vendredi 28 novembre 2025

PARANORMAL DANS l'OISE


 

Après le succès de sa première édition, qui avait attiré plus de 600 visiteurs, le salon du paranormal de l’Oise fait son grand retour à la salle Parisis Fontaine, à Noailles, du samedi 29 au dimanche 30 novembre. L’entrée et le parking sont gratuits, rapporte actu.fr.

C’est de nouveau Para-L’ailes qui est à l’initiative de cette deuxième édition. Connue pour ses nuits d’enquêtes paranormales ouvertes au grand public – la prochaine doit se tenir dans un château près de Compiègne – l’association veut démocratiser cet univers.

Des conférences et des stands dédiés au paranormal

Au programme : des conférences autour de la sorcellerie, de la vie après la mort ou encore de l’astrologie. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin dans le domaine et peut-être mener leur propre enquête, plusieurs stands seront proposés afin de les équiper au mieux.


jeudi 27 novembre 2025

QUAND LOVECRAFT NOUS PARLE DE GEORGE CAMPBELL

  


 

George Campbell, le campeur d’Outre-Espace

(Notice synthétique)

 

George Campbell est un jeune homme américain, solitaire, amoureux de nature et d’isolement, qui part camper afin de fuir le monde civilisé trop bruyant.
Il est cultivé, mais sans spécialisation précise : un esprit curieux, ouvert, réceptif — parfait sujet, dirait Lovecraft, pour une possession par transfert.

Sa vie bascule lorsqu’il trouve un mystérieux petit cube métallique contenant un disque gravé d’inscriptions cunéiformes altérées.
Le disque réagit à sa présence :
il scintille, pulse, l’attire, puis finit par l’absorber.

À partir d’ici, Campbell se retrouve :

1.          projeté dans un corps extraterrestre,

2.          au sein d’une civilisation de vers intelligents,

3.          doués de technologie télépathique et métamorphique,

4.          vivant dans une immense bibliothèque cosmique,
une version proto-lovecraftienne de celle des Dans l’Abîme du Temps.

Il apprend que ces créatures utilisent les cristaux d’Eltdown — reliés aux “tessons d’Eltdown” du Révérend Arthur Brooke Winter-Halls — pour échanger des consciences entre espèces.

✧ Ce que devient Campbell

Sa conscience est partagée, fragmentée, tiraillée.
Il comprend vite qu’il est considéré comme :

  • une curiosité,
  • un spécimen,
  • un esprit à fouiller,
  • possiblement un nouveau corps hôte pour un Ver d’Eltdown.

Mais Campbell se révolte — héritage howardien dans le round-robin — et prend la fuite.
Il parvient à rejoindre un temple étranger, tue son gardien divin et…
prend sa place, devenant une entité de l’univers extraterrestre.

 


 

✧ Son corps terrestre

Pendant ce temps, son corps humain resté sur Terre,
occupé partiellement par la conscience du ver extraterrestre,
se traîne dans la forêt comme un loup-garou dégénéré,
avant de se noyer dans un lac.

Un destin extrêmement lovecraftien :
le corps se corrompt,
l’esprit survit… ailleurs.

🜁 En clair : qui est George Campbell ?

Un jeune homme ordinaire,
au seuil entre deux mondes,
qui devient :

  • explorateur involontaire,
  • victime d’un transfert d’esprit,
  • rebelle cosmique,
  • et finalement,
    nouveau “dieu” monstrueux dans un royaume extraterrestre.

Il est le symbole même du thème du round-robin :
l’identité comme terrain de jeu des forces de l’Outre-Espace.

 


 

 

 

Les “Tessons d’Eltdown” : origine et statut dans le canon lovecraftien

 

Les “Tessons d’Eltdown” (Eltdown Shards) apparaissent pour la première fois dans un texte apocryphe attribué à un certain Révérend Arthur Brooke Winter-Halls, personnage fictif inventé comme tant d’autres “autorités” pseudo-scientifiques liées au Mythe.

Il s’agit d’un ensemble d’artefacts préhistoriques, fragments minéraux ou céramiques, trouvés dans le Sussex (village imaginaire d’Eltdown), gravés de symboles non humains et d’une écriture antédiluvienne.

Dans l’univers lovecraftien, ce sont :

  • des objets impossibles,
  • non décodés par l’érudition humaine réelle,
  • mais “partiellement interprétés” par des spécialistes fictifs,
  • et considérés comme un témoignage matériel d’espèces préhumaines.

Ils ont le même statut que :

  • les Pnakotic Manuscripts,
  • le Livre d’Eibon,
  • ou les Annales de T’yog.

C’est-à-dire : un texte non humain, antérieur à l’humanité, traduit ou mal-traduit par quelques érudits téméraires.

🜂 Le rôle des Tessons dans le “Challenge from Beyond”

Dans The Challenge from Beyond, les tessons sont cités comme une clé interprétative du disque trouvé par George Campbell.
Ils servent à donner une légitimité archéologique à l’objet, exactement comme Lovecraft utilisait :

  • le “Papyrus d’Abdul Alhazred” pour fonder le Necronomicon,
  • la tablette de Lenormant pour accréditer ses mythes sumériens,
  • la stèle de Ponape pour épaissir le mythe de Dagon.

Les Tessons d’Eltdown permettent donc d’affirmer :
“Ce symbole extraterrestre existe déjà dans l’histoire humaine ; il a laissé des traces.”

Ils font ainsi office de pont entre :

  • l’artefact extraterrestre découvert par Campbell,
  • l’histoire humaine fabuleuse,
  • et les civilisations préhumaines évoquées dans d’autres textes.

🜄 Qui sont les “Vers d’Eltdown” ?

Les tessons sont souvent associés à une race de créatures vermiformes, télépathiques, capables :

  1. d’échanger de conscience avec d’autres espèces,
  2. de stocker des mémoires dans des cristaux,
  3. d’accéder aux esprits humains pour les “lire”.

Ces êtres préfigurent directement les Yithiens de Dans l’Abîme du Temps.
On y retrouve :

  • la bibliothéconomie cosmique,
  • le transfert de conscience,
  • la présence d’une archive infinie,
  • la domination par le savoir,
  • la logique d’espèces antérieures, technologiquement supérieures.

Les Vers d’Eltdown sont donc une proto-version, encore brute, encore organique,
de l’idée plus maîtrisée que Lovecraft développera l’année suivante.

🜁 Pourquoi ces artefacts fascinent-ils Lovecraft ?

Parce que les “Tessons” permettent de mettre en scène l’idée fondamentale de Lovecraft :

L’humanité n’est pas première.
Elle n’est pas maîtresse du monde.
Elle n’est même pas seule à écrire son histoire.

Les tessons révèlent que :

  • il existait avant nous une ou plusieurs civilisations,
  • ces civilisations ont laissé des traces matérielles,
  • mais nous n’avons plus les moyens de les comprendre,
  • et notre érudition moderne, même honnête, ne peut que mal-interpréter ces signes.

Ce thème structure tout Lovecraft :

  • les traces cyclopéennes de “Dagon”,
  • la pierre noire de “The Moon-Bog”,
  • les hiéroglyphes extraterrestres de “The Nameless City”,
  • les inscriptions préhumaines de “At the Mountains of Madness”.

Les Tessons d’Eltdown sont une version concentrée de ce motif :
une archive insoluble, porte d’accès à un monde qui n’est pas le nôtre.

🜂 Les liens intertextuels avec d’autres œuvres

Les “Shards” apparaissent en filigrane dans plusieurs réseaux narratifs :

1. Avec Dans l’Abîme du Temps

Transfert de conscience + archivage mental + civilisation ancienne → parallèle évident.

2. Avec les Yithiens

Même logique d’échange mental, même rapport à la bibliophilie cosmique.

3. Avec les Mi-Go (indirectement)

Les Mi-Go utilisent eux aussi des technologies de conservation de l’esprit (brains in canisters),
autre variante d’une idée que Lovecraft explore sous plusieurs formes.

4. Avec les traités érudits

Le Révérend Winter-Halls se place dans la lignée :

  • d’Eusèbe d’Innsbruck,
  • d’Albert Wilmarth,
  • d’Henry Armitage,
  • de Dyer,
  • de tous ces “savants” qui ont lu ce qu’ils n’auraient pas dû.

Les tessons sont donc aussi un instrument narratif, un gimmick érudit permettant de donner du poids au récit.

🜃 La fonction mythologique des Tessons

Les Tessons jouent le rôle de :

  • relicta, traces persistantes d’un monde disparu ;
  • documents impossibles, écritures déchues d’espèces non humaines ;
  • preuves inversées, qui montrent non pas ce que nous comprenons, mais ce que nous ne comprenons pas ;
  • miroirs négatifs, car ils révèlent notre ignorance.

Ils sont la matérialisation parfaite du principe lovecraftien du “non-euclidien” :
un objet réel qui ne peut être réellement lu.

🜁 Conclusion : pourquoi les Tessons d’Eltdown comptent ?

Parce qu’ils sont, dans leur discrétion,
un pivot du Mythe :

  • un lien entre plusieurs récits,
  • une technologie extraterrestre esquissée,
  • un symbole du transfert de conscience,
  • et un marqueur matériel d’un univers ancien, plus vaste et plus terrifiant que le nôtre.

