, couvé par ses parents et cultivant un goût prononcé pour l’art morbide et la poésie décadente. Il finira cependant par fréquenter l’université de la ville, suivant un cursus de littératures anglaise et française à l’issue duquel il décrochera brillamment un diplôme. Il tombera amoureux de Asenath Waite qui suivait pour sa part des études en métaphysique médiévale. Une jolie jeune femme, malgré des yeux globuleux, native d’Innsmouth. Son père, Ephraïm Waite s’adonnait aux sciences occultes ; quant à sa mère, on ne sait pas grand chose d’elle, si ce n’est qu’elle était toujours voilée. Marié, le jeune couple quitta la maison des Derby et s’installa dans sa propre demeure, entouré de domestiques inquiétants venus d’Innsmouth.
Edward rendait souvent visite à son ami et lui apprit que son épouse possédait d’étranges pouvoirs, notamment celui de prendre le contrôle de son esprit. Ses rêves étaient de plus en plus inquiétants : Il évoquait de terrifiants conclaves tenus dans des lieux reculés, des ruines cyclopéennes enfouies au plus profond du Maine sous lesquelles d’immenses escaliers plongeaient dans d’abyssales ténèbres foisonnant de mystères, d’angles complexes franchissant des murs invisibles vers d’autres régions de l’espace et du temps, ainsi que d’ignobles échanges de personnalité permettant d’explorer des territoires lointains et interdits d’autres mondes et d’autres plans d’existence.
Sa santé commença à décliner, et Richard Upton du aller le récupérer dans le Maine, alerté par la police. Il était manifestement entré en contact avec une étrange secte et tenait des propos incohérents. Sur le chemin de retour, le jeune architecte observa une modification inquiétante de la personnalité de son ami.
Leurs relations devinrent espacées, mais chaque contact virait à l’horreur. Upton apprendra dans une dernière lettre de son ami, venu lui remettre en mains propres, que Ephraïm Waite avait pris le contrôle d’Asenath, puis par le biais de celle-ci d’Edward. Lequel Edward n’était plus qu’une loque inhumaine et repoussante. La fin sera tragique, ainsi qu’on peut le deviner dès les premières lignes de la nouvelle.

Quelques commentaires :

° Arkham est abondamment utilisée dans les nouvelles de Lovecraft et chaque texte apporte des précisions supplémentaires sur cette cité étrange. L’auteur nous en a du reste, à l’instar d’Innsmouth, laissé un plan.



° Les femmes sont rares dans l’œuvre de Lovecraft, et lorsqu’elles interviennent, ce sont toujours des monstres !


° Les livres :
On retrouve ici le Necronomicon, ainsi que Le Livre d’Eibon et les Unausspreclichen Kulten.
Sont également citées les œuvres d’Edward Derby, Azathoth et autres Horreurs, ainsi que Le Peuple du Monolithe, recueil du poète baudelairien Justin Geoffrey qui mourut en 1926 dans un asile d’aliénés, de retour d’un village hongrois de sinistre réputation. Ce dernier est une création de Robert E. Howard in The Black Stone et The House. 



° Les créatures :
Sont évoqués les shoghots, Shub-Niggurah, la Chose Encagoulée.


mercredi 23 décembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA MAISON DE LA SORCIÈRE, Lovecraft




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La Maison de la Sorcière (1932, 1933 in Weird Tales). Bien que décriée par les proches de Lovecraft, cette longue nouvelle est tout à fait remarquable dans la mesure où elle nous plonge dans d’étonnantes visions cosmiques, au sein d’un hyper-espace cohérent qui s’inscrit parfaitement dans les canons de la physique moderne. L’auteur n’hésite pas du reste à évoquer les travaux des fondateurs de cette dernière que furent Planck et Heisenberg. 



Il est vrai que le héros du récit, Walter Gilman, est un étudiant en mathématiques non-euclidiennes et en physique quantique, tout en s’intéressant au folklore. Une démarche qui le conduit, dans le cadre de l’université d’Arkham, à chercher à associer les mathématiques de l’impossible aux fantastiques arcanes de la magie. Le Pr Upham goûta particulièrement sa démonstration de la parenté des mathématiques supérieures avec certains moments du savoir magique transmis à travers les âges depuis une indi- cible antiquité  humaine ou préhumaine  où la connaissance du cosmos et de ses lois était plus vaste que la nôtre.
Tout cela pour dire qu’il est un familier des « Livres Maudits » conservés à la Bibliothèque de ladite université. Peu fortuné, il vit dans un appartement quasi délabré, dont les murs présentent des angles anormaux, et qui de surcroît a été la demeure de la sorcière Keziah Mason. Une sorcière qui a défrayé la chronique en s’évadant en 1692 de la prison de Salem où elle était détenue. 


Le jeune étudiant est la proie de rêves étranges et fantastiques : Les rêves de Gilman étaient en général des plongées à travers des abîmes infinis de crépuscule indiciblement coloré et de sons au déconcertant désordre ; des abîmes dont les propriétés physiques et gravitationnelles, comme les relations avec sa propre essence, échappaient à toute tentative d’explication. Il ne marchait ni ne grimpait, ne volait ni ne nageait, sans non plus ramper ni se tortiller ; mais il faisait toujours l’expérience d’un mode de déplacement mi- volontaire et mi- involontaire.
Ces rêves se font de plus en plus inquiétants : Le hurlant abîme crépusculaire étincela devant lui, il se sentit impuissant dans l’étreinte informe du conglomérat de bulles irisées. En avant, le petit polyèdre kaléidoscopique filait à vive allure, et dans le vide bouillonnant, un développement et une accélération du vague système tonal semblèrent annoncer un paroxysme indescriptible et insoutenable. Il pressentait ce qui allait arriver – l’explosion monstrueuse des chants walpurgiens, qui concentraient dans leur sonorité cosmique toute l’effervescence primitive, fondamentale, de l’espace-temps qui couve derrière les sphères de matière amoncelées, et jaillit toutefois en réverbérations rythmiques qui pénètrent atténuées tous les niveaux d’être et confèrent partout dans les mondes une terrible signification à certaines époques redoutées. Mais tout cela disparut en un instant.
Ils se transforment en véritables cauchemars au fur et à mesure qu’approche la nuit de Walpurgis, de sinistre réputation à Arkham où il réside. La sorcière, accompagnée de son familier, Brown Jenkin, un énorme rat au faciès humain, hantent ses nuits. Il sombre dans une dépression paralysante, séchant de plus en plus ses cours à l’Université. Mais lors de ses rares apparitions, il séduit ses professeurs, par l’audace de ses intuitions : Un après-midi, il y eut une discussion sur l’existence possible de courbures insolites de l’espace, et de points théoriques d’approche ou même de contact entre notre partie du cosmos et diverses autres régions aussi éloignées que les étoiles les plus lointaines ou les abîmes transgalactiques eux- mêmes – ou même aussi fabuleusement distantes que les unités cosmiques expérimentalement concevables au-delà du continuum espace-temps einsteinien. Gilman traita ce thème avec une aisance qui remplit d’admiration toute l’assistance, même si certaines de ses hypothèses proposées à titre d’exemple ne firent qu’encourager les perpétuels bavardages sur la bizarrerie de sa nervosité et de sa solitude.
Gilman se réfugie chez un jeune étudiant, l’un de ces voisins dans la maison maudite. Mais rien n’y fait, et il se réveille le matin le corps couvert de griffes et les pieds boueux. Un enfant disparaît à Arkham, qu’il retrouve dans ses rêves alors que la sorcière brandit un couteau. On retrouvera Gilman mort dans son lit, éventré et le cœur dévoré par une sorte de rongeur.

Quelques commentaires :

° Les mathématiques de l’Impossible

H. P. Lovecraft fait une nouvelle fois preuve de son attrait pour les sciences exactes en citant dans ce texte plusieurs grands noms des mathématiques et de la physique : Max Planck, Werner Heisenberg, Albert Einstein et Willem de Sitter.
* La physique quantique a mis en relief deux grands principes. Celui de l’incertitude qui nous dit que nous ne pouvons pas prévoir avec précision le comportement d’une microparticule, bien que nous sachions que ce comportement est déterminé à l’avance (Heisenberg).  Celui de l’incomplétude qui nous montre que nous ne pouvons pas prouver la cohérence d’un système mathématique, bien que ses affirmations non démontrables soient vraies. 
* On voit donc bien qu’il existe deux conceptions opposées de la physique. Celle dite classique (de Kepler, Newton à Einstein) est déterministe : les causes ont des effets qui deviennent des causes ; la réalité existe indépendamment de l’observateur. Celle dite quantique (Heisenberg, Pauli, Bohr) qui est aléatoire et qui montre que la réalité dépend de l’observation. Ces deux approches sont contradictoires mais chacune rigoureusement exacte sur le plan mathématique. Elles se sont affrontées en la personne de leurs partisans par les fameux Congrès de Solvay dont le premier a eu lieu en 1927. Les tentatives de conciliation par ce qu’on appelle la théorie du tout ont jusqu’à présent échoué. Le premier pas vers une théorie du tout a cependant été effectué par l'astrophysicien anglais Stephen Hawking qui a montré qu'au niveau quantique, une particule peut s'échapper par effet tunnel d'un trou noir (singularité de distorsion de l'espace-temps, prédite par la théorie de la relativité générale). On parle ici de théorie des cordes.

