Les derniers témoins du bunker, Pierre Galante & Eugène
Silianoff, Filipacchi, 1989. La saga des derniers jours du Führer est désormais
bien connue après sa brillante illustration dans le film La Chute de
2004. L’intérêt du présent travail est de nous faire vivre cette fin tragique par
les yeux d’une des jeunes secrétaires d’Hitler, Gertraud Junge, rentrée au
service de la Bête à l’âge de 23 ans. Elle lui consacrera deux ans et demi de
sa jeunesse, perdant au passage son jeune époux envoyé sur le Front de l’Est par
le Chef pour se faire les muscles. Le récit est fascinant car il est découpé en
une série de bulles (la tanière du loup, le nid d’aigle, le bunker)
complètement coupées de la réalité, bulles dans lesquelles on fume (dans les
couloirs), boit du champagne et écoute pérorer jusqu’aux aurores le Maître du
Monde. La galerie de portraits est aveuglante, allant du médecin à la diététicienne[1],
de la belle Eva à la femme de Goebbels, qui se faisait appeler « la première
Dame », du maître-chien aux sommités du régime, mielleuses et constipées !
Il nous est présenté un Hitler aimant les femmes, prenant tous ses repas avec
ses assistantes, car c’était sa seule détente. Le doute sur son infaillibilité commencera
cependant à s’instiller, au fil des maigres informations du Front qui arrivaient
à parvenir au personnel ; l’ombre de la défaite prendra alors de plus en
plus de corps, au rythme des colères noires du Führer à l’égard de son
état-major. On apprendra même que Hitler, juste avant de se suicider et après s’être
marié, embrassa Eva Braun sur la bouche en public. Mazette, quel scoop.
On sort mal à l’aise de cette lecture car un
Monstre, même s’il roule des « galoches », reste une abomination !
[1]
Hitler mangeait habituellement deux œufs sur le plat avec des pommes de terre.
Créateur du Dr Nikola, un des plus grands
« méchants » de la littérature victorienne, Guy Boothby (1867-1905)
fut un best-seller de son temps, explorant avec frénésie tous les genres
populaires : romance, aventures exotiques, fantastique, roman policier et
d’autres encore. Paris en 1897, les méfaits de Simon Carne réunis dans ce
volume figurent parmi les récits fondateurs du genre mettant en scène des
cambrioleurs de haut vol, mais loin d’être toujours des gentlemen.
« La divine comédie » en accolant à son
titre un adjectif 2021 est l’année du septième centenaire de la mort de Dante
Alighieri. L’ampleur et la richesse de l’œuvre du poète florentin font depuis
la parution des premiers manuscrits l’émerveillement des lecteurs. Ses
interrogations sont intemporelles et sa dimension est universelle, Dante se
définit lui-même comme citoyen du monde. Cette introduction à la lecture de La
Divine Comédie propose un voyage ésotérique en compagnie de personnages réels
ou imaginaires de la galaxie dantesque.
Ainsi vous rencontrerez tour à tour des
maîtres antiques comme Virgile et Pythagore, des troubadours comme Arnaut
Daniel, des saints comme saint Bernard et Hildegarde de Bingen, des prophètes
comme Joachim de Flore, des kabbalistes comme Abraham Aboulafia,des soufis
comme Ibn Arabi, mais aussi des personnages fictifset énigmatiques comme
Clémence Isaure et Al Khidr. « … Pour reprendre les termes employés par
l’auteur de cette étude, La Divine comédie peut se comparer à un traité
d’alpinisme spirituel. La « Commedia » de Dante est l’un des livres les plus
commentés au monde. Un livre tenu dans une telle estime qu’on l’appelle ébloui
employé par Boccace… » (Jean-François Lecompte)
Scientifique de formation, Emmanuel
Licht est un ésotériste, historien des religions. Il se consacre à l’étude des
archétypes qui façonnent les mythes et les religions et leurs liens avec les
sciences traditionnelles : géométrie sacrée, alchimie, kabbale. Dante, le
rêveur éveillé, est son deuxième ouvrage.
Une coédition avec l’association Portes
de Thélème
25 € plus 0,01 € de frais de port
Édition couleur, numérotée, tirage limité, disponible sur la boutique ODS (cf "commande")
Fabienne Leloup nous propose avec son dernier roman une
exploration sulfureuse aux confins de l’amour. Un récit tout simplement sublime. Ce qui
est en effet envoûtant, c’est le brio avec lequel elle développe le yin et le
yang de la passion, lente plongée aux enfers et montée fulgurante au nirvana.Un roman écrit avec ses « tripes »
(sourire) qui respire véritablement comme un thriller. On veut savoir la suite,
car on se rend compte que le cheminement amoureux de l’héroïne n’a rien de
« convenu » et qu’il se renouvelle sans cesse pour flirter avec
l’Extrême qui lui-même est une forme de l’Absolu.
Une expérience à classer dans la catégorie des « initiations
suprêmes ».
Ceci est un roman de vie, largement inspiré de faits réels. Francesca ne
s’est pas illustrée dans le mouvement « me too » ; on ne l’a pas vue
sur les plateaux de télévision qui se multiplient en ce moment sur les
thèmes ‘femme battue, viol, inceste…’. Et pourtant, elle y aurait toute
sa place par la belle leçon qu’elle nous donne : on peut échapper à
l’horreur grâce à l’Art !
Pour moi, l’Art est total, physique, entier, il s’explore en poussant à l’extrême les capacités du créateur. Artiste
autodidacte, je parle volontiers de quête. Cette quête qui m’anime sans
cesse et m’accompagne à travers mes créations photo. Désormais, cet
Art-là nourrit mon âme et mon corps. Il répond à mes exigences humaines
autant que je peux les provoquer, les étaler et les partager. Marie Maitre
Résurrection, Giacometti &
Ravenne (JC Lattès, 2021). Après la chasse aux svastikas sacrées qui a fait l’objet
des trois premiers tomes de « la Saga du Soleil Noir », nos deux
compères continuent d’explorer les méandres de « l’ésotérisme nazi »
par l’intermédiaire de Tristan Marcas, un agent double, féru d’art pictural, toujours
aussi perspicace. Lors de la dernière aventure, à force de naviguer entre les anglais
et les allemands, il s’était du reste fait coincer par les nazis et avait été
sauvé de justesse par… les soviétiques. Mais Himmler a trop besoin de lui et le
fait récupérer pour lui confier une nouvelle mission : décrypter le fameux
tableau de Böcklin, L’Ile des Morts, dans lequel serait caché un secret
de nature templière. L’accroche est originale car cette œuvre picturale est déjà
un mystère en soi, mais aussi parce que Marcas sera chaperonné dans sa
recherche par un SS haut en couleur, Otto Skorzneny, un nazi sans foi ni loi
qui fera une belle carrière internationale après la guerre. Mais ceci est une
autre histoire (cf 2004). On ira subtiliser le tableau de Böcklin dans l’un des
somptueux châteaux de Göring, découvrant par la même occasion que le gros
maréchal ne collectionnait pas seulement les œuvres d’art pillées, mais aussi
les soutiens- gorges ! Il ne nous est hélas pas précisé la provenance de
ces amoncellements de lingeries fines. Après un petit détour avec une étude
fouillée du carré Sator, L’île des Morts nous conduira au Saint-Suaire
qui devrait recéler le secret ultime. Une piste surprenante qui nous offrira
une belle promenade sous les dorures du Vatican et nous permettra de faire
connaissance avec l’exorciste de Pie XII ; le Pape en effet est persuadé
qu’Hitler est une incarnation du Diable et qu’il faut utiliser les rituels
appropriés pour lutter contre cette abomination. Petit clin d’œil ; nous croiserons
au fil des pages l’ésotériste Julius Evola qui vient de se fâcher avec
Mussolini car il voulait repaganiser l’Italie.
Je ne donnerai pas le résultat final de la recherche de nos deux
baroudeurs, si ce n’est pour dire qu’il est à la lumière des délires d’Himmler,
décoiffant. Le tout avec un dernier paragraphe qui laisse ouverte la saga de
Marcas pour… une suite. Mais gare à l’essoufflement, car tous les poncifs du
genre ont été largement ratissés !
L’association Miskatonic, fondée en 2019 à Verdun, a pour objectif de
faire connaître au public le plus large possible l’œuvre de Howard
Phillips Lovecraft, maître américain du récit d’horreur fantastique. Elle tire son nom de la rivière Miskatonic, cours d’eau fictif du Pays de Lovecraft.
Jeudi 28 octobre
Conférence - H.P. Lovecraft, des Pulps aux Comics Jeudi 28 octobre 2021 à 20h30|Médiathèque du Grand Verdun H.P.
Lovecraft se trouve au confluent des pop cultures du vingtième siècle.
Mort en 1937, il a largement influencé les comic books, héritiers des
pulps de plus d'une façon. Quels sont les fils les reliant tous ? Avec Alex Nikolavitch, auteur, scénariste, traducteur de BD
Exposition |Les Racines de l’Horreur Du 25 au 30 octobre 2021|Médiathèque du Grand Verdun Un roadtrip sur les traces de H.P. Lovecraft en Nouvelle-Angleterre.
Vendredi 29 octobre
L’Appel du Gaming Vendredi 29 octobre 2021, de 10h00 à 17h00|Médiathèque du Grand Verdun Du Grand Ancien Alone in the Dark au plus récent The Shore, venez tester une sélection de jeux vidéo inspirés de l’œuvre de H.P. Lovecraft !
L’Appel du Gaming Vendredi 29 octobre 2021 de 14h00 à 15h00|Médiathèque du Grand Verdun Un panorama des jeux vidéo inspirés de l’œuvre de H.P. Lovecraft. Avec Julien Dorémus, dévoreur de mondes culturels
Jeux de société - Jeux de rôle Vendredi 29 octobre de 19h00 à 00h00 4
tables de jeu de rôle dans 4 endroits étonnants de Verdun. Une soirée
dédiée aux jeux de société lovecraftiens dans la boutique de jeux
Tavernia.
Samedi 30 octobre
L’Autre chez Lovecraft Samedi 30 octobre 2021 à 11h00|Médiathèque du Grand Verdun Quel
regard porter aujourd’hui pour apprécier à sa valeur le grand écrivain
de l’imaginaire sans pour autant le suivre quand son chemin le mène de
la peur de l’inconnu au rejet de l’autre ? Avec Christophe Thill, co-directeur des éditions Malpertuis
L'Indicible Salon Samedi 30 octobre 2021 de 14h00 à 17h00|Médiathèque du Grand Verdun Venez rencontrer, échanger et pourquoi pas faire dédicacer les ouvrages d’auteurs inspirés par l’oeuvre de H.P. Lovecraft. Les invités : Gilberto Villarroel,Christophe Thill, Armel Gaulme, Bastien Bertine et Bruno Cariou
Projection|The Whisperer in Darkness Samedi 30 octobre 2021 à 20h30|Salle Jeanne d’Arc à Verdun Tourné dans le style des films classiques des années 1930 tels que Frankenstein, Dracula et King Kong, The Whisperer in Darkness
nous ramène à l'âge d'or du cinéma pour une aventure palpitante
d'horreur surnaturelle. Une des adaptations de H.P. Lovecraft les plus
réussies ! Introduction par Christophe Thill
Ceci est un roman de vie, largement inspiré de faits réels. Francesca ne s’est pas illustrée dans le mouvement « me too » ; on ne l’a pas vue sur les plateaux de télévision qui se multiplient en ce moment sur les thèmes ‘femme battue, viol, inceste…’. Et pourtant, elle y aurait toute sa place par la belle leçon qu’elle nous donne : on peut échapper à l’horreur grâce à l’Art ! L’Éditeur
Pour moi, l’Art est total, physique, entier, il s’explore en poussant à l’extrême les capacités du créateur. Artiste autodidacte, je parle volontiers de quête. Cette quête qui m’anime sans cesse et m’accompagne à travers mes créations photo. Désormais, cet Art-là nourrit mon âme et mon corps. Il répond à mes exigences humaines autant que je peux les provoquer, les étaler et les partager. Marie Maitre
Cet ouvrage aurait pu s’intituler Petit Traité d’herméneutique
kabbalistique. Dans le temps d’une écriture et pour la fugacité d’une
lecture, cette science sacrée a survolé un archipel d’îlots épars.
