Roger Antoni annonce clairement la couleur dans
le titre de son livre : Rennes-le-Château ou la Mystification Biblique
(Éditions Alize, 1997). Mais en fait, de quelle mystification biblique parle
t-on ? Etrange livre en effet dont la première partie est le reprint de
l’ouvrage de Louis Fédié, Le Comté de Razès. Une lecture du reste fort
utile qui nous montre que l’on connaît finalement peu de choses sur les
origines de la Capitale Mythique de l’Histoire de France !
Le cœur de l’ouvrage est difficile à résumer.
On y apprend que Saunière a découvert de nombreux documents dont « le Grand
Secret des Cathares, mais aussi de nombreux parchemins concernant le Temple
et des archives de Sociétés Secrètes auxquelles appartenaient les derniers
seigneurs de Rennes. ». On y décrypte, une fois de plus, l’ouvrage de
Boudet. Et puis on plonge dans des passés immémoriaux, puisque « RLC fait
partie des premiers lieux émergés quand la France n’était qu’une succession
d’îles dans l’Océan Primordial »…
Jean-Luc Chaumeil, journaliste, écrivain et artiste, dernier survivant
du Prieuré de Sion (il reste le seul témoin de ce qui est une
fumisterie, une renaissance ou une piste à suivre selon les avis des
chercheurs), a rouvert, comme chaque année, sa galerie d'art de
Carennac, «L'Atelier du Prieuré». L'exposition «La licorne alchimique»
de ce passionné par tout ce qui touche au mystère et au paranormal, ne
laisse aucun doute au visiteur : sculptures, peintures, littérature,
documents. Les artistes locaux Lucien Ghomri et Gérard Colas sont
présents bien sûr, mais les œuvres d'exposants venus d'ailleurs sont
nombreuses. En particulier, 37 têtes précolombiennes trouvées par
Alexander Von Wuthernau qui a fouillé en Colombie, au Mexique ou en
Argentine, mais aussi Giacomo De Pass, Corinne Gros, Olivera Morice,
Almodovar et quelques autres… Jean-Luc Chaumeil présente également ses
deux ouvrages consacrés à l'énigme de Rennes-le-Château «Le Testament du
Prieuré de Sion» et «Les archives du Prieuré de Sion». De quoi apporter
quelques renseignements sur une organisation fondée en France en 1956
par Pierre Plantard. Mais qu'en est-il exactement ?
L'exposition est ouverte depuis le 14 juillet jusqu'au 30 septembre, de 10 heures à 20 heures. Entrée libre et gratuite.
1845, Publie dans le Broadway
Journal Le masque de la Mort Rouge(un texte de 1842). Un grand classique, traîté avec une magnifique maîtrise.
Alors que la mort rouge (la peste ?) décime la région, le Prince Prospero
s’enferme dans une abbaye avec ses courtisans et mène grand train. Il décide un
jour d’organiser un grand bal dans les sept pièces de l’abbaye, chacune décorée
d’une couleur différente dont le noir pour la dernière. Les festivités sont
rythmées par un énorme pendule qui fige sur place les invités lorsqu’elle sonne
l’heure. À minuit, pendant le carillonnage, apparaît un personnage sinistre,
dans la dernière chambre, portant le masque de la mort rouge. Le Prince se
précipite sur lui, mais sera tué. Il en est de même pour les invités qui, lors
de leur tentative de lynchage, découvriront que le costume de l’intrus est vide…
On notera pour l’anecdote que, dans les années 1930, un fervent lecteur
de l’écrivain, new-yorkais, milliardaire et humoriste neurasthénique, s’est
donné le plaisir de reconstituer le palais conformément au texte.
Ce conte gothique a certainement inspiré Stanley Kubrick pour Eyes Wide Shut avec son magnifique bal masqué aux couleurs érotiques (1999).
