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samedi 11 juin 2011

LA VIOLETTE CELTIQUE OU LE CROMLECK FLUO




Pas facile de commenter une nouvelle édition de La Vraie Langue Celtique de l’abbé Boudet, surtout lorsqu’on est soi-même éditeur d’un fac-similé[1] de cet ouvrage. D’autant plus difficile que lorsque nous avons publié ce livre, nous avons essuyé de la part d’un noyau de castelrenno-maniaques des bordées d’injures, dénonçant une imposture. Même accueil sympathique lorsque nous avons mis la main sur un nouvel original de l’ouvrage, portant dédicace de l’auteur à Grasset d’Orcet. L’ouvrage a été produit lors de différents colloques, ce qui n’a pas pour autant mis fin à la polémique. Cela simplement pour dire que les « chercheurs » sont très exigeants, soupesant chaque fac-similé à la loupe, tant le plus petit détail typographique présente à leurs yeux une inestimable importance. Une véritable étude reste à écrire sur le sujet.

La version présentée par Edouard Brasey pour le compte du Pré aux Clercs (avril 2011) ne risque pas de s’attirer de telles foudres, dans la mesure où il ne s’agit en aucune façon d’un fac-similé. La carte de fin d’ouvrage, reproduite en modèle réduit, est pratiquement illisible. Quant aux illustrations originales d’Edmond Boudet, elles ont disparu, remplacées par des vignettes sans intérêt. On ne serait pas complet sans signaler que le livre est imprimé en caractères violets, lui donnant un aspect fluo qui évoque plus l’étal d’un marchand de bonbons que la vitrine d’un bouquiniste spécialisé dans le livre ancien.

La présentation de l’ouvrage, pour sa part, prend clairement le parti de « la belle histoire ». L’anthologiste reprend à son compte les poncifs instillés dans la mythologie castelrennaise par l’équipe Plantard /de Chérisey, faisant de Boudet le cerveau d’un codage thésauraire pour compte de son ami Bérenger Saunière[2]. Les affirmations fantaisistes sont légion, et on pourrait en noircir des pages (voyage de Saunière à Paris, sommes colossales versées par Boudet à la servante du curé de Rennes-le-Château etc…). On ne peut pourtant aujourd’hui ignorer les progrès effectués par de jeunes chercheurs sur le sujet. Je pense notamment à Laurent Buchholtzer (Octonovo) qui a parfaitement démontré[3], sur la base des carnets de Saunière, que les relations entre Boudet le pasteur castelrennais étaient pour le moins ténues, se limitant à la traditionnelle carte postale de « bonne année » et à quelques très modestes dons de messe. Et quant au fond, on ne peut passer sous silence les travaux très érudits de décryptologie effectués notamment par André Goudonnet et publiés dans les Bulletins de Terre de Rhedae. Enfin, n’oublions pas les excellentes investigations sur le terrain, réalisées récemment[4] afin de vérifier sur place si la géologie de Rennes-les-Bains correspondait aux descriptions proposées par l’abbé Boudet.

L’ouvrage du curé de Rennes-les-Bains reste un mystère. Et ce n’est pas cette nouvelle édition qui permettra de le percer.


[1] Editions de l’Œil du Sphinx, 2006. Il existe une autre version conforme à l’original aux Editions Bélisane. Par ailleurs, l’association Terre de Rhedae a publié en mai 2011 une version sur CD Rom, reprenant également une version originale.

[2] Au passage, Bérenger s’écrit avec un e et pas un a.

[3] Rennes-le-Château, une affaire paradoxale, Editions de l’Œil du Sphinx 2008.

[4] L’Œil sur la Montagne, Jarnac et Arzens, 2010. Bulletins de l’association Légendes d’Oc, Stéphanie Buttegeg, 2011.

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