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dimanche 15 janvier 2012

THOMAS GOTTIN SUR ATLANTICO

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Publié le 15 janvier 2012

Pourquoi sommes nous autant fascinés par la fin du monde ?

Les théories sur la fin du monde en 2012 sont légion. Le 21 décembre prochain, ce serait ainsi à Bugarach, une petite montagne de l'Aude, qu'il faudrait se trouver pour y échapper. Mais qui sont les hurluberlus qui vont s'entasser dans la campagne française ?
 
C'est à Bugarach qu'il faudrait se regrouper pour échapper à l'apocalypse, le 21 décembre prochain...
C'est à Bugarach qu'il faudrait se regrouper pour échapper à l'apocalypse, le 21 décembre prochain... Crédit REUTERS/Jean Philippe Arles

Atlantico : Les autorités s'attendent à voir débarquer quelques 30 000 personnes à Bugarach, le 21 décembre 2012. Ces gens espèrent ainsi échapper à la fin du monde. Qu'est ce qui a transformé une montagne perdue dans la campagne française en espoir d'échapatoire à l'apocalypse ?

Thomas Gottin : D'un point de vue historique, c'est Rennes le Château qui a attiré les préocupations. Cette ville a été médiatisée dans les années 1950 suite à un l'apparition d'une série de mythes fantastiques. On a parlé d'abord d'un trésor puis d'un miracle spirituel lié à la montagne de Bugarach. Des écrits, notamment d'Elisabeth van Buren, ont instrumentalisé le phénomène en réinterpretant des documents plus anciens.
A cette époque, il y a eu une nouvelle naissance du catharisme, un mouvement chrétien médiéval qui assimilait le monde terrestre à la création d'un dieu néfaste. Ces croyances ont été mal réinterprétées et perçues comme un mouvement contestataire face à l'Eglise du XIIème siècle. Les cathares ont dés lors été pris pour des alchimistes aux pouvoirs étranges qui vivaient une spiritualité basée sur l'amour. En même temps, le phénomène OVNI est apparu. Les croyances liées aux objets volants non identifiées se sont multipliées. L'arrivée massive, enfin, du New Age américain s'est ajoutée à tout cela. 
Jusqu'aux années 2000, Bugarach est un coin très tranquille. Progressivement, quelques individus continuent de venir seuls au travers de quêtes spirituelles personnelles. Ils sont rejoints rapidement par des groupes qui, au travers de stages, poursuivent une dynamique d'ouverture à d'autres formes de croyances. Depuis 2008-2009, des charlatans ont profité de ces phénomènes pour organiser un véritable tourisme spirituel. C'est la naissance des "survivalistes" qui ont commencé à élaborer des théories fumeuses. Il est évident que certains en profitent.

Qui sont les gens qui espèrent échapper à la fin du monde à Bugarach ? Des illuminés ou des curieux ? 

Il y a un premier public, majoritaire, de neo-ruraux vivant à l'écart de la société. Ils recherchent un mode de vie différent de celui du reste de la population. On trouve également ce que l'on pourrait appeler des neo-hippies curieux de pratiques plus proches de la nature et de leur environnement.. Enfin, une minorité de charlatans cherchent à profiter du phénomène Bugarach pour en tirer des intérêts personnels.
Les deux premiers publics dont je parle sont en quête d'un réenchantement du monde. Ce sont des gens qui sont dans une dynamique de reconstruction personnelle, sociale et qui sont quelque part dans une forme de fracture, vis à vis de la société. Grâce à toute une variété de formes de spiritualité extra-européennes comme l'houdouisme, le new age, le tantrisme ou même le chi-cong, ils sont curieux de pensées originales et détachées du matérialiste. Ils développent leur propre environnement religieux au travers de petits stages qui sont, pour moi, une forme de thérapie de groupe. Il ne faut surtout pas confondre ces groupes avec des sectes. Ils développent simplement d'autres rapports à la nature, à soi, au monde.

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