Par-dessus ceux-ci, l’Arbre de Vie a placé sa fonction organisatrice
dans un glyphe fondateur, sceau de vies possibles. L’écharpe infinie de
l’Alephbeth s’est déroulée pour révéler un aspect singulier du langage
du monde.A.E. : derrière ce pseudonyme inspiré du tarot, se devine,
comme le dit son biographe Henry Summerfeld, un homme à l’esprit
myriadique, instruit par sa propre poésie qu’il a nommée « rétrospective
». Il a murmuré à l’auteur le titre de cet opuscule et lui a servi de
guide tutélaire dans ce dévoilement. Dans son firmament intérieur, sa
radiation est majeure.Pierre-Jean Canquouët, né en 1944, a rencontré une
vie d’informaticien. A l’heure de la haute retraite, il a retrouvé ses
projets profonds : la poésie, la musique et la kabbale. Il se promène
dans les trous de ver de l’astrophysique par-delà les trous noirs si
troublants – échappant à la tyrannie de la gravité et de la densité dans
les libres pages de l’immédiateté imaginale.
La Relique du Chaos,
Giacometti et Ravenne (J.C. Lattès, 2020). C’est vrai qu’on finit par s’attacher à l’équipe
infernale de nos quatre amis, et même éprouver de la sympathie pour Aleister
Crowley qui reste certes un gros cochon, mais qui maîtrise parfaitement la
magie opérationnelle ! On va rencontrer dans cette aventure un certain
Gurdjieff (tiens), grand collectionneur de tableaux qui fut l’un des proches de
Nicolas II. Mais le prix d’honneur revient cette fois-ci à Alfred Rosenberg, l’idéologue
raté du Reich devenu spécialiste émérite des questions juives et pilleur particulièrement
avide des biens de ses sujets d’étude. Le cœur du roman sera bien sûr la queste
de la quatrième svastika sacré, une saga qui nous fera remonter dans l’histoire
de la famille impériale, et bien au-delà. Tristan Marcas s’en sortira une
nouvelle fois sur le fil du rasoir, non sans avoir risqué à plusieurs reprises
la vie de ses jolies amies. Et on aura droit à un final grandiose sur l’île de Bornholm,
entrée de la terre creuse mais aussi station de travail sur la terre… plate.
Pour le gag, on apprendra que Richard Nolane est
un bobby londonien qui « manie une matraque généreuse et pédagogique. »
Avec La Nuit du Mal, Giacometti et Ravenne
(Livre de Poche, 2019) reprennent du service à la recherche de la troisième swastika
sacrée, artefact indispensable au Reich pour remporter la victoire. On retrouve
avec plaisir l’agent double Tristan Marcas, l’archéologue nazillarde Erika et
la belle résistante cathare, Laure. Et en bonus fera son apparition Ian Fleming,
chargé d’une mission ultra secrète, parallèlement à l’opération de récupération
de la croix qui aurait été localisée en Crète. On aura droit aussi à la
participation d’’Aleister Crowley, plus « gros porc » que jamais,
mais qui semble bénéficier d’une protection obscure de Winston Churchill !
A noter quelques belles pages bien documentées sur
la jeunesse d’Hitler, ses années de galère à la recherche de la gloire artistique,
ses années militaires faites de dévouement et d’efficacité et sa douloureuse recherche
d’identité politique après la capitulation de l’Allemagne. On aura droit aussi
à la participation efficace d’un petit gars étonnamment perspicace, Reinhardt
Heydrich.
Et puis, tout à fait hors sujet, j’épingle cette
citation qui me va droit au cœur :
Tristan avait pris ses quartiers dans la
bibliothèque. À cette heure, elle baignait dans une obscurité qui accentuait
son côté mystérieux. Enfant, il s'était souvent demandé ce que faisaient les
livres en l’absence des hommes. Restaient-ils sagement rangés dans leurs
rayonnages ou bien jaillissaient-ils de leurs étagères pour entamer une sarabande
déchaînée ? Avant de s’endormir, il s’imaginait les livres assis côte à
côte, se lisant les uns sur les autres. Il se demandait même, durant ses
lectures clandestines, si les livres ne se mélangeaient pas entre eux, n’échangeaient
pas des pages, pour finir par former un livre collectif, le livre des livres,
que personne ne lirait jamais. Depuis, la vie s’était chargée de lui faire
oublier ses rêves d’enfants, mais il avait gardé le secret espoir qu’un jour,
dans une bibliothèque, il découvrirait ce que les autres hommes n’avaient
jamais osé imaginer.
