mercredi 22 juillet 2026

CLAUDE HERMIER, IN MEMORIAM

  


 

J’apprends, au détour d’une recherche sur Internet, le décès de mon ami Claude Hermier, survenu le 20/04/25, à l’âge de 89 ans. Claude était un archéo-odésien, natif de Pont-sur-Yonne près de notre maison de campagne. Il avait fait carrière comme professeur outre-mer et venait se ressourcer au pays durant les vacances. Nous nous retrouvions le dimanche au village et nous refaisions le monde au bistrot, sur la place du marché. C’était un fondu de littérature populaire et il écrivait des montagnes de notules sur ses lectures, à l’intention de revues spécialisées dans le genre. Nous en avons repris un grand nombre dans notre série fanique, « L’Archéologue du Merveilleux », supplément au légendaire « Dragon & Microchips ». Le site Noosphere a du reste recensé l’essentiel de son œuvre.

 

Noosphere 

 

 Il avait une jolie maison dans le village, mais elle était tellement bourrée de livres qu’il était obligé de s’installer chez son frère, résidant également Pont-sur-Yonne, le temps des vacances. Nous lui avons fait connaître Maurice Limat, et il était fou de joie de rencontrer l’écrivain « en vrai. ». Nous l’avons associé à la réalisation de notre livre sur cet auteur, Maurice Limat, l’entreprise du rêve.

 

(Claude, au centre, avec Maurice Limat à droite et votre serviteur)

 

Puis l’âge de la retraite a sonné et il attendait avec impatience ce moment pour se consacrer à ses collections. Mais son épouse, réunionnaise, supportait mal le climat icaunais et il lui fallut partir à la Réunion pour ses vieux jours, un retour sans conviction sur les terres de sa femme. Il avait mal supporté cet arrachement, et dans son dernier courrier, il m’avait dit tout abandonner et partir aux Indes avec sa canne et un dollar par jour en poche. Il pourrait ainsi vivre merveilleusement un rêve qu’il avait profondément enfoui au fond de lui-même. Il m’avait confié avant de partir son exemplaire du Culte des Sorcières de Margaret Murray, avec comme instruction de surtout lui restituer. Ce livre est toujours dans ma bibliothèque.

Bon vent Claude, je te sais heureux sur les chemins de Bouddha ! Toutes mes condoléances à ta femme et à tes charmantes filles.

 


 

mardi 21 juillet 2026

RIP GUY TARADE

 

(photo avec Jimmy Guieu à sa gauche)

 Guy vient de nous quitter à 96 ans pour rejoindre ses Anciens Astronautes. Toutes nos condoléances à sa famille et à Guette Maria, son épouse. Je garderai de lui le souvenir de balades extraordinaires dans le vieux Nice Ésotérique et à la découverte de la chapelle de Lucéram, dans l'arrière-pays, où flottait l'ombre de Saunière. Va en paix, vieux frère.

LES "AILLEURS"

 


 

💡 La série-documentaire "Les Ailleurs", en 6 épisodes, est diffusée gratuitement et en intégralité sur cette chaîne Youtube. Cette démarche naît d'une volonté du réalisateur, Sébastien Duijndam, de partager des informations qualitatives au plus grand nombre sur ce phénomène mystérieux qui affecte des milliers de personnes à travers le monde. À ce jour, aucune preuve physique n’existe sur la réalité des contacts extraterrestres. Seuls la parole et le récit des victimes nous donnent un aperçu du phénomène.

🎬 Synopsis de la série Dan, Denise, Jérôme, Jean-Louis et Bérangère ne se connaissent pas et pourtant, ils ont vécu la même expérience : ils ont été en contact avec des formes extraterrestres. Ces personnes au quotidien ordinaire, côtoient l’extraordinaire. Disent-ils la vérité ? Souffrent-ils de maladie mentale ? Est-il possible que des humains soient réellement enlevés par des êtres venus d’ailleurs ? Cette série documentaire explore ces questions.

