Jésus-Christ et le Razès par Charly Samson, avec la participation de Philippe Marlin. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France. www.oeildusphinx.com
C’est un sujet fragile, annonce d’emblée Charly Samson dans une préface nécessaire dans laquelle il précise à la fois son projet et son regard : « Ce livre est né d’un double constat. D’un côté, une accumulation de récits, d’hypothèses, parfois de dérives, qui ont fini par transformer un territoire réel – le Razès – en un espace de projection christique. De l’autre, une réaction inverse, souvent brutale, qui consiste à rejeter en bloc toute réflexion dès lors qu’elle sort du cadre strictement académique. Entre ces deux excès, il m’a semblé qu’il existait une place possible : celle d’un regard calme, informé mais ouvert. » Il rappelle que Jésus n’appartient ni aux Eglises, leurs dirigeants et leurs affiliés, ni aux historiens et autres universitaires, mais « à l’imaginaire, à la quête intérieure, à la réflexion personnelle ». Ce texte, à valeur testimoniale, est marqué du sceau de l’honnêteté intellectuelle et de l’engagement spirituel. Il est un témoignage. Charly Samson suit tout d’abord Jésus depuis son enfance jusqu’à la crucifixion, distinguant ce qui est attesté historiquement, les possibles et ce qui fait symbole. Il interroge la place et la fonction de chacun des protagonistes dans son temps et son lieu : Jésus bien sûr, les disciples, Marie, Marie-Madeleine, Pilate, etc. Puis, il nous entraîne dans le Razès, « un territoire qui appelle le sacré », favorable à l’isolement, au secret comme à la maturation des mythes, « un lieu de projection spirituelle » dit-il. Il s’en explique : « Si le Razès a accueilli, au fil des siècles, autant de récits, d’hypothèses et de constructions symboliques, ce n’est pas uniquement parce qu’il aurait été le théâtre d’un événement exceptionnel, mais parce qu’il réunit plusieurs conditions rares. C’est un territoire discret, replié, peu documenté, longtemps resté en marge des grands récits officiels. Or, l’histoire montre que ces zones périphériques deviennent souvent des réceptacles de sens : on y dépose ce que les textes n’ont pas conservé, ce que les institutions ont oublié, ou ce que l’on a jamais osé dire ailleurs. Le Razès n’est pas seulement un décor possible ; il est un lieu qui autorise le doute, et donc l’imaginaire. » C’est le Jésus symbolique que suit alors Charly Samson, que certains ont voulu faire vivre dans le Razès, entre recherche et imaginaire, réalité et désir. Il examine les diverses thèses émises sur le sujet et leurs auteurs selon cinq registres : symbolique, historique, doctrinal, narratif ou mythique, et visionnaire. Il ne cherche pas à démontrer mais à comprendre les processus engagés en posant des repères pour le lecteur. Enfin, il propose des annexes conséquentes afin de préciser ces repères, « analyser les effets de réception » et « déplacer le regard » dans une approche « fortéenne » revendiquée.
C’est donc moins les mystères qui l’intéressent que notre rapport à ces mystères, apparition, diffusion, permanence. Ce livre « situe » et « rend lisible », avec respect et distance, ce qui ne l’était pas, nous dit Philippe Marlin.

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