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lundi 3 décembre 2012

BUGARACH, LES CONFIDENCES DU PETIT NICOLAS

Aude : Bugarach, le refuge présumé contre l'apocalypse, une "usine à imaginaires"

Propos recueillis par LAURE JOANIN
03/12/2012, 18 h 09 | Mis à jour le 03/12/2012, 18 h 20
MIDI LIBRE
Nicolas Estienne d’Orves analyse les fantasmes autour du village.
Nicolas Estienne d’Orves analyse les fantasmes autour du village. (Photo MAXPPP)
Intrigué par les rumeurs sur Bugarach, le romancier Nicolas Estienne d’Orves a posé ses valises dans le village censé échapper à l’apocalypse, annoncée le 21 décembre. Résultat, un journal de bord qui bat en brèche beaucoup d’idées reçues.
À quelques semaines de la date fatidique du 21 décembre, quelle est l’ambiance à Bugarach ?
On est bien loin de l’affluence décrite par les médias. En réalité, les seules personnes qui se pressent là-bas, ce sont les journalistes. Il y a effectivement de temps en temps, quelques individus qui déambulent en toge, mais aucune secte. Et hormis une malheureuse petite communauté genre New Age qui vit dans des yourtes à 10 kilomètres pour faire son retour à la terre, j’avoue ne pas avoir vu un seul bunker. Quant au boom immobilier, parlons-en : la dernière maison au cœur du village s’est vendue 80 000 euros… ce n’est pas vraiment la frénésie ! Bugarach est une usine à fantasmes, un village étrange où l’on trouve à chaque coin de rue des journalistes en quête de Martiens et des habitants qui regardent, excédés ou amusés, le spectacle de leur fenêtre…
Quelle est la vérité sur les rumeurs qui entourent Bugarach ?
Quand je suis parti à Bugarach, je n’avais rien de précis en tête et pour dire la vérité, je ne sais pas ce que j’y ai trouvé, à part du vide. Bien sûr, à force de chercher le mystère, les gens finissent par le trouver. Les randonneurs ont progressivement cédé la place aux ésotériques. En fait, comme on est dans l’ère d’Internet, Bugarach a pris le relais de Rennes-Le-Château, sans doute parce que le mystère y est moins concret. Chacun y projette ce qu’il veut y voir, c’est comme regarder la forme des nuages allongé dans l’herbe… On parle d’ovnis, du magnétisme du pic - personnellement, ma montre a très bien fonctionné au sommet ! - du corps de Jésus enterré sous la montagne, etc. Bref, c’est une usine à imaginaires. On prétend que le survol en est interdit. Tout cela est faux. La seule vérité, c’est que le pic est effectivement ce qu’on appelle une montagne renversée. À la suite d’un déplacement tectonique, les couches supérieures du Pech sont plus anciennes que les couches inférieures. Ce qui explique la quantité de galeries et de souterrains. C’est effectivement rare, mais tout à fait explicable géologiquement.
De quand datent ces rumeurs et la réputation de Bugarach ?
C’est comme les histoires drôles, on ne sait pas qui les a inventées ! C’est frustrant, impossible de situer le cœur de cette affaire. Ce qui est sûr, c’est que Bugarach n’est connu dans le monde entier que depuis décembre 2010, lorsque sur Internet est apparu le premier lien entre le village et l’apocalypse annoncée soi-disant par le calendrier Maya. Après, cela a fait boule de neige. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il est très difficile d’éteindre ces rumeurs, car Bugarach n’attire aucune croyance commune. Ce n’est pas un lieu fédérateur. Chacun en a sa vision et la défend, attirant ainsi tous les gens en quête de mystères.
Comment les habitants vivent-ils cette situation ?
Bugarach est un village de 200 habitants, rural comme beaucoup d’autres, un village qui souffre de la PAC et qui a voté Hollande aux présidentielles. Il reste quelques familles d’origine et pour le reste, il n’y a pas de cinglés ou d’extrémistes. C’est vrai que tous ceux qui sont venus là n’y sont pas venus par hasard. C’est souvent dans l’idée d’un retour à la terre. Cela donne une mentalité ouverte, accueillante. Il y a plus de treize nationalités à Bugarach. Aucune des rumeurs n’est venue des gens du coin. Au début, cela les a amusés, mais aujourd’hui, ils sont lassés.

 

Fin du monde, affaire classée

Par François Marchand 3 Publié Réactions

le village de la fin du monde. rendez-vous à Bugarach, de Nicolas d'Estienne d'Orves.

Si la fin du monde pour le prochain solstice d'hiver constitue une vérité scientifique désormais bien établie, la raison pour laquelle Bugarach, petit village de l'Aude, en réchapperait demeure une question largement débattue. Nicolas d'Estienne d'Orves rouvre le dossier dans un livre dont l'idée principale est de parler sérieusement de choses loufoques. Son enquête l'amène à rencontrer une série de personnages plus ou moins exaltés dont les versions sur l'immunité éventuelle du village divergent largement. On y croise aussi des sceptiques, mais ce sont des locaux: il est un peu facile de frimer quand, de toute façon, on sera à Bugarach le moment venu.Le Village de la fin du monde, très drôle et bien documenté, toujours à mi-chemin entre le canular et l'enquête, autorise toutes les conclusions. En effet, l'auteur se rend, page 141, dans une ville de la banlieue parisienne accessible par le RER D afin de rencontrer un couple sorti tout droit d'une nouvelle de Lovecraft. Sa glaçante description de la zone pavillonnaire vierge de toute vie humaine qu'il traverse permet de conclure que, en vérité, la fin du monde a probablement déjà eu lieu. Grasset, 300 p., 19 €.

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