Je dois avouer à Jala avoir passé un moment
inoubliable à la lecture de son Entre la
Bête et l’Ange, Rennes-le-Château (Editions Bénévent, juin 2006). Nous
sommes ici dans la catégorie des autobiographies au parfum castelrennais
prononcé, parfum mâtiné de fragrances new âgeuses entêtantes. La narratrice, car
c’est une femme, artiste peintre de vocation, est en contact avec de multiples
plans spirituels qui la propulseront d’abord en Iran, après un petit stage au
Mandarom de Castellane ! En Iran donc, à la rencontre d’un grand amour
annoncé par les forces de l’au-delà au détour de moultes séances d’écriture
automatique. Et le grand amour sera au rendez-vous, pour le pire plutôt que le
meilleur. Car le bel iranien à la peau cuivrée a un tout petit défaut ; il
est sodomite et Jala n’aime pas cela ! … Ce penchant pervers la plonge
dans des abîmes de désespoir et la font rentrer manu militari en France où elle
va tomber dans les bras d’un gourou satanique qui lui aussi a une particularité
intéressante : il est lycanthrope et se transforme sous les rayons blêmes
de la lune en une créature poilue aux dents acérées. Le rebond viendra de notre
Colline Favorite, où ses messagers spirituels l’orienteront, car il y a là un
grand trésor. Cela nous vaudra quelques épisodes de recherches auxquels nous
sommes bien habitués, recherches qui aboutiront à la grotte de la Madeleine.
Mais pour aller au but final, il faut une clef. Et cette clef lui sera révélée
en astral. C’est notre bon Johnny Hallyday qui la possède, et c’est en sa
compagnie qu’elle doit poursuivre ses investigations. Suit le récit d’une
course-poursuite de l’idole à l’occasion de ses concerts, en essayant de le
rencontrer quelques instants en tête à tête pour lui dévoiler sa mission.
Tentatives évidemment vouées à l’échec.
Après quelques détours ufologiques d’un intérêt
évident, Jala terminera son récit par une supplique à Johnny. J’espère qu’elle
lui a envoyé son livre……
° 1850 (31 août), publication du Principe poétique dans
le Southern Literary Messenger, reprenant les nombreuses conférences d’Edgar
Poe sur l’Art Poétique. Un texte magnifique, à ranger aux côtés d’Eurêka et qui permet de toucher du doigt l’unité fondamentale de son œuvre.
Ce n’est que dans la contemplation de la Beauté qu’il
nous est possible d’atteindre cette élévation enivrante, cette émotion de
l’âme, que nous reconnaissons comme le sentiment poétique, et qui se distingue
si facilement de la Vérité, qui est la satisfaction de la Raison, et de la
Passion, qui est l’émotion du cœur
La démarche du poète est donc d’approcher la Beauté, qui est de nature
divine, et d’essayer de faire partager cette « émotion esthétique »
au lecteur. Sa démarche est un acte d’imagination créatrice, tout le contraire
de la « fancy » qui n’est que vulgaire rêverie. C’est par cette
traque de « l’imaginal » qu’il peut éprouver une « intuition
fulgurante ». La poésie s’exprime également par la musique, qui est certainement
sa forme la plus aboutie. Poe donne de nombreux exemples de poèmes ayant
approché ce but, mais sans jamais donner dans « l’Art de la Versification ».
Un poème ne doit pas être trop court, au risque de n’être qu’un vulgaire
acrostiche. Mais il ne doit pas non plus être trop long, au risque de diluer le
« choc esthétique » qui perdrait alors toute sa substance auprès du
lecteur.
Notre contributeur Mickael Korvin dresse le portrait de ce grand chercheur, décédé en 1998 et trop vite oublié.
(L'Express 22/8/2014)
Dans la continuation d'Einstein
"On
ne peut plus être aujourd'hui un "physiciste"* pur, qui ne s'intéresse
qu'aux propriétés de la matière, qui renonce à parler de la conscience,
de l'esprit, en espérant, contre tout espoir, qu'un jour l'esprit sera
réduit aux seules lois physiques", explique Raymond Ruyer dans la revue Question de janvier-février 1978. Cet article, vieux de 36 ans, a pour sujet Jean Emile Charon
(1920-1998), le premier physicien à justement avoir réussi à démontrer -
en théorie du moins - l'existence de l'esprit par la Physique.
Pour
Charon, l'esprit est né dès les premiers instants du big bang, et a
donc très largement précédé l'apparition du premier neurone. Il ne
s'agit pas de l'esprit tel que nous le concevons, mais d'un esprit
infiniment petit (par la taille seulement) et qui ressemblerait plutôt à
un électron, ou plus probablement à l'ombre imperceptible de celui-ci.