🔹 Réalisation : Sébastien Duijndam 🔹 Musique : Julien Pérez 🛸 L'intégralité de cette série-documentaire est également diffusée sur Inexploré TV : https://tv.inexplore.com/video/les-ailleurs-recits-contacts-extraterrestres-abductions-france-temoignage-appel-ovnis

 

Les "Ailleurs" 

 

Les images sont magnifiques et l’accompagnement musical, lancinant. On ressort de ce visionnage perturbé. Manifestement, ce ne sont pas des fous et les témoignages, pour l’essentiel, concordent. Ils gravitent autour de prélèvements, de sperme ou d’ovaires. Il y même eu des cas de fécondation. Ils ont créé une association, le CERO, avec des psychologues, pour échanger sur leurs expériences.

 

L’association a été créée en 2014 par Myriame Belmyr. Suite à ses expériences personnelles, Myriame Belmyr se rapproche de l’INREES.

C’est dans ce contexte que Stéphane Allix lui présente Nicolas Dumont, premier psychologue clinicien hypnothérapeute à intégrer l’association.
Le phénomène des abductions nécessite une approche particulière.

Cette intrication riche et complexe de phénomènes paranormaux et d’ufologie a donc poussé Myriame à créer une structure spécifique qui ne comporte que des personnes dites « approchées » et des psychologues.

 

dimanche 19 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L’AUBERGE, "les journaux de l’étrange", Emilie Douessin

  


L’équipe des prolongateurs de l’œuvre de Lovecraft ne cesse de d’enrichir, pour notre plus grand plaisir. L’Auberge, les journaux de l’étrange, Emilie Douessin (auto-édition 2026, illustrations de l’auteur), fait partie de ces belles surprises qui montrent, s’il en était besoin, que l’esprit du Maître de Providence s’adapte facilement aux thématiques les plus variées. Une jeune journaliste, Alice, découvre sur Reddit une étrange histoire, se déroulant dans un gîte perdu dans la forêt de Bernack, l’Auberge de Pont Callec, dans le Morbihan. Bruits étranges la nuit, clients qui disparaissent, traces de griffes dans les chambres et pour couronner le tout, un propriétaire qu’on ne voit jamais, même si la maison est bien entretenue et les repas assurés. Elle arrive à convaincre, difficilement, son ami Bob, qu’il y a quelque chose d’anormal et qu’elle aimerait aller enquêter sur place pour faire un papier. Bob est un ancien policier, reconverti en détective privé et doté d’un esprit très rationnel. Nos deux comparses trouveront difficilement le gîte, les habitants de Bernak se montrant peu loquaces. Les clefs des chambres et le repas sont posés sur la table de la salle à manger, avec un petit mot d’excuse du propriétaire pour son absence. Ils seront réveillés au milieu de la nuit par une impression d’étouffement, puis par des bruits qui semblent provenir d’une bête sauvage. Un bruit assourdissant les interpelle, venant d’une chambre inoccupée qui a été entièrement saccagée alors qu’ils remarquent la présence d’une voiture inconnue sur le parking Ils descendent dans la pièce principale, vide, pendant que la créature s’agite au-dessus d’eux. Ils pénètrent dans une bibliothèque, attenante au séjour, et Alice remarque un rayonnage de livres occultes, dont un vieux manuscrit, écrit en arabe, et qui semble relié en peau humaine. Et partout, dans la maison, gravés sur les murs, les portes et les tiroirs, un étrange symbole occulte. C’est le repaire d’une secte, pense Alice ! La créature, au-dessus d’eux, s’agite et commence à descendre les marches. Nos deux investigateurs barricadent les portes et se réfugient dans un petit bureau attenant, manifestement celui du propriétaire. Il ne bouge pas, et sa calotte crânienne a été ouverte, il n’a plus de cerveau mais des fils sortent de sa tête.

 


 

Je ne spoilerai pas la suite, mais Alice et Bob arriveront à s’enfuir Ils contacteront la police et auront du mal à convaincre les autorités, les photos prises par Alice sur son téléphone portable étant toutes ratées. Ils retourneront sur les lieux pour découvrir une auberge en ruines, mangée par le temps.

Un petit livre qui se lit d’une traite ! Je regrette seulement de n’avoir pas appris à quelle lignée de Grands Anciens appartenait la créature ! Mais attendons un nouvel opus de ces « Journaux de l’Étrange ». 

