mardi 4 août 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : QUATRE ÉCHOS DE L'INDICIBLE, Jean-François Morlaes

  


Jean-François Morlaes continue de nous ouvrir les « Miskatonic Archives » avec Quatre Échos de L’Indicible (autoédition 2025, toujours sous la marque fantôme de « Hegemonic Entertainment »).

 

 


 

Avec Le Codex – 1458, nous sommes cette fois dans la Cité des Doges où seize membres de la haute aristocratie vénitienne disparaissent en mai 1458. Marco Convaro, archiviste au Conseil des Dix (tribunal secret et service de renseignements de la République) est chargé de l’enquête. Cela le conduira sur la piste de Giovanni Aldus, relieur réputé, membre du Consortium des Libraires de l’Orient. Il avait été chargé par l’un des disparus, moyennant une rémunération très généreuse, de restaurer un vieux Codex, et ce, en prenant une foultitude de précautions. L’enquêteur ne retrouvera pas la trace de l’artisan.

Mais rencontrera plusieurs personnalités civiles et religieuses à qui il avait parlé de son travail sur le codex. Un manuscrit écrit en langues anciennes, orné de nombreux symboles, et semblant doté d’étranges pouvoirs. Yog-Sothoth y était cité, tout comme étaient évoqués des connaissances antérieures à l’humanité. Poursuivant ses recherches dans les Archives Secrètes du Conseil, Marco découvrira que le Consortium est une société secrète, une conspiration des Paléologues[1], visant à reprendre Byzance, tombée sous la coupe des Ottomans à Constantinople. Le livre, estiment-ils, devrait leur permettre de restaurer l’ordre d’origine. Mais ce qu’il recèle est bien plus puissant que ce qui pourrait concerner la géopolitique humaine, et de nombreuses villes, où se sont rendus les conspirateurs, disparaissent dans des circonstances atroces. Le but des esprits qui jaillissent de l’ouvrage est de transformer la Méditerranée en un chantier cyclopéen où l’humanité n’est plus que le bétail d’intelligences cosmiques indifférentes à nos prières comme à nos souffrances. 

 

 


 

Dans Daedalus – 1925, l’auteur nous emmène sur l’île de Cnossos, sur un chantier de fouilles sous un palais minoen. Un récit d’archéologie fantastique comme on en a lu beaucoup !  Le savant, le Dr Edmund Hartwell, découvre une dalle qui donne accès à toute une série de galeries. On retrouve bien sûr les symboles mystérieux sur les murs et le sentiment oppressant d’une créature maléfique tapie dans l’ombre. Et on fera connaissance avec Yath’Thérhon, le monstrueux taureau primordial, qui avale ses victimes qui tombent en extase et qui semblent continuer à vivre après avoir été ingérées. L’archéologue aura tout loisir de goûter à ces délices ! Et une entrée de plus dans notre Bestiaire Post-Lovecraftien.

 


 

 Avec Sous les glaciers de l’Éternité – 1928, Jean-François Morlaes nous propose un pastiche – assez téléphoné- des Montagnes Hallucinées. Un alpiniste, Klaus Heinrich Brenner, s’attaque seul, malgré les mises en garde de ses guides, à la face la plus difficile du Mont Cervin. Et de tomber dans un ravin dont il ne peut s’extirper. Mais il découvre l’entrée d’un tunnel bleuté dans lequel il s’engouffre et débouche sur une colossale cité enfouie. Architectures non euclidiennes, symboles étranges, bibliothèques insensées…. et le sentiment d’une présence diffuse. Il rencontrera dans un temple gigantesque un géant encore en vie qui se précipite sur lui. Ses hurlements attireront d’autres condisciples, tout aussi affamés que leur maître, et notre alpiniste cherchera désespérément une sortie alors que ses poursuivants se rapprochent.

 


 

Belle surprise que la dernière nouvelle de ce recueil. Avec Midnight at the Hangman’s Oak-1931, nous sommes transportés en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, en compagnie du sympathique trompettiste Lucius Thibobaux. Lucky, comme l’appellent ses amis, est un musicien noir vit chichement dans sa petite maison créole. Il consulte fréquemment le petit carnet que lui a laissé sa grand-mère avant de mourir. Elle était guérisseuse, et le document est rempli de recettes pour fabriquer maintes médications à partir des simples. Mais il évoque aussi des choses étranges, comme « le sang se réveille parfois », « les anciens chemins », le tout accompagné de formules magiques qu’il interprète comme étant de tradition vaudou (le nom de Yog Sothoth est cité). La vie paisible de Lucky basculera avec l’arrivée d’un nouveau shérif, bien décidé à « casser du nègre ». Le musicien est accusé, à tort, de s’être mal comporté avec une femme blanche et devra s’enfuir pour échapper aux « ratonnades » qui se multiplient. Il se réfugie dans les bayous, au pied de l’arbre-mémoire où sa grand-mère allait évoquer les esprits. Mais la police le retrouve et prépare sa pendaison. Lucky récite de façon quasi-automatique les rituels du carnet qu’il avait enregistrés inconsciemment. Et la nature se déchaîne, d’horribles créatures ailées font irruption, les « Gwo Zwazo », mettant en pièces les forces de l’ordre. Seul survivant du carnage, Lucky voit les entités maudites s’approcher de lui pour terminer leur festin.



[1] Dernière dynastie impériale byzantine.

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