L'éon, l'esprit de l'électron
Commençons
par une donnée de base irréfutable: l'initiation de toute réaction
chimique, qu'elle soit déclenchée sur une étoile distante ou dans la
nano-structure de nos cerveaux, dépend forcément du mouvement d'au moins
un électron. Or un électron est un univers en soi, inaltéré, où en
principe rien ne rentre ni sort**. Dans ces conditions, comment fait
l'électron pour mettre en mouvement la Création (c'est à dire la
réaction chimique mentionnée plus haut)? Par le pouvoir d'un esprit qui
puisse agir au niveau de l'électron, répond Charon. Mais comment un
esprit, qui est quelque chose d'immatériel, peut-il agir sur un
électron, qui lui est matériel? En agissant lui-même comme un électron! Il
ne parle pas d'un électron "solide", mais d'un corps éthérique, qui par
projection virtuelle entre en contact avec un autre électron, pour
produire un effet sur la matière. Ce pouvoir de l'esprit, de l'ordre de
l'infiniment petit et ignoré par la physique traditionnelle, est pour le
physicien l'embryon de toute conscience. Il l'a baptisé "éon". Les
éons, projections inversées des électrons dans l'immatériel, conservent
100% de l'information virtuelle reçue lors des échanges télépathiques:
non seulement chacun garde intacte sa propre mémoire et son propre
"spin" (paramètres de rotation), mais de plus emmagasine la mémoire et
le spin de l'autre. Comme un trou noir avalant tout ce qui est de
l'esprit, en accélération constante de savoirs, l'éon crée sans cesse
des configurations mieux ordonnées; et orchestre les rythmes les plus
propices à la vie consciente.
L'esprit n'est pas le propre de l'homme
Ainsi
l'esprit est-il fait d'un océan d'éons, indécelables, car exactement de
l'autre côté du miroir de notre dimension, et qui semblent mus par un
désir de vie consciente. D'un point de vue charonien, seul un éon aurait
pu provoquer, par psychokinésie et suite à un nombre phénoménal de
tentatives, les réactions électro-chimiques indispensables à l'avènement
de la première cellule vivante. Depuis cette époque, peu lointaine à
leur échelle, chaque éon oeuvre sans relâche à perfectionner les
"véhicules" que nous sommes pour le continuum de l'esprit; mais que sont
également tous les mammifères, les poissons, les insectes, les oiseaux,
les reptiles, les plantes, les éventuels extraterrestres... L'idée
n'est pas si perchée, car à la lumière de l'hypothèse de Charon, des
armadas d'éons issus des origines flottent encore en abondance dans
l'espace.
Notre
chercheur n'accepte pas non plus, par exemple, que chaque nouvelle
génération d'esprits humains puisse germer, dans sa globalité, en
partant de rien de plus que la génétique, l'environnement et
l'éducation. Chez l'homme, c'est la combinaison des éons immortels et de
nos neurones temporaires qui nous donnent conscience. Les éons de nos
neurones, bien davantage que nos neurones eux-mêmes, sont devenus
extraordinairement complexes. D'autres éons se spécialisent dans les
atomes de nos reins, notre coeur, nos poumons... et chacun se
perfectionne dans son domaine, gardant en lui un lien avec tous les
autres éons qui ont croisé son destin. Pour finir laissons parler le
maître: "Vos éons se souviendront de votre 'Je' toute leur vie. Ils
l'emporteront avec eux dans leur vie future... Et la vie future des éons
peut être très longue, presque aussi longue que celle de l'univers
lui-même."
Pour plus d'informations, le
De Becker s'est illustré par sa collaboration avec l'Allemagne Nazie en Belgique. Même s'il a pris progressivement ses distances avec l'occupant, il sera condamné à mort, peine commuée à la prison à la perpétuité avant d'être gracié, mais interdit de séjour en Belgique. Il se réfugiera en France et s'investira dans les travaux de Jung tout en collaborant à Planète. On lui doit un ouvrage très intéressant sur le rêve, Les Machinations de la nuit, ainsi qu'un Bilan de la psychologie des profondeurs et La vie tragique de Freud.
Il se suicidera en 1969.
Une étude lui a été consacrée : Olivier Dard (dir.), Étienne Deschamps (dir.) et Geneviève Duchenne (dir.), Raymond de Becker (1912-1969) : itinéraire et facettes d’un intellectuel réprouvé, Peter Lang, coll. « Documents pour l'Histoire des Francophonies » (no 32), , 409 p.
À Sciences Po, j’ai eu ma période
philosophique. J’ai fait Sciences Po Service public, je me préparais au
concours d’entrée à l’ENA. On voit très bien la matière première sur laquelle
je travaillais, la finance publique, l’économie, le droit administratif, etc.
Mais il y avait aussi des matières optionnelles : j’avais choisi l’option
philosophie. Mon professeur de philosophie (décidément, les professeurs de
philosophie m’ont marqué !) était un philosophe reconnu, André Amar, juif
revenu des camps de concentration. Le titre de son cours était « L’Europe
a fait le monde ». André Amar — tout est lié — était un collaborateur
de la revue Planète, et les éditions
Planète ont publié le cours que je suivais, L’Europe
a fait le Monde (Présence Planète, 1966).
Ce cours avait pour moi quelque chose de
fabuleux. Il y a deux grandes théories philosophiques de l’histoire :
l’histoire cyclique, la loi de l’éternel retour, thèses développées par Jean-Charles
Pichon, par exemple ; on est dans des univers cycliques ; ce sont des
univers qui me déroutent, ce n’est pas satisfaisant parce que si l’histoire est
cyclique, c’est que quelqu’un a créé le cycle, il manque quelque chose pour
moi. L’autre grande théorie de l’histoire, dont André Amarétait un représentant moderne, c’est l’histoire évolutive, dont
Hegel est le père ; l’histoire n’est pas un trait linéaire, mais un trait
avec des creux et des bosses ; contrairement au cycle, auquel il manque
quelque chose, avec Hegel, on a la réponse : c’est la montée de l’esprit
dans l’histoire. André Amar professait cette thèse qui me fascinait.
Pour l’anecdote, j’ai rédigé une petite
note de lecture sur cet ouvrage que j’ai adressé au Monde des Livres. Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir une
réponse amicale de Dominique de Roux, le patron des « Cahiers de
l’Herne », qui devait également collaborer à l’époque au quotidien. J’ai
eu le plaisir d’aller prendre un pot avec ce grand bonhomme trop tôt disparu et
nous avons, dans un bistrot de la rue d’Assas, refait le monde autour de
Lovecraft. Allusion, bien sûr, au monumental « Cahier » qu’il venait
de publier.
La pensée planétaire, qu'est-ce que c'est ?, Planète no 22, mai/juin 1965.
Pourquoi la philosophie ?, Planète no 31, 1966.
L’Europe a fait le monde - Une histoire de la pensée européenne, Présence Planète, 1966.
Machines, publicités, drogues… L’homme artificiel cède la place à l’homme naturel, Planète no 31, novembre-décembre 1966, p. 182-183.
Pour comprendre le structuralisme, Planète no 37, 1967.
Qu’est-ce que la politique-fiction ?, débat avec J. Bergier, R. Merle, H. Viard, B. Thomas, B. de Jouvenel, Planète no 41, 1968.
Dialogue qui m'a été rapporté entre un touriste et une employée au bureau du tourisme de Couiza :
- bonjour, avez-vous le programme des conférences de l'été dans la région ?
- non, ça n'existe pas.
- pourtant, il y a des conférences au Domaine de la Salz.
- oui, c'est sur leur site internet.
- et à Rennes-les-Bains ?
- nous n'avons pas d'informations.
- et à Rennes-le-Château ?
- là c'est plus compliqué, il y a eu des problèmes et le Maire n'aime pas qu'on communique. Mais il y aura comme tous les ans le Festival du Film Insolite, l'affiche est là.
La fiction castelrennaise se faufile parfois
dans des créneaux surprenants, et notamment celui de la littérature populaire
dite « de gare ». La trouvaille concerne cette fois, dans la
collection « Gérard de Villiers présente », la série dite « Le
Survivant ». Une saga sur fond de civilisation post-cataclysme, dans
une Amérique ravagée par un conflit avec l’Union Soviétique. Elle met en jeu un
« héros » qui tire plus vite que son ombre, à la recherche, dans des
citées dévastées, de sa petite famille disparue suite à la débâcle de la guerre
nucléaire. Sexe et violence sont bien sûr les deux ingrédients de cette
aventure. Frères de Sang de Jerry Ahern (numéro 29, 1985, Editions
Vaugirard) nous entraîne, dans les ruines d’une ville du Nouveau-Mexique, dans
le bistrot (je devrais dire le claque) de laquelle se trouve une étrange dalle.
Ce machin est la réplique d’une dalle qui était autrefois exposée dans le
musée de la ville. On l’appelait « la dalle du chevalier ». Un mécène
du coin l’avait fait venir de France à la fin du siècle dernier. Un archiduc
austro-hongrois, selon les racontars, la lui aurait vendue. Ca daterait du
temps de Charlemagne. Un petit curé français l’aurait trouvée dans son église. Le
ton est donné ! On ne sera pas surpris alors d’apprendre que l’hôpital de
Cape Romain (c’est le nom du bled) est ceinturé par un chemin de croix disposé
à l’envers…. Ni que le patron des blouses blanches se livre à d’étranges
expériences d’alchimie du sang. Il est vrai qu’il appartient à une étrange
confrérie, « Les Frères de la Maison d’Or », chargée de protéger la
descendance du Christ. Et nous assisterons à une scène rocambolesque dans
laquelle le chirurgien fou extradera d’Amérique le Nouveau Messie, l’embarquant
sur un cargo de Kabbalistes intégristes chargés de le ramener en Palestine….
Nous sommes en 1985 ; l’auteur vient
manifestement de lire l’Enigme Sacrée (1982) et ne s’en est pas
remis !
LauricGuillaud, professeur émérite de littérature et de civilisation américaines à l’Université d’Angers, est un spécialiste des imaginaires anglo-saxons et notamment de Lovecraft. Dans ce nouvel ouvrage, beau par sa forme et passionnant par son propos, il invite le lecteur à explorer l’imaginaire gothique et ses relations avec l’imaginaire maçonnique.
Lauric Guillaud ne s’est pas restreint à la littérature, ni à la culture nord-américaine et britannique, il a mis en place une véritable démarche interdisciplinaire, s’inscrivant même dans cette transdisciplinarité appelée de ses vœux par Gilbert Durand, et a recherché des matériaux dans les cultures allemande et française.
D’emblée, le lecteur se demandera quel peut bien être le lien entre le gothique et la Franc-maçonnerie. Lauric Guillaud met au jour pour la première fois des terreaux, des influences, des croisements improbables qui ont pu irriguer certains aspects de l’imaginaire maçonnique.
« Nous verrons d’abord, annonce Lauric Guillaud, les grandes tendances du gothique avant de les mettre en perspective avec certains rituels maçonniques. Nous vérifierons enfin cette double influence sur les productions contemporaines. A l’ombre des colonnes, nous découvrirons l’effroi délicieux du romantisme noir ; à l’ombre des cachots et des souterrains gothiques, nous découvrirons les mystères de la Franc-maçonnerie. »
Lauric Guillaud commence ce voyage imaginaire, parfois imaginal, dans l’Angleterre des débuts du XVIIIème siècle, un siècle où prolifèrent les clubs les plus divers et les sociétés plus ou moins secrètes. Nous découvrons lesHell-Fire Clubs, réceptacles d’anciens cultes, de pratiques libertines ou de défis divers. Le premier de ces clubs, transgressif, anti-religieux, libertaire fut fondé à Londres en 1719 par le duc de Wharton. Il accueille femmes et hommes sur un pied d’égalité. Ce nouvel égalitarisme réservé contribuera plus tard à faire évoluer les pratiques dans la société anglaise et tardivement dans la Franc-maçonnerie. LesHell-Fire Clubs se développeront sous des formes et avec des objectifs très divers allant de la société savante aux cérémonies sexuelles pseudo-satanistes, en passant par les très nombreux rites paramaçonniques qui animent la scène ésotérique britannique. Progressivement, ces groupes quittent les tavernes pour la clandestinité. L’expérience desHell-Fire Clubssemble caractériser cette période de transition et de confusion pendant laquelle la religion perd de son influence sous les avancées de la science, la pensée rationnelle se développe, et les pouvoirs se déplacent.
« Ainsi, nous dit Lauric Guillaud, coexistaient les perspectives progressistes reflétées par les philosophes des Lumières et la fascination durable pour les pratiques rituelles dont l’origine se perdait dans la nuit des temps (cultes païens, druidisme, rosicrucianisme, etc.). »
Dans cette tension entre ombre et lumière, entre ville et nature, entre progrès et régression, entre conformisme et excès, de nouvelles créativités vont apparaître qui influenceront aussi bien les arts que la pensée, initiatique ou profane. Dès le siècle précédent, la mélancolie annonce le romantisme, noir puis gothique. La rupture des Lumières avec les sociétés traditionnelles est violente et suscite un mal-être sociétal, des résistances et des résurgences de pratiques anciennes plus ou moins comprises.