C’est
sans doute à propos du site de Glozel que vous aurez entendu parler de
Robert Liris. Professeur d’histoire à Vichy, dans les années 60, Robert
Liris accueillit dans sa classe le petit-fils du propriétaire du site.
Suivirent des décennies de recherches sur les vestiges controversés de
Glozel.
« Les
productions de Glozel, dit-il, sont authentiques, mais en décalage
chronologique. Pour moi, c’est une survivance d’inspirations néolithique
et de l’âge du bronze. Selon le philologue suisse Hans-Rudolf Hitz,
Glozel aurait été un lieu de pèlerinage religieux et médical ayant
attiré un grand nombre de peuples sur plusieurs siècles qui auraient
célébré des cultes cosmiques dédiés à la déesse mère. »
Glozel
est le premier sujet abordé par Robert Liris et Claude Arz mais
d’autres suivent car les entretiens sont thématiques : la Table des
Bergers sur la montagne de Bozat, la fête aux mystères, la
psychohistoire, Passions poétiques, Rencontres avec des hommes
remarquables… Au fil des entretiens, ce n’est pas seulement une plongée
dans « l’histoire mystérieuse » que vit le lecteur mais une belle
rencontre avec un aventurier aussi attachant qu’intéressant.
Robert Liris définit ainsi la psychohistoire, qui donne sens à sa démarche :
« La psychohistoire est une discipline qui mêle l’histoire et la psychanalyse. C’est la recherche non pas du quoi, mais du pourquoi, de l’engagement profond de l’homme par rapport aux faits, la découverte de sa motivation profonde. »
Il précise :
« L’événementiel
dépend de la sphère politique, économique ou sociale si l’on admet que
le religieux est un masque pour passer à l’action sur les trois autres
grands domaines déterminants. L’aventure freudienne permet de pénétrer
et révèle le domaine caché des déterminations. C’est dans la psyché
humaine que se tapissent des ressorts d’explication de la motivation de
l’individu socialisé. Le champ d’étude de ce fait s’élargit en examinant
des documents laissés pour compte. »
Nous
comprenons mieux le décalage entre les hypothèses posées par Robert
Liris et les affirmations officielles nécessairement contraintes et
réductrices, pourtant les interprétations proposées en psychohistoire
ouvrent de nouveaux champs d’investigations et de nouveaux possibles.
« L’histoire, nous dit-il se conjugue avec le songe et le rêve. »
La
poésie se glisse naturellement dans la pensée de Robert Liris et vient
prendre une place centrale, en tant que telle ou comme regard sur le
monde, visible et invisible. Et il a cette intuition remarquable qui
envisage le son, qui précède le mot, comme porteur d’un sens propre.
Les
entretiens, autant de rencontres où la profondeur et la méthode se
mêlent, témoignent d’un voyage spirituel remarquable. Robert Liris
démontre comment nous pouvons traverser ce monde-carcan en restant
réellement vivant.
Les dialectiques factrices
dans les quêtes du Graal er les alchimies de Jean-Charles Pichon. Editions L’œil du
Sphinx et Association des Amis de Thélème, 36-42 rue de la Villette, 75019
Paris.
Quatre
parties composent ce livre magistral de méta-analyse et de métaphysique :
le Graal, les Alchimies, la Forme vide, les Machines annexes. Une fois de plus,
il est question de mettre l’accent sur les relations plutôt que sur l’objet et
le sujet afin de rendre compte du tissage du réel hors des temporalités
apparentes.
Jean-Charles
Pichon en appelle aux Grandes Images de C.G. Jung : « Non
seulement l’objet mais le sujet qui l’observe (JE) ne sont que des composés des
Grandes Images, dont l’étude révèle la réalité profonde
(l’Inconscient). ».