 

(Inspi Celui qui chuchotait dans les Ténèbres, 1930)

 


 

samedi 18 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : PROTOCOLE CHAOS, J.R. Dos Santos

 


 

Lorsque Dos Santos plonge dans la géopolitique, on n’en sort jamais tout à fait indemne. On l’avait compris avec Furie Divine (l’Islam radical) et La Femme au Dragon Rouge (l’impérialisme inhumain de la Chine). Avec Protocole Chaos (Pocket, 2026), il nous entraîne sur des chemins d’autant plus glauques que nous les empruntons tous les jours, sans en percevoir les détails inquiétants. Le roman repose sur deux piliers :

 

° La guerre silencieuse, menée discrètement par le biais d’internet, d’une Russie qui s’est donnée comme objectif de détruire l’Occident. La politique de Poutine repose sur la pensée réactionnaire d’Alexander Douguine, le « Raspoutine du Maître du Kremlin ». Chantre de l’eurasisme, il prône la construction d’un empire allant de Brest à Vladivostok, imprégné d’un christianisme traditionnaliste qui fait battre le cœur de la Sainte Russie. Tous les coups sont permis pour y parvenir, et Poutine utilisera l’ensemble des données offertes par les réseaux  pour fomenter des guerres destinées à assoir son pouvoir (Tchétchénie) et truquer les élections de ses concurrents : fakes et appel à des révoltes contre les pouvoirs établis sont au rendez-vous. La description de ses usines de « trolls » fait frémir.

 

° La mythomanie de Trump, sensible aux manœuvres du Kremlin, pour assurer son élection en divisant le pays. On en est du reste à se demander si le Président des USA ne serait pas un agent du FSB ! Les manipulations portent leurs fruits et la première démocratie du monde se divise entre les libéraux (les profiteurs) et la populace (les sans dents), ces derniers voulant mettre un terme aux abus supposés des premiers, abus alimentés par les réseaux sociaux qui voient en Hillary Clinton la responsable d’un réseau de pédophiles ! Le populisme, sous le regard bienveillant de Trump, enfle et conduit à des manifestations sauvages comme la marche sur le Capitole. Un groupe d’agitateurs connu sous le nom de Qanon se constitue et fait des ravages auprès des petites gens, las des scandales des libéraux qui imposent la théorie du genre et favorisent l’accès aux postes de responsabilité des immigrés et des LGBT… à leur place ! Une forme de condamnation claire du « wokisme »

 

Mais cet ouvrage doit rester un thriller, et Tomàs Noronha, après maintes péripéties, est chargé de récupérer un portable, égaré par un agent du FSB lors de la prise du Capitole, et dans lequel est chargé « le Protocole Chaos », plan secret de la Russie pour détruire l’Occident. Une quête qui conduira notre ami en Thaïlande, en proie à une guerre violente alimentée par des fakes russes : les musulmans (Rohingyas) auraient décidé d’éliminer les bouddhistes ! On y rencontrera aussi Kurt Weilmann, responsable d’une agence américaine sur les hautes technologies qui ne survivra pas au prochain roman de Dos Santos, Sixième sens.

L’ouvrage se terminera par un ensemble de réflexions intéressantes sur nos Démocraties Occidentales et sur leur faiblesse ontologique : la Liberté, qui veut que les pires ennemis de nos systèmes aient droit à la parole et à l’accès à la représentation nationale.

 


 

 

Alexander Douguine et l’ésotérisme politique

 

L’avis du Laboratoire Odésien de l’Impossible

 

Définition

L’“ésotérisme politique” désigne l’intégration de systèmes symboliques, mythologiques ou métaphysiques dans l’élaboration d’une pensée politique structurée.

L’œuvre d’Alexander Douguine constitue un cas emblématique de cette articulation, où :

le mythe n’est pas étudié — il est mobilisé comme instrument de pensée et d’action.

Cadre intellectuel

Douguine s’inscrit dans une constellation de références comprenant :

  • René Guénon
  • Julius Evola
  • Martin Heidegger

Ces influences sont réinterprétées dans une perspective propre, combinant :

  • critique de la modernité
  • pensée civilisationnelle
  • vision géopolitique globale

Principe central

Dans ce cadre, les éléments ésotériques (symboles, archétypes, traditions) ne sont pas abordés comme objets d’étude, mais comme :

  • matrices de lecture du réel
  • outils de structuration du monde
  • supports d’une vision politique

👉 Le passage décisif est le suivant : du symbolique interprété au symbolique opérant.

