Les Harrop constituent chez Derleth une variante “domestique” et dégénérative du Mythe, moins cosmique que Dunwich, mais tout aussi révélatrice. Leur intérêt n’est pas l’entité invoquée, mais l’effet cumulatif de la lecture, de l’isolement et de l’hérédité marginale.
🏚️ La famille Harrop
Lecteurs isolés et victimes tardives du savoir interdit
1. Cadre narratif
Le récit (Les Engoulevents de la Colline) met en scène Dan Harrop, qui se rend à Aylesbury Pike, près de Arkham, pour enquêter sur la disparition de son cousin Abel Harrop.
La maison :
- est isolée,
- entourée de voisins mutiques,
- et plongée dans une atmosphère sonore obsédante : les engoulevents, motif typiquement derlethien, à la fois naturaliste et annonciateur.
👉 D’emblée, Derleth installe un espace de contamination lente, non spectaculaire.
2. La bibliothèque d’Abel Harrop : cœur du danger
Abel Harrop
n’est pas un sorcier actif.
C’est un lecteur obsessionnel, et c’est précisément là que réside le
péril.
Sa bibliothèque rassemble un canon du savoir interdit :
- Les Prodiges thaumaturgiques sur la terre de Chanaan
- Le Culte des Goules
- De Vermis Mysteriis
- Les Manuscrits Pnakotiques
- Le Texte de R’Lyeh
- Unaussprechlichen Kulten
- et surtout le Necronomicon, ici décrit comme relié en peau humaine, détail volontairement outrancier.
👉 Chez Derleth, cette accumulation n’est pas érudite : elle est pathologique.
![]()
3. Abel Harrop : disparition et avertissement
Un voisin — un Whateley de la branche de Dunwich — révèle à Dan que :
Abel a été emporté par « Ceux du Dehors ».
Ce personnage joue un rôle capital :
- il sait,
- il avertit,
- et il recommande une solution pragmatique : brûler les livres et fuir.
C’est une sagesse rustique, opposée à l’orgueil livresque.
4. Dan Harrop : la faute du lecteur actif
Dan Harrop commet l’erreur fatale :
- il ne se contente pas de lire,
- il récite à voix haute certains passages du Necronomicon.
Chez Derleth,
la lecture devient opératoire par la voix, et non par la compréhension.
Dan ne sait pas ce qu’il invoque — mais la forme suffit.
5. Les crimes : symptôme, non possession
Les meurtres
(voisins et bétail vidés de leur sang) ne sont pas clairement attribués à une
entité unique.
Derleth laisse planer une ambiguïté :
- vampirisme ?
- goules ?
- influence mentale ?
Ce flou est volontaire : l’horreur est humaine avant d’être cosmique.
Dan est retrouvé :
- couvert de sang,
- à côté d’une voisine égorgée,
- sans souvenir clair de l’acte.
Il n’est pas
possédé au sens strict.
Il est dissous.
6. Lecture critique
Les Harrop incarnent chez Derleth :
- le lecteur non préparé,
- l’illusion que l’accumulation de livres équivaut au savoir,
- le danger de la lecture sans cadre, sans discipline, sans retenue.
Contrairement à Lovecraft :
- l’horreur n’est pas ici indifférente,
- elle est morale,
- et la transgression appelle une sanction.
7. Fonction dans le Mythe dérivé
La famille Harrop sert à :
- illustrer la thèse derlethienne du Mal actif,
- opposer le bon sens rural (Whateley) à l’intellectuel urbain,
- montrer que la bibliothèque peut être plus dangereuse que le cercle de pierres.
![]()
✒️ Conclusion
Les Harrop ne
sont ni des sorciers, ni des savants.
Ils sont des lecteurs imprudents, et c’est suffisant.
Abel a lu trop
longtemps.
Dan a lu trop fort.
Et les livres, cette fois, ont répondu.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire