
François Lange a enfin été admis au sein de L’O.E.R.D.M.P
(Ordre Ésotérique – rénové- des Disciples du Maître de Providence) en publiant La Pierre
Noire de Port Manec’h (Palémon 2026). Il s’inscrit désormais dans grande famille des adeptes du
Mythe, en reprenant avec brio tous les ingrédients de ce dernier. Un brave pêcheur,
Fãnch Tardivel, accompagne deux jeunes plongeurs chargés par un mystérieux commanditaire
de fouiller l’épave d’un navire échoué, le Lady of Dunwich et de
remonter un coffre qui se trouve dans la cabine du capitaine. Suite à cette
expédition, le pêcheur se sent mal, d’autant que l’eau commence à bouillonner bizarrement.
On avait de surcroît retrouvé, échoué sur la plage, un cachalot géant,
atrocement mutilé. Fãnch quittera rapidement les lieux, pour aller se reposer
chez son ami Christian Doumergue ( !), berger à la Combe Sourde ( !!)
dans le Larzac. On le retrouvera, complètement déchiqueté, alors qu’il
accompagnait les chèvres de son ami dans les pâturages. Les autorités scientifiques
vont mener une enquête fouillée sur la dépouille de la créature marine, alors
que police et gendarmerie sont sur les dents, suite à une multiplication d’assassinats
incompréhensibles survenus dans la région.

On fait la connaissance de Benjamin
Hervieux, jeune informaticien venu vider l’appartement de son oncle décédé. Un
amoureux de films fantastiques qui cachait au fond d’une armoire divers papiers
ésotériques, et un vieux manuscrit, le Liber Stantiae Mundi, d’origine
manifestement Aztèque. Il pourra également récupérer une bande vidéo que l’oncle
avait confié à un artisan collectionneur, retraçant une étrange cérémonie de
magie rituelle, avec pour instruction de couper la bande son au moment de l’invocation.
Un artisan qui sera aussi sauvagement trucidé. On rencontrera encore Howard Ardashir Nilram, un millionnaire aimant les voitures
de luxe (ah, la Jaguar X-Type !) et les cigarettes raffinées. C’est lui
qui a commandité l’expédition sous-marine et qui a récupéré, dans le coffre,
une sorte de miroir magique aztèque, le « miroir fumant ». Il est le
Grand Maître de la secte du Crépuscule Écarlate et prépare une réunion inquiétante,
destinée à évoquer Atlach-Nacha, Grand Ancien qui n’en finit plus de se
réveiller pour satisfaire ses appétits. La cérémonie se déroulera dans une bâtisse
abandonnée, « Le Bon Samaritain ». Les Forces de l’Ordre, évidemment,
mettront fin à cette réunion qui devait se conclure par le sacrifice d’une
jeune vierge.
Un
beau travail lovecraftien qui, pour une fois, et contrairement aux habitudes de
l’auteur, fera l’impasse sur la découverte des spécialités locales. Il est vrai
que Lovecraft n’était pas, et c’est peu dire, un gastronome !
Et
puis un remerciement aux éditions Palémon qui ont intégré une page de publicité
pour notre ouvrage, François Lange, un Aventurier de l’Esprit.
Howard
Ardashir Nilram
Notice biographique
Érudit franco-belge, spécialiste des traditions occultes,
conservateur de plusieurs bibliothèques privées et Grand Maître supposé de la
société initiatique du Crépuscule écarlate. Son nom apparaît pour la
première fois dans La Pierre Noire de Port-Manec'h de François Lange. Il
est présenté comme le gardien d'un antique disque d'obsidienne attribué aux
prêtres de Tezcatlipoca, dont les propriétés divinatoires seraient capables de
révéler des lieux et des époques lointaines. Son patronyme, Nilram,
constitue un anagramme inversé transparent de « Marlin », clin d'œil assumé de
l'auteur.
Remerciements de l’auteur
C’est grâce aux remarquables fiches thématiques que
Philippe Marlin tient à la disposition du chercheur dans la rubrique « le
bibliothécaire de Miskatonic » de son blog (le bibliothécaire. blogspot.com/),
que je suis parvenu à mettre de l’ordre dans mes souvenirs et à me remémorer
les hiérarchies, ainsi que les extraordinaires pouvoirs des vénérables entités
cosmiques appartenant aux mythes de Cthulhu. Je ne pouvais faire mieux, pour
lui rendre hommage et le remercier, que d’opérer une subtile anagramme de son
patronyme et l’inclure dans ma fiction. Tous ceux qui connaissent Philippe–et
aiment les belles voitures–trouveront
aisément sous quel personnage il se cache. De plus, comme je connais son
appétence pour les livres maudits, je lui offre bien volontiers le Liber
Stantiae Mundi, afin qu’il l’ajoute à sa collection de libermaléficonaute
compulsif.
