Une lecture de Natacha pour le Laboratoire Odésien de l'Impossible.
Ce premier volume des Confessions d’Aleister Crowley, qu’il qualifie malicieusement d’« autohagiographie », raconte sa vie depuis sa naissance en 1875 jusqu’à son retour en Angleterre en 1906. Il s’agit moins d’une autobiographie objective que de la mise en scène d’une destinée initiatique : Crowley relit toute son existence comme une préparation à la révélation du Livre de la Loi en 1904.
1. Vers la Golden Dawn
Crowley décrit d’abord son enfance étouffante dans une famille des Plymouth Brethren, marquée par le littéralisme biblique, la culpabilité et l’obsession du péché. La révolte contre ce milieu puritain nourrit son goût de la transgression et son identification précoce à la « Grande Bête ».
Viennent ensuite :
- ses années à Cambridge ;
- ses ambitions poétiques ;
- ses expériences sexuelles, racontées avec provocation ;
- sa passion pour l’alpinisme ;
- sa découverte de la magie cérémonielle ;
- son entrée, en 1898, dans l’Hermetic Order of the Golden Dawn.
Il évoque longuement Allan Bennett, Samuel Liddell Mathers, les initiations de l’ordre et sa tentative d’accomplir l’opération d’Abramelin à Boleskine House. La crise interne de la Golden Dawn et sa rupture progressive avec Mathers occupent une place importante.
2. L’aventure mystique
La deuxième partie est celle des voyages et de l’apprentissage spirituel. Crowley séjourne au Mexique, pratique la magie avec Oscar Eckenstein, puis voyage en Inde et à Ceylan. Auprès d’Allan Bennett, devenu moine bouddhiste, il approfondit le yoga, la méditation et le bouddhisme theravāda.
Parallèlement, il poursuit une existence d’aventurier :
- expédition au K2 en 1902 ;
- traversée de l’Asie ;
- chasse, escalade et exploration ;
- usage du haschisch et de l’opium ;
- multiplication des expériences mystiques et sexuelles.
Crowley présente ces domaines comme inséparables : l’alpinisme, l’érotisme, la poésie et la magie sont pour lui différentes voies permettant de dépasser les limites ordinaires de la conscience.
3. L’avènement de l’Éon d’Horus
Le centre du livre est son voyage au Caire avec son épouse Rose Kelly. En avril 1904, Crowley affirme avoir reçu, sous la dictée d’une intelligence nommée Aiwass, les trois chapitres du Liber AL vel Legis, ou Livre de la Loi.
Cette révélation annoncerait l’entrée de l’humanité dans un nouvel âge, l’Éon d’Horus, fondé sur deux formules :
« Fais ce que tu voudras sera toute la Loi. »
« L’amour est la loi, l’amour sous la volonté. »
Crowley tente ensuite de démontrer que le texte possède une origine surhumaine et qu’il constitue une nouvelle charte religieuse, morale et politique. Cette partie est à la fois autobiographique et apologétique : il ne raconte plus seulement sa vie, mais expose les fondements de la future Thelema.
Le volume se termine avec son expédition catastrophique au Kangchenjunga, son voyage à travers la Chine, son retour en Occident et la rédaction de Liber 777, vaste table de correspondances magiques.
En résumé
C’est un livre passionnant, excessif et profondément peu fiable — précisément parce qu’il permet d’observer Crowley en train de construire le personnage de Crowley.
Il s’y présente successivement comme :
- enfant persécuté par le puritanisme ;
- poète incompris ;
- explorateur héroïque ;
- amant prodigieux ;
- initié supérieur à ses maîtres ;
- prophète choisi pour inaugurer un nouvel âge.
Son intelligence, sa culture et son humour sont indéniables, mais son narcissisme est colossal. Il exagère ses exploits, règle ses comptes, transforme ses échecs en étapes initiatiques et interprète rétrospectivement chaque événement comme un signe du destin. Le terme d’« autohagiographie » est donc très juste : Crowley écrit sa propre vie de saint — une sainteté inversée, provocatrice et thélemite.
En bref, ce premier volume est indispensable non seulement pour comprendre sa biographie, mais surtout pour saisir comment un homme réel devient volontairement un personnage mythologique. Il faut le lire comme un témoignage de première main, mais toujours le confronter aux travaux historiques modernes.
Source examinée : free-pdf-aleister-crowley-confessions-volume-1.pdf

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