mercredi 1 juillet 2026

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE MEURTRE DE L'ABBÉ SAUNIÈRE, Morris Leblanc

  

 


Celui qui se cache derrière le pseudo de Morris Leblanc a dû bien s’amuser en écrivant Le Meurtre de l’Abbé S’Nière (Arqa 2023) et m’a permis de passer un excellent moment. Les préfaciers (Christian Doumergue et Tony Baillargeat) laissent entendre que c’est un ouvrage à clefs, dissimulant de lourds secrets ésotériques sur lesquels plane l’ombre de Parvulesco. Peut-être. Mais pour moi, c’est un excellent thriller que j’ai dévoré, le sourire aux lèvres en raison de la foultitude de clins d’œil saunièrisants que nous offre ce gros bouquin. Qu’importe la vraisemblance chronologique, au feu les pseudonymes terriblement transparents, et en avant dans cette aventure décoiffante. 

 

 


 

L’abbé S’Aunière est chargé par son évêque (Billiard), membre de la Compagnie de Pie, de retrouver un dossier sulfureux, le dossier Polypus, et de le faire disparaître dans les sombres Archives du Vatican. Cela coûtera la vie à un de ses collègues (Gélis) qui en possédait une partie. Cela vaudra également l’existence à un jeune américain, Lovecraft, enquêtant à Londres sur les meurtres de Jack l’Éventreur. Cette plume prometteuse avait en effet été également mandatée par les Épiscopaliens pour mettre la main sur le dossier. Ce qu’il fera grâce à son don de « transmission d’archives » par voie sèche ». Hélas, plusieurs feuillets se perdront lors de l’opération de transfert et l’abbé cherchera à les localiser avec l’aide de sa maîtresse, la Diva du Siècle, qui était aussi une excellente voyante. On participera alors à un tour de France érudit, le chercheur ayant à ses trousses le jésuite William de Baskerville, lui aussi en quête des documents pour le compte de l’Aa (on se bouffe manifestement le nez au sein de l’Église Catholique !). Le jésuite est d’autant plus redoutable qu’il bénéficie de l’amitié complice de Jean Orth. On comprendra, au fur et à mesure de la reconstitution des parchemins, qu’il s’agit du récit de la vraie vie du Christ. Ce dernier avait un frère jumeau qui sera crucifié à sa place. L’aide de l’abbé Debout, curé érudit de Rennes-les-Grenouilles, sera indispensable pour décrypter les langues anciennes utilisées pour rédiger les documents. L’abbé S’Nière fera une dernière étape dans sa ferme près de Sougraigne, tenue par Claire et Antoine et où est exploité le sous-sol, recelant d’inestimables trésors historiques, fondus sur place (ah, le Pech d’En Couty !). Le final prendra la forme d’un duel avec le jésuite, au sommet du Bugarach, où notre abbé perdra la vie. Mais est-ce le final ? Je ne spolierai pas la chute surprenante qui nous permet d’assister à une étonnante NDE !

 


 

 

Les personnages sont tous plus décoiffant les uns que les autres. On apprend que le nom de famille de la servante du curé était Denarnaud-Cthulhu. L’abbé avait aussi un homme à tout faire, un nain qui répondait au paronyme d’Asmodée et ne se nourrissait que de pommes bleues, fournies par un négociant discret du marché Saint-Germain, près du domicile de l’abbé rue Léoncourt. L’abbé, pour sa part, était un bon vivant, amateur de jolies femmes et de bonnes tables. Son tour de France ne sera pas uniquement touristo-historique, mais égalent gastronomique à la découverte des spécialités locales.

On relèvera enfin que la saga est truffée de références à de multiples sociétés secrètes avec leurs « bons » et leurs « méchants » : outre l’Aa, la Compagnie de Pie et les Épiscopaliens déjà cités, on croise La Sapinière, La fila Etheria de Moldavie, Le Grand Lunaire, le Hiéron du Val d’Or, l’œil d’Horus au sein de la Société des Gens de Lettres, L’Officium Dei, Les Frères de Lumière, Le Prieuré de Sion, Le Cercle de Narbonne…

 


 



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