Lauric Guillaud analyse divers aspects de ce vaste mouvement de transformation complexe : Y-a-t-il eu un proto-gothique américain ? Comment se sont développées les sociétés secrètes gothiques, quelles questions pose leFrankensteinde Mary Shelley? Qu’est-ce qui caractérise l’initiation gothique ?
La seconde entrée de l’ouvrage est donc maçonnique et débute par une recherche sur l’impact littéraire et artistique de la Franc-maçonnerie. L’un des ponts entre l’imaginaire maçonnique et l’imaginaire gothique se trouve dans leurs approches respectives de l’architecture et de l’archéologie.
« Pourquoi, interroge Lauric Guillaud, le roman « maçonnique » se présente-t-il comme une extension culturelle d’une pratique circonscrite à la Loge ? Sans doute parce que l’imaginaire du romantisme dit « noir » a été exacerbé par des notions purement maçonniques comme le lieu clos (reflet de la Loge), l’obligation du secret, les oppositions ténèbres/lumière, rejet/admission, soleil/Lune et surtout vie/mort. C’est l’initiation qui cimente ces notions en les incorporant dans des rituels proches du psychodrame. »
Au fil des pages, à travers les très nombreux extraits ou références, apparaît au lecteur une « étroite parenté de plusieurs textes gothiques et de certains rituels maçonniques marqués par le goût du noir et du cérémonial ». Cette attirance vers l’obscur et la nuit est cependant associée à une orientation vers un « centre », un axe, à une recherche de verticalité. Il s’agit de rester dans l’ombre pour mieux trouver la lumière. Il existe une dimension initiatique propre à l’originalité et la liberté du courant gothique qui trouve un reflet, parfois une réponse dans l’imaginaire maçonnique.
Un livre à ne pas manquer pour son originalité et la richesse de son contenu.
Text-to-speech function is limited to 200 characters
Dix ans après (1970) Le Matin paraissait L’Homme Éternel, ouvrage inachevé qui devait être le premier tome d'une série d'essais sur l'homme, son passé, son avenir et son espace intérieur. Pauwels voulait que cette série soit un « Manuel d'embellissement de la vie ». Ce livre ne connut pas le succès du Matin des magiciens et le réalisme fantastique lassa le public puisque la revue « Planète » issue de ce mouvement disparut au même moment. Comme dans le Matin des magiciens, Pauwels et Bergier sont obsédés par les sociétés secrètes. Ils démarrent l'Homme éternel en affirmant que « notre civilisation, comme toute civilisation, est une conjuration ». Cette conjuration aurait pour but de nous faire méconnaître qu'il y a un autre monde dans celui que nous habitons. Le réalisme fantastique est résumé dans cette phrase du baron Gleichen que les deux auteurs reprennent à leur compte : le penchant pour le merveilleux, inné à tous les hommes, notre goût pour les impossibilités, notre mépris pour ce que l'on sait, notre respect pour ce que l'on ignore, voilà notre mobile.
L’ouvrage est une sorte de « traité d’archéologie mystérieuse », bien écrit et richement documenté. On y retrouve tous les « classiques » bien connus comme les incertitudes sur les théories de l’évolution, la dérive des continents et les cartes anciennes, les météorites géantes et le Déluge Universel…, avec toujours en fond d’écran la recherche des « Grands Anciens », de ces civilisations évoluées qui nous auraient précédé. Force est cependant d’admettre qu’après avoir lu Le Matin et Planète, la magie n’opère plus avec autant de puissance. Certainement parce que les sujets choisis ont été largement défrichés et que les « littératures différentes » ne sont guère sollicitées pour illustrer la recherche.
La série d'ouvrages prévue par Pauwels et Bergier devait comprendre cinq volumes : Après L'homme éternel, essai et rêverie sur le thème des civilisations disparues, L'homme infini devait traiter de la condition surhumaine. L'homme en croix devait évoquer les risques et les chances de notre civilisation, du pari sur les chances. L'homme relié, devait reposer sur le contact avec des intelligences différentes dans le ciel et ici-bas. Et enfin L'homme et des dieuxà venir devait développer l'idée qu'il n'est peut-être pas possible de créer un mythe nouveau mais que la venue d'un tel mythe est indispensable. On notera que le fonds Pauwels à la BNF possède le manuscrit (inédit) de ce qui devait être le second volume de cette suite (La Condition Surhumaine).