C’est au tour de Salah Tengour de nous surprendre avec A Travers les Songes de Lovecraft (L’Harmattan 2026), un recueil de trois nouvelles joliment écrites.
Thassil est un hommage bien troussé aux Contrées du Rêve, se déroulant dans une cité forteresse, industrieuse, polluée, repliée sur elle-même et vivant dans la crainte de l’Étranger. La vie monotone de Thassil sera perturbée par l’irruption d’un jeune poète, Illara, qui séduira progressivement la ville endormie, à la musique de son luth et au récit de ses poèmes qui chantent la beauté et l’amour. Il vient d’une cité merveilleuse, Marath, dont il décrit avec délice les charmes. Il a quitté ce lieu enchanteur pour suivre Randolph Carter à la recherche d’une autre merveille, Kaddath. Mais il abandonnera le rêveur en cours de route, voulant retourner à Marath qui lui manque cruellement. Il ne retrouvera pourtant jamais son chemin. C’est ainsi qu’il arrivera à Thassil. Le charme qui l’avait enveloppé se dissoudra progressivement sous les attaques des corps constitués de la Forteresse, voyant en lui une menace contre l’ordre établi et leurs privilèges. Il sera expulsé et reprendra sa recherche du paradis perdu. Une belle histoire qui est contée à son petit-fils par Assian, qui était à l’époque devenu l’ami d’Illara.
La Cité des Hommes au Cœur de Pierre est directement inspirée du Cauchemar d’Innsmouth. Un jeune homme, du nom d’Alakin, est attiré par une étrange cité côtière, Kâth-Naram. Une cité en pleine décrépitude, repoussante de saleté et dont les habitants sont marqués par la dégénérescence et la consanguinité. Pire, leur cœur s’est solidifié et est devenue pierre, un processus leur ôtant toute humanité. Le visiteur se remémore son enfance, ses parents très distants qui refusaient fermement de lui parler du passé familial. Il se souvient de ses incursions discrètes dans le bureau de son père, envahi par des livres occultes dont le Necronomicon. Il a la nostalgie de ses belles années d’études à Cambridge dont il était un bon élève, tout en étant aussi un rêveur impénitent, arpentant les avenues de la merveilleuse Marath et rencontrant de superbes femmes au regard envoûtant. Mais l’appel de Kâth-Naram fut le plus fort et il explore la bourgade, rencontrant des indigènes à la peau cuivrée, descendant de marins qui ont parcouru le globe. Un vieil homme le reconnaîtra et lui parlera de son grand-père qui était des leurs. Cela dit le poison innommable qui suinte de l’endroit cheminera insensiblement dans son corps qui commence à se transformer, au faible rythme d’un cœur en passe de se solidifier. Il ne voudra pas terminer comme le « héros » d’Innsmouth et sortira le pistolet qu’il avait enfoui dans sa valise.
Le Voile d’Ishtar est une petite perle à la gloire du Rêveur de Providence. Nous sommes dans la magnifique cité de Samra, dirigée par le sage roi Thars Ilam. Il est marié à la jolie Actinia dont il a eu un fils adoré, Aydin. La quiétude de cette ville, qui semble n’être faite pour connaître un bonheur paisible, est un jour troublée par l’entrée d’une troupe de saltimbanques, qui viennent faire commerce de produits exotiques et amuser une population ravie par les nombreux spectacles de rue qu’ils proposent. Sur la place centrale s’exhibe une danseuse d’une beauté sulfureuse qui embrase le sang des spectateurs masculins. Le roi contemple la joyeuse animation de sa ville, à la fois enchanté et angoissé. Une terreur sourde l’envahit, à chaque fois que la danseuse tourne son regard vers lui. N’y tenant plus, il demande à ses gardes d’aller chercher l’artiste et la supplie de se produire pour lui seul. Et le drame éclate à la fin de la prestation ensorcelante. Anakha, tel est son nom, lui reproche d’avoir trahi la déesse Ishtar en épousant une fille des hommes, alors qu’il vient d’Ailleurs. La colère de Yog Sothoth sera terrible et il perd connaissance au son des flûtes d’Azathoth.
Il reprend conscience dans la chambre d’un hôpital psychiatrique de Genève, ne comprenant rien à ce qui lui arrive. Le médecin lui explique qu’on l’a retrouvé amnésique, errant dans une forêt, et qu’on ignore tout de son identité. Le FBI mis dans la boucle finira par découvrir que l’inconnu n’est autre que H.P. Lovecraft, et que la saga du royaume de Samra est le cœur de sa dernière nouvelle, La Danse Sacrée, qui rencontre du reste un gros succès auprès des fans du Maître.



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