Le « Miroir fumant »
Le nom Tezcatlipoca
signifie généralement :
« Miroir fumant »
Il est composé de :
tezcatl : miroir (souvent en obsidienne polie) ;
popoca : fumer, produire de la fumée.
Nous retrouvons immédiatement
le lien avec le passage du roman de François Lange.
L'obsidienne était considérée
comme une matière sacrée.
Elle permettait :
- la divination ;
- la communication avec les dieux ;
- la vision des mondes invisibles.
Le miroir d'obsidienne
n'était donc pas seulement un objet.
Il était une porte.
Un dieu complexe
Tezcatlipoca est l'une des
grandes divinités du panthéon mexica.
Il est à la fois :
- créateur ;
- destructeur ;
- protecteur des souverains ;
- maître des guerriers ;
- dispensateur de richesses ;
- auteur des malheurs.
Il échappe totalement à notre
distinction moderne : entre Bien et Mal.
Le dieu de la nuit
Il règne sur :
- la nuit ;
- les étoiles ;
- les ombres ;
- les secrets.
Mais également sur : la
destinée. Il voit tout. Personne ne peut lui mentir. Son miroir révèle les
véritables intentions des hommes.
Le miroir d'obsidienne
Chez les prêtres aztèques, le
miroir d'obsidienne servait :
- aux prophéties ;
- aux consultations divinatoires ;
- aux visions.
Il pouvait être :
- tenu dans la main ;
- porté sur la poitrine ;
- fixé dans les temples.
L'obsidienne noire, par son
extraordinaire pouvoir réfléchissant, semblait contenir un autre monde.
Lorsque la surface devenait
trouble, les prêtres estimaient que le dieu était présent.
Les sacrifices humains
Oui, Tezcatlipoca est associé
aux sacrifices.
Mais attention. Les
sacrifices ne lui étaient pas exclusifs. Pratiquement toutes les grandes
divinités mexicas recevaient :
- des offrandes de sang ;
- des sacrifices.
Pour les Aztèques, il ne
s'agissait pas de cruauté gratuite. Le sang nourrissait les dieux, qui
maintenaient en retour l'équilibre du cosmos. C'est une logique religieuse très
différente de la nôtre.
Le rite du ixiptla
C'est probablement l'aspect
le plus impressionnant de son culte. Chaque année, on choisissait un très beau
jeune homme. Pendant douze mois, il devenait : l'incarnation vivante de
Tezcatlipoca.
On le traitait comme un dieu.
Il recevait :
- des vêtements précieux ;
- des serviteurs ;
- parfois plusieurs épouses symboliques.
Puis, le jour venu, il
montait calmement les marches du temple. En jouant de la flûte. Au sommet, il
était sacrifié. Pour les Aztèques, ce n'était pas une punition. C'était l'accomplissement
suprême.
Peu de rites religieux ont
autant frappé les chroniqueurs espagnols.
Son rival : Quetzalcóatl
L’expulsion de Quetzalcóatl. C'est
l'un des grands mythes mésoaméricains. Dans certaines versions,
Tezcatlipoca trompe : Quetzalcóatl,
le pousse à s'enivrer, à perdre sa dignité, puis à quitter la cité de Tula.
Mais il ne s'agit pas d'un simple affrontement entre le Bien et le Mal. Ils
représentent deux principes complémentaires.
Le jaguar
L'animal sacré de
Tezcatlipoca est : le jaguar. Pourquoi ?
Parce qu'il est :
- nocturne ;
- silencieux ;
- invisible jusqu'au dernier instant.
Le jaguar symbolise
parfaitement la puissance cachée.
Le dieu du destin
Tezcatlipoca est aussi le
maître des retournements. Il peut : faire un roi, ou le détruire. Accorder la
richesse, ou provoquer la ruine. En cela, il ressemble davantage à la Fortune
antique qu'au Diable chrétien.
Le miroir magique
Cf le célèbre miroir
d'obsidienne attribué à John Dee, conservé aujourd'hui au British
Museum. Ce miroir est authentiquement aztèque. John Dee l'utilisait pour
ses expériences de divination. C'est probablement l'objet occidental le plus
directement lié au culte de Tezcatlipoca.
