Et que voilà une bonne surprise. Le Carnet de Latche, le second secret de Rennes-le-Château de Christian Thibon (L’Harmattan 2022) est certes un roman. Mais que de richesse documentaire, servie par une plume envoûtante ! Tout commence par la découverte, par François Mitterrand, dans les archives secrètes de l’Élysée, d’un mystérieux petit carnet qui parle de peintures et qui émane des familles de Etienne Dujartdin-Beaumetz et de son épouse, Marie Petiet. Des familles bien connues à Limoux, tant sur le plan politique qu’artistique [1] Le Président égarera ce livret lors d’une de ses balades en forêt, document qui finira par tomber entre les mains d’un jeune journaliste, Rémy, qui voit dans ce recueil matière à un futur scoop. Las, de nombreux passages ont été caviardés par le Président, et Rémy se mettra en chasse pour retrouver une éventuelle copie intégrale. Une quête qui le mènera aux archives nationales, aux archives privées de François de Grosrouvre – gestionnaire des affaires confidentielles de Mitterrand -, aux archives secrètes de l’Élysée avec la complicité du nouveau locataire, François Hollande, ainsi qu’au domaine de la Bézole où réside Marie Petiet, descendante de la peintre. Il sera épaulé par le Nonce, un jésuite baroudeur et par Rosita, arrière-petite-fille d’Emma Calvé, qui vit sous l’étroite surveillance de l’Opus Dei. Le document tourne autour de la Joconde et de son vol, en 1911, et de la figure emblématique de Marie-Madeleine. Il renvoie aussi à Rennes-le-Château, village qu’appréciait François Mitterrand, dont la dernière visite, juste avant son élection, avait été précédée d’une réception au musée Petiet. On a droit ici à un long développement sur Saunière, fort bien fait, intégrant avec beaucoup de talent les éléments clefs de la « Belle Histoire ». Point de mystagogie à la « Prieuré de Sion », mais d’intéressantes réflexions sur le voyage supposé du curé à Paris, et sur sa découverte du milieu ésotérico-artistique ambiant.
La saga se poursuivra évidemment sur la Colline où Rosita possède une maison ; elle est bien connue des villageois sous le vocable affectueux d’Emma. Les deux complices, devenus couple, se sentent surveillés, leurs recherches sur Marie-Madeleine dérangeant certains milieux qu’ils n’hésitent pas de qualifier de « néo-sapinière ». Rosita présente à son compagnon l’érudit d’Espéraza qui se fait appeler Jésus. Il réside dans une vielle demeure dans laquelle il a entreposé, dans une tour, une immense bibliothèque, celle de Bérenger Saunière qu’il s’est procurée par des moyens détournés. Nos deux enquêteurs vont passer plusieurs jours sur place, se livrant à un véritable travail de libermaléficonautes, pour tenter de traquer le secret du curé. Et d’arriver à la conclusion que le pasteur castelrennais était passionné par l’origine des cultes et le fondement gnostique des religions, devenues « administratives » au fil du temps. Il possédait par exemple l'édition de 1821 de l'Abrégé de l'origine de tous les cultes, version condensée de l'œuvre majeure de Charles-François Dupuis, publiée pour la première fois en 1795 chez l'éditeur parisien L. Tenré. Ce texte fondateur développe la thèse selon laquelle toutes les religions partagent une source commune liée à l'astronomie et au mythe solaire. Le secret de l’abbé Saunière était certainement un savoir intellectuel bien plus qu’un trésor matériel ou des manipulations financières, qui ont peut-être cependant existés par ailleurs.
Jésus d’Espéraza sera retrouvé affreusement assassiné après cette visite. Rosita, qui était sa légataire universelle, se rendra avec Rémy dans la résidence secondaire du défunt, à Jocou, dans la vallée du Rébenty. Et ils découvriront, dans une vieille armoire, un magnifique tableau de Marie Petiet, La Madone, une Marie-Madeleine sensuelle, à moitié dénudée, qui devait se trouver dans la Tour Magdala (Photo). Les pièces du puzzle s’emboîtent alors rapidement et on découvre un complot violent, organisé par la « néo sapinière », qui s’oppose à l’évolution libérale de l’Église et à la diffusion insidieuse du « Féminin Sacré ». Et si le vol de la Joconde n’avait pas eu pour but que de faire disparaître une figure ambigüe ? Avec l’aide discrète de François Hollande, le Vatican sera informé et le Pape François mettra rapidement de l’ordre chez ces brebis égarées, organisées en une pseudo association « de défense du patrimoine des pierres sèches de Haute-Provence » à Forcalquier.
Bon, je sais, ma note est un peu longue. Mais il n’est pas facile de rendre un hommage synthétique à un ouvrage aussi riche !


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