° Les livres

Si le Necronomicon est souvent évoqué dans la nouvelle, sont également cités :

Le Livre d’Eibon ou Liber Ivonis qui a été inventé par Clark Ashton Smith dans la nouvelle Ubbo-Sathla (1933), et a été repris par la suite par Lovecraft. Il est censé avoir été écrit par un sorcier d'Hyperborée, et s'être transmis au fil des siècles parmi les sorciers. Smith mentionne une traduction française médiévale dérivée d'une version grecque, mais on ne peut remonter au-delà. Il en existe également des traductions en anglais et en latin (le Liber Ivonis).


L’Unaussprechlichen Kulten de von Juntz. Il s’agit d’une création de Robert E. Howard dans ses nouvelles Les Enfants de la Nuit et La Pierre noire (1931). D’après Joan Stanley, Von Junzt voyagea partout dans le monde. On l’accusa d’être initié à certains des cultes dont il parlait et d’avoir une connaissance de première main de beaucoup de leurs rites et de leurs pratiques. Il passa quarante-cinq pleines années de sa vie à prier en des endroits étranges et à découvrir des choses secrètes et épouvantables. Malheureusement, lorsqu’il mourut, presque tous ses papiers personnels furent détruits par son meilleur ami ou par sa famille. L’Université de Miskatonic a néanmoins réussi à récupérer certains d’entre eux, dont son exemplaire personnel.


° Les créatures

Les entités Azathoth et Shub-Niggurath sont évoquées tandis que Nyarlathotep apparaît sous les traits du légendaire « Homme noir », démon traditionnellement associé aux sabbats des sorcières. Enfin, Keziah Mason semble entretenir des relations indéfinies avec les Anciens, race extraterrestre semi-végétale décrite dans Les Montagnes hallucinées.

° La critique
(Wiki) La Maison de la sorcière ne connut pas un accueil très chaleureux tant à l'époque de sa rédaction que dans les écrits postérieurs des spécialistes de Lovecraft. Dans sa correspondance avec l'auteur, August Derleth fera part de ses doutes sur la nouvelle. Lovecraft en parle dans une lettre à destination d'un autre correspondant : « Derleth n'a pas dit qu'elle ne se vendrait pas ; en fait, il pensait davantage qu'elle se vendrait. Il en dit que c'est une « pauvre histoire », ce qui est tout à fait différent et bien plus lamentable ». Lovecraft répondit également directement à Derleth : « [V]otre réaction à mon pauvre La Maison de la sorcière est, à peu de choses près, ce à quoi je m'attendais — bien que je ne pense pas que ce torchon soit aussi mauvais que vous ne le pensiez... Toute cette affaire me montre que ma carrière fictionnelle est probablement terminée. »
Découragé par cet échange, Lovecraft refusa de soumettre son histoire à la publication ; sans mettre Lovecraft au courant, Derleth la soumettra plus tard à Weird Tales qui l'accepta.
De nombreux critiques ont partagé l'avis de Derleth depuis lors. Lin Carter traita l'histoire d'« effort mineur » qui « reste singulièrement unidimensionnel, bizarrement peu satisfaisant ». Peter Cannon dit que « la plupart des critiques sont d'accord » sur le fait que cette nouvelle, avec The Thing on the Doorstep, est « la plus mauvaise des histoires tardives de Lovecraft ».
Selon S. T. Joshi et David E. Schultz, « alors que l'histoire contient des descriptions formidablement cosmiques de l'hyper-espace, HPL ne semble pas avoir pensé aux détails de l'intrigue de manière satisfaisante… C'est comme si HPL visait simplement une succession d'images incroyables sans s'ennuyer à les rassembler dans une suite logique ».

mardi 22 décembre 2015

LE TRANSIBERIEN A CARCASSONNE

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Jeudi 21 janvier 2016 à 14H30
Conférence de Jeanne-Marie GRAS sur le 
Transsibérien :
De Moscou à Oulan-Oude via le Lac Baïkal
5673 kilomètres de l'Europe à l'Asie,
5 jours et 5 nuits de croisière ferroviaire et fluviale
Visite historique des villes étapes
A la rencontre des populations dans la diversité des ethnies
Familiarisation avec leurs coutumes et leur folklore
L’espace russe dans son immensité et sa beauté sauvage
Le Lac Baïkal : la plus grande réserve d'eau douce de la planète

Conférence organisée par l'ASSOCIATION DES VILLES DE FRANCE
A L’AUDITORIUM
« CHAPELLE DES JESUITES »
Rue des Etudes
11000 CARCASSONNE

Durée de la présentation : 60 à 75 minutes + questions/réponses.

VENEZ NOMBREUX

Entrée gratuite