Une lecture symbolique
Tezcatlipoca n'est pas le
dieu du chaos. Il est : le dieu de l'incertitude. Son miroir montre ce que nous
refusons de voir. Il révèle la vérité, même lorsqu'elle est insupportable.
Pourquoi il fascine autant les écrivains fantastiques
Tezcatlipoca est l'une des
rares divinités historiques qui pourrait entrer presque sans modification dans
le Mythe de Lovecraft. Pourquoi ? Parce que son attribut principal n'est pas
une arme. C'est : un miroir noir.
Un objet qui :
- montre des lieux lointains ;
- révèle des temps disparus ;
- ouvre peut-être des passages.
Nous retrouvons immédiatement
:
- les miroirs magiques de John Dee ;
- le Manuscrit Voynich ;
- le Liber Oblitus ;
- et même les Révélations de Glaaki.
Le miroir devient un instrument
de connaissance interdite, exactement comme le grimoire dans la tradition
lovecraftienne.
Atlach-Nacha
Atlach-Nacha apparaît dans la
nouvelle : The Seven Geases (1934), qui appartient au cycle d'Hyperborée
de C.A. Smith.
Lovecraft n'a jamais écrit
une ligne sur Atlach-Nacha. En revanche, il connaissait parfaitement cette
création de son ami Smith et l'acceptait volontiers dans leur univers partagé.
Son apparence
Atlach-Nacha est une créature
gigantesque.
Smith la décrit comme :
- une araignée monstrueuse,
- mais dont la partie antérieure possède un visage
presque humain.
C'est cette hybridation qui
est dérangeante. Ce n'est pas une araignée géante. C'est une intelligence... ayant
choisi une anatomie d'araignée.
Son domaine
Elle habite : une immense
caverne située au bord de l'abîme cosmique. Et là commence l'idée géniale de
Smith.
Le Pont
Atlach-Nacha tisse. Mais pas
une toile ordinaire. Elle construit, depuis des éons, un immense pont de soie. Ce
pont relie : la Terre aux régions extérieures de l'univers. Autrement dit, elle
est en train de réunir : notre monde et l'Autre Monde.
Pourquoi ce pont est-il si important ?
Parce que, tant qu'il n'est
pas achevé, certaines puissances restent séparées. Mais... le jour où Atlach Nacha
terminera son ouvrage... les barrières tomberont. Les horreurs de l'extérieur
pourront entrer. C'est une idée magnifique. Le monstre ne détruit pas le monde.
Il tisse patiemment les conditions de sa destruction.
Une vision profondément mythologique
Impossible de ne pas penser :
aux Parques,
aux Nornes,
ou encore à l'araignée
cosmique de nombreuses traditions.
Mais Smith inverse
complètement le symbole.
Habituellement, la toile organise
le monde. Chez lui, elle prépare sa perte.
Son tempérament
Contrairement à beaucoup de
Grands Anciens, Atlach-Nacha n'est pas particulièrement agressive. Elle
poursuit simplement son œuvre. Depuis des millions d'années. L'homme ne
l'intéresse presque pas.
Nous sommes, à ses yeux, des
insectes dans une grotte.
C'est très lovecraftien.
Une parenté avec les Shoggoths ?
Aucune.
Atlach-Nacha n'appartient pas
à une race. Elle est unique. Comme : Yog-Sothoth, Tsathoggua, ou Abhoth.
Une lecture symbolique
Atlach-Nacha représente le
Temps. Chaque fil ajouté rapproche la fin. Elle ne détruit rien. Elle continue
simplement à travailler. L'apocalypse devient un artisanat.
Atlach-Nacha et Lovecraft
Il est intéressant de
comparer :
Lovecraft : l'horreur existe déjà.
Smith : l'horreur est encore en préparation.
C'est beaucoup plus tragique.
Le monde est condamné... mais très lentement.
Atlach-Nacha est moins une
divinité qu'un principe cosmique. Elle incarne l'inéluctable. Le temps
travaille. Le pont avance. Rien ne peut interrompre le tissage.
***
Le Liber Stantiae Mundi
Natacha et les équipes du
Laboratoire sont en plein travail pour étudier ce manuscrit. Notre
collaboratrice me signale :
Le terme
"Stantiae" ne correspond à aucune forme latine classique attestée.
Plusieurs auteurs (Villaseñor, 1712 ; Montfaucon, 1746) ont proposé d'y voir
une altération volontaire de "Status" ou "Statia", tandis
que d'autres y lisent un néologisme forgé par un humaniste de Nouvelle-Espagne
désireux de traduire un concept nahuatl dépourvu d'équivalent latin.