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jeudi 15 mars 2012

LES FRIANDISES DU CARDINAL : LA LEGENDE D'ELI MONPRESS

Le Voleur aux esprits de Rachel Aaron
 
A la célèbre interrogation d’Alphonse de Lamartine, "Objets inanimés, avez-vous donc une âme... ?", la réponse de Rachel Aaron dans "La Légende d’Eli Monpress : Le Voleur aux esprits" (Orbit) est un oui franc et massif ! En effet, elle nous emmène dans un monde où chaque plante, chaque objet, du plus petit - un grain de sable ou une goutte de pluie - au plus gros - une montagne par exemple - a un esprit, plus ou moins éveillé, plus ou moins intelligent, avec lequel certains humains ont le pouvoir de communiquer. Afin de préserver l’équilibre et de protéger les esprits de magiciens noirs appelés les Asservisseurs - le nom indique bien leur pouvoir de forcer un esprit à exécuter leur volonté - existe la Cour des Esprits, une caste de magiciens, les Spirites, qui s’associe à des esprits - échange de pouvoir contre force -, afin de lutter contre les préjudices de la population à leur égard. Miranda Lyonette, jeune magicienne fraîche émoulue de son Académie, est envoyée, avec son chien fantôme géant et doué de parole, Gin, à Mellinor, seul royaume à bannir la magie et les magiciens, pour y arrêter Eli Monpress, voleur et magicien redoutable. il est train d’y exécuter son forfait le plus spectaculaire à ce jour : assisté de Josef Liechten, bretteur redoutable porteur d’une épée éveillée encore plus redoutable et de Nico, jeune femme silencieuse, menotée d’argent et inquiétante - pourquoi les esprits hurlent-ils en la voyant ? -, il vient d’enlever le roi de Mellinor ! Inutile de dire que cela crée une situation sans précédent dans le royaume, d’autant plus confuse que le frère aîné du roi, Renaud, réapparaît en homme providentiel alors qu’il avait été banni du royaume et avait donc perdu son droit au trône car magicien, et quel magicien, le plus redoutable des Asservisseurs... Eli va donc être obligé de lutter sur tous les fronts à la fois pour résoudre les problèmes nés de la pagaille qu’il a semé et cela nous donne une aventure de cape et d’épée absolument magique dans tous les sens du mot !
Rachel Aaron a créé un monde surprenant, fort attachant, avec ses esprits peuplant tout et le pouvoir de certains humains à communiquer avec eux et à les utiliser - en quelque sorte du super-chamanisme. Eli Monpress est le prototype du voleur sympathique, frondeur et charmeur - la scène où les jeunes arbres se penchent vers lui en gloussant à son passage comme des pucelles, le tout à l’immense surprise de Miranda qui n’a jamais vu cela auparavant -, d’apparence cynique mais il ne s’agit manifestement que d’une protection car au fonds de lui-même il est sensible et attentionné, responsable et sérieux. Le contraste avec Miranda, magicienne pétrie de certitudes, en est d’autant plus efficace : la manière dont celle-ci va découvrir que le monde n’est pas tout blanc - le sien - ou tout noir - le reste - est très savoureuse et bien menée. Les autres personnages - qu’ils soient humains ou esprits - sont bien campés, les méchants sont méchants et, pour certains, énigmatiques à souhait (la Ligue des Tempêtes).
 
Le roman est écrit, avec beaucoup de finesse, sur un ton humoristique, avec des réflexions parfois très pince-sans-rire des personnages - par exemple les considérations sur l’intelligence de l’esprit d’un fourneau de cuisine sont hilarantes -, qui lui donne une saveur particulière. Voilà un roman de fantasy très accompli, qui renouvelle le genre, et se lit avec passion. A quand sa suite ?
 

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