L’histoire de l’église de Notre-Dame de Marceille (commune de Limoux) croise celle de Rennes-le-Château d’une bien curieuse façon : par le biais de Monseigneur Billard, évêque-protecteur de Bérenger Saunière, mais aussi propriétaire du domaine lazariste de Marceille. Une propriété dont l’acquisition s’est faite de façon pour le moins sulfureuse : l’évêque hérita en effet, en 1891, et ce à titre privé, d’une somme très importante (environ 1.200.000 francs de l’époque) de Madame Rose Denise Marguerite Victorine Sabatier, résidant à Coursan. La famille de la défunte contesta, sans succès, cette donation qu’elle considérait être une captation d’héritage. Cette somme permit à Billard d’acquérir Notre-Dame de Marceille en 1893. Les chercheurs romantiques (Picknett et Prince notamment, dans la Révélation des Templiers, cf 1997) investiguèrent sur ce domaine, à la suite d’un chercheur belge, Jos Bertaulet qui consacra en 1991 une étude à ce site (De verloren koning en de bronnen van de graallegende). Il en résulte que deux grandes salles souterraines[1] se déploient sous l’église ; on parle alors de chapelle secrète et, si l’on suit Jos Bertaulet qui aurait décrypté La Vraie Langue Celtique, d’un reliquaire contenant la tête d’un roi sacré ! L’auteur ajoute que Boudet rattachait cette salle aux légendes du Saint Graal……….
Mais rien ne vaut que le retour aux sources authentiques pour nous faire une idée précise de ce site entré dans la légende. L’ouvrage de référence est certainement L’Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Marceille de l’abbé Lasserre, publié en 1891 et réédité chez Lacour en 1998[2]. Un ouvrage qui d’emblée renvoie effectivement à La Vraie Langue Celtique puisque l’auteur commence par nous expliquer que c’est Boudet qui, le premier, a trouvé l’origine de Marceille. L’église est construite sur un site païen, remarquable par son allée qui monte des rives de l’Aude jusqu’à l’esplanade où fut construite l’église (Voie Sacrée), ainsi que par sa fontaine miraculeuse, en ce sens que son eau serait d’une excellente thérapie pour les troubles de la vision. L’étude qui nous est proposée sur les traditions bibliques, druidiques et sybillines concernant la Vierge qui devait enfanter est tout à fait pertinente. Car l’autre curiosité de l’église est sa fameuse Vierge Noire, dont l’origine se confond avec une pieuse légende :
« A une époque bien lointaine qui se perd dans la nuit des temps, un laboureur qui cultivait son champ sur le coteau de Marcellan voit ses bœufs arrêtés soudain par un obstacle invisible. Il a beau les presser, les exciter, ils demeurent immobiles et résistent à l’aiguillon. Le laboureur, d’abord stupéfait, se sent bientôt envahir par une impression indéfinissable : il se prosterne en invoquant le secours du Ciel. Poussé par une inspiration subite, il creuse la terre pour découvrir l’obstacle qui arrête ses bœufs.
Tout à coup une madone de bois, à la figure brune, au sourire céleste, se présente à ses regards étonnés. Il prend avec respect la statue de Notre-Dame et la porte dans sa maison où elle est accueillie avec bonheur par toute la famille. Mais hélas ! le lendemain la madone a disparu ! ! !
Le laboureur revient à son champ, et il retrouve l’image vénérée dans le lieu où la veille, il avait eu le bonheur de la découvrir. Vainement il l’emporte une deuxième et une troisième fois : la statue miraculeuse disparaît toujours pour regagner la Colline de Prédilection »
Suit toute l’histoire des pèlerinages organisés sur ce lieu au travers de l’histoire, afin de remercier la Vierge à laquelle on prêta de nombreux miracles.
L’auteur part ensuite à la recherche de la localisation de la chapelle primitive autour de laquelle fut construite l’église actuelle. Il nous décrit ensuite par le menu détail l’édifice, sans du reste faire allusion aux nombreux symboles alchimiques que certains chercheurs croient voir sur les murs et le plafond. Il nous parle également de la Comtesse de Chambord qui connaissait bien ce haut lieu de pèlerinages, par son cousin, le docteur Carrière de Limoux. La Comtesse a du reste donné à l’église un tableau très précieux, représentant la Vierge-Mère avec l’enfant Jésus sur son bras.
Pas d’allusion dans ce livre aux salles souterraines, mais une évocation intéressante : celle d’un vaste réservoir souterrain construit aux bords de l’Aude permettant, grâce à un mécanisme ingénieux, de faire monter l’eau dans le domaine et d’alimenter un vaste bassin. On trouve du reste également, dans l’église elle-même, l’entrée d’un puits (aujourd’hui fermé).
L’abbé Lasserre enfin, tout au long de son étude, rend hommage à Monseigneur Billard, considéré comme étant le véritable bienfaiteur des lieux. Il ne croyait pas si bien dire !


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