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vendredi 27 janvier 2012

LE VAUDOU EN DIRECT DU BENIN

Entrez dans le vaudou

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Croyance. Cette religion traditionnelle, victime de préjugés,  est célébrée au Benin le 10 janvier de chaque année.
Elise Houngbedji est une Béninoise de 33 ans, adepte du vaudou. Ce 11 janvier, elle se rend chez Dah Gbedo, un prêtre vaudou, pour un rite de purification. « Je ne veux pas parler de mon problème avec des étrangers. 
Je me suis confiée à Dah Gbedo et c’est lui qui m’a conseillé de commencer par la purification », explique-t-elle. Pour le cas d’Elise Houngbedji, la purification se fait en deux étapes : une partie physique, à travers une série de bains, et une partie spirituelle. Dah Gbedo commence par égorger un pigeon. Il demande à Elise Houngbedji de s’oindre avec le sang de l’oiseau. Il explique que ce sang a pour rôle de conjurer la mort. « Lorsqu’on verse du sang, c’est pour éloigner la mort afin qu’elle prenne plutôt l’animal dont le sang est versé et qu’elle laisse la personne qui est en train de faire le rituel», dit-il. Dans certains cas, le sang est également aux esprits, ce qu’est l’essence aux voitures. Il est l’énergie qui permet aux esprits de se déplacer pour effectuer la mission qui leur est confiée. Plus la distance est longue ou le travail ardu, plus la quantité de sang nécessaire augmente. C’est ainsi que pour certains cas, le prêtre peut égorger un coq ou un mouton.
Le prêtre demande ensuite à Elise Houngbedji de se laver avec une eau contenant des écorces et des feuilles. Puis, elle est enduite d’œuf cru et se lave à nouveau. Pour clore la première étape de la purification,  Dah Gbedo verse du lait sur la jeune femme et lui demande une fois de plus de se laver. Pour lui, cette première étape a pour but d’éliminer toutes les impuretés du corps. Vient ensuite la deuxième étape du rituel, qui vient consolider la première. Dah Gbedo verse une boisson sucrée sur Elise Houngbedji et lui demande de s’en oindre. Dès que la boisson a séché sur le corps de la jeune femme, le prêtre ajoute du parfum, puis une poudre blanche. C’est la fin de la partie physique du rituel : le prêtre enverra ensuite ses divinités pour achever la partie spirituelle du travail.
Double pratique
Le mot vaudou vient du terme vôdun, qui signifie « Dieu » en fon, l’une des langues locales du Benin. Il est né du mélange de plusieurs cultes traditionnels de l’ancien royaume du Dahomey, aujourd’hui Benin. A cause du commerce des esclaves, le vaudou s’est répandu dans tous les pays où ces esclaves étaient déportés, tels que les Etats-Unis, le Brésil, les Caraïbes,  Haïti, Cuba. On rencontre aussi le vaudou dans beaucoup d’autres pays à la faveur des migrations des populations.  Cette religion est « une courroie de communication entre l’être suprême et l’être humain. Il incarne l’ensemble des divinités », comme l’explique Dah Aligbonon, l’un des plus hauts dignitaires du culte vaudou au Benin, également responsable du culte mamiwata et du culte égoungoun, dédié aux revenants. En fait, le vaudou est une religion traditionnelle qui invoque les forces de la nature telles que la foudre et la mer, ainsi que les entités surnaturelles pour résoudre les problèmes des hommes. Chaque divinité du vaudou a sa manière d’être représentée, son culte, ses chants, ses danses, ses incantations, sa tenue, ses accessoires, sa façon de lui parler et de le nourrir. « Dans le culte vaudou, la danse est une prière. On invoque la divinité et elle se manifeste. Lorsqu’elle se manifeste, l’adepte entre en transe », explique Dah Adjovi, lui aussi prêtre vaudou. Il ajoute que le corps est un temple pour les divinités qui peuvent y  entrer et y habiter.
