Avec A l’origine de l’affaire de Rennes-le-Château (autoédition 2023), Philippe Duquesnois apporte à notre dossier une contribution importante. Je me suis toujours demandé comment l’histoire réelle de Bérenger Saunière avait pu se transformer en un Mythe agglutinant, aux couleurs de surcroît internationales avec l’entrée en piste des anglo-américains, Henry Lincoln et Dan Brown pour ne citer que les plus célèbres. Que s’est-il passé entre 1917, date de la mort de l’abbé et le déferlement médiatique sur ses supposées « découvertes » qui commencera au milieu des années 50. L’enrichissement du curé aurait dû rester dans le domaine des faits divers locaux, comme d’autres affaires similaires survenues à Baulou (Ariège) ou à Stenay (Meuse). L’auteur essaye de démêler un écheveau particulièrement embrouillé et nous livre les pistes écrites qu’il a pu recenser, avec toute la prudence et la rigueur que l’on se doit de trouver chez un vrai chercheur. Car le dossier est particulièrement pollué par des faux, des recopiages maladroits et des inventions parfois risibles. Le chemin passe par Noël Corbu, légataire de Marie Denarnaud, la bonne du curé. Le nouveau propriétaire transformera son domaine en hôtel-restaurant et se livrera à un véritable tam-tam médiatique auprès de la presse locale en mal de copie. L’auteur s’attarde sur Robert Charroux, président du « Club des Chercheurs », qui, sur base des confidences du restaurateur, commettra le premier livre évoquant le sujet (Trésor du Monde, 1962), bien avant l’ouvrage culte de Gérard de Sède (L’Or de Rennes, 1967). On plonge ensuite dans un dossier particulièrement embrouillé, Le Rapport Cros, dont des copies se mettent à circuler au début des années 60. On pourra également lire La Puissance et la Mort, texte attribué à Noël Corbu (1965 ?), le très intéressant rapport du chercheur Cholet (1967) et les truculents vrais-faux de Pierre Plantard, mâtiné vraisemblablement par son ami, le comédien Philippe de Cherisey (la liste est longue et les titres alambiqués comme Les Descendants Mérovingiens ou l’Énigme du Razès Wisigothique)
J’ai relevé deux choses dans l’ouvrage de Duquesnois, que je connaissais mal ou que j’’ignorais.
° Le fric-frac du « Chalet du Roc » situé dans le parc de l’établissement thermal de Ginoles (près de Quillan), et ce à la fin des années 60. Les « visiteurs » ont subtilisé un certain nombre de documents qui y dormaient et qui traitaient (entre autres) des travaux liés au Rapport Cros. Ces papiers ont été transmis par l’un des « margoulins », bien connu pour sa mystagogie intéressée, à Patrice Chaplin, auteure anglaise réputée et belle fille de Charlot, ? Elle en a tiré un livre inénarrable, City of Secrets (2007). Truffé de faux, cet ouvrage nous raconte la liaison secrète de Bérenger Saunière avec une française résidant à Gérone, Maria Tourdes
° Et les Mérovingiens dans tout cela ? Rappelons que la « Belle Histoire » pouvait nous laisser supposer que Pierre Plantad pourrait être l’actuel descendant de cette lignée, censée s’être réfugiée dans le Razès après l’assassinat de Dagobert II et protégée par un mystérieux Prieuré de Sion. Duquesnois voit une des origines de cette abracadabrantesque prétention dans le cycle L’Empire d’Isaac Asimov. Je ne commenterai pas plus et lui laisse bien volontiers la paternité de cette source inattendue !
Cela dit, un beau travail au total, qui, s’il ne nous dévoile pas exactement ce que Saunière a trouvé (s’il a trouvé quelque chose !), est une contribution particulièrement précieuse pour tous les étudiants en « saunièrologie avancée ».
Disponible auprès de notre partenaire La Librairie La Rose Rouge

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire