dimanche 12 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA PIERRE NOIRE DE PORT MANEC'H, François Lange



 

François Lange a enfin été admis au sein de L’O.E.R.D.M.P (Ordre Ésotérique – rénové- des Disciples du Maître de Providence) en publiant La Pierre Noire de Port Manec’h (Palémon 2026). Il s’inscrit désormais dans grande famille des adeptes du Mythe, en reprenant avec brio tous les ingrédients de ce dernier. Un brave pêcheur, Fãnch Tardivel, accompagne deux jeunes plongeurs chargés par un mystérieux commanditaire de fouiller l’épave d’un navire échoué, le Lady of Dunwich et de remonter un coffre qui se trouve dans la cabine du capitaine. Suite à cette expédition, le pêcheur se sent mal, d’autant que l’eau commence à bouillonner bizarrement. On avait de surcroît retrouvé, échoué sur la plage, un cachalot géant, atrocement mutilé. Fãnch quittera rapidement les lieux, pour aller se reposer chez son ami Christian Doumergue ( !), berger à la Combe Sourde ( !!) dans le Larzac. On le retrouvera, complètement déchiqueté, alors qu’il accompagnait les chèvres de son ami dans les pâturages. Les autorités scientifiques vont mener une enquête fouillée sur la dépouille de la créature marine, alors que police et gendarmerie sont sur les dents, suite à une multiplication d’assassinats incompréhensibles survenus dans la région. 

 


 

On fait la connaissance de Benjamin Hervieux, jeune informaticien venu vider l’appartement de son oncle décédé. Un amoureux de films fantastiques qui cachait au fond d’une armoire divers papiers ésotériques, et un vieux manuscrit, le Liber Stantiae Mundi, d’origine manifestement Aztèque. Il pourra également récupérer une bande vidéo que l’oncle avait confié à un artisan collectionneur, retraçant une étrange cérémonie de magie rituelle, avec pour instruction de couper la bande son au moment de l’invocation. Un artisan qui sera aussi sauvagement trucidé. On rencontrera encore Howard Ardashir Nilram, un millionnaire aimant les voitures de luxe (ah, la Jaguar X-Type !) et les cigarettes raffinées. C’est lui qui a commandité l’expédition sous-marine et qui a récupéré, dans le coffre, une sorte de miroir magique aztèque, le « miroir fumant ». Il est le Grand Maître de la secte du Crépuscule Écarlate et prépare une réunion inquiétante, destinée à évoquer Atlach-Nacha, Grand Ancien qui n’en finit plus de se réveiller pour satisfaire ses appétits. La cérémonie se déroulera dans une bâtisse abandonnée, « Le Bon Samaritain ». Les Forces de l’Ordre, évidemment, mettront fin à cette réunion qui devait se conclure par le sacrifice d’une jeune vierge.

Un beau travail lovecraftien qui, pour une fois, et contrairement aux habitudes de l’auteur, fera l’impasse sur la découverte des spécialités locales. Il est vrai que Lovecraft n’était pas, et c’est peu dire, un gastronome !

Et puis un remerciement aux éditions Palémon qui ont intégré une page de publicité pour notre ouvrage, François Lange, un Aventurier de l’Esprit.

 

 

Howard Ardashir Nilram

Notice biographique

Érudit franco-belge, spécialiste des traditions occultes, conservateur de plusieurs bibliothèques privées et Grand Maître supposé de la société initiatique du Crépuscule écarlate. Son nom apparaît pour la première fois dans La Pierre Noire de Port-Manec'h de François Lange. Il est présenté comme le gardien d'un antique disque d'obsidienne attribué aux prêtres de Tezcatlipoca, dont les propriétés divinatoires seraient capables de révéler des lieux et des époques lointaines. Son patronyme, Nilram, constitue un anagramme inversé transparent de « Marlin », clin d'œil assumé de l'auteur.

 

Remerciements de l’auteur

C’est grâce aux remarquables fiches thématiques que Philippe Marlin tient à la disposition du chercheur dans la rubrique « le bibliothécaire de Miskatonic » de son blog (le bibliothécaire. blogspot.com/), que je suis parvenu à mettre de l’ordre dans mes souvenirs et à me remémorer les hiérarchies, ainsi que les extraordinaires pouvoirs des vénérables entités cosmiques appartenant aux mythes de Cthulhu. Je ne pouvais faire mieux, pour lui rendre hommage et le remercier, que d’opérer une subtile anagramme de son patronyme et l’inclure dans ma fiction. Tous ceux qui connaissent Philippe–et aiment les belles voitures[1]–trouveront aisément sous quel personnage il se cache. De plus, comme je connais son appétence pour les livres maudits, je lui offre bien volontiers le Liber Stantiae Mundi, afin qu’il l’ajoute à sa collection de libermaléficonaute compulsif.

