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jeudi 12 janvier 2012

LE MERVEILLEUX


Le merveilleux

Jean-Bruno Renard. CNRS Éditions, 2011, 212 pages, 22 €

Note de lecture de Nicolas Gauvrit - SPS n° 298, octobre 2011


Le dernier livre du sociologue Jean-Bruno Renard, Le Merveilleux, propose une analyse fine d’un ensemble de croyances que les rationalistes qualifieraient d’irrationnel. Mais Renard est sociologue et c’est avec une grande neutralité méthodologique qu’il aborde ces questions. Au lieu de se demander si la croyance en la présence d’extra-terrestres sur notre planète, à la télépathie ou aux fées, est correcte ou fausse, il en décrit la diffusion, la naissance, la mort, l’histoire aussi.
Dans un langage précis, cette analyse scrupuleuse nous fait découvrir la permanence historique des croyances : oracles de l’Antiquité, miracles du Moyen Âge, sorcellerie de la Renaissance et paranormal dans nos sociétés modernes où la science prend le pas sur la religion. Mais, au-delà de ces croyances, dont l’existence panchronique n’étonnera pas, c’est la permanence du doute que nous montre surtout Renard. Il y eut toujours des rationalistes, des durs et des mous, et il y eut toujours des « croyants », des dogmatiques et des modérés.
Irrationnelles, les croyances en la sorcellerie, en la télépathie le sont, bien sûr ; mais Renard, à la suite de Boudon, montre que ces croyances ne sont jamais ni totalement absurdes ni totalement gratuites : elles s’appuient toujours sur les raisons de croire de la « rationalité subjective », des indices à défaut de preuve et un sens symbolique.
Au fil du texte, on rencontre des histoires anciennes et d’autres récentes ; et l’on est frappé par la ressemblance des argumentations, autant des croyants que des sceptiques. Cette persistance donne presque le vertige et fait se demander si l’humanité a seulement évolué, si ce n’est pas l’équilibre entre rationalisme et croyance qui caractérise l’homme, plutôt que l’une ou l’autre des positions... Autre vertige, celui de l’Histoire : certaines croyances d’antan semblent aujourd’hui, ridicules tandis que ceux qui aujourd’hui ont vu des extra-terrestres trouveraient absurde de croire aux fées, aux oracles ou à l’existence des licornes, tous ces phénomènes qui eurent, en leur temps, de nombreux témoins directs...

Sciences et pseudo-sciences, AFIS (C)

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