« L’objet
de ce livre, indique-t-il, n’est pas autre que l’étude des processus par
lesquels la Grande Image se fait un Système de symbole physique : ce sont
les Quêtes du Graal, lors du dernier renversement. Et l’étude des processus par
lesquels le Système de symbole physique donne lieu à de nouvelles Grandes
Images : c’est toute l’alchimie. Il n’en suit pas que les quêtes du Graal
et l’alchimie révèlent ce qui est l’Être en soi. Mais aucune quête et aucune science
ne le révèlent, bien qu’elles l’imitent, le créent ou le connaissent parfois,
soit symboliquement soit par l’image. »
Ceci
modifie radicalement et de manière totalement pertinente, le rapport à
l’initiatique qui n’est point une conquête (avoir et faire) mais une
célébration (être). Les interactions créatrices, les dialectiques, entre
Grandes Images et Système de symbole physique, ou encore Archétypes et
précipitations, une fois identifiées permettent de comprendre comment les
mythes se déplacent dans la temporalité et les cultures, se répliquant et se
renouvelant simultanément et aussi comment ils imprègnent le langage.
Jean-Charles
Pichon passe le cycle du Graal au tamis du système promesse-réponse. Remarquons
que ce système opère en toute dimension initiatique et peut-être même dans tous
les domaines de la vie. Ce schéma promesse-réponse en implique un autre :
déliement-défi car on se délie de sa promesse et on répond au défi. Les
personnages principaux du cycle du Graal et les événements qu’ils connaissent,
souvent des épreuves, apparaissent comme les facettes d’un unique quêteur et
d’une seule quête, indépendante des temps et des lieux qui sont des états de la
conscience en mouvement.
Avec
l’alchimie, l’Or remplace le Graal mais les enjeux demeurent, notamment le
sujet essentiel du temps que Jean-Charles Pichon a parfaitement identifié à la
fois du point de vue métaphysique, ce qui est classique, et du point de vue
scientifique, ce qui fait de lui un précurseur.
« Le
fondement de toute science rationnelle est la croyance en une flèche unique du
temps. Cette flèche est axée de l’Avant vers l’Après : soit du passé vers
le devenir, soit du devenu vers l’Avenir. Mais les deux sens eux-mêmes ne
peuvent se succéder que de l’Avant vers l’Après : dans le cycle cosmologique,
le matin précède le soir ou le printemps l’automne, dans le processus de vie,
l’enfance précède l’âge adulte, ou (très probablement) le minéral la plante,
qui précède l’animal.
Cette
croyance est donc suffisamment prouvée, à cela près du moins que, quelque part,
dans l’Instant, hic et nunc, le devenir précède le devenu (mais c’est alors le
devenir qui est avant, le devenu qui est après). »
Intégrer
ce principe est indispensable pour réaliser une quête initiatique, Graal,
Pierre Philosophale ou plénitude du Vide.
Jean-Charles
Pichon ne travaille pas à grands traits, il conduit le lecteur sur l’océan
agité des ambivalences. Parfois un îlot de stabilité permet à la pensée de se
poser avant de repartir. Etudier cette œuvre magistrale est un voyage aussi
passionnant que risqué. Les certitudes volent en éclat sans que d’autres
viennent les remplacer.
« Si,
nous dit-il, tout le problème est celui-là : la maintenance et la
plénitude de Ce qui est, l’Être ne dure pas sans se faire différent
(autrement), il ne se change pas sans redevenir le même (la même chose). Ou, du
moins, c’est ainsi que JE lit les processus, comme il voit le bâton se briser
quand il le plonge d’un élément dans l’autre (demeurant le bâton même) et le
nuage ou l’arbre se répéter dans le fleuve, la ville dans le mirage ou soi-même
dans le miroir – une même chose dans l’autre.
Mais
la réflexion (que provoque la réflection) et le sentiment de casse que provoque
la réfraction ne sont que des illusions nées des lectures. »
Il
faut encore traverser les apparences, se saisir des intervalles, car, conclut
Jean-Charles Pichon, « le jeu seul permet à JE une approche acceptable de
la réalité ».
G
M
T
Y
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