Ils forment l’un des premiers “artefacts archéologiques” de l’œuvre lovecraftienne,
bien avant les blocs de basalte d’Innsmouth ou les tablettes yithiennes.

Ils sont ce que Lovecraft aimait le plus créer :
des fragments d’un monde que nous ne comprendrons jamais tout à fait.

 


 

mercredi 26 novembre 2025

LA FIN DU DERNIER HOMME SELON LOVECRAFT

 

 

Ull, le dernier homme

Personnage central de « Till A’ the Seas » (1935), révision Lovecraft pour Robert H. Barlow

Un archétype post-apocalyptique avant l’heure

1. Contexte littéraire et généalogie du texte

Till A’ the Seas est publié en 1935 dans The Californian, signé Barlow, mais Lovecraft intervient fortement :

  • il restructure le récit,
  • renforce l’atmosphère de désolation cosmique,
  • donne à Ull une dimension quasi mythique,
  • et accentue la fatalité astronomique (le Soleil rapproché).

Ce texte se situe à la croisée du weird et de la science-fiction primitive, bien avant les classiques post-apocalyptiques des années 1950.

On peut y voir une préfiguration de :

  • Ballard (sécheresse, fin thermique),
  • John Brunner,
  • et même  les Témoins de l’Apocalypse de Jean-Charles Pichon, avec cette idée que la fin du monde s’incarne dans un homme seul.
  •  

2. Le monde d’Ull : une Terre à l’agonie

La planète est en train de mourir, littéralement :

  • le Soleil se rapproche,
  • la chaleur devient intenable,
  • les océans s’assèchent,
  • les pluies ne tombent plus,
  • la civilisation a disparu,
  • seules subsistent des tribus dispersées, mi-nomades, mi-cavernicoles.

Le texte décrit une géographie terminale, un monde où même les reliefs semblent avoir perdu leur sens.

L’humanité est déjà morte.
Ull n’est qu’un reste, un fragment, un dernier écho.

 


 

3. Ull : un ultime survivant profondément humain

Ull est un personnage d’une force poignante :

Ses traits :

  • jeune homme endurci par la faim et la chaleur,
  • isolé depuis la disparition de sa tribu,
  • habité d’une ténacité presque animale,
  • mu par un minuscule espoir : l’eau.

Ull n’est pas un héros classique.
C’est un être biologique au bout du rouleau, un homme réduit à sa simple fonction de survie.

Et pourtant, Lovecraft et Barlow lui donnent une noblesse tragique, une dignité silencieuse.

4. Le voyage au-delà des collines

Lorsque sa caverne devient invivable, Ull entreprend une marche désespérée vers un village abandonné.
Ce passage est parmi les plus beaux du texte :

  • chaleur écrasante,
  • pierres brûlantes,
  • ciel blanc,
  • silence total — le vrai silence, sans oiseaux, sans insectes, sans vent.

Chaque pas est une victoire contre la mort.
Mais cet effort n’a qu’un seul objectif : trouver de l’eau.
Ce n’est pas une quête spirituelle, ni civilisationnelle :
c’est la lutte d’un organisme condamné contre l’entropie.

 


 

5. Le village désert et le puits — l’ultime lueur d’espoir

Le village qu’Ull atteint est un tombeau de poussière.
Mais il y a un puits.

Et ce puits contient encore de l’eau — la dernière eau de la dernière humanité.

Ull arrive à en remonter un peu :
assez pour raviver en lui une émotion qui ressemble à de l’espérance.

Mais son corps est trop affaibli, trop desséché.

En tentant de remonter, il glisse, chute et se tue dans le conduit.

Son dernier acte est un geste vers la vie.
Et c’est ce geste qui le tue.

6. Une fin symbolique puissante

L’humanité s’éteint pour une goutte d’eau.

Ull meurt comme meurent toutes les espèces menacées :

  • dans la solitude,
  • dans un geste de survie devenu impossible,
  • dans un monde qui ne répond plus.

Ce final est d’une beauté mélancolique rare :
Lovecraft y insuffle son pessimisme cosmique,
Barlow y ajoute une sensibilité humaine,
et ensemble ils produisent un texte délicat et cruel.

7. Place du texte dans la tradition post-apocalyptique

« Till A’ the Seas » est un avant-coureur de nombreux thèmes modernes :

  • fin thermique du monde,
  • effondrement écologique,
  • humanité réduite à l’état de relique,
  • disparition dans le silence cosmique.

Ull, le dernier homme, rejoint une lignée mythique :

  • le dernier survivant de Mary Shelley dans The Last Man,
  • les ermites d’univers morts de Clark Ashton Smith,
  • les marcheurs desséchés de Ballard,
  • et, beaucoup plus tard, les solitaires de La Route de McCarthy.

Ull est une figure totale, un archétype.