samedi 15 octobre 2022

MAURICE MAGRE DANS LA LETTRE DU CROCODILE

 


 

La beauté invisible de Maurice Magre. Éditions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Maurice Magre (1877-1941) est un peu oublié aujourd’hui et c’est grand dommage. Nous profitons de la réédition par les Editions de L’œil du Sphinx de l’un de ses plus beaux textes, La beauté invisible, publié en 1937, pour rappeler son importance.

Maurice Magre fut connu pour sa défense infatigable de l’Occitanie et du catharisme qu’il sortit de l’oubli. Avant tout poète, il ne faut pas chercher dans les écrits très nombreux de Maurice Magre la rigueur de l’historien, même s’il s’appuie sur des faits historiques. Il cherche avant tout à faire vivre les mythes et à mettre en évidence leur puissance cathartique.

Libertaire assumé, Maurice Magre défraya la chronique dans sa jeunesse et fut qualifié de « débauché » ce qui n’empêcha pas la reconnaissance de son talent d’auteur. Il s’intéressa à l’ésotérisme occidental, au catharisme bien entendu mais aussi à la théosophie de HP Blavatsky, au martinisme, au druidisme et à tous ces courants qui connurent un développement au début du siècle dernier. Il s’intéressa aussi aux courants orientaux dont le bouddhisme et l’hindouisme de Sri Aurobindo.

Son œuvre s’orienta vers de nombreux sujets sous la forme d’essais, de recueils de poésie, de romans ou de pièces de théâtre. Elle fut influencée par ses expériences dans le domaine de la sexualité et des drogues tout autant que par une spiritualité profonde. Il fut un penseur sans concession et un explorateur sans illusion du continuum qui va de la chair à l’esprit mais, toujours capable de réenchantement.

Jouant avec bonheur au cœur des mythes pour réordonnancer les mythèmes de manière créatrice, Maurice Magre a laissé une œuvre de sens qui mérite l’intérêt.

Quand Maurice Magre rédige La beauté invisible, il se nourrit de ses nombreuses incursions dans le monde de l’invisible et de ses tentatives pour saisir et comprendre les hiérarchies invisibles qu’il pressent et ressent.

Il évoque la communication avec la nature qui l’habite depuis l’enfance. La grâce et la beauté sont centrales dans sa recherche.

« La beauté est peut-être proportionnelle à certaines capacités de l’univers dans lequel nous sommes. Une vaste échelle d’univers doit exister, sur laquelle nous nous élevons grâce à notre désir de nous élever et il doit y avoir d’autres mondes où la beauté est plus riche et plus permanente, où elle jaillit naturellement, où elle est une commune propriété des choses que les habitants de ces mondes perçoivent sans effort, par une communication directe. »

La beauté est le vecteur privilégié de la découverte du plan divin. Qui cherche davantage de beauté s’élève vers le divin. C’est par petites touches, nées de l’expérience plutôt que du concept, que Maurice Magre peint l’invisible afin qu’il se révèle en ses multiples possibilités. Il recherche une nouvelle alliance avec la nature, par la beauté et l’attention simple, alliance qui reste à établir.

Il convoque, pour les interroger de grandes figures, de grandes âmes, conscient toutefois de leur côté sombre, Socrate, Platon, Empédocle, Epicure, Epictète, Bouddha, Nanak, Luther, Spinoza…

C’est en partant du désespoir, véritable matière de l’œuvre de lumière que Maurice Magre prend son envol vers les mondes invisibles, passant par la « montagne de la sérénité ».

« On a prescrit, observe-t-il avec justesse, des méthodes plus ou moins longues à suivre, des purifications du corps et de l’âme, plus ou moins rigoureuses. Mais même sans pratiquer aucune méthode, en se présentant avec son impureté naturelle et son espérance à l’orée du monde invisible, on peut entendre une parole, voir un visage, une image grotesque ou terrible qui donnent la certitude qu’il y a une merveilleuse vie à découvrir. »

Il descend dans la douleur et l’obscurité pour mieux saisir la beauté et la solarité.

« La plus parfaite beauté habite les taudis, hante les prisons et les bagnes. Elle est dans l’alignement des lits d’hôpitaux, c’est elle qui s’exhale dans la sueur de sang des esclaves, de ceux qui sont enchaînés au travail, à l’alcoolisme, au remords du mal qu’on a fait. Mais cette beauté, il faut savoir la reconnaître, il faut avoir des yeux intérieurs pour la percevoir, car elle est invisible. »

Cette beauté-là, de nature non-duelle, présente dans la dualité la plus lourde est un feu alchimique qui libère. Le combat est inégal pour celui qui veut l’extraire pour en faire une boisson d’immortalité mais ce combat n’est jamais vain.

 

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