Chez le Bibliothécaire

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vendredi 17 août 2012

LES CITADELLES IMPROBABLES DE VLAD TEPES

16 août 2012

D’églises fortifiées en citadelles imprenables

La pratique du stop est monnaie courante en Roumanie et, ce matin, nous établissons un nouveau record en prenant quatre auto-stoppeurs à l’arrière de notre bonne vieille Dacia. Tandis qu’ils bourrent le coffre de leurs affaires avant de se serrer pêle-mêle sur la banquette, nous essayons de communiquer. Comme d’habitude nous ne comprenons rien à ce qu’ils nous disent et vice versa. Finalement, alors qu’ils se moquent volontiers de notre prononciation des localités roumaines, c’est à grand renfort de signes et de pointages du doigt sur la carte que nous comprenons leur destination. Celle-ci nous amène à un léger détour, nous partageons un café dans un petit bistrot esseulés avant de leur faire nos adieux et de repartir dans les campagnes désertes qui nous sont chères. Nous les laissons sur le bord d’une route nationale où ils trouveront sans peine un autre véhicule.
Post 17

Après Sighisoara, superbe hameau médiéval accroché au sommet d’une colline biscornue, là où serait né Vlad Tépès, nous pénétrons dans une région dont le lourd passé conflictuel transparaît au détour de nombreux édifices, notamment les églises fortifiées qui fleurissent dans chacun des petits villages que nous traversons. Ainsi Biertan ou encore Médias, où l’église est cernée d’un rempart impressionnant brisé de cinq larges tours dont la plus haute aurait servi, selon une légende locale, de prison à Vlad Dracula ; peut-être après son arrestation par Mathias Corvin ? Ces petits bastions étaient destinés à accueillir la population du village en cas d’attaque, et nous en découvrons le plus bel exemple à Prejmer. Autour de la vaste église, une multitude de petits appartements s’adossent aux remparts déjà épais de plusieurs mètres. Il s’agit de cages à lapins d’une dizaine de mètres carrés censées pouvoir abriter chacune une famille. En tout, j’en dénombre près de trois cents, reliées par un système d’escaliers et de passages à claire-voie dignes d’un Escher particulièrement inspiré.
Nous achevons cette journée dans le même esprit — cette tournée des reliques d’un passé médiéval plus que mouvementé — en poussant vers la partie sud des Carpates jusqu’à la fameuse citadelle de Poenari, un lieu si étroitement associé à Vald Tépès que certains cherchent encore aujourd’hui à y voir le château personnel du prince valaque. Mais la réalité est bien différente et Vlad Tépès n’y passa réellement que quelques courts séjours, notamment lorsqu’il s’y retrancha brièvement pour échapper aux armées du Sultan qui ravageaient son pays. La légende veut qu’il l’ait finalement dupé en suivant les conseils d’une fratrie de sept forgerons qui lui proposèrent de ferrer ses chevaux à l’envers. Dans une scène qui n’aurait pas dépareillé dans un bon vieux western des années 1950, Vlad et ses hommes échappèrent ainsi aux Turcs qui les poursuivirent dans le mauvais sens.
Post 17 bis

Par citadelle, il faut entendre lieu de refuge inextricable, et cela relève encore de l’euphémisme. De fait, il s’agit d’un petit bastion perché au cœur des Carpates: une tour et une centaine de mètres de rempart protégeant les quelques pièces nécessaires pour s’y réfugier. L’hypothèse qu’il s’agisse de la demeure du voïévode est bien éloignée de la réalité car, de fait, Vlad Tépès passa plus de temps dans des maisons citadines que dans des châteaux, et surtout pas celui-ci, esseulé sur son promontoire au beau milieu des montagnes. D’ailleurs, ici ne vécurent réellement que la demi-douzaine de soldats assignée à sa garnison. Abandonnant la Dacia sur le bord de cette route perdue, nous gravissons les 1480 marches qui mènent à cette citadelle accrochée comme par magie à son morceau de rocher pour dominer les deux vallées qui s’étendent de part et d’autre et ainsi assurer la garde de la frontière entre la Valachie et la Transylvanie. En contemplant ces ruines et leur improbable position, tandis que je reprends mon souffle, j’ai une pensée pour ceux qui la rebâtirent: les boyards (la version médiévale d’un riche propriétaire terrien, un terme encore utilisé aujourd’hui dans les campagnes roumaines) de Brasov que Vlad Tépès réduisit en esclavage et fit travailler à la reconstruction de l’endroit jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Quelle époque que ce milieu de 15ème siècle, durant lequel la Valachie jonglait entre les guerres et les alliances, principalement contre l’empire ottoman mais sans oublier de se méfier de ses voisins turbulents, des boyards récalcitrants et même de la couronne de Hongrie censée protéger Vlad et ses sujets…

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