Le rituel vaudou pratiqué par Elise Houngbedji ne l’empêchera pas de se rendre dans une paroisse catholique le dimanche suivant. « Je suis une fervente chrétienne catholique, baptisée et confirmée dans cette religion », dit-elle. Comme elle, beaucoup de Béninois sont adeptes à la fois du vaudou et d’une autre religion  dite « importée ». Au Benin, on retrouve des catholiques, des musulmans ainsi que des adeptes des églises pentecôtistes et des religions traditionnelles telles que le vaudou. « Le christianisme  nous a été imposé par le colon. Cela ne signifie pas que nous devons abandonner les croyances de nos ancêtres », se justifie Eugène De Souza, lui aussi adepte du vaudou et chrétien catholique. Cette double pratique se remarque aussi dans plusieurs villes du pays où les temples vaudou côtoient les églises et mosquées. Dans la ville de Ouidah, par exemple, la première basilique du Benin et d’Afrique de l’Ouest est construite juste en face du temple des adorateurs du python qui pratiquent le culte vaudou. « Ici, les gens vont à la messe le matin et au temple des pythons le soir », constate Marc Adjovi, l’un des fils du chef du royaume de Ouidah, berceau du vaudou.
Croire ou ne pas croire ?
Toutefois, la double croyance de certains fidèles n’est pas toujours bien vue par les prêtres catholiques. Il arrive que ces prêtres taxent le culte vaudou de charlatanisme et de satanisme. Des allusions qui rendent plusieurs adeptes et prêtres vaudou amers. « Nous acceptons que nos enfants aillent à l’Eglise catholique, mais c’est cette église qui ne veut pas de nous. Plusieurs familles sont divisées, détruites à cause de cette intolérance », s’exclame Dah Aligbonon. Face aux accusations de charlatanisme, Dah Alibognon explique : « Le vaudou n’est pas le diable, encore moins satan. C’est un manque de discernement de le confondre avec ces deux concepts. Le vaudou n’est pas non plus du charlatanisme. Il marche, même si les vœux de certaines personnes prennent parfois un peu de temps à se réaliser. Le vaudou n’est pas comme un fusil qui, lorsqu’on tire une balle, produit immédiatement des effets. Il faut un peu de patience ». Elise Houngbedji explique pourquoi elle a choisi de combiner les deux croyances. « Je pense que le christianisme et le vaudou se complètent. Le vaudou apporte des solutions concrètes à nos problèmes. Ma sœur, par exemple, était envoutée au point de devenir folle. Pendant deux ans, elle a fait le tour des hôpitaux et des temples de prêtres exorcistes en vain. Pourtant, elle a été délivrée en une seule nuit au cours d’un rituel vaudou ». Elle affirme que depuis lors, sa sœur n’a d’ailleurs plus eu de problèmes psychiques.
La célébration du vaudou a été institutionnalisée depuis 1994. Le 10 janvier de chaque année est la date de la « fête des religions endogènes ». C’est une fête placée sous le haut patronage du chef de l’Etat et ce jour est férié sur toute l’étendue du territoire national. Chaque année, les manifestations officielles ont lieu dans une ville, mais les autres villes du pays organisent également des mini- cérémonies. Le programme des festivités est le même chaque année : d’abord une phase protocolaire avec les discours du chef de l’Etat et des autorités traditionnelles et religieuses, ensuite la consultation du Fah, une science divinatoire, pour déterminer les grandes tendances de l’année en cours. D’après le Fah, 2012 sera une année de prospérité pour le Benin, mais avec des dangers potentiels sur l’eau, pour ceux qui pratiquent le transport fluvial, par exemple. Le Fah a aussi demandé de ne pas négliger les jumeaux. Au Benin, les jumeaux sont considérés comme des créatures extraordinaires qui apportent le bonheur dans leurs familles. Le 8 septembre de chaque année est la fête des jumeaux, elle se célèbre dans la ville de Ouidah, à environ 40 km de Cotonou, la capitale économique du Benin.
Anne Mireille Nzouankeu, à Cotonou

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