Géographie symbolique

L’un des aspects caractéristiques de cette pensée est l’usage de correspondances symboliques entre territoires :

  • centres spirituels
  • axes civilisationnels
  • oppositions géopolitiques

Ces constructions relèvent d’une forme de “géographie sacrée”, où les lieux sont investis d’une fonction idéologique.

Fonction du mythe

Dans cette perspective, le mythe remplit plusieurs fonctions :

  • légitimer une vision du monde
  • inscrire le politique dans une profondeur historique
  • produire une cohérence globale
  • mobiliser des imaginaires collectifs

👉 Le mythe devient ainsi un vecteur d’engagement.

Statut épistémologique

Ce type de discours ne relève ni :

  • de la recherche historique (absence de méthode critique stricte),
  • ni de la mythologie comparée (absence de contextualisation),

mais d’une catégorie spécifique : construction idéologique à base symbolique.

Enjeux et risques

L’ésotérisme politique présente plusieurs caractéristiques sensibles :

🔻 Confusion des registres

Mélange entre :

  • symbolique
  • historique
  • politique

🔻 Effet de profondeur

Production d’un sentiment de vérité par accumulation de références.

🔻 Mobilisation identitaire

Usage des mythes comme outils de structuration collective.

Lecture critique

Une approche rigoureuse implique de distinguer :

Élément

Fonction

Mythe

structure symbolique

Idéologie

projet politique

Ésotérisme

système de sens

Discours étudié

articulation des trois

Conclusion

L’œuvre de Douguine illustre un phénomène contemporain : le retour du mythe non comme récit, mais comme opérateur du politique.

🕯️ Note éditoriale ODS

L’ésotérisme politique ne doit pas être évalué en termes de vérité, mais en termes de :

  • fonction
  • structure
  • effet

 

“Le mythe ne disparaît pas dans la politique — il change simplement de rôle.”

 

dimanche 12 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA PIERRE NOIRE DE PORT MANEC'H, François Lange



 

François Lange a enfin été admis au sein de L’O.E.R.D.M.P (Ordre Ésotérique – rénové- des Disciples du Maître de Providence) en publiant La Pierre Noire de Port Manec’h (Palémon 2026). Il s’inscrit désormais dans grande famille des adeptes du Mythe, en reprenant avec brio tous les ingrédients de ce dernier. Un brave pêcheur, Fãnch Tardivel, accompagne deux jeunes plongeurs chargés par un mystérieux commanditaire de fouiller l’épave d’un navire échoué, le Lady of Dunwich et de remonter un coffre qui se trouve dans la cabine du capitaine. Suite à cette expédition, le pêcheur se sent mal, d’autant que l’eau commence à bouillonner bizarrement. On avait de surcroît retrouvé, échoué sur la plage, un cachalot géant, atrocement mutilé. Fãnch quittera rapidement les lieux, pour aller se reposer chez son ami Christian Doumergue ( !), berger à la Combe Sourde ( !!) dans le Larzac. On le retrouvera, complètement déchiqueté, alors qu’il accompagnait les chèvres de son ami dans les pâturages. Les autorités scientifiques vont mener une enquête fouillée sur la dépouille de la créature marine, alors que police et gendarmerie sont sur les dents, suite à une multiplication d’assassinats incompréhensibles survenus dans la région. 

 


 

On fait la connaissance de Benjamin Hervieux, jeune informaticien venu vider l’appartement de son oncle décédé. Un amoureux de films fantastiques qui cachait au fond d’une armoire divers papiers ésotériques, et un vieux manuscrit, le Liber Stantiae Mundi, d’origine manifestement Aztèque. Il pourra également récupérer une bande vidéo que l’oncle avait confié à un artisan collectionneur, retraçant une étrange cérémonie de magie rituelle, avec pour instruction de couper la bande son au moment de l’invocation. Un artisan qui sera aussi sauvagement trucidé. On rencontrera encore Howard Ardashir Nilram, un millionnaire aimant les voitures de luxe (ah, la Jaguar X-Type !) et les cigarettes raffinées. C’est lui qui a commandité l’expédition sous-marine et qui a récupéré, dans le coffre, une sorte de miroir magique aztèque, le « miroir fumant ». Il est le Grand Maître de la secte du Crépuscule Écarlate et prépare une réunion inquiétante, destinée à évoquer Atlach-Nacha, Grand Ancien qui n’en finit plus de se réveiller pour satisfaire ses appétits. La cérémonie se déroulera dans une bâtisse abandonnée, « Le Bon Samaritain ». Les Forces de l’Ordre, évidemment, mettront fin à cette réunion qui devait se conclure par le sacrifice d’une jeune vierge.

Un beau travail lovecraftien qui, pour une fois, et contrairement aux habitudes de l’auteur, fera l’impasse sur la découverte des spécialités locales. Il est vrai que Lovecraft n’était pas, et c’est peu dire, un gastronome !

Et puis un remerciement aux éditions Palémon qui ont intégré une page de publicité pour notre ouvrage, François Lange, un Aventurier de l’Esprit.

 

 

Howard Ardashir Nilram

Notice biographique

Érudit franco-belge, spécialiste des traditions occultes, conservateur de plusieurs bibliothèques privées et Grand Maître supposé de la société initiatique du Crépuscule écarlate. Son nom apparaît pour la première fois dans La Pierre Noire de Port-Manec'h de François Lange. Il est présenté comme le gardien d'un antique disque d'obsidienne attribué aux prêtres de Tezcatlipoca, dont les propriétés divinatoires seraient capables de révéler des lieux et des époques lointaines. Son patronyme, Nilram, constitue un anagramme inversé transparent de « Marlin », clin d'œil assumé de l'auteur.

 

Remerciements de l’auteur

C’est grâce aux remarquables fiches thématiques que Philippe Marlin tient à la disposition du chercheur dans la rubrique « le bibliothécaire de Miskatonic » de son blog (le bibliothécaire. blogspot.com/), que je suis parvenu à mettre de l’ordre dans mes souvenirs et à me remémorer les hiérarchies, ainsi que les extraordinaires pouvoirs des vénérables entités cosmiques appartenant aux mythes de Cthulhu. Je ne pouvais faire mieux, pour lui rendre hommage et le remercier, que d’opérer une subtile anagramme de son patronyme et l’inclure dans ma fiction. Tous ceux qui connaissent Philippe–et aiment les belles voitures[1]–trouveront aisément sous quel personnage il se cache. De plus, comme je connais son appétence pour les livres maudits, je lui offre bien volontiers le Liber Stantiae Mundi, afin qu’il l’ajoute à sa collection de libermaléficonaute compulsif.

 

 


Le Miroir Fumant

 

Citation de l’auteur :

 

Il était maintenant prêt à recevoir ceux du Crépuscule Écarlate. Après avoir ouvert le petit coffre, il en sorti un sac de tissu qui est en protégeait le précieux contenu et fit glisser celui-ci dans ses mains gantées. Alors, sous la lumière rouge des néons, apparu la merveille, des merveilles, le disque d’obsidienne des anciens prêtres Aztèques, dont l’origine inconnue remontait à la nuit des temps. Le disque noir, d’environ 15 cm de diamètre, n’était pas uniformément poli. De nombreuses facettes parsemaient l’une de ces faces, et celle-ci brillèrent de 1000 petites flammes rouges, alors qu’il plaçait la relique dans son réceptacle d’argent, un ostensoir. On l’appelait « le disque fumant », utilisé dans le culte de Tezcatlipoca. C’était un dieu sorcier, maléfique et Seigneur du Chaos. Il chassa le prêtre, roi Quetzalcatl de la cité royale de Tula. C’est sous son influence que la pratique des sacrifices humains fut introduite au Mexique. Les prêtres Aztèques pensaient que les miroirs d’obsidienne pouvaient se teinter de fumée puis s’éclaircir et révéler une époque ou un lieu lointain.

 

 

L’avis du Laboratoire Odésien de l’Impossible

 

Complément d’enquête

 

Le « Miroir fumant »

 

Le nom Tezcatlipoca signifie généralement :

« Miroir fumant »

Il est composé de :

tezcatl : miroir (souvent en obsidienne polie) ;

popoca : fumer, produire de la fumée.

Nous retrouvons immédiatement le lien avec le passage du roman de François Lange.

L'obsidienne était considérée comme une matière sacrée.

Elle permettait :

  • la divination ;
  • la communication avec les dieux ;
  • la vision des mondes invisibles.

Le miroir d'obsidienne n'était donc pas seulement un objet.

Il était une porte.

Un dieu complexe

Tezcatlipoca est l'une des grandes divinités du panthéon mexica.

Il est à la fois :

  • créateur ;
  • destructeur ;
  • protecteur des souverains ;
  • maître des guerriers ;
  • dispensateur de richesses ;
  • auteur des malheurs.

Il échappe totalement à notre distinction moderne : entre Bien et Mal.

Le dieu de la nuit

Il règne sur :

  • la nuit ;
  • les étoiles ;
  • les ombres ;
  • les secrets.

Mais également sur : la destinée. Il voit tout. Personne ne peut lui mentir. Son miroir révèle les véritables intentions des hommes.

Le miroir d'obsidienne

Chez les prêtres aztèques, le miroir d'obsidienne servait :

  • aux prophéties ;
  • aux consultations divinatoires ;
  • aux visions.

Il pouvait être :

  • tenu dans la main ;
  • porté sur la poitrine ;
  • fixé dans les temples.

L'obsidienne noire, par son extraordinaire pouvoir réfléchissant, semblait contenir un autre monde.

Lorsque la surface devenait trouble, les prêtres estimaient que le dieu était présent.

Les sacrifices humains

Oui, Tezcatlipoca est associé aux sacrifices.

Mais attention. Les sacrifices ne lui étaient pas exclusifs. Pratiquement toutes les grandes divinités mexicas recevaient :

  • des offrandes de sang ;
  • des sacrifices.

Pour les Aztèques, il ne s'agissait pas de cruauté gratuite. Le sang nourrissait les dieux, qui maintenaient en retour l'équilibre du cosmos. C'est une logique religieuse très différente de la nôtre.

Le rite du ixiptla

C'est probablement l'aspect le plus impressionnant de son culte. Chaque année, on choisissait un très beau jeune homme. Pendant douze mois, il devenait : l'incarnation vivante de Tezcatlipoca.

On le traitait comme un dieu.

Il recevait :

  • des vêtements précieux ;
  • des serviteurs ;
  • parfois plusieurs épouses symboliques.

Puis, le jour venu, il montait calmement les marches du temple. En jouant de la flûte. Au sommet, il était sacrifié. Pour les Aztèques, ce n'était pas une punition. C'était l'accomplissement suprême.

Peu de rites religieux ont autant frappé les chroniqueurs espagnols.

Son rival : Quetzalcóatl

L’expulsion de Quetzalcóatl. C'est l'un des grands mythes mésoaméricains. Dans certaines versions,

Tezcatlipoca trompe : Quetzalcóatl, le pousse à s'enivrer, à perdre sa dignité, puis à quitter la cité de Tula. Mais il ne s'agit pas d'un simple affrontement entre le Bien et le Mal. Ils représentent deux principes complémentaires.

Le jaguar

L'animal sacré de Tezcatlipoca est : le jaguar. Pourquoi ?

Parce qu'il est :

  • nocturne ;
  • silencieux ;
  • invisible jusqu'au dernier instant.

Le jaguar symbolise parfaitement la puissance cachée.

Le dieu du destin

Tezcatlipoca est aussi le maître des retournements. Il peut : faire un roi, ou le détruire. Accorder la richesse, ou provoquer la ruine. En cela, il ressemble davantage à la Fortune antique qu'au Diable chrétien.

Le miroir magique

Cf le célèbre miroir d'obsidienne attribué à John Dee, conservé aujourd'hui au British Museum. Ce miroir est authentiquement aztèque. John Dee l'utilisait pour ses expériences de divination. C'est probablement l'objet occidental le plus directement lié au culte de Tezcatlipoca.

Une lecture symbolique

Tezcatlipoca n'est pas le dieu du chaos. Il est : le dieu de l'incertitude. Son miroir montre ce que nous refusons de voir. Il révèle la vérité, même lorsqu'elle est insupportable.

Pourquoi il fascine autant les écrivains fantastiques

Tezcatlipoca est l'une des rares divinités historiques qui pourrait entrer presque sans modification dans le Mythe de Lovecraft. Pourquoi ? Parce que son attribut principal n'est pas une arme. C'est : un miroir noir.

Un objet qui :

  • montre des lieux lointains ;
  • révèle des temps disparus ;
  • ouvre peut-être des passages.

Nous retrouvons immédiatement :

  • les miroirs magiques de John Dee ;
  • le Manuscrit Voynich ;
  • le Liber Oblitus ;
  • et même les Révélations de Glaaki.

Le miroir devient un instrument de connaissance interdite, exactement comme le grimoire dans la tradition lovecraftienne.

 

***

 


Atlach-Nacha

 

Atlach-Nacha apparaît dans la nouvelle : The Seven Geases (1934), qui appartient au cycle d'Hyperborée de C.A. Smith.

Lovecraft n'a jamais écrit une ligne sur Atlach-Nacha. En revanche, il connaissait parfaitement cette création de son ami Smith et l'acceptait volontiers dans leur univers partagé.

 

Son apparence

Atlach-Nacha est une créature gigantesque.

Smith la décrit comme :

  • une araignée monstrueuse,
  • mais dont la partie antérieure possède un visage presque humain.

C'est cette hybridation qui est dérangeante. Ce n'est pas une araignée géante. C'est une intelligence... ayant choisi une anatomie d'araignée.

Son domaine

Elle habite : une immense caverne située au bord de l'abîme cosmique. Et là commence l'idée géniale de Smith.

Le Pont

Atlach-Nacha tisse. Mais pas une toile ordinaire. Elle construit, depuis des éons, un immense pont de soie. Ce pont relie : la Terre aux régions extérieures de l'univers. Autrement dit, elle est en train de réunir : notre monde et l'Autre Monde.

Pourquoi ce pont est-il si important ?

Parce que, tant qu'il n'est pas achevé, certaines puissances restent séparées. Mais... le jour où Atlach Nacha terminera son ouvrage... les barrières tomberont. Les horreurs de l'extérieur pourront entrer. C'est une idée magnifique. Le monstre ne détruit pas le monde. Il tisse patiemment les conditions de sa destruction.

Une vision profondément mythologique

Impossible de ne pas penser :

aux Parques,

aux Nornes,

ou encore à l'araignée cosmique de nombreuses traditions.

Mais Smith inverse complètement le symbole.

Habituellement, la toile organise le monde. Chez lui, elle prépare sa perte.

Son tempérament

Contrairement à beaucoup de Grands Anciens, Atlach-Nacha n'est pas particulièrement agressive. Elle poursuit simplement son œuvre. Depuis des millions d'années. L'homme ne l'intéresse presque pas.

Nous sommes, à ses yeux, des insectes dans une grotte.

C'est très lovecraftien.

Une parenté avec les Shoggoths ?

Aucune.

Atlach-Nacha n'appartient pas à une race. Elle est unique. Comme : Yog-Sothoth, Tsathoggua, ou Abhoth.

Une lecture symbolique

Atlach-Nacha représente le Temps. Chaque fil ajouté rapproche la fin. Elle ne détruit rien. Elle continue simplement à travailler. L'apocalypse devient un artisanat.

Atlach-Nacha et Lovecraft

Il est intéressant de comparer :

Lovecraft : l'horreur existe déjà.

Smith : l'horreur est encore en préparation.

C'est beaucoup plus tragique. Le monde est condamné... mais très lentement.

 

Atlach-Nacha est moins une divinité qu'un principe cosmique. Elle incarne l'inéluctable. Le temps travaille. Le pont avance. Rien ne peut interrompre le tissage.

 

***


 

Le Liber Stantiae Mundi

 

Natacha et les équipes du Laboratoire sont en plein travail pour étudier ce manuscrit. Notre collaboratrice me signale :

Le terme "Stantiae" ne correspond à aucune forme latine classique attestée. Plusieurs auteurs (Villaseñor, 1712 ; Montfaucon, 1746) ont proposé d'y voir une altération volontaire de "Status" ou "Statia", tandis que d'autres y lisent un néologisme forgé par un humaniste de Nouvelle-Espagne désireux de traduire un concept nahuatl dépourvu d'équivalent latin.

À suivre



[1] Il est exact que j’ai eu une Jaguar X-Type ; puis je suis passé à la XF avant d’abandonner cette marque. J’avais trouvé que la carrosserie de ces voitures étaient un peu trop carton-pâte. Je me suis rabattu sur l’Alpine Renault (Austral) dont je suis très satisfait. Et pour être complet, je ne fume plus (mais je vapote !)