 

 


Le Miroir Fumant

 

Citation de l’auteur :

 

Il était maintenant prêt à recevoir ceux du Crépuscule Écarlate. Après avoir ouvert le petit coffre, il en sorti un sac de tissu qui est en protégeait le précieux contenu et fit glisser celui-ci dans ses mains gantées. Alors, sous la lumière rouge des néons, apparu la merveille, des merveilles, le disque d’obsidienne des anciens prêtres Aztèques, dont l’origine inconnue remontait à la nuit des temps. Le disque noir, d’environ 15 cm de diamètre, n’était pas uniformément poli. De nombreuses facettes parsemaient l’une de ces faces, et celle-ci brillèrent de 1000 petites flammes rouges, alors qu’il plaçait la relique dans son réceptacle d’argent, un ostensoir. On l’appelait « le disque fumant », utilisé dans le culte de Tezcatlipoca. C’était un dieu sorcier, maléfique et Seigneur du Chaos. Il chassa le prêtre, roi Quetzalcatl de la cité royale de Tula. C’est sous son influence que la pratique des sacrifices humains fut introduite au Mexique. Les prêtres Aztèques pensaient que les miroirs d’obsidienne pouvaient se teinter de fumée puis s’éclaircir et révéler une époque ou un lieu lointain.

 

 

L’avis du Laboratoire Odésien de l’Impossible

 

Complément d’enquête

 

Le « Miroir fumant »

 

Le nom Tezcatlipoca signifie généralement :

« Miroir fumant »

Il est composé de :

tezcatl : miroir (souvent en obsidienne polie) ;

popoca : fumer, produire de la fumée.

Nous retrouvons immédiatement le lien avec le passage du roman de François Lange.

L'obsidienne était considérée comme une matière sacrée.

Elle permettait :

  • la divination ;
  • la communication avec les dieux ;
  • la vision des mondes invisibles.

Le miroir d'obsidienne n'était donc pas seulement un objet.

Il était une porte.

Un dieu complexe

Tezcatlipoca est l'une des grandes divinités du panthéon mexica.

Il est à la fois :

  • créateur ;
  • destructeur ;
  • protecteur des souverains ;
  • maître des guerriers ;
  • dispensateur de richesses ;
  • auteur des malheurs.

Il échappe totalement à notre distinction moderne : entre Bien et Mal.

Le dieu de la nuit

Il règne sur :

  • la nuit ;
  • les étoiles ;
  • les ombres ;
  • les secrets.

Mais également sur : la destinée. Il voit tout. Personne ne peut lui mentir. Son miroir révèle les véritables intentions des hommes.

Le miroir d'obsidienne

Chez les prêtres aztèques, le miroir d'obsidienne servait :

  • aux prophéties ;
  • aux consultations divinatoires ;
  • aux visions.

Il pouvait être :

  • tenu dans la main ;
  • porté sur la poitrine ;
  • fixé dans les temples.

L'obsidienne noire, par son extraordinaire pouvoir réfléchissant, semblait contenir un autre monde.

Lorsque la surface devenait trouble, les prêtres estimaient que le dieu était présent.

Les sacrifices humains

Oui, Tezcatlipoca est associé aux sacrifices.

Mais attention. Les sacrifices ne lui étaient pas exclusifs. Pratiquement toutes les grandes divinités mexicas recevaient :

  • des offrandes de sang ;
  • des sacrifices.

Pour les Aztèques, il ne s'agissait pas de cruauté gratuite. Le sang nourrissait les dieux, qui maintenaient en retour l'équilibre du cosmos. C'est une logique religieuse très différente de la nôtre.

Le rite du ixiptla

C'est probablement l'aspect le plus impressionnant de son culte. Chaque année, on choisissait un très beau jeune homme. Pendant douze mois, il devenait : l'incarnation vivante de Tezcatlipoca.

On le traitait comme un dieu.

Il recevait :

  • des vêtements précieux ;
  • des serviteurs ;
  • parfois plusieurs épouses symboliques.

Puis, le jour venu, il montait calmement les marches du temple. En jouant de la flûte. Au sommet, il était sacrifié. Pour les Aztèques, ce n'était pas une punition. C'était l'accomplissement suprême.

Peu de rites religieux ont autant frappé les chroniqueurs espagnols.

Son rival : Quetzalcóatl

L’expulsion de Quetzalcóatl. C'est l'un des grands mythes mésoaméricains. Dans certaines versions,

Tezcatlipoca trompe : Quetzalcóatl, le pousse à s'enivrer, à perdre sa dignité, puis à quitter la cité de Tula. Mais il ne s'agit pas d'un simple affrontement entre le Bien et le Mal. Ils représentent deux principes complémentaires.

Le jaguar

L'animal sacré de Tezcatlipoca est : le jaguar. Pourquoi ?

Parce qu'il est :

  • nocturne ;
  • silencieux ;
  • invisible jusqu'au dernier instant.

Le jaguar symbolise parfaitement la puissance cachée.

Le dieu du destin

Tezcatlipoca est aussi le maître des retournements. Il peut : faire un roi, ou le détruire. Accorder la richesse, ou provoquer la ruine. En cela, il ressemble davantage à la Fortune antique qu'au Diable chrétien.

Le miroir magique

Cf le célèbre miroir d'obsidienne attribué à John Dee, conservé aujourd'hui au British Museum. Ce miroir est authentiquement aztèque. John Dee l'utilisait pour ses expériences de divination. C'est probablement l'objet occidental le plus directement lié au culte de Tezcatlipoca.

Une lecture symbolique

Tezcatlipoca n'est pas le dieu du chaos. Il est : le dieu de l'incertitude. Son miroir montre ce que nous refusons de voir. Il révèle la vérité, même lorsqu'elle est insupportable.

Pourquoi il fascine autant les écrivains fantastiques

Tezcatlipoca est l'une des rares divinités historiques qui pourrait entrer presque sans modification dans le Mythe de Lovecraft. Pourquoi ? Parce que son attribut principal n'est pas une arme. C'est : un miroir noir.

Un objet qui :

  • montre des lieux lointains ;
  • révèle des temps disparus ;
  • ouvre peut-être des passages.

Nous retrouvons immédiatement :

  • les miroirs magiques de John Dee ;
  • le Manuscrit Voynich ;
  • le Liber Oblitus ;
  • et même les Révélations de Glaaki.

Le miroir devient un instrument de connaissance interdite, exactement comme le grimoire dans la tradition lovecraftienne.

 

***

 


Atlach-Nacha

 

Atlach-Nacha apparaît dans la nouvelle : The Seven Geases (1934), qui appartient au cycle d'Hyperborée de C.A. Smith.

Lovecraft n'a jamais écrit une ligne sur Atlach-Nacha. En revanche, il connaissait parfaitement cette création de son ami Smith et l'acceptait volontiers dans leur univers partagé.

 

Son apparence

Atlach-Nacha est une créature gigantesque.

Smith la décrit comme :

  • une araignée monstrueuse,
  • mais dont la partie antérieure possède un visage presque humain.

C'est cette hybridation qui est dérangeante. Ce n'est pas une araignée géante. C'est une intelligence... ayant choisi une anatomie d'araignée.

Son domaine

Elle habite : une immense caverne située au bord de l'abîme cosmique. Et là commence l'idée géniale de Smith.

Le Pont

Atlach-Nacha tisse. Mais pas une toile ordinaire. Elle construit, depuis des éons, un immense pont de soie. Ce pont relie : la Terre aux régions extérieures de l'univers. Autrement dit, elle est en train de réunir : notre monde et l'Autre Monde.

Pourquoi ce pont est-il si important ?

Parce que, tant qu'il n'est pas achevé, certaines puissances restent séparées. Mais... le jour où Atlach Nacha terminera son ouvrage... les barrières tomberont. Les horreurs de l'extérieur pourront entrer. C'est une idée magnifique. Le monstre ne détruit pas le monde. Il tisse patiemment les conditions de sa destruction.

Une vision profondément mythologique

Impossible de ne pas penser :

aux Parques,

aux Nornes,

ou encore à l'araignée cosmique de nombreuses traditions.

Mais Smith inverse complètement le symbole.

Habituellement, la toile organise le monde. Chez lui, elle prépare sa perte.

Son tempérament

Contrairement à beaucoup de Grands Anciens, Atlach-Nacha n'est pas particulièrement agressive. Elle poursuit simplement son œuvre. Depuis des millions d'années. L'homme ne l'intéresse presque pas.

Nous sommes, à ses yeux, des insectes dans une grotte.

C'est très lovecraftien.

Une parenté avec les Shoggoths ?

Aucune.

Atlach-Nacha n'appartient pas à une race. Elle est unique. Comme : Yog-Sothoth, Tsathoggua, ou Abhoth.

Une lecture symbolique

Atlach-Nacha représente le Temps. Chaque fil ajouté rapproche la fin. Elle ne détruit rien. Elle continue simplement à travailler. L'apocalypse devient un artisanat.

Atlach-Nacha et Lovecraft

Il est intéressant de comparer :

Lovecraft : l'horreur existe déjà.

Smith : l'horreur est encore en préparation.

C'est beaucoup plus tragique. Le monde est condamné... mais très lentement.

 

Atlach-Nacha est moins une divinité qu'un principe cosmique. Elle incarne l'inéluctable. Le temps travaille. Le pont avance. Rien ne peut interrompre le tissage.

 

***


 

Le Liber Stantiae Mundi

 

Natacha et les équipes du Laboratoire sont en plein travail pour étudier ce manuscrit. Notre collaboratrice me signale :

Le terme "Stantiae" ne correspond à aucune forme latine classique attestée. Plusieurs auteurs (Villaseñor, 1712 ; Montfaucon, 1746) ont proposé d'y voir une altération volontaire de "Status" ou "Statia", tandis que d'autres y lisent un néologisme forgé par un humaniste de Nouvelle-Espagne désireux de traduire un concept nahuatl dépourvu d'équivalent latin.

À suivre



[1] Il est exact que j’ai eu une Jaguar X-Type ; puis je suis passé à la XF avant d’abandonner cette marque. J’avais trouvé que la carrosserie de ces voitures étaient un peu trop carton-pâte. Je me suis rabattu sur l’Alpine Renault (Austral) dont je suis très satisfait. Et pour être complet, je ne fume plus (